L’état d’urgence décrété autour de Gaza

Publié le par Ofek

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Article émis de Sdérot et de Gaza à 12h 30 locales, 11h 30 en France.
  
Ilan Tsadik à Sdérot
 
Hier, samedi, une dizaine de Qassam sont tombés sur la ville, sans faire de victimes mais occasionnant des dégâts matériels (9 sont tombés, aujourd’hui, jusqu’à 14h. Ndlr.). Ce matin, le cabinet restreint "politico-sécuritaire" a pris une décision importante, celle de décréter l’état d’urgence spécial sur tout le pourtour de la bande de Gaza. En termes immédiats, cela signifie que la région passe sous administration militaire, et que l’armée est désormais responsable de toutes les activités se déroulant dans cette portion du territoire national. Cela signifie, entre autres, et c’est un changement d’envergure, que c’est Tsahal qui décide désormais de l’ouverture et de la fermeture des écoles et des commerces. De plus, le même cabinet a, enfin, appliqué les mesures dites "d’agglomérations de zone à risque" à tous les riverains de Gaza, impliquant des réductions de taxes et d’impôts pour les particuliers et les entreprises, ainsi que des dispositions financières d’aide au développement.
 
Ces mesures placent Sdérot sur un pied d’égalité avec les villes frontalières du Nord, telles Kiriat-Shmona et Naharya.
 
Sur le plan de la construction des abris, une course poursuite est désormais engagée entre l’Etat et le milliardaire Arcady Gaydamak. Ce dernier a débloqué 60 millions de Shekels (un peu plus de 10 millions d’euros) afin de doter toutes les maisons de Sdérot non encore équipées d’une chambre fortifiée à l’abri des bombes. Chacun de ces Mamad coûte environ 50 000 Shekels. Qui plus est, Gaydamak, qui a passé contrat avec un groupe d’entrepreneurs, s’est engagé à terminer le travail sous quatre mois. Cette initiative privée réjouit les habitants du Néguev occidental, eux qui subissent les attaques des islamistes depuis déjà sept ans.
 
Ehoud Olmert, le 1er ministre, goûte moyennement à la démarche du mécène d’origine russe, jugeant que c’est la fonction de l’Etat d’effectuer ces travaux. Olmert a ainsi affirmé que les crédits avaient été débloqués et qu’ils allaient commencer incessamment. A Sdérot, où règne la nausée des promesses gouvernementales non tenues, la population a choisi son roi sans la moindre hésitation. L’essentiel, à mes yeux, c’est que la population va rapidement jouir de la protection qui lui revient depuis longtemps.
 
Mais le décret de l’état d’urgence a également des aspects militaires et tactiques. Les premiers à l’avoir compris sont les terroristes du Djihad Islamique Palestinien, qui ont immédiatement menacé d’envoyer en Israël des dizaines de femmes-suicide au cas où Tsahal déciderait de réoccuper la bande de Gaza.
 
Ce qu’il faut saisir de la réaction des islamistes, c’est que l’état d’urgence n’a pas été proclamé pour des prunes et que le gouvernement des Hébreux se prépare à un conflit de longue durée. Un conflit qui pourrait, cette fois, effectivement aboutir à la réoccupation de Gaza, dans le cas où les tirs de roquettes ne cesseraient pas du fait des frappes aériennes en cours.
 
A ce sujet, Stéphane Juffa et mon père me font judicieusement remarquer que la cessation des actions militaires, en cas d’arrêt des tirs de Qassam, constituerait une erreur stratégique grave de la part d’Israël. En effet, ceci consisterait à remettre au Hamas les clefs de l’initiative dans la confrontation. Je m’explique : lorsque la Résistance Islamique aura été suffisamment ramollie par les frappes précises de notre aviation, elle stoppera le bombardement quotidien du Néguev occidental. Par le passé, ces trêves ont servi au Hamas à panser ses blessures et à se réarmer, en utilisant en plein la contrebande en provenance d’Egypte.
 
Et lorsque les terroristes sont requinqués, lorsque cela contribue – selon leur vision des choses – à la prise de contrôle rampante de l’Autorité Palestinienne, il remettent le couvert et canardent à nouveau les paisibles citoyens de Sdérot et du Kibboutz Shar Haneguev. Souvent, comme on l’a constaté ces dix derniers jours, ils le font avec des roquettes de moins en moins artisanales et de plus en plus précises. De fait, ces alliés palestiniens d’Ahmadinejad sont en train de tester un Qassam dont la portée sera rallongée de 9 à 12 kilomètres, ce qui mettrait la ville côtière d’Ashkelon, et sa centrale électrique, sous le feu des intégristes.
 
Une lecture stratégique correcte de la situation oblige donc à considérer que l’altercation en cours ne doit s’arrêter que lorsque le Hamas aura été défait et son potentiel de nuisance réduit au minimum. La même lecture impose à Israël de se réapproprier la voie Philadelphie, le long de la frontière égyptienne, par où transitent les armes et les munitions qui servent à combattre le Fatah et à agresser nos concitoyens.
 
Ce qui précède implique qu’il faut répondre à l’appel du président Bush, de l’Egypte, des Occidentaux et des Etats arabes sunnites en continuant à soutenir les forces présidentialistes, jusqu’à ce qu’elles prennent le dessus et soient en mesure d’établir l’ordre à Gaza. Au vu du rapport de force actuel, au rythme où les événements se déroulent, un tel retournement pourrait bien prendre un an. Reste que, le point de vue de Mohammed Hateb Ibrahim, l’ambassadeur égyptien en Israël, selon lequel une mainmise du Hamas sur Gaza constituerait une tragédie régionale, n’est pas discutable. Pour l’Etat hébreu, cela signifierait avoir à souffrir la présence des supplétifs génocidaires de Téhéran, sur un territoire qu’ils contrôleraient, à moins de cent kilomètres de Tel-Aviv. Vous le comprenez bien, mes biches et mes biquets, cette perspective est tout simplement inconcevable. Il ne s’agit pas d’un parti pris politique, mais d’une nécessité stratégique. Ilan espère – et veut croire – que ce qui est évident pour les analystes de la Ména et pour le chef de la Commission des Affaires Etrangères et de la Défense à la Knesset, Youval Steinitz, l’est également pour les stratèges qui conseillent le cabinet politico-sécuritaire.   
  
Il convient donc, si ce n’est par amour pour Hélène, du moins par la haine de Troie, de continuer à prendre en compte les demandes de frappes provenant des chefs du Fath’ à Gaza. D’affecter pareillement les lanceurs de Qassam, leurs commandants et les dépôts d’armes du Hamas. Et surtout, de ne pas cesser les opérations jusqu’à ce que l’objectif stratégique soit atteint, car l’enjeu dépasse largement la sécurité de nos amis de Sdérot.
 
 
Sami El Soudi à Gaza
 
Le cessez-le-feu décrété samedi n’a pas tenu. Les combats ont repris entre les miliciens de la Force exécutive du Hamas et les forces de sécurité de l’Autorité Palestinienne. Depuis que j’ai rendu publique l’existence de la coopération entre les Fatahwi et les Israéliens, les radios et la télévision des islamistes se sont mises à appeler les présidentialistes : "l’Armée de Lahad". Ils font ainsi référence à l’Armée du Liban Sud, qui, sous les ordres du général Antoine Lahad, combattait le Hezbollah aux côtés d’Israël.
 
Au sein de la Garde présidentielle et de la Sécurité préventive, les deux groupes qui forment l’épine dorsale des combattants de l’OLP à Gaza, on ne fait plus attention à ces invectives. Car le contrôle de Gaza dépend des frappes des F-16 et peu importe qui les pilote. L’important est que ces frappes soient efficaces, et elles le sont au-delà du moindre doute.
 
Certes, le Hamas tente de diminuer l’ampleur de ses pertes : il parle de 17 tués depuis le début de l’intervention israélienne, mardi. Une intervention, il est indispensable de le préciser, qui est survenue après quatre jours de bombardements intensifs du Néguev occidental, pendant lesquels l’IDF (Force de Défense d’Israël. Ndlr.) s’était retenue et avait encaissé, sans répondre, plus de 80 impacts de Qassam et de mortiers sur son territoire. On a, depuis, dépassé les 160 projectiles.
 
Tsahal fait état de 30 morts dans les rangs islamistes, mais elle est encore loin du compte. D’après mes sources, basées sur les confidences de mes amis médecins, ce ne sont pas moins de 49 miliciens intégristes qui ont péri sous les missiles de l’armée de l’air israélienne et 179 qui ont été mis hors de combat. Parmi les blessés, une quinzaine au moins se trouvent, ce matin, dans un état désespéré.
 
La différence entre les bilan est significative : à en croire le Hamas, il s’agirait d’une atteinte marginale à son dispositif. Mais selon les chiffres à ma disposition, l’irruption des Hébreux dans notre guerre civile a déjà des effets tactiques sensibles. Ainsi, tout déplacement des islamistes, de même que tout rassemblement, sont devenus hasardeux. Hier, par exemple, les avions ont touché un camion de munitions, ce qui a provoqué une déflagration considérable, qu’on a entendue dans toute la ville et la banlieue de Gaza.
 
Forts du soutien de leurs nouveaux alliés, les Fatahwi ont resserré leur étreinte autour de l’université islamique, la véritable place forte du Hamas dans la cité. J’ignore si les forces présidentialistes sont prêtes à donner l’assaut à l’université, mais il est clair que si cette dernière venait à tomber, cela marquerait une étape prépondérante à ce stade de la bataille.
 
Autre phénomène significatif de ces derniers jours : les combattants n’obéissent plus à leurs chefs politiques respectifs. Ou seulement lorsque ça les arrange. Aussi, si du côté du Fatah le commandement effectif se trouve entre les mains des officiers de plusieurs groupes de combat et de clans divers, chez les intégristes, le chef de guerre Ahmed Jabari s’impose, de jour en jour, comme le décideur suprême. Il s’agit d’un personnage à la brutalité extrême, qui établit sa prédominance par la terreur. Terreur contre ses ennemis et contre ses propres partenaires. L’homme a le regard glacial des personnes dont la conduite se veut inspirée par une force supérieure. Il n’obéit qu’au prophète Mohamed. Pas à Ismaïl Hanya, qui a été réduit à l’état de spectateur, ni même à Khaled Mashal, qui hurle en vain ses directives au téléphone depuis Damas, mais au ciel.
 
C’est la raison qui fait que les officiers de terrain de l’OLP indiquent aux Israéliens les déplacements de Jabari, de ses lieutenants, et de leur matériel. C’est ce qui explique, entre autres, que les pilotes de l’IDF savent toujours exactement quelle cible, quel véhicule viser. C’est aussi le raisonnement qui fait qu’ils ne s’attardent pas à tenter d’éliminer les ministres du Hamas : ils ne servent à rien, ne décident de rien et leurs paroles ne pèsent d’aucun poids.
 
Dans cette sombre histoire, Mahmoud Abbas est également réduit au rôle de commis-voyageur. Une espèce de Monsieur bons offices, en quelque sorte, qui déteste faire couler le sang inter palestinien, et surtout, qui manque de confiance dans les capacités de son armée. Il est évident qu’avec un commandant en chef poltron, qui voudrait diriger les combats depuis un hôtel égyptien, il est difficile de plastronner. Ce qui ne devrait pas dispenser Abou Mazen d’adopter un comportement logique, ne serait-ce que pour conserver ce qui lui reste de crédibilité : lorsqu’il demande à Condoleezza Rice que les USA fassent cesser les frappes israéliennes, Abbas espère, implicitement, que les Israéliens laissent bombarder Sdérot sans réagir, de leur plein gré. A moins qu’il ne tente d’obtenir l’accord de Jabari afin qu’il mette un terme, en contrepartie, aux attaques contre le Néguev. Auquel cas, il s’agirait d’une erreur grave, comme l’a bien expliqué Ilan Tsadik.
 
Assis chez des amis, dans un local relativement protégé, je dois être l’un des seuls Palestiniens à me rappeler, au milieu de ce chaos difficile à décrire, qu’il y a deux ans, les Israéliens avaient quitté Gaza avec armes et bagages, nous laissant le premier territoire de l’Histoire de la Palestine à gérer à notre guise. Avec une frontière ouverte, communiquant avec un autre pays arabe ami. Or nous n’avons été capables de rien construire, pas une pierre sur une pierre. Nous avons utilisé la frontière et notre argent à nous procurer des armes. Nous avons tiré sur les points de passage avec l’Etat hébreu, obtenu la fermeture des usines mixtes. Nous n’avons pas cessé de bombarder des cibles insignifiantes en territoire israélien, obtenant des résultants militaires insignifiants. Et maintenant, nous nous écorchons vifs les uns les autres, en imposant, pratiquement, aux Juifs de venir nous réoccuper. Quelle tragédie. En agissant autrement, nous aurions aujourd’hui un Etat, c’est certain ; un pays jouissant du soutien de la communauté internationale. En relisant cet article, je me demande si nous serons jamais capables de nous autogérer, et, pour ne rien vous cacher,  je n’en suis pas sûr du tout.
 
Sami El Soudi à Gaza et Ilan Tsadik à Sdérot  sur : Metula News Agency

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