Coalitions, réelles et imaginaires

Publié le par Ofek

 
Construire et maintenir des coalitions est l’une des tâches les plus difficiles d’une nation en guerre. D’un côté, un Etat doit s’assurer que les partenaires de sa coalition partagent suffisamment d’objectifs et d’intérêts communs pour permettre une coopération efficace. De l’autre côté, un Etat doit constamment peser les bénéfices politiques et diplomatiques du maintien de sa coalition par rapport au prix à payer en termes d’efficacité militaire, en déléguant ses responsabilités à d’autres.
 
Le prix du maintien de coalitions est démontré crûment par l’échec militaire britannique pour freiner les forces shiites radicales et l’influence iranienne à Bassorah, la ville portuaire irakienne et son centre pétrolier. La question de savoir si disposer de coalitions fait progresser les intérêts d’une nation, est soulevée par la prise en charge diplomatique et stratégique d’Israël dans ses relations avec les Palestiniens et la situation naissante au Liban Sud.
 
Mardi dernier, une citation d’un officiel du renseignement américain a été rapportée par le Washington Post : “Les Britanniques ont été fondamentalement vaincus au Sud”.
L’article du ‘Post’ poursuit en expliquant que les Britanniques « abandonnent leurs anciens quartiers généraux au palais de Bassorah, où un visiteur officiel venu récemment de Londres les a décrits comme «encerclés comme des cow-boys et des indiens» par des combattants des milices. Une base aéroportuaire en dehors de la ville, où un bureau régional de l’ambassade des USA et le reliquat de 5.500 soldats, sont barricadés derrières des sacs de sables hauts comme des immeubles, a été attaqué avec des mortiers ou des roquettes près de 600 fois au cours de quatre derniers mois ».
 
La défaite britannique à Bassorah était éminemment prévisible. Immédiatement après la chute du régime de Saddam Hussein en avril 2003, quelques cent mille exilés irakiens, qui vivaient en Iran depuis la guerre Iran - Irak dans les années 1980, sont entrés dans la ville. Sous le commandement des Gardiens de la Révolution iraniens, pendant le temps de leur exil, ces Irakiens avaient organisé nombre de milices, dont la Brigade Badr, le Conseil Suprême de la Révolution Islamique en Irak, et le parti Dawa, ainsi que plusieurs milices plus petites. L’Armée du Mahdi de Moqtada el Sadr, bien que basée en Irak, était aussi soutenue par les Iraniens.
 
Ces forces soutenues par les Iraniens étaient les groupes les plus organisés de la ville lors du chaos qui a englouti Bassorah après la chute du régime. Capitalisant sur leur avantage organisationnel, les groupes se portèrent volontaires pour servir dans la police et les services de sécurité, que les Britanniques levaient pour diriger la ville. Ainsi, sur une courte période, les forces radicales shiites soutenues par l’Iran, parvinrent à s’emparer de Bassorah.
 
Ce contrôle chiite radical précipita un règne de terreur et d’intimidation dans la ville. En tant que journaliste indépendant, avant d’être assassiné à Bassorah en août 2005, Steven Vincent donna des chroniques sur les milices qui instituèrent un régime khomeiniste dans cette ville pleine d’escadrons de la mort, composés généralement de policiers hors service exécutant des centaines de civils qu’ils accusaient de liens avec le parti Ba’ath ; Les brutalités envers les femmes surprises sans voile en public ; la prise de l’université et des hôpitaux de Bassorah ; et l’extorsion d’hommes d’affaires dans des rackets du type ‘protection’ mafieuse.
Pendant ce temps, les Britanniques fermaient les yeux sur la dégénérescence de la ville en une enclave iranienne.
 
Dans un entretien à la BBC, le Commandant en chef de l’armée de l’air et le chef du personnel de la défense Jack Stirrup, fit clairement savoir que la Grande Bretagne n’avait jamais considéré comme son affaire comment l’Irak de l’après Saddam se développerait.
En insistant sur le fait que la mission britannique à Bassorah avait été un succès, Stirrup laissa entendre que l’appréciation de chacun sur la mission britannique dépendait de « votre interprétation de l’enjeu premier de la mission ».
Comme il le formula, la Grande Bretagne considérait sa mission limitée à obtenir « la place et le peuple pour un Etat où les Irakiens pourraient diriger cette partie du pays, s’ils en décidaient ainsi ».
 
Le gouvernement du Premier Ministre britannique Gordon Brown est enclin à retirer les forces résiduelles de la Grande Bretagne d’Irak à l’automne. Etant donné la performance britannique à Bassorah, un retrait britannique ferait plutôt progresser que reculer les intérêts stratégiques des USA en Irak.
Et pourtant, avec toutes les difficultés que les forces britanniques en Irak ont causées aux Américains (et pour les Irakiens qui veulent vivre dans une société libre), il n’y a pas de doute que les deux pays se perçoivent eux-mêmes comme de solides alliés.
A cette fin, les Américains s’interdisent de critiquer publiquement la lamentable performance britannique. De leur côté, les Britanniques on fait clairement savoir qu’ils retireront leurs forces de manière à minimiser l’embarras des USA.
 
L’alliance anglo-américaine est un bon exemple de partenariat véritable mais problématique. Par contraste, les représentations qu’a le gouvernement Olmert du Fatah et de l’Egypte comme partenaires de coalition d’Israël contre le Hamas d’un côté, et les forces de la FINUL comme partenaires de coalition d’Israël contre le Hezbollah d’un autre côté, sont une imposture.
 
La politique du gouvernement Olmert envers le Hamas aujourd’hui est gouvernée par sa présomption d’un partenariat avec le Fatah et l’Egypte. Le gouvernement affirme qu’aussi bien le Fatah et l’Egypte partagent l’objectif d’Israël de limiter le pouvoir du Hamas à la bande de Gaza à court terme, et de renverser le mouvement jihadiste à long terme. Mais la réalité nous raconte une autre histoire.
 
Cette semaine, nous apprenons que les 100 millions de $ transférés par Israël au gouvernement Fatah de Sallam Fayad le mois dernier ont été utilisés pour payer les salaires annuels des soldats de l’armée du Hamas à Gaza.
Et puis encore, on a rapporté la semaine dernière que loin de rejeter politiquement le Hamas, le Fatah est engagé avec lui dans d’intenses discussions en vue de l’établissement d’un gouvernement Hamas - Fatah. Loin de coopérer avec Israël pour affaiblir le Hamas, le Fatah maintient activement la force du Hamas.

Et puis il y a l’Egypte. Bien que des gouvernements israéliens successifs aient affirmé que l’Egypte est une force modératrice sur la société palestinienne, au cours des sept années écoulées, l’Egypte a travaillé constamment à renforcer les forces terroristes palestiniennes contre Israël.
Cet état de choses est encore plus flagrant dans l’adoption du Hamas par l’Egypte, à travers la tenue de pourparlers « d’unité » palestinienne au cours des sept années écoulées, et dans la facilitation du flux d’armes vers Gaza depuis l’Egypte.
Que le Hamas lui-même considère l’Egypte comme un allié plutôt que comme un ennemi, cela a été abondamment prouvé la semaine dernière quand les chefs du Hamas ont offert de transférer le contrôle sur les quartiers généraux des « forces » de sécurité à Gaza à l’Egypte, comme première étape de la réconciliation avec le Fatah.
 
Et puis il y a les forces de la FINUL au Liban. S’adressant aux membres du Parti Kadima mercredi dernier, le Premier Ministre Ehud Olmert s’est vanté que la situation sécuritaire dans le Nord d’Israël et dans le Sud du Liban n’a jamais été aussi bonne. Olmert a ajouté : « Les commandants des forces internationales le disent aussi ».
 
Dans cette déclaration, et dans des déclarations similaires innombrables qu’il a faites l’an dernier, Olmert a présenté la FINUL comme une force ‘amie’, qui partage l’objectif d’Israël de neutraliser le Hezbollah. Mais là encore, la réalité raconte une autre histoire.
Pendant la guerre de l’été dernier, la FINUL a directement assisté le Hezbollah en lui rapportant les mouvements des troupes israéliennes en temps réel sur leur site Internet. Depuis que la guerre s’est achevée, les forces de la FINUL n’ont rien fait pour empêcher le réarmement massif du Hezbollah.
 
Sous la couverture protectrice de la FINUL, le Hezbollah a réaffirmé son contrôle sur les villages du Sud et empêché leurs résidents chrétiens, qui ont fui pendant la guerre, de revenir chez eux. Le contrôle inconditionnel du Hezbollah sur le Sud Liban est attesté par des visiteurs étrangers qui rapportent qu’ils doivent obtenir des permis de voyage du Hezbollah pour pouvoir entrer au Sud Liban. De même, la semaine dernière, le journal libanais publié à Londres, ‘An Nahar’ a rapporté que le Hezbollah s’apprête à étendre son réseau téléphonique indépendant au Sud. Inutile de dire que la FINUL n’a pris aucune mesure pour empêcher l’un de ces actes.
 
Le traitement du Hezbollah par la FINUL démontre que comme le Fatah et l’Egypte, la FINUL ne considère en aucune manière que ses objectifs et intérêts puissent coller à l’un de ceux d’Israël. De fait, l’évaluation par la FINUL de ses objectifs et intérêts sont antinomiques et hostiles aux intérêts de la sécurité nationale d’Israël.
 
Pourtant Olmert, la ministre des affaires étrangère Tzipi Livni, et les collègues de leur cabinet, se représentent constamment la FINUL comme un allié, et ont œuvré méticuleusement à le renforcer. Pendant les négociations de cessez-le-feu l’été dernier, le gouvernement a insisté pour agrandir la force de la FINUL, et étendre son mandat. Après la fin de la guerre, dans l’intérêt du renforcement de la FINUL, le gouvernement n’a élevé aucune protestation efficace contre l’inclusion dans la FINUL de forces venant de pays comme la Malaisie et l’Indonésie, dont les gouvernements sont alliés avec l’Iran.
 
Le mandat de la FINUL expire le 31 août 2007. Cette semaine, le Conseil de Sécurité de l’ONU est appelé à se prononcer pour une extension du mandat pour une nouvelle année. Plutôt que de reconnaître l’hostilité institutionnelle de la FINUL envers Israël, le gouvernement Olmert soutient l’extension de son mandat. Comme le « Jerusalem Post » l’a rapporté la semaine derrière, le gouvernement espère même que le mandat renouvelé de la FINUL lui confèrera le pouvoir d’augmenter sa présence dans les villages libanais – comme s’il y avait une chance pour que la FINUL utilise son rôle élargi pour combattre le Hezbollah.
 
Du fait de l’atmosphère antiaméricaine rampante en Grande Bretagne, et de refus britannique de considérer la menace que les Etats voyous du Moyen-Orient posent à sa sécurité nationale, de la même manière que les USA perçoivent la menace, il y a toujours eu des tensions dans l’alliance de pays qui ont conduit à des stratégies carrément différentes en Irak.
La principale raison pour laquelle on prête attention à ces stratégies divergentes aujourd’hui, provient du fait que les récents succès militaires américains en Irak rendent les échecs britanniques impossibles à ignorer.
 
L’administration américaine changé sa démarche en Irak parce que la pression intérieure l’a obligée à reconnaître que la manière précédente échouait. Ainsi, indirectement, c’est la pression publique sur l’administration qui a démontré la disparité opérationnelle entre les armées britanniques et américaines. La démonstration publique de cette disparité oblige maintenant l’administration à faire face au fait que la coalition avec la Grande Bretagne n’est pas aussi utile qu’elle l’avait espéré. Sans doute en conséquence, l’armée américaine sera bientôt obligée d’opérer à Bassorah, que les Britanniques demeurent en Irak ou se retirent.
 
Hélas, en Israël, le gouvernement Olmert refuse de le reconnaître, sans parler de répondre aux critiques intérieures sur la mauvaise prise en charge de la situation avec les Palestiniens, et de sa mauvaise gestion du Liban. Plutôt que de reconnaître que le Fatah, l’Egypte et la FINUL ne partagent aucun des intérêts nationaux d’Israël, le gouvernement continue d’y adhérer, et il espère que personne ne remarquera que sa coalition imaginaire mettra en danger les partenaires, plutôt qu’elle ne fera progresser la sécurité nationale d’Israël.
 
Caroline B. Glick - Jewish World Review - Adaptation française de Sentinelle 5767 sur : http://jcdurbant.blog.lemonde.fr/2007/08/22/moyen-orient-une-tout-autre-histoire-when-reality-tells-a-different-story/
 
Contribuant à la JWR, Caroline B. Glick est membre senior pour le Moyen Orient du “Center for Security Policy” [Centre pour la Politique de Sécurité ] à Washington, DC et rédacteur en chef adjoint du « Jerusalem Post » en anglais.
 

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