Méthode Russe : Faire la guerre par procuration

Publié le par Ofek

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Ci-après, deux exemples de la manie russe de manipuler les états sous leur influence pour les utiliser comme armes de guerre face à des ennemis qu’ils se garderaient bien d’attaquer ouvertement.
On notera au passage que les russes vassalisent toutes les dictatures de la planète en leur fournissant des armes, tout en profitant de l’hypocrisie de la communauté internationale qui leur permet de continuer à faire bonne figure, de donner des leçons de bonne conduite, et de siéger à la table de toutes les grandes instances comme s’ils n’étaient pas eux-mêmes la plus grande des dictatures !
 
I. Russie vs Amérique par Iran interposé
 
Les Russes ne font plus peur aux mollahs
 
Nous vous avions déjà expliqué la relation entre le rapprochement irano-américain et les annonces russes concernant la centrale de Bouchehr : en effet chaque fois que les mollahs font mine de vouloir arriver à une entente régionale avec les Américains ou qu’ils évoquent la tenue de rencontres qui excluent une participation Russe, cet Etat réagit en annonçant l’arrêt des travaux sur la centrale de Bouchehr.
Cette fois, il y a eu d’abord un avertissement le 25 mai avant la rencontre du 28 mai à Bagdad entre les Américains et les mollahs puis un second plus fort après la rencontre.
Le 25 mai, c’est un responsable anonyme de l’agence atomique russe Rosatom qui a déclaré que le projet de Bouchehr n’était plus rentable pour la Russie, en raison de problèmes de paiements du côté iranien. Après, la victoire de Téhéran face aux américains, la réaction Russe est devenue plus forte. Cette fois, la Russie s’est plainte que l’Iran ne remplissait pas ses obligations en réglant ses arriérés d’un milliard de dollars pour le réacteur nucléaire de Bouchehr !
Le prix de cette centrale a varié chaque année suivant les exigences des Russes. Ainsi le régime des mollahs a sans cesse payé des sommes supplémentaires aux Russes afin que ces derniers empêchent la mise en place des sanctions économiques par le Conseil de Sécurité. Mais aujourd’hui les sanctions sont là et les Russes ne servent plus les intérêts des mollahs alors que l’Iran reste la pièce maîtresse de la stratégie anti-américaine des Russes au Moyen-orient et en Asie Centrale.
Les Russes balancent entre la fermeté et le flou en évoquant successivement une dette d’un milliard de dollars et en faisant intervenir des responsables anonymes car ils n’ont pas réellement de prise sur les mollahs. Ils ont trop besoin de leur présence nuisible régionale pour les malmener. Le chantage des Russes concernant la finition de Bouchehr ne fonctionne plus, d’où ces déclarations anonymes. De toutes les façons, les mollahs ne pourront plus honorer leurs dettes.
De plus, en cas d’une entente régionale avec les Américains, les mollahs feront arrêter les ingénieurs Russes résidant en Iran comme étant des espions. Par la même occasion, le régime des mollahs deviendra le pire cauchemar pour la politique de suprématie énergétique de la Russie. Il est donc primordial de ne pas brusquer les mollahs et d’attendre. Les annonces Russes concernant Bouchehr sont de nouvelles preuves de la perte de l’influence de la Russie en Iran.
Les Russes doivent trouver un moyen pour briser l’idylle entre les mollahs et les Américains ou dire adieu à leurs nouvelles conquêtes régionales.
 
 
II. Russie vs Israël par pays arabes interposés
 
La guerre soviétique des Six Jours
 
La cause de la Guerre des Six Jours, qui débuta il y aura 40 ans la semaine prochaine, est l'une des grandes énigmes du Moyen-Orient moderne. Ni Israël ni ses voisins arabes ne souhaitaient ni ne s'attendaient à entrer en conflit en juin 1967; le consensus généralement admis par les historiens soutient que ces combats non désirés furent le résultat d'une succession d'incidents.
 
Aujourd'hui, un couple de chercheurs, Isabella Ginor et Gideon Remez, remettent en question la théorie de l'incident et proposent une explication plausible de l'origine de cette guerre.
Comme le suggère le titre de leur ouvrage, Foxbats over Dimona: The Soviets' Nuclear Gamble in the Six-Day War (Foxbats sur Dimona : le pari nucléaire des Soviets lors de la guerre des Six Jours – Yale University Press), ils affirment que celle-ci est la conséquence d'une intrigue du Politburo soviétique visant à éliminer les installations nucléaires israéliennes de Dimona et, avec elles, les intentions d'Israël de développer des armes nucléaires.
Le texte se présente comme la solution d'un mystère : il amasse des informations en provenance de très nombreuses sources et guide les lecteurs pas à pas dans l'argumentation, développant ainsi une démonstration intuitivement convaincante et qui doit être prise au sérieux. En voici un résumé:
 
Moshe Sneh, leader communiste israélien (et père d'Ephraim Sneh, l'actuel vice-ministre israélien de la Défense), déclarait à l'ambassadeur soviétique, en décembre 1965, qu'un conseiller du Premier ministre l'avait informé de «l'intention d'Israël de produire sa propre bombe atomique».
Leonid Brejnev et ses collègues prirent la chose très au sérieux et décidèrent – comme l’ont fait les Israéliens avec l'Irak, en 1981, et comme ils pourraient bien le faire avec l'Iran, en 2007 – de mettre un terme à ce processus par des frappes aériennes.
 
Toutefois, au lieu d'agir directement, Moscou concocta un projet complexe destiné à inciter les Israéliens à engager une guerre qui se terminerait par une attaque soviétique contre Dimona.
Militairement, le Kremlin se prépara à encercler Israël avec une armada de forces dotées d'armes nucléaires, tant en Méditerranée qu'en Mer Rouge ; il disposa d’avance du matériel terrestre et entraîna des troupes dans la région avec l'intention de s'en servir.
 
L'information peut-être la plus saisissante de Foxbats over Dimona a trait aux plans d'attaque du territoire israélien par les troupes soviétiques, et plus particulièrement aux bombardements prévus des raffineries et des réservoirs de pétrole, ainsi qu'à la main tendue aux Arabes israéliens.
Il est également très révélateur d'apprendre que les avions soviétiques de reconnaissance, MiG-25 (les «Foxbats» du titre de l'ouvrage), survolèrent directement le réacteur de Dimona, en mai 1967.
 
Politiquement, le plan consistait à créer de faux rapports de renseignement sur des menaces qu'Israël aurait fait peser sur la Syrie, incitant ainsi les forces égyptiennes, syriennes et jordaniennes à se mettre sur le pied de guerre.
 
Comme ses patrons soviétiques le lui avaient ordonné, Gamal Abdel Nasser déplaça ses troupes en direction d'Israël, éloigna une force d'interposition des Nations Unies et bloqua un passage naval, crucial pour Israël – trois initiatives qui, ensemble, poussèrent les Israéliens à décréter un état d'alerte maximale.
Incapables de maintenir cette posture bien longtemps, ils frappèrent les premiers, tombant ainsi, apparemment, dans le piège soviétique.
 
Mais les forces de défense israéliennes firent alors quelque chose de stupéfiant.
Au lieu de se contenter d'une semonce, comme s'y attendaient les Soviétiques, ils remportèrent rapidement ce que j'ai appelé «la victoire la plus écrasante des annales de la guerre».
En n’utilisant que des moyens conventionnels, ils vainquirent les trois États arabes ennemis en six jours, devançant ainsi l'invasion soviétique prévue, laquelle dut être annulée précipitamment.
 
Ce fiasco ridiculisa le plan soviétique, et Moscou s'efforça donc de dissimuler son rôle dans la préparation de cette guerre (sa deuxième débâcle stratégique majeure de la décennie, après la tentative d'installer des missiles à Cuba).
Il y parvint si bien que la responsabilité soviétique dans la Guerre des Six Jours a disparu des histoires de ce conflit. Ainsi, un expert de cette guerre tel que Michael Oren a fait un accueil réservé à la thèse de Ginor et Remez, déclarant qu'il n'y avait trouvé «aucune preuve susceptible de la corroborer».
 
Si Foxbats over Dimona n'est pas le fin mot de l'affaire, il apporte une interprétation plausible et passionnante, riche d'implications, que d'autres peuvent maintenant étudier.
 
Le conflit israélo-arabe actuel, qui se concentre aujourd’hui sur les territoires conquis en 1967, et s’accompagne d'un antisémitisme virulent, résulte en bonne partie des décisions prises par le Kremlin quatre décennies plus tôt.
En fait, tout cela était inutile, car la possession d'armes nucléaires par Israël n'a eu qu'un impact limité sur l'Union soviétique jusqu'à sa chute, en 1991.
Et, comme le relèvent les auteurs, «la nostalgie du XXIe siècle pour la soi-disant stabilité de la guerre froide est largement illusoire».
 
On peut se demander, 40 ans plus tard, où nous en serions si la guerre soviétique des Six jours n'avait pas eu lieu. Quelque regrettable que puisse être la situation actuelle, elle serait vraisemblablement pire encore sans cette éclatante victoire israélienne.
 
 

Publié dans Russie - Chine

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