Les boites de Pandore

Publié le par Ofek

Jihad.jpg 
Laurent Murawiec, que les lecteurs de ces lignes connaissent bien, a publié voici peu le second volume de son œuvre majeure, The Mind of Jihad (l’esprit du djihad) [1].
Dans le premier volume, dont j’avais rendu compte au moment de sa parution, Murawiec expliquait de manière précise et rigoureuse que, loin d’être épiphénoménal, le djihad était un élément essentiel de l’histoire islamique, une « guerre légitimée contre les infidèles », destinée à l’expansion indéfinie du dar el islam. Murawiec expliquait aussi le tribalisme, dont l’islam s’était trouvé porteur, et ce qui rapprochait l’islam radical contemporain du gnosticisme, et de ce que celui-ci comportait de culte de la mort.

Dans son dernier ouvrage, intitulé Pandora’s Boxes (Les boîtes de Pandore), Murawiec explique la façon « nomade » de faire la guerre, qu’il importe de comprendre si nous voulons déchiffrer ce à quoi, dans la guerre présente, nous sommes confrontés.
Il explique ainsi que le djihad n’a pas cessé, de la naissance de l’islam à l’ère contemporaine, et que, du temps du Coran à nos jours, le djihad s’est accompagné de l’idée et de la pratique de la terreur.
Je cite l’auteur : « Le djihad, la guerre destinée à accroître sans cesse la domination planétaire de l’islam n’a pas commencé avec la présence de troupes américaines en Arabie saoudite en 1990, avec la naissance d’Israël en 1948, avec la naissance de l’Inde et la partition du Cachemire en 1947 ou avec quelque autre événement moderne. Le djihad a commencé quand le prophète Muhammad préparait la conquête de La Mecque par la force depuis son exil de Médine… Il n’existe, en fait, pas une seule période où, depuis sa naissance, le monde de l’islam n’a pas été impliqué dans le djihad ».

Le djihad, montre Murawiec, s’est trouvé simplement placé, contraint et forcé, en position de reflux pendant les « deux siècles qui ont suivi le débarquement de Napoléon en Egypte » : « L’islam s’est retrouvé en position de faiblesse géopolitique, position qui a fait croire au monde que l’islam battait en retraite, et que le djihad, lorsqu’il survenait, était de nature purement défensive et réactive. ».

Au vingtième siècle, le djihad a pu renaître en venant s’alimenter aux discours totalitaires nés dans les rangs de son ennemi, l’Occident, et trouver des alliés chez les adeptes de ces discours, qui sont devenus des compagnons de route des djihadistes.
Il s’agit des marxistes, chez qui les djihadistes reprendront la dichotomie oppresseur-opprimé, qu’ils appliqueront à ce qui les sépare des infidèles.
Et des Fascistes, imprégnés des idées d’ordre et de pureté, démarquant ce qui est « nous » de l’altérité de l’autre.
 
Léninistes en quête de « dictature du prolétariat », d’un ordre social strict et d’une « révolution » planétaire : les djihadistes, note Murawiec, se sont vus « enseigner par leurs nouveaux professeurs une nouvelle rhétorique et de nouveaux concepts tels qu’impérialisme, colonialisme, ou « pillage » de leur pays ».

L’islam a ainsi absorbé des « fragments d’un monde qui lui était radicalement étranger », observe encore Murawiec : très précisément les fragments porteurs de la détestation de ce monde, mais nés à l’intérieur de lui.
Et il ajoute : « le sociologue français Jules Monnerot a pu décrire le communisme comme l’islam du vingtième siècle. S’il avait vécu plus longtemps, il aurait pu décrire l’islam comme le communisme du vingt-et-unième siècle ».

Murawiec illustre ensuite comment l’islam radical évolue au fil du temps, tel un discours hybride, monstrueux, faisant feu de tout bois : tenu, à juste titre, pour un partisan du nazisme et de la solution finale, le grand mufti de Jérusalem apparaît ainsi comme ayant été aussi courtisé par l’internationale communiste.
On découvre avec intérêt ceci, entre autres perles historiques : « bien qu’aucun villageois n’ait été déplacé par les achats de terre du Fonds National Juif », les Arabes ont été d’emblée incités à la haine par le parti communiste de Palestine, au nom du fait que « les juifs » étaient des « impérialistes » et que le combat contre eux était une « partie intégrante du combat contre le colonialisme ».

Plus tard, c’est le parti communiste de Palestine, toujours, qui publiera des textes où on pouvait lire ceci : « Dans un pays comme la Palestine, un mouvement révolutionnaire sans pogrom est inévitable ».

Le mouvement islamiste nationaliste utilisera ensuite ce terreau terriblement fertile.
Le passage des islamistes du communisme au nazisme, et vice-versa, ne sera pas complexe : islamisme, communisme et nazisme sont trois totalitarismes.
Dans les années 1930, un dignitaire nazi écrira, en des termes proches de ceux utilisés par les communistes : « nous avons intérêt à renforcer le monde arabe de façon à ce qu’il serve de contrepoids au pouvoir de la juiverie mondiale ».
Remplacez juiverie par « impérialisme » ou par « finance » et votre phrase nazie est devenue très léniniste.
Après avoir beaucoup fréquenté Hitler et Auschwitz, le grand mufti sera l’un des invités de la grande « conférence anti-impérialiste de Bandung en 1955 ». Nasser, allié de l’Union Soviétique, n’a, par ailleurs, jamais caché ses « sympathies pour le nazisme ».

Le père du djihad moderne, dit Murawiec, sera Maududi, fondateur du Jamaat i-islami au Pakistan. C’est Maududi qui forgera l’idée de « révolution islamique mondiale : Maududi fera passer l’islam du statut de foi à celui d’idéologie, et transformera la religion en un mouvement de masse au service de la révolution islamique planétaire » à accomplir.
Sayyid Qutb [2] sera un disciple de Maududi. Le culte du sang et de la violence rédemptrice, qu’on trouvera chez Ali Shariati, l’un des « pères spirituels » (si l’on peut dire) du khomeynisme, sera un prolongement de la doctrine de Maududi.
 
Le « terrorisme » auquel le monde est confronté, au delà même d’Israël, qui se situe en première ligne dans la lutte contre le djihad, doit être vu, dans ces conditions, pour ce qu’il est : non pas simplement des attaques barbares contre des civils, mais un « instrument destiné à déstabiliser, démoraliser et inciter à la soumission un opposant qu’on ne peut ou ne veut attaquer frontalement. Le but étant d’annihiler la volonté de l’ennemi ».

On pourrait porter à l’attention de ceux qui ont la mémoire courte que l’objectif de l’OLP devenue Autorité Palestinienne, sans cesse répété dans ses publications, citées abondamment par Murawiec, est non de « vaincre l’ennemi, mais de l’anéantir ». Et ces déclarations d’intention se retrouvent, en pire, dans les textes du Hamas ou du Hezbollah.

Laurent Murawiec conclut : « le monde musulman s’effaçait et s’effondrait alors que le reste du monde avançait vers la modernité, cela, parce que le monde musulman rejetait la modernité ». Celui-ci n’en a pas moins absorbé le côté noir et absolument mauvais de la modernité « aux fins de l’utiliser et de le retourner contre elle ».
 
Ce qui en résulte est un esprit de djihad résolu à détruire la modernité, quitte à avoir recours à une véritable « frénésie de destruction ».
Cet esprit de djihad n’est pas séparé de manière étanche de l’islam lui-même, car il peut se référer à l’esprit de djihad qui n’a cessé d’imprégner l’islam.
Et il peut compter sur le soutien de tous les totalitaires. « C’est l’ennemi auquel nous faisons face ».

La lecture de Murawiec aidera ceux qui croient encore que l’heure est à la diplomatie, aux négociations, aux gestes de bonne volonté, qu’ils soient en France, aux Etats-Unis ou en Israël, à y voir clair.

Guy Millière sur Metula News Agency
 
Notes :
 
[1] Laurent Murawiec, Pandora’s Boxes, The Mind of Jihad II, 224p., Hudson Institute
 
[2] Sayyid Qutb (8 octobre 1906 - 29 août 1966) était un poète, essayiste, et critique littéraire égyptien et militant musulman membre des Frères musulmans.
 
Principal théoricien de l'islamisme moderne, Qutb estime que la société musulmane doit être nettoyée de l'influence occidentale et que les Etats musulmans actuels, souvent issus de la colonisation, sont des Etats impies, car ils appliquent des lois créées par les hommes et non la Charia qui est la loi créée par Dieu.
Sa pensée a inspiré les cadres d'al-Qaida, notamment Ayman al-Zawahiri. (Source Wikipédia).
 
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article