L’administration Bush oblige Israël à se mettre en danger

Publié le par Ofek

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Merci à Houmous.net pour l'image

Il est temps pour les amis de l’Etat juif - en particulier les Chrétiens sionistes - de faire entendre leur voix. Avant le voyage du Premier Ministre Ehud Olmert à la Maison Blanche le 19 juin, l’administration Bush presse Israël de se mettre en danger sur au moins deux fronts.
 
D’abord les Américains pressent le gouvernement Olmert d’accorder à l’Autorité Palestinienne et au chef du Fatah Mahmoud Abbas sa demande d’importer des millions de balles, des milliers de fusils d’assaut Kalachnikov, des RPG, des missiles antitanks et des transports de troupes blindés à Gaza depuis l’Egypte.
Le gouvernement doit déjà répondre à la demande. Ceux qui s’y opposent mettent en avant que les forces du Fatah à Gaza sont trop faibles et incapables de vaincre les forces du Hamas, et ainsi beaucoup d’armes transférées aux milices du Fatah finiront probablement dans les mains du Hamas.
Le raisonnement est correct, mais incomplet. Il est vrai que les forces du Fatah ne veulent pas, et probablement ne peuvent pas vaincre les forces du Hamas. Mais il est vrai aussi que les forces du Fatah utilisent leurs armes pour attaquer Israël. Aussi, même s’il n’y avait aucun risque que ces armes tombent entre les mains du Hamas, permettre au Fatah de les recevoir mett encore en danger Israël. 
Le même raisonnement limité nous apprend que l’objection énergique d’Israël au projet du Pentagone de vendre à l’Arabie saoudite des « bombes intelligentes » JDAMS [Munitions Guidées par Satellite pour une Attaque Directe Conjointe]. Le gouvernement déclare que, bien qu’il n’ait rien à faire avec les Saoudiens, il craint pour la stabilité du régime. Si la maison des Saouds s’effondre, Oussama ben Laden disposerait des bombes.
Pourtant, comme le Fatah, les Saoudiens ne sont pas seulement vulnérables. Ils sont coupables. En plus d’être les créateurs d’al Qaïda et les soutiens financiers les plus importants du Hamas, les Saoudiens eux-mêmes menacent Israël.
En contravention directe avec leur engagement à l’égard des USA, (et des USA vis-à-vis d’Israël), les Saoudiens ont déployé des avions de combat F15 sur la base aérienne de Tabouk, à 150 km d’Eilat. Le 13 mai, la Force aérienne saoudienne a fait une démonstration aérienne à Tabouk pour le Prince Abdullah et les Princes les plus importants, où les F15 ont été ostensiblement montrés.
Le moment de la démonstration était intéressant. Il a eu lieu le jour précédent la réception par Abdullah du Vice-président Richard Cheney à Tabouk.
L’administration ne demande pas seulement à Israël de faciliter l’armement de ses ennemis. Elle met aussi des restrictions à la capacité d’Israël de s’armer. Comme le Jerusalem Post l’a rapporté mercredi dernier, le Pentagone doit déjà répondre à la demande d’achat par Israël du bombardier furtif F-22. De plus, les USA semblent torpiller l’acquisition par Israël du chasseur F-35. Le Pentagone a fait connaître récemment ses objections au plan d’Israël d’installer une technologie israélienne sur les avions jets à livrer à partir de 2014. C’est en installant ses propres systèmes électroniques de guerre sur ses F-15 et F-16 que Israël a pu maintenir l’avance qualitative des Forces Aériennes Israéliennes (IAF) sur les Etats arabes qui ont aussi acheté l’avion.
L’hostilité de l’administration envers Israël n’est hélas pas une aberration. Elle est le résultat d’un glissement politique dans l’administration, survenu immédiatement après la défaite du Parti Républicain en novembre dernier.
Après la défaite républicaine, l’administration a adhéré au modèle de politique étrangère de l’ancien secrétaire d’Etat James Baker, fondé sur la croyance qu’il est possible et désirable d’atteindre un équilibre stable des pouvoirs au Moyen-Orient. Selon la vision de Baker, l’équilibre peut être obtenu en obligeant Israël à se réduire à ses proportions « naturelles ». Lorsque les Etats de la région (dont la Syrie et l’Iran que Baker souhaite se concilier) se seront placées dans leurs propres proportions, la stabilité sera assurée.
Baker a appuyé sa vision dans les recommandations du « Groupe d’Etudes sur l’Irak » (ISG en anglais) publiées immédiatement après les élections. Bien que le Président George W. Bush ait rejeté les recommandations de l’ISG, le jour suivant les élections, il a renvoyé le ministre de la défense Donald Rumsfeld, et l’a remplacé par Robert Gates qui avait participé à l’ISG. La Secrétaire d’Etat Condoleezza Rice est une disciple de l’ancien conseiller à la sécurité nationale, Brent Scowcroft, allié de Baker.
Le problème avec le modèle de Baker est qu’il n’a jamais été confronté à la réalité. Il s’est effondré pendant la Guerre Froide, aussi bien parce que l’Union Soviétique a travaillé sans cesse à la déstabilisation de pays alliés des USA, et quand les pays de l’Europe orientale et centrale se sont révoltés contre l’Empire vacillant et ont obtenu leur liberté avec son effondrement.
Dans les années 1990, le modèle de stabilité de Baker a échoué à anticiper les mouvements post-nationalistes qui se sont répandus à travers l’Europe occidentale et le monde musulman, et ont intégré l’objectif soviétique d’affaiblir les USA. Baker nie toujours le phénomène et ignore ses implications politiques.
Aujourd’hui, la notion que la stabilité soit un objectif réaliste est encore plus éloignée. En particulier, la volonté des Musulmans laïcs de fonder des relations stratégiques avec les jihadistes, et la volonté des shiites de fonder des partenariats stratégiques avec les Sunnites était inimaginable il y a vingt ans. A côté de cela, le spectre d’un Iran doté de l’arme nucléaire crée des difficultés considérables à toute perspective de stabilité régionale. Un regard autour de la région montre simplement combien sont vraiment absurdes les arguments de Baker.
Au Liban aujourd’hui, le Fatah al Islam, apparemment allié avec al Qaïda, combat l’armée libanaise dans une tentative de renverser le gouvernement Siniora, sur l’ordre de son parrain - le régime baathiste laïc de Damas. Le Fatah al Islam est aussi aligné sur le Hezbollah, qui partage sont objectif de renverser le gouvernement libanais, et sur l’Iran qui donne aux Syriens leurs ordres de marche. 
Cet état de choses est aussi le nom du jeu où l’Iran et la Syrie soutiennent à la fois l’armée du Mahdi Moqtada al Sadr, et les escadrons de la mort sunnites d’al Qaïda. Il se répète en Afghanistan où l’Iran arme les Talibans, et dans l’Autorité Palestinienne
De plus, les modèles de modération et de stabilité en Egypte et en Arabie saoudite, que Baker et ses partisans sont aussi enclins à renforcer, ne sont ni stables ni modérés. Aussi bien le président égyptien Hosni Moubarak que le roi Abdallah sont des hommes âgés à la santé incertaine. Pour « stabiliser » leurs régimes, ils travaillent à des alliances contre nature avec les « Frères Musulmans » et les Wahhabites, qui sont les seules forces que les sociétés égyptiennes et saoudiennes n’ont pas écrasées sous leurs bottes.
Cette semaine, la 10ème chaîne a rapporté que l’administration Bush a récemment informé Israël et les Etats du Golfe qu’ils n’ont pas l’intention de lancer des frappes militaires contre les installations nucléaires de l’Iran. Les Américains ont expliqué qu’ils ont besoin de l’aide iranienne pour stabiliser l’Irak, de façon à ouvrir la voie au retrait américain du pays avant que Bush ne quitte le pouvoir. Sous la régence de Baker, l’administration croit désormais apparemment que les USA seront mieux hors de l’Irak avec l’Iran doté de l’arme nucléaire, qu’en Irak avec l’Iran sans bombe nucléaire.
Pour leur part, les Arabes ont clairement démontré qu’ils ne partagent pas la nouvelle croyance déterminée par l’administration, à savoir que l’Iran doté de l’arme nucléaire atteindra un équilibre stable dans une balance ‘boulangère’ des puissances du Moyen-Orient à la Baker. Leur objectif déclaré de construire des réacteurs nucléaires est un signe clair qu’ils reconnaissent le danger d’un Iran doté de l’arme nucléaire. Le soutien de l’administration la demande arabe de réacteurs nucléaires souligne qu’elle veut avoir désormais une course aux armes nucléaires au Moyen-Orient.
Cela nous ramène en Israël, qui est situé au beau milieu du chaos régional. Comment Israël fait-il front à cet état de faits menaçants ? Pour sa part, Tsahal semble y faire face fort bien, au moins en ce qui concerne la Syrie et le Liban. La décision de Tsahal d’avoir des équipe de télévision filmant des soldats de Tsahal combattant dans des villages en maquette syriens cette semaine, comme l’annonce par le chef d’Etat Major Général Gabi Ashkenazi que Tsahal est prêt à combattre sur deux fronts simultanément : voilà des signes où Tsahal reconnaît que son seul pari de sécurité repose sur la préparation de toutes les hypothèses. Si Tsahal devait compléter ces actions avec des avertissements à l’Iran, et des plans opérationnels d’attaque des installations nucléaires iraniennes, et distribuer des masques à gaz au public, l’Etat Major Général avancerait pour prouver qu’il adopte la seule position stratégique raisonnable selon les cartes dont Israël dispose.
Pourtant, non seulement Tsahal n’avertit pas l’Iran, mais le gouvernement Olmert sape la position correcte de Tsahal à l’égard de la Syrie et du Liban. En effet, sur chaque front, y compris en Israël même, le Premier Ministre Ehud Olmert a lui-même adopté le modèle en faillite de Baker.
Plutôt que d’expliquer publiquement que, à la lumière de la position de la Syrie comme Etat client de l’Iran au Liban, en Irak et en Israël, qu’il n’y a rien dont nous puissions discuter avec la Syrie, mercredi dernier, Olmert a annoncé qu’il souhaite ouvrir des négociations avec les Syriens sur la restitution par Israël des Hauteurs du Golan.
Les Syriens de leur côté ont placé Olmert en difficulté jeudi en acceptant son offre. Comme Karl Moor et David Rivkin l’ont expliqué jeudi dans le Jerusalem Post, il n’est pas vrai, comme Olmert et ses sous-fifres ont déclaré, qu’ils n’ont rien à perdre en négociant avec la Syrie. Etant donnée la perception de la faiblesse d’Israël à la suite de la guerre de l’été dernier, et la perception de la force de la Syrie, parler à la Syrie sur la restitution par Israël des Hauteurs du Golan ne fera qu’encourager l’agressivité syrienne.
Et de même qu’avec les Syriens, de même avec les Palestiniens, le gouvernement Olmert agit comme la poule mouillée Baker. Plutôt que de conduire une campagne militaire rationnelle pour vaincre le front jihadiste qui s’est implanté à Gaza, Olmert fait presque chaque jour des déclarations disant aux Palestiniens qu’Israël ne leur fera aucun mal. Il défend cette stratégie politique en déclamant l’importance de renforcer la « stabilité » de l’Autorité Palestinienne.
Et puis il y a le lèche-cutage quotidien que Olmert et la ministre des affaires étrangère Tzipi Livni font aux Egyptiens et aux Saoudiens. Israël les félicite tous les deux comme « modérés », alors que l’Egypte jure publiquement de ne pas prendre de mesures pour arrêter le transfert d’armes du Sinaï vers Gaza, et que les Saoudiens financent le Hamas, et exigent qu’Israël exécute leur « plan de paix » qui appelle à la destruction d’Israël.
Pourtant tous ces radoteurs incompétents sont dérisoires en comparaison de la faiblesse d’Israël à l’égard de l’Iran. L’affirmation par le ministre des transports Shaul Mofaz cette semaine dans le ‘Post’ que : « Il ne pense pas qu’il soit correct de parler d’option militaire aujourd’hui » à l’encontre de l’Iran parce qu’il croit que les sanctions peuvent encore convaincre les Mollahs d’abandonner leurs ambitions nucléaires : cela se situe dangereusement près d’un effondrement d’Israël face à une menace existentielle. Le fait que Mofaz ait fait cette déclaration la semaine même où le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a annoncé que l’Iran a dépassé le seuil nucléaire ne fait qu’exacerber la perception du désarroi stratégique israélien.
Tôt ou tard, les USA paieront le prix de la décision de l’administration américaine d’adhérer à l’illusion de la stabilité comme objectif stratégique. Avec des forces jihadistes devenant plus fortes à travers le monde, si les Américains quittent l’Irak sans victoire, il n’y a aucun doute que l’Irak (et l’Iran et la Syrie) viendra chez eux. Mais quelles que soient les conséquences du comportement de l’Amérique pour elle-même, le prix qu’Israël paiera pour l’adhésion aux mythes de la stabilité de Baker sera indicible.
 
Caroline B. Glick - Jewish World Review - Adaptation française de Sentinelle 5767 sur : http://www.desinfos.com/article.php?id_article=7411

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