Des moyens de pression sur le Hamastan

Publié le par Ofek

Hamas-pouvoir.jpg 
Comprenons-nous bien. Le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza, dans un spectacle de brutalité impitoyable envers son propre peuple.
On a vu des Palestiniens jetés des toits des bâtiments. On a vu des Palestiniens abattus de dizaines de balles tirées en pleine tête par d’autres Palestiniens. Des Palestiniens tués devant leurs familles. Des Palestiniens tués par d’autres Palestiniens alors qu’ils attendaient, désespérés et impuissants, pour sortir de la bande de Gaza.
 
Les hommes armés du Hamas étaient prêts à hacher menu les leurs, allant même jusqu’à piller la demeure de la figure emblématique de la cause palestinienne, Yasser Arafat, et à voler son prix Nobel de la paix.
Une belle farce : des terroristes qui délestent du prix le plus prestigieux de la planète feu son lauréat, qui avait tant manigancé pour faire échouer les accords de paix.
Mais la principale cible de leurs aspirations meurtrières reste, naturellement, l’Etat sioniste honni.
 
Pour le Hamas, Israël n’a pas le moindre droit à l’existence. Il doit être détruit.
Il ne peut y avoir de souveraineté juive sur cette terre. Les jeunes esprits palestiniens doivent être éduqués pour exterminer les infidèles, à la première occasion.
Le Hamas a peut-être affirmé son emprise sur Gaza par la barbarie, mais c’est la population palestinienne qui, de son propre gré, lui a confié la tâche de diriger son Parlement.
 
Oui, la population voulait se débarrasser d’un Fatah corrompu. Mais ils savaient tout du fondamentalisme violent et sans compromis du Hamas, qui ne les a pas dissuadés.
Et c’est un autre leader dûment élu par les Palestiniens, Mahmoud Abbas, qui a décidé de créer un gouvernement en partenariat avec cette organisation de meurtriers.
 
Et pourtant, cette ascension d’un régime militaire islamiste, née dans les urnes et consacrée dans son apogée sanglant à Gaza, sur le pas de notre porte, est saluée dans certaines sphères internationales comme porteuse d’un changement qui pourrait être positif.
 
Abbas, qui a donné au Hamas une légitimité politique, qui a choisi de ne pas l’affronter militairement, dont les fidèles ont souvent surpassé les « exploits » terroristes du Hamas, et dont les forces entraînées et armées par les Américains n’ont pu tenir tête au Hamas à Gaza (mettant du même coup un véritable arsenal à sa disposition), a été récompensé par le renouvellement de l’aide internationale.
Et ce malgré le fait qu’une partie de ce financement international finira inévitablement à Gaza, puisque Abbas y maintient l’illusion d’un contrôle de l’Autorité palestinienne.
Elle y servira à payer les salaires d’un système éducatif qui enseigne méthodiquement la haine d’Israël et de l’Occident.
 
Dans le même temps, on fait maintenant appel à Israël pour s’assurer que la population de Gaza survive à la prise de contrôle du territoire par le Hamas, qu’elle a elle-même porté.
On fait appel à Israël pour fournir de l’eau, du carburant et de la nourriture à Gaza, dominée par un leadership qui non seulement ne coordonne pas la réception de ce service, mais persiste à nier notre propre existence.
On fait appel à Israël pour continuer à fournir Gaza en électricité, avec la certitude que cette électricité serait employée, entre autres choses, à fabriquer des roquettes Kassam et d’autres armes destinées à tuer des Israéliens.
Et Israël, naturellement, se sent le devoir moral d’aider les Palestiniens ordinaires dans le besoin.
 
On fait également appel à Israël pour mettre de côté la question gênante de la prise de contrôle de Gaza par le Hamas, et le renforcement conséquent de son idéologie fondamentaliste et de celle de son principal allié, aux ambitions nucléaires, attaché à l’élimination d’Israël, l’Iran.
On fait appel à Israël pour mettre de côté, un moment, la menace croissante que constitue le contrôle total du Hamas sur ce qui est désormais une voie d’approvisionnement en armes depuis l’Egypte, à travers le couloir de Philadelphie.
 
On exige au contraire d’Israël, idée ostensiblement acceptée par son gouvernement, de profiter de l’occasion pour mener des négociations de paix avec un Mahmoud Abbas qui a soudain retrouvé une verve ferme, malgré une impuissance manifeste maintes fois démontrée. Avec, en ligne de mire, l’avenir du prochain territoire convoité par le Hamas, la Cisjordanie.
 
Voici comment, selon Giora Eiland, ancien conseiller à la sécurité nationale, Israël devrait traiter le Hamastan et les répercussions de son avènement.
 
Tout d’abord, suggère le major-général de réserve Eiland, Israël doit dresser la liste des priorités élémentaires qui constituent ses intérêts immédiats à Gaza, en l’occurrence :
 
1) mettre un terme aux tirs de Kassam ;
2) empêcher la poursuite de l’armement du Hamas, principalement à travers le couloir de Philadelphie ;
3) trouver un accord pour libérer le prisonnier Gilad Shalit.
 
Ensuite, recommande-t-il, Israël devrait prendre acte de ses moyens de pression, et s’en servir pour remplir ces objectifs.
Le coup d’Etat du Hamas a affecté les Palestiniens, tous les Palestiniens, dit-il, « plus encore qu’ils ne le réalisent ».
 
Deux règles d’or ont été brisées : pas de guerre civile (« les Palestiniens n’en avaient jamais franchi le cap »), et pas de différence faite entre la bande de Gaza et la Cisjordanie.
 
En outre, maintenant qu’il est seul en charge de Gaza, le Hamas a beaucoup plus à perdre que par le passé.
C’est pourquoi la dernière chose que devrait faire Israël est de se débarrasser de ce moyen de pression, en reconnaissant qu’il se doit de fournir de l’aide humanitaire, de l’électricité et de l’eau, d’ouvrir les frontières, etc.
Israël devrait plutôt déclarer que « Gaza est une entité politique ennemie, dans son activité comme dans ses choix ».
 
En conséquence, Israël devrait insister sur l’idée qu’il doit maintenir les points de passage bouclés pour prévenir la contrebande d’armes, et qu’il est prêt à attaquer non seulement les groupes tirant des Kassam, mais également les cibles gouvernementales de Gaza et les routes d’approvisionnement afin d’améliorer la sécurité d’Israël.
Cela provoquerait une vague de protestations internationales, reconnaît Eiland.
 
« Mais la réponse d’Israël serait ? Eh bien, nous devons faire cela parce que nous sommes face au Hamas ».
« Cependant », poursuit Eiland, Israël devrait également déclarer que « si nos trois intérêts principaux sont respectés, nous pourrons mettre un terme à ces opérations ».
 
Le principe qui doit guider l’action, insiste Eiland, est qu’il n’est pas dans l’intérêt d’Israël de poursuivre l’approvisionnement de Gaza, « alors pourquoi le faire pour rien ? Pourquoi renoncer à nos intérêts ? Si nous donnons à Gaza tout ce dont elle a besoin, et que le Hamas peut continuer à tirer et à se réarmer, nous n’avons plus de moyen de pression ».
 
Comment un tel plan se déroulerait-il en pratique ?
 
« Israël doit dire clairement, mais si nécessaire discrètement, que si les tirs de Kassam s’arrêtent complètement à partir d’une date donnée (et peu importe qui est derrière ces tirs, puisque le Hamas est désormais la seule organisation en charge), il ouvrira peu à peu les frontières pour permettre l’approvisionnement. Mais cette ouverture s’interrompra si le moindre Kassam est tiré. »
 
Dans le même ordre d’idée, poursuit Eiland, « Israël doit dire clairement que la situation actuelle le long du couloir de Philadelphie est intolérable, et qu’il pourrait être nécessaire de reprendre le contrôle du corridor, en l’élargissant de plusieurs centaines de mètres.
Cela nécessiterait la destruction de maisons, et priverait de toit beaucoup de gens. Le monde protesterait.
Et Israël dirait ? Ok, nous sommes prêts à un retrait si l’intégrité de la frontière est respectée ».
 
Si les recommandations d’Eilad, lors de notre conversation téléphonique, ont été jusqu’à lors délivrées sur le ton sobre qui lui est coutumier, sa voix s’emporte quand il aborde la situation politique générale.
 
« Je ne comprends pas ces discussions autour d’options diplomatiques », dit-il.
« Sur quoi portent-elles ? « Tout accord politique se doit de porter sur la Cisjordanie et Gaza. Mais qu’est-ce qu’Abou Mazen peut faire à propos de Gaza ? »
 
La dernière chose qu’Israël devrait faire serait de trouver un accord avec Abou Mazen en Cisjordanie, et de se réconcilier avec le Hamas à Gaza.
 
« Abou Mazen et [le Premier ministre] Olmert ont dit vouloir renouveler les négociations politiques, » poursuit-il, « mais comment cela peut-il fonctionner ?
Israël dira qu’il veut un accord permanent, mais que les questions de sécurité doivent être résolues au préalable.
Abou Mazen (Mahmoud Abbas) dira qu’il n’est pas possible de résoudre les questions de sécurité, pas même en Cisjordanie, avant un accord permanent. Cela ne mène nulle part. »
 
Le conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre Ariel Sharon, qui travaille désormais à l’institut d’études pour la sécurité nationale de l’université de Tel-Aviv, ne voit pas le Hamas répéter sa victoire de Gaza en Cisjordanie dans un futur proche, mais il ne sous-estime pas sa puissance sur place, et ne doute pas de ses ambitions.
« Le Fatah est plus puissant en Cisjordanie, qui est plus laïque et moderne que Gaza. Il n’y a pas autant de soutien populaire pour le Hamas. Et bien sûr, Israël y est déployé et empêche le Hamas de s’y développer comme il l’a fait à Gaza. »
 
Concernant les risques concrets que représente la prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas, le principal souci d’Eiland consiste en l’approvisionnement en armes, et la circulation de combattants vers et hors du territoire, notamment pour bénéficier d’entraînements délivrés par l’Iran, qui se sont révélés efficaces face au Fatah.
 
Dans l’état actuel des choses, dit-il, le couloir de Philadelphie, large de 50 à 100 mètres, ne peut être efficacement bouclé même si Israël s’y redéployait.
« Il faudrait qu’il fasse au moins 500 mètres de large », explique-t-il, pour dissuader les tunneliers, et il faudrait qu’Israël dégage cet espace en démolissant des maisons.
« Dit de cette manière, la mesure a l’air très sévère. Mais nous devons créer une nouvelle réalité. Pour dire ? J’y suis, j’y reste.
Et rester prêt à repenser la stratégie si les Egyptiens et ou une force internationale se montrent vraiment prêts à contrôler la zone. »
 
Eiland révèle qu’après l’annonce du désengagement de Gaza, mais avant sa réalisation, alors qu’Israël affirmait qu’il garderait le contrôle du couloir Philadelphie à moins que la situation sécuritaire ne permette son évacuation (point sur lequel insistait la communauté internationale), une solution internationale avait été soumise à Israël pour résoudre le problème.
Selon les termes de cette proposition, des forces internationales, reconnaissant la nécessité d’élargir le corridor pour le contrôler correctement, auraient fait le travail à la place d’Israël.
« Ils ont dit ? Si vous quittez Philadelphie, nous détruirons les bâtiments qui se trouvent à proximité de la voie d’accès et nous relogerons les gens au Goush Katif. »
 
Un tel accord n’a bien sûr pas été trouvé.
« Et après avoir quitté Gaza, pendant cette période transitoire ou nous contrôlions toujours Philadelphie, le ministre de la Défense Shaoul Mofaz a soudain annoncé qu’Israël était prêt à s’en retirer. »
A ce moment, bien sûr, la communauté internationale s’est dit que si Israël était prêt à partir, il n’était pas nécessaire de payer un tel prix pour obtenir le départ de l’armée.
 
Cela, estime Eiland, est symptomatique de la manière dont Israël a mal géré le cas de Gaza.
« Quand il s’agissait du désengagement, nous avons fermé les yeux sur la réalité », accuse-t-il.
Sharon a décidé non seulement qu’Israël partirait, mais qu’il le ferait de manière unilatérale.
« Il n’a pas donné aux Palestiniens relativement modérés la chance de montrer leur autorité. Cela a renforcé le Hamas, et empêché toute avancée politique. »
 
Le débat autour du départ de Gaza, déplore-t-il, était « tellement superficiel » : une tendance, comme il l’a plusieurs fois indiqué par le passé, typique de la manière dont sont prises les décisions.
« Ce qui se passe, c’est qu’on reconnaît qu’une situation donnée n’est pas bonne. Quelqu’un a une idée. Et c’est ? oui ou ? non. Il y a peut-être d’autres options ? Eh bien, elles ne sont pas abordées. »
 
Dans le cas précis de Gaza, « Sharon a annoncé [lors de la conférence stratégique de 2003] à Herzliya que le désengagement était une bonne chose pour nous. Cela voulait dire que nous n’en tirerions rien.
Si vous dites à votre voisin que vous fichez votre frigo à la poubelle, il y a peu de chance qu’il vous propose de vous le racheter.
Nous avons décidé que nous quittions Gaza. Nous avons déclaré qu’elle n’avait aucune valeur, et nous l’avons abandonnée en échange de rien. Nous avons sacrifié tous nos moyens de pression. »
 
C’est précisément la crainte d’Eiland : qu’Israël facilite la tâche du régime du Hamas.
« Et aussi incroyable que cela puisse paraître », ajoute-t-il en haussant le ton, s’il n’y avait pas eu ce réveil douloureux qui a suivi la guerre de l’été dernier et la perte de crédibilité de toute mesure unilatérale, « nous serions actuellement en train de faire la même chose en Judée-Samarie. Incroyable. »
 
L’argument qui se trouve au coeur du raisonnement de Kadima, fait-il remarquer, est que la barrière de sécurité représente la meilleure ligne de défense dont puisse bénéficier Israël, et que les forces armées devraient être retirées sur cette ligne, au besoin de manière unilatérale.
 
Mais les conséquences d’un retrait unilatéral seraient « désastreuses », rétorque Eiland, offrant un petit exemple.
« Il y a deux semaines, vous vous en souvenez, l’autorité aéroportuaire israélienne voulait fermer l’aéroport Ben-Gourion à cause de signaux radio pirates interférant entre les vols et la tour de contrôle.
Ce qui veut dire que si vous installez des émetteurs radio à Ramallah, vous pouvez paralyser l’aéroport.
Si Israël quittait la Cisjordanie sans le moindre accord, avant même que l’Iran n’envoie des armes, quelques malheureux émetteurs pourraient semer le désordre dans la vie quotidienne des Israéliens. »
 
« Nous sommes ici et ils sont là », cite-t-il, rappelant avec amertume le slogan des « unilatéralistes ». « C’est puéril.
 
Et pourtant », remarque-t-il, « c’est ce programme qui a rapporté à Kadima plus de voix que n’importe quel autre parti lors des dernières élections. »
 
David Horovitz - Jerusalem Post édition française sur : http://www.desinfos.com/article.php?id_article=7594

Commenter cet article