Illusions ? Quelles illusions ?

Publié le par Ofek

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Il n’y a aucune fatalité dans les événements qui secouent Gaza depuis quelques jours.
Juste le résultat d’une stratégie. Celle d’une machine bien huilée, financée et entraînée, qui a conduit irrémédiablement à franchir une nouvelle étape dans la consolidation de l’alliance pan-islamiste.
 
Alors que les soutiens palestiniens se plaignent de la dégradation de la situation humanitaire comme le résultat de « l’occupation » à Gaza, les commentateurs de nos media oublient de souligner qu’Israël a fait évacuer non seulement son armée, mais aussi tous les civils des implantations depuis 2005 afin de laisser une bande de Gaza « Judenrein » aux Palestiniens !
 
Ils omettent également de préciser que, malgré la suspension officielle de l’aide américaine et européenne en raison de la défiance vis à vis du Hamas, les fonds qui sont parvenus à l’Autorité palestinienne en provenance d’Europe sont près de trois fois supérieurs à ceux de l’année précédente : 900 millions de dollars en 2006 alors qu’elle était de 349 millions de dollars en 2005 !
 
Des officiels palestiniens déclarent qu’il ne s’agit que d’une estimation, car ils ne peuvent évaluer avec précision l’ampleur des fonds en provenance du monde arabe - mais surtout d’Iran - qui ont été introduits à Gaza dans des valises par les cadres du Hamas.
 
Bien loin de servir le but auquel ils étaient officiellement destinés - l’aide aux populations et le salaire des fonctionnaires en particulier - ces fonds ont été utilisés pour préparer le putsch de Gaza et ouvrir un nouveau front.
 
La chute du QG de la force de sécurité préventive du Fatah aux mains du Hamas ne fait qu’amplifier le processus, avec la saisie d’armes, de blindés et de documents sensibles.
 
Un membre du Hamas à Gaza city parle de 50 000 fusils d’assaut, d’armes de poing, de millions de munitions, de dizaines de véhicules et d’équipement militaire « important »... qui va se retrouver aux mains des 12 000 hommes du Hamas, entraînés par les bons soins de l’Iran.
 
À elle seule, cette déclaration permet de mesurer à quel point les Etats-Unis, l’Europe et le gouvernement Olmert se sont leurrés. Le financement, la fourniture d’armes aux forces de sécurité de Mahmoud Abbas ont directement profité au Hamas.
 
Entre les aveux de faiblesse de Mahmoud Abbas « par manque de moyens » et l’absence de résultats lorsqu’il les a, la messe est dite : remake d’un scénario déjà connu où il a fait la preuve de son incapacité à gérer une situation dans laquelle il se fait régulièrement déborder par ses extrêmes.
 
Nous sommes bien loin du « traité de paix explicite, dans lequel doivent clairement apparaître le renoncement à la violence, la reconnaissance de l’Etat d’Israël et l’engagement irrévocable à respecter les accords passés ».
 
L’enchaînement des événements nous démontre, s’il en est besoin, la préparation minutieuse qui se déroule sous nos yeux.
 
L’offensive du Hezbollah pendant l’été 2006, la prise de Gaza par le Hamas, le réarmement de la Syrie avec la dernière génération de missiles russes, la tentative de déstabilisation du Liban par les milices palestiniennes islamistes, les déclarations d’Ahmadinejad concernant la poursuite du programme nucléaire iranien et la pluie quotidienne de roquettes depuis Gaza sur Sdérot constituent une seule et même stratégie à plusieurs étages :
  tester les réactions du gouvernement israélien
  neutraliser les velléités d’intervention des Etats-Unis déjà bien embourbés en Irak
  inciter l’Union européenne à considérer le Hamas comme un « interlocuteur valable »
  tenter d’empêcher une offensive israélienne à grande échelle.
 
De nombreux commentateurs - en particulier les anglais « très inquiets du sort de leur confrère Alan Johnston » et la gauche israélienne - sont déjà prompts à déclarer que cette situation est la conséquence de « l’isolement du mouvement radical islamiste » et appellent à « négocier avec lui ».
Or, ce prétendu isolement ne se produit que dans leur imagination : jamais le Hamas n’a-t-il été aussi bien financé, armé et entraîné.
 
On peut négocier avec un interlocuteur qui a des divergences sur les moyens d’atteindre la paix. En revanche, il n’existe pas d’arguments capables de convaincre un adversaire qui persiste et signe en affirmant haut et fort sa volonté de vous détruire.
 
« Il est désormais évident que la bande de Gaza est devenue un poste de commandement de l’Iran contre nous », constate Tzahi Hanegbi, président de la commission de la défense et des affaires étrangères du Parlement israélien.
 
« Les méthodes utilisées sont une parfaite imitation de celles du Hezbollah », souligne un commentateur militaire. « L’Iran est dorénavant à cinq minutes d’Ashkelon ».
 
J’aimerais tant me tromper, mais je crains, une fois de plus, qu’Israël ne se retrouve aux premières loges d’une tentative d’annihilation voulue par ses ennemis.
Cette fois pourtant, le danger est plus grand que jamais parce que des limites ont été franchies.
 
Des missiles se sont abattus sur les populations civiles de centres urbains israéliens sans que la Communauté internationale ne juge utile de réagir autrement qu’en qualifiant la réaction israélienne de « disproportionnée ».
Le Chef du gouvernement, le ministre de la Défense et le Chef d’Etat-major israéliens n’ont pas évalué la menace à sa juste valeur et ont observé, passifs, les progrès de l’axe Iran-Syrie-Hezbollah-Hamas.
 
L’arrivée de l’ancien Premier ministre et Chef d’Etat-major Ehud Barak au poste de nouveau ministre de la défense est peut-être un bon signe, mais elle est tardive.
Le manque total de leadership à la tête de l’Etat reste préoccupant : Olmert zigzague péniblement à travers des déclarations contradictoires, tout en s’accrochant au pouvoir.
Une lacune dont pourrait bien profiter la nouvelle alliance pan-islamiste pour déclencher le feu cet été. Sans qu’il y ait besoin d’attendre l’avènement de la recherche nucléaire iranienne. Celle-ci se poursuit inexorablement, décourageant les velléités d’intervention occidentale en agitant le spectre d’un baril de pétrole à 120 $...
 
En 1967, Israël a pris les devants pour éviter la catastrophe, mais n’a pas su exploiter les fruits de sa victoire militaire pour construire une paix avec tous ses voisins sur des fondations solides.
En 2007, la menace est passée au cran supérieur. Le pan-arabisme a fait place au pan-islamisme, dont le radicalisme aveugle est sourd à toute raison.
 
Les islamistes ne sont pas muets pour autant, ils se servent très bien de la propagande pour endormir l’Occident. Car il est clair qu’ils visent beaucoup plus loin qu’Israël, qui n’est pour eux qu’une première étape.
 
Israël est en première ligne et le choix auquel il se trouve cette fois confronté ne comporte qu’une marge de manœuvre très étroite. Elle ne laisse pas de place à l’erreur : faire le « sale boulot », devancer l’appel en frappant fort sur tous les fronts, ou faire comprendre, de manière très explicite, qu’il n’y aura pas de nouvel « été 2006 ».
Un message adressé à ses adversaires potentiels mais aussi à ceux qui voudraient feindre d’ignorer les dangers de la fuite en avant d’une alliance d’irresponsables. Tant à l’extérieur de leurs frontières que chez eux.
 
Il ne reste qu’à souhaiter que les messages qui ne manqueront pas de s’échanger de part et d’autre dans les semaines qui viennent seront clairement reçus car, jusqu’à présent, bien qu’ayant « condamné ses crimes », aucun des membres de la Ligue arabe n’a désavoué le Hamas ! Ce qui ne manquera pas d’être interprété comme un signe d’encouragement par Téhéran et Damas.
 
Pour l’heure, le Hamas parade dans les rues de Gaza et piétine pour les journalistes les oripeaux de l’Autorité palestinienne.
 
Comme beaucoup de media contemporains, L’EXPRESS se contente de reprendre à son compte une dépêche de Reuters,dégoulinante de condescendance, intitulée « Gaza saisie par la peur de l’isolement ».
 
Ces manifestations d’opérette pour les media sont l’arbre qui cache la forêt et contribuent à démontrer qu’on ne doit jamais concéder quoi que ce soit sans contrepartie.
La tournure des événements à l’Ouest comme au Nord nous conduit à mesurer les conséquences désastreuses résultant d’un « désengagement unilatéral » de Gaza sans aucun contrepoids, comme le caractère éphémère d’une victoire militaire sans aucune avancée politique durable.
 
Je rends hommage à Jacques DEROGY, grand reporter à l’EXPRESS aujourd’hui disparu. Dans un livre écrit avec son confrère Jean-Noël GURGAND, il parlait avec courage, dans un environnement qui ne partageait pas leurs idées, « de la remise en cause, par le jeu cynique des intérêts, du droit des Juifs à constituer une nation ».
 
Il évoquait la « crise où, entre une victoire militaire et une défaite politique, le pays redécouvrait l’amère solitude du Juif dans un monde sans foi ni loi [...]. Champs de bataille, tapis verts, missiles, otages, pétrole [...], en plein coeur de l’imprévisible psychodrame qu’est l’Histoire d’aujourd’hui, Israël s’apprête, une fois de plus, l’âme déchiquetée, à regarder la mort en face ».
C’était en 1975...
 
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