Nicolas Sarkozy et la recomposition de la nation France

Publié le par Ofek

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Nicolas Sarkozy sera le prochain président de la République. Il aura triomphé des campagnes de diabolisation sauvages de la Chiraquie, qui ont duré environ cinq ans. Il aura aussi dominé les opérations d'exécration de ses concurrents Ségolène Royal et François Bayrou, appuyées par les chaînes de TV et les radios, la presse écrite et les magazines demeurant plus équilibrés.
 
Pourquoi, comment ? Il est très difficile au citoyen conditionné par le déversement permanent d'une habile propagande d'échapper aux passions commanditées par les faiseurs de haine, Goebbels nous l'avait expliqué.
Si Nicolas Sarkozy est parvenu à conserver quand même un lien solide avec une fraction significative du peuple, c'est parce qu'il a su aller au plus profond de la détresse de ses compatriotes, comprendre leur désespoir, et traiter des questions ressenties comme essentielles par la France "d'en bas" selon l'expression de M. Raffarin.
 
Nicolas Sarkozy ne s'y est pas trompé.
La dette, le modèle social calamiteux, le chômage, l'obésité de l'État, l'insécurité et la violence omniprésentes, l'immigration incontrôlée, sont autant de fardeaux qui pèsent, et depuis longtemps, sur le destin du pays et de son peuple.
 
Mais ce sont des symptômes du nouveau mal français : ces calamités ont une origine commune, et ne peuvent pas être traitées indépendamment, une par une.
C'est quand Nicolas Sarkozy a soulevé les questions des valeurs, du rapport à l'Histoire de la France, de l'identité nationale, et en toute fin de campagne des racines chrétiennes de l'Europe, qu'il a touché à ce qui est capital, et la majorité des Français a pu se reconnaître en lui.
 
Le nouveau mal français, c'est l'aboutissement du long processus de décomposition de l'État-souverain dont parle Pierre Manent dans son ouvrage La raison des nations.
Depuis plusieurs décennies, depuis peut-être le slogan "CRS-SS" de mai 1968, l'État national a subi des assauts incessants dont les historiens reconstitueront un jour la chronologie.
 
Cela a pris différentes formes.
 
D'abord l'exécration de la police, qui est en charge d'une fonction régalienne, la sécurité, et confisque la violence de "chacun contre chacun", permettant la vie en société.
 
Ensuite les détournements d'institutions de François Mitterrand et de Jacques Chirac: financements frauduleux, valises de billets, malversations sur les marchés publics, écoutes clandestines érigées en système, liens incestueux avec des représentants de puissances étrangères, nominations de complaisance, construction de réseaux souterrains, …
 
Puis le recul systématique devant les groupes de pression et les intérêts catégoriels.
Il s'agit aussi bien, par exemple, des revendications des syndicats des transports et de l'Éducation nationale, que des exigences de la Ligue arabe.
 
Ensuite la repentance généralisée, la honte d'être Français des élites, couronnées par l'envoi par Jacques Chirac du Charles de Gaulle pour fêter la défaite de Waterloo et son refus de participer aux cérémonies de commémoration la bataille d'Austerlitz, que la France fautive avait trop brillamment remportée.
 
Enfin, pour en finir vraiment avec l'Etat, il y a l'Europe, machine bureaucratique qui édicte des normes contraignantes sans réel contrôle du peuple souverain, dont les élites du pouvoir se sont servi pour justifier leur immobilisme et pour botter en touche. Surtout ne pas exercer l'autorité de l'État et ne pas mettre en œuvre des politiques qui pourraient être ridiculisées par l'opposition irréductible d'intérêts organisés.
L'État n'est même plus capable aujourd'hui de modifier le calendrier des fêtes chômées ou de supprimer une prime d'une heure supplémentaire à 1 % des enseignants, comme on l'a vu ces dernières semaines. Cela fait beaucoup de carences pour un État, cela fait beaucoup de béances pour une nation.
 
Le chômage de masse jamais contenu ? C'est la contrepartie des garanties d'emploi à vie consenties aux innombrables aristocraties bureaucratiques, et du confinement de l'autorité publique dans une gestion administrée du champ contractuel. La rigidité du marché du travail en témoigne.
 
La dette publique ? C'est la somme des non-politiques sociales, de la répartition planifiée de la misère à coup d'allocations et de faux emplois minables, et de l'obésité de l'État dans une économie figée.
 
L'obésité de l'État ? La multiplication de structures stériles, la transformation des fonctions régaliennes en fonctions tatillonnes de régulation et de gestion, de l'État en agence d'administration. C'est aussi la priorité aux intérêts des ronds-de-cuir organisés de l'État et du secteur public sur l'intérêt général.
 
La violence ? C'est l'incapacité de l'État à faire appliquer la loi, parce que les mafias des banlieues sont trop puissantes, parce que l'islamisation semble irréversible, parce que les juges refusent d'appliquer les sanctions prévues par la législation.
 
L'immigration sans limites ? C'est l'abdication devant les souhaits de la Ligue arabe (voir l'ouvrage Eurabia de Bat Yé'or) et le renoncement face aux menaces des phalanges trotskistes et des fanatiques de la compassion universelle, de l'épisode de l'église Saint Bernard au gymnase de Cachan. Ce sont les tribunaux qui annulent les arrêts de reconduite à la frontières des préfets, c'est l'Europe qui judiciarise les procédures, remettant l'application des décisions aux calendes grecques.
 
Que reste-t-il de l'État ?
 
L'État a été absent, déserteur, velléitaire, résigné, devant la forêt des intérêts particuliers défendant férocement leurs prérogatives au détriment de tous. Au point que l'on a inventé du coté de Marseille la grève préventive, non pas pour défendre un droit ou un intérêt, mais pour empêcher qu'un privilège puisse être éventuellement mis en cause dans l'avenir (grève de la RTM en 2005, grève du Port autonome en 2007).
Et quand l'État s'avère aussi impuissant à faire son travail d'État, chacun doit bien défendre ses acquis envers et contre tout, et tant pis pour ceux qui sont vulnérable et pour ce qui devient une fiction de nation.
C'est pour restaurer la souveraineté de l'État que Nicolas Sarkozy a longuement insisté sur ses figures de référence le 14 janvier, dans un remarquable discours, sur ceux qui ont fait les valeurs qui peuvent donner aux Français un sentiment de fierté et d'amour pour leur propre histoire et pour le message dont ils sont porteurs.
 
C'est pour cela qu'il a introduit aussi le thème central de l'identité nationale.
Contrairement aux affirmations de Claude Allègre et de Denis Jeambar, qui n'y ont vraiment rien compris en parlant de "rabougrissement" (1), contrairement à Alain-Gérard Slama qui associe cette notion aux usages qui en ont été fait par d'anciennes forces réactionnaires ou par Vichy (2), l'identité nationale a un sens bien précis : une certaine priorité donnée à l'appartenance à la nation sur les autres appartenances (régionales, professionnelles, philosophiques, artistiques, etc.).
 
Il faut que les infra-identités s'effacent un peu. Comment autrement rendre le sens de l'intérêt national, obtenir un certain consensus sur des réformes douloureuses, mobiliser positivement l'opinion ?
Ce retour du pays sur lui-même est absolument décisif pour saisir les opportunités du monde nouveau et pour faire face aux grands tsunamis qui l'attendent inévitablement (le terrorisme international qui lèche nos frontières, la montée des conflits régionaux, la nucléarisation de l'Iran, la mondialisation des centres d'innovation technologique, la concurrence toujours plus sévère, les territoires perdus pour la République, l'insurrection larvée à connotation ethnico-religieuse, le quasi apartheid des banlieues dans la nation …).
 
Et il ne faudra pas compter sur le parti socialiste.
Une opposition réaliste et non idéologique est indispensable au fonctionnement d'une démocratie.
Comment optimiser les décisions publiques si elles ne font pas l'objet d'une critique constructive et si des alternatives globales ne sont pas proposées au pays ?
Dire que le parti socialiste n'a pas fait son aggiornamento, cela relève de l'évidence. Il en est encore à dénoncer le rôle du marché dans la dynamisation de l'économie et la création d'emploi, à proposer des augmentations massives du salaire minimum sans voir qu'elles coûteraient des centaines de milliers d'emploi, à répartir le travail au lieu de libérer les forces productives.
Mais pire encore, le voila qui élève à la candidature une personnalité loufoque, une Deschanel (3) en jupons qui est parvenue en quelques mois à faire voter les militants "en se bouchant les oreilles" et à provoquer la curiosité un peu amusée des chancelleries du monde entier.
 
Tel est le destin de Nicolas Sarkozy. Il a la charge de rétablir l'unité d'une nation en voie de dissociation, de reconstruire un État fondé sur la confiance des citoyens, de permettre au pays de se retrouver et d'affronter de singuliers défis intérieurs et extérieurs.
Il a fait preuve à ce jour d'une vista, d'une énergie, et d'un sang froid assez exceptionnels. Il s'est préparé à la fonction présidentielle, il a beaucoup travaillé, et il a su semble-t-il s'entourer d'équipes solides, même si trop de chiraquiens évoluent dans ses marges. Il faudra l'aider.
Non pas comme béni oui-oui, mais en animant une réflexion au sein de la société civile, pour soutenir et défendre, mais aussi pour suggérer, proposer, critiquer, en un mot pour contribuer à élever la qualité de la décision publique.
 
(1)Voir Contre la France rabougrie Libération 23 avril 2007
(2) Voir Les pièges de l'identité Le Figaro Magazine 24 mars 2007
(3) Paul Deschanel a été président de la République en 1920. On le retrouva un matin en pyjama sur une voie de chemin de fer. Il était tombé du train. Un autre jour, on le repêcha dans un bassin du château de Rambouillet.
 

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