La critique d’Israël sur le modèle de la guerre coloniale ou le cheval de Troie du nouvel antisémitisme (Suite)

Publié le par Ofek

La question urgente ?

- La guerre d’Arafat est-elle l’illustration vivante des principes énoncés par les sartriens ou le fruit d’une tentative préméditée, de la part d’Abou Ammar, afin de surfer sur la vague des guerres de décolonisation et sur ses synergies supranationales ?
 
Hallucinatoires et hallucinantes ! Ce sont les termes que j’ai employés plus haut dans cet article, afin de qualifier les postulats psalmodiés par Yasser Arafat, et qui sont censés établir le caractère colonialiste des méthodes de combat des uns et des autres lors du présent conflit. Conditions en l’absence desquelles l’Intifada n’est pas une guerre de décolonisation, selon les critères établis par Fanon.

Impossible, en tous cas, pour tout journaliste et pour n’importe qui d’autre, d’ailleurs, d’établir la véracité de la moindre des affirmations du reclus de la Moukata de Ramallah sur ce sujet. On va, du reste, faire l’économie de se livrer à une nouvelle analyse circonstanciée de ces allégations, puisque la Ména a déjà pris la peine de les disséquer, de long en large et par le détail, lors de précédentes interventions.

Lors, si l’armée d’Israël n’utilise pas de stripteaseuses-flingueuses pour assassiner les jeunes combattants palestiniens (in Al-Hayyat Al-Jedida, l’organe de presse officiel de l’Autorité Palestinienne), qu’elle n’empoisonne pas les puits de Gaza ni de Jéricho, que l’artillerie de Tsahal n’est JAMAIS intervenue lors des deux Intifadas, les critères théoriques d’une guerre de décolonisation ne sont pas réunis.

Reste à se pencher sur le pan palestinien des actes de ce conflit.
Tandis qu’il diabolisait les actes de guerre des militaires de l’Etat hébreu, Yasser Arafat créait de toutes pièces les "sauvages" et les "ruines humaines" décrits dans "Damnés de la terre", lorsqu’il prit la décision d’instrumenter le terrorisme à l’extrême, afin de faire progresser ses finalités.
Il est, à ce titre, le premier responsable politique musulman des temps modernes, avant même les attentats de New York, à avoir mis à l’œuvre les activistes palestiniens sujets au désespoir, dans leur rage privée de logique, pour commettre des assassinats-suicides contre des non musulmans.
En vérité, et c’est là un choix assurément singulier, Arafat a décidé d’exclure artificiellement les comportements logiques de la cause palestinienne, tant au niveau des Brigades des Martyrs d’Al-Aksa, qu’il a façonnées et des autres terroristes kamikazes d’Ezzedine el-Qassam, dont il a instrumenté les interventions, que de son discours politique.
Pour s’en tenir aux thèses du philosophe antillais, Arafat a sciemment, par choix stratégique, rendu la Palestine "incontrôlable". Disposant d’une entité politique sur le chemin de l’indépendance, au début des années quatre-vingt-dix, disposant de services de police, d’un embryon de système judiciaire mais aussi d’un aéroport international et d’une représentation officielle aux frontières de la Palestine, il a opté pour le sabordement général, au moment où la communauté internationale lui offrait un partage sensé de la Palestine, des frontières sûres et reconnues, l’indépendance et la paix.

Il a opté pour la "rébellion", en s’activant, largement plus que de raison, à lui donner une coloration fanonienne.
Et c’est là qu’intervient, n’en déplaise aux "ex" et à leur nostalgie algérienne, la prépondérance de la factualité d’une situation, de l’identification authentique des actes d’un conflit ainsi que la nécessité de la crédibilité du discours révolutionnaire sur le discours délirant.
C’est là que la réalité du meurtre de Mohamed A-Dura aurait caractérisé le comportement inhumain des Israéliens "colonialistes", alors que l’étalement de sa mise en scène dévoile la volonté de victimisation de la part de révolutionnaires fantoches.
En d’autres termes, n’est pas fanonien qui veut ; n’est pas un chef anticolonialiste celui qui prétend l’être. Il ne suffit donc pas de crier au génocide permanent, à l’éradication factice de Jénine et d’affirmer que le Temple de Salomon n’a jamais existé pour transformer les Israéliens en colonisateurs aux pratiques inhumaines et pour devenir opprimé.

Le petit raïs a ainsi joué le banco, avec pour mise l’avenir du peuple palestinien en guise de jetons, afin de faire identifier sa lutte à une guerre de décolonisation typique.
Il a voulu, et il veut toujours, même au prix de la perte totale de crédibilité de la cause palestinienne, imposer la relation "oppresseur-opprimé" entre lui et ses adversaires israéliens.
La tentative arafatienne peut convaincre les très crédules, les antijuifs pathologiques, les kapos et la plupart des "ex" (certains individus pouvant appartenir à plusieurs de ces catégories à la fois). Elle est cependant le fruit d’un choix anthropophage, comme l’a exposé Sami el-Soudi, qui participe à restreindre le champ des aspirations territoriales raisonnablement accessibles pour un futur Etat palestinien. Le temps passant, comme à son habitude, crée de nouvelles réalités géopolitiques qui avalent les chimères sans même les mâcher : La misère croissante de la population palestinienne, la chute de l’allié Saddam Hussein, la Syrie et l’Iran sur la défensive, la lassitude des grands pays arabes face aux élucubrations du faux "révolutionnaire de la Moukata", leur soutien à l’opposition armée à Arafat ont généré une nouvelle réalité stratégique sur le terrain.
Elle n’est pas à l’avantage des Palestiniens, elle marque une régression sensible relativement à l’offre de Camp David.

Si, en 2000, Arafat avait accepté le plan Clinton-Barak, un Etat palestinien existerait aujourd’hui sur 97% du territoire jordanien d’avant 67. Cet Etat contrôlerait les quartiers arabes de Jérusalem et l’esplanade des mosquées. Suite au choix stratégique d’Arafat, nombre d’observateurs s’accordent pour constater, qu’à l’heure actuelle, les Palestiniens ont perdu pied dans la ville trois fois sainte et qu’ils peuvent également faire leur deuil des "trois grosses concentrations d’implantations juives en Cisjordanie".

Le choix d’Arafat, de s’identifier aux thèses de Fanon, plutôt que de s’occuper du devenir de son peuple, pour dramatique qu’il est, n’est pas à proprement parler surprenant. Le vieux leader palestinien est en effet un disciple de l’école soviétique, et avec lui toute la vieille garde de Tunis au grand complet, y compris Mahmoud Abbas. Ils ont été nourris des préceptes inculqués à l’université de la décolonisation Patrice Lumumba à Moscou, ceux-là mêmes qui instauraient les théories de Frantz Fanon en véritables dogmes opérationnels.

Certes, les "ex" des principes de la décolonisation, façon soviétique, ne sont pas les "ex" français, dont nous parlons tout au long de cet article, tenter de les confondre serait faire acte de propagande. Reste qu’ils suivaient souvent les mêmes chemins et pendant qu’en Afrique ces dogmes soulevaient les peuples, à Paris, ils formaient les esprits.
Pour ceux qui s’imaginent, malgré cela, que Frantz Fanon serait un penseur marginal de la décolonisation, j’aimerais citer quelques lignes, tirées de la préface de Jean-Paul Sartre pour "Damnés de la terre". J’aimerais les citer sans ajouter mon commentaire :

"(…) Terrifiées, oui : en ce nouveau moment, l’agression coloniale s’intériorise en Terreur chez les colonisés. Par là, je n’entends pas seulement la crainte qu’ils éprouvent devant nos inépuisables moyens de répression mais aussi celle que leur inspire leur propre fureur. Ils sont coincés entre nos larmes qui les visent et ces effrayantes pulsions, ces désirs de meurtre qui montent du fond des cœurs et qu’ils ne reconnaissent pas toujours : car ce n’est pas d’abord leur violence, c’est la nôtre, retournée, qui grandit et les déchire ; et le premier mouvement de ces opprimés est d’enfouir profondément cette inavouable colère que leur morale et la nôtre réprouvent et qui n’est pourtant que le dernier réduit de leur humanité. Lisez Fanon : vous saurez que, dans le temps de leur impuissance, la folie meurtrière est l’inconscient collectif des colonisés.

(…) Cette violence irrépressible, [Fanon] le montre parfaitement, n’est pas une absurde tempête ni la résurrection d’instincts sauvages ni même un effet du ressentiment : c’est l’homme lui-même se recomposant. Cette vérité nous l’avons sue je crois, et nous l’avons oubliée : les marques de la violence, nulle douceur ne les effacera : c’est la violence qui peut seule les détruire. Et le colonisé se guérit de la névrose coloniale en chassant le colon par les armes. Quand sa rage éclate, il retrouve sa transparence perdue, il se connaît dans la mesure même où il se fait ; de loin nous tenons sa guerre comme le triomphe de la barbarie ; mais elle procède par elle-même à l’émancipation progressive du combattant, elle liquide en lui et hors de lui, progressivement, les ténèbres coloniales.
Dès qu’elle commence, elle est sans merci. Il faut rester terrifié ou devenir terrible ; cela veut dire : s’abandonner aux dissociations d’une vie truquée ou conquérir l’unité natale."

On a vu que les péripéties de l’Intifada n’étaient pas celles d’une guerre de décolonisation, que les rôles définis par Fanon n’étaient pas tenus. Cela n’exclut cependant aucunement qu’Israël fût elle-même une colonie ou, à tout le moins, que les implantations fussent les colonies de l’Israël d’avant 1967. De ces deux questions, et des confusions entretenues entre elles, il nous faudra parler, entre autre, dans la suite de cette série d’articles.
 
Rien ne vaut l’illustration d’un principe par des exemples concrets. A la Ména, nous avons déjà énoncé les conditions qu’ont posées les chercheurs en sciences politiques, pour déterminer la classification d’un territoire en colonie. Plutôt que d’en refaire l’énumération théorique, j’ai choisi l’option plus vivante de les vérifier pratiquement, en comparant Israël, d’une part et les implantations juives en Cisjordanie, de l’autre, à des régions dont les critères coloniaux sont commodément vérifiables.

En fait, il n’existe plus, à la surface du globe, qu’un seul Etat qui maintienne encore un empire authentiquement colonial, datant de l’épopée dont traite Fanon dans ses livres.
Cet Etat, les plus perspicaces d’entre vous l’auront deviné, c’est la république française.

Voyons alors brièvement les contrées étrangères dominées par l’homme blanc gaulois, ainsi que le nombre d’habitants qui les peuplent (incluant les minorités de colons). Ceci, dois-je le préciser, uniquement dans le but de matérialiser un peu les objets de notre comparaison :

Guyane (F) – 150 000 habitants – Guadeloupe – 421 000 – la Réunion – 750 000 – la Martinique – 400 000 – Nouvelle Calédonie – 200 000 – Polynésie (F) – 240 000 – Wallis-et-Futuna – 170 000.

Intéressons-nous maintenant à confronter ces territoires, Israël et les implantations, aux clefs de catégorisation proposées par la science politique, servant à définir une colonie :
 
1/ Existence d’une métropole, géographiquement séparée de la colonie par des mers ou des Etats étrangers, dans laquelle s’exerce le pouvoir politique suprême des colons (Caractéristique fondamentale d’une colonie)

Toutes les colonies françaises mentionnées – OUI
Israël – NON
Les implantations juives – NON

2/ Caractère principalement commercial et de perspectives d’enrichissement des raisons de la prise de contrôle du territoire

Toutes les colonies françaises mentionnées – OUI
Israël – NON
Les implantations juives – NON

3/ Présence constante et durable de Français sur le territoire avant la colonisation

Dans toutes les colonies françaises mentionnées – NON

4/ Présence constante et durable de Juifs sur le territoire avant les immigrations

En Israël – OUI
Dans les implantations juives – OUI

5/ Le territoire est-il le lieu où se sont déroulés les événements légendaires ou historiques constitutifs de la nation des colons, des immigrants ?

Toutes les colonies françaises mentionnées – NON
Israël – OUI
Les implantations juives – OUI

 Meroth.jpg
 
La maison de réunion (Bet Knesset) du village juif de Méroth, Haute Galilée,
qui connut son apogée vers 250 avant notre ère (photo Haïm Sokol)
Résoudre équitablement un conflit entre deux légitimités ou
créer une immense injustice en affirmant en résoudre une autre ?
 
6/ Existence, sur le territoire, de vestiges historiques majeurs, variés et nombreux de la civilisation des colons, des immigrés, datant d’avant la colonisation, les immigrations ?

Toutes les colonies françaises mentionnées – NON
Israël – OUI
Les implantations juives – OUI

7/ Le territoire fait-il office de lieu de gouvernement principal ou unique pour la nation des colons, des immigrés ?

Toutes les colonies françaises mentionnées – NON et NON
Israël – OUI et OUI
Les implantations juives – NON et NON

8/ La perte du contrôle politique suprême du territoire signifierait-il la fin de la possibilité pour la nation des colons, des immigrés, de s’autodéterminer ?

Toutes les colonies françaises mentionnées – NON
Israël – OUI
Les implantations juives – NON

Voici pour les faits crus et je suis d’avis qu’ils ne nécessitent pas d’analyse spécifique, tant la portée des questions me semble claire et tant les réponses sont antithétiques entre les territoires envisagés. Grossièrement posé, à la lumière de ces différences et de leur signifiance triviale, si Israël est une colonie, l’Algérie n’en a alors jamais été.

On a considéré ajouter la Corse au nombre des colonies françaises mais, après consultation avec nos collègues de l’Académie, nous nous sommes accordés sur le fait que, bien que l’Ile de beauté répondait à un certain nombre des critères d’une "colonie", elle constituait un territoire contigu de la France continentale et qu’à ce titre, la Corse n’était pas une colonie.
Ici, l’importance est de noter que le fait d’être ou de ne pas être une colonie ne justifie ni ne condamne automatiquement le droit moral ou juridique d’administrer un territoire donné et ne disqualifie pas non plus, évidemment, le droit des autochtones à réclamer leur indépendance voir à se battre pour elle.
Si quelqu’un voulait nous faire dire que nous sommes les tenants des implantations juives ou de la tutelle française sur la Corse, il se rendrait ridicule. Non, la seule chose que nous voulons établir dans cette série d’articles, c’est la qualification de ce qu’est une colonie et respectivement, une guerre de décolonisation. Et cette catégorisation est essentielle en soi, puisque, comme on va le voir d’ici quelques lignes, les confusions artificiellement entretenues à son sujet mènent à des conclusions dramatiques.

Auparavant, il nous faut tout de même relever l’extraordinaire évacuation par les "ex" de leur problème colonial. Un problème qui reste loin de leur agenda et une situation de laquelle ils se sont visiblement accommodés.
Il vaut tout de même de rappeler que la domination française sur des populations colonisées n’est pas de l’histoire ancienne et ce, aussi longtemps qu’elle perdure.
Rappeler aux "ex", qui adaptent les thèses fanoniènnes à Israël, à mauvais escient mais au point de se soucier de ce que chaque vocable qu’ils utilisent dans ce contexte soit parfaitement en ligne avec les théories des guerres de décolonisation, que Fanon et Sartre "rejettent toute possibilité de solution autre que la lutte du colonisé pour sa libération".
Oublient-ils, suivant de quelle "colonisation" ils traitent, cette autre assertion de Sartre :
"Cette vérité nous l’avons sue je crois, et nous l’avons oubliée : les marques de la violence, nulle douceur ne les effacera : c’est la violence qui peut seule les détruire" ?
Ne voient-ils pas qu’elle se pose en contraire du slogan de "l’indépendance-association" si chère au colonisateur français ?
Ou s’agit-il, encore une fois, de la fameuse "spécificité française", que l’on ne peut décidément saisir en plein que lorsqu’on siège à l’Assemblée nationale, qu’on pointe au Quai d’Orsay ou à la rédaction du Monde ?

Il demeure que nous n’en sommes pas et que vu d’ici, on ne peut que constater leur double langage, issu lui-même d’une double échelle de valeurs et d’un raisonnement dénué de rigueur. De cette rigueur qui distingue irrémédiablement les intellectuels authentiques, les Fanon, les Sartre, les Camus des répètent-merdes, dont la place naturelle est à la Foire du Trône.

Il est certes licite de penser et d’exprimer que les implantations juives participent d’une occupation, d’une mainmise et d’une opération de peuplement aux dépens d’autrui. Tout comme il n’est en aucun cas délirant d’affirmer, que les implantations sont l’expression foncière d’une campagne de la guerre des juifs contre le colonialisme arabe. Il n’est, en effet, que de lire la charte du mouvement radical palestinien Hamas, afin de se convaincre qu’Israël ou la Palestine n’est pas une terre arabe mais une conquête coloniale arabe, une Wakf. Et cela, n’en déplaise aux "ex", c’est à proprement parler une constatation scientifique et indiscutable.

On peut ! On peut faire toutes ces analyses sans être ni antisémite ni, à l’inverse, aficionado de Sharon. Par contre, on ne peut pas, sans être plus un antijuif qu’un observateur politique, procéder sciemment à l’application intempestive d’une théorie inadéquate, possédant le redoutable pouvoir de définir le bien et le mal dans leurs définitions absolues. Car il est indispensable de comprendre, que l’acte d’identifier – notamment par l’emploi systématique d’une sémiologie aussi frelatée que didactique – Israël en temps que puissance coloniale, transfère inéluctablement des droits pratiquement illimités au colonisé/opprimé.
Ainsi, par un détournement prémédité du sens des mots et par son application corrompue au sens de l’Histoire, l’AFP, le service public français de radio et de télévision, le Monde, l’Obs, Libération et d’autres, n’expliquent-ils pas, comme il semble, le droit des Palestiniens (et des hommes doués de morale qui se rendront à leur cause) à se défendre. De fait, ils ne font rien de moins que d’impliquer, par leur référence sémantique ininterrompue à celle de Fanon et de Sartre, la nécessité pour les Palestiniens d’éradiquer les "colonisateurs juifs", invitant les Palestiniens à massacrer tous les Israéliens avec l’ardeur des sauvages et à refuser tout compromis territorial qui pourrait mettre fin au carnage.

Il n’est pas ici question, pour les médias français appliquant cette association sémiologique corrompue, de pardonner, de comprendre, de fermer les yeux sur ou même de justifier ou d’encourager les assassinats collectifs palestiniens mais bien d’affirmer, en se trompant volontairement de guerre, que "faute d’assouvir ce besoin primaire de liquider", c’est dans Fanon, littéralement, "le colonisateur – lisez les Israéliens – le colonisé – voir Palestinien - encourre le risque de rester à jamais prisonnier de son oppression intérieure".

Nul doute non plus, que la caractérisation abusive du conflit israélo-palestinien en guerre de décolonisation ait pour finalité sournoise la légitimation de la destruction d’Israël (l’oppresseur colonial).
Que peut d’ailleurs entendre ce bon Sylvan Shalom à ce processus de diabolisation-destruction, lorsqu’il vient plaider en France pour des mesures "plus fermes contre les actes antisémites" ? Dépassé par la dynamique retorse et perfide que nous dénonçons, n’est même pas le terme qui convient à Shalom ; il faudrait dire "hors d’état de la saisir", tout en invoquant que, dans leur naïveté optimiste, ni les Israéliens ni la plupart des juifs, ne sont capables d’envisager qu’une si grande multitude de pseudo intellectuels instrumente de concert une si grande dose de méchanceté antisémite.
C’est, qu’en vérité, cette imposture intellectuelle, aux métastases gouvernementales et médiatiques, donnant le feu vert au massacre de cinq millions et demi d’Israéliens juifs, constitue un acte antijuif objectivement plus dévastateur que de mettre le feu à un centre pour personnes âgées israélites à la rue Popincourt, après que les criminels se soient assurés qu’il était inoccupé.
 
Certains "ex" diront – d’ailleurs ils me l’ont déjà dit – que j’exagère dans l’étendue de mon accusation, que leur objectif se limite à la restitution des terres occupées et qu’ils ne soutiennent pas l’idée de la destruction politique d’Israël. Je veux bien les croire mais je constate qu’ils jouent avec une réaction nucléaire en chaîne, lorsqu’ils appellent colonies les implantations, identifiant le problème, territorial par essence, au processus historique mondial de la décolonisation.
Ces "ex" repoussent d’ailleurs l’accusation d’antisémitisme, lorsqu’ils ne se présentent pas carrément comme des philosémites.
Et la justification de cette bonne conscience à bon compte me fut donnée, sans rire, par quelques uns d’entre eux. Elle est cocasse mais elle vaut que nous la partagions :
"Ils sont aussi persuadés que les autres "ex" que l’Etat d’Israël est une émanation de type colonial et qu’en principe il devrait disparaître mais – et c’est ce qui les fait penser qu’ils sont philosémites – de par leur sympathie pour le peuple juif, ou par égard pour ce qu’il a souffert durant la seconde guerre mondiale ou, souvent, parce qu’ils sont eux-mêmes un petit peu juifs et un petit peu honteux, ils sont disposés à nous laisser exister sur la portion pré-67 de la Palestine".
 
Colonie, vous avez dit colonie ?
 
(Pour mémoire : la toute première immigration sioniste
[Sion, Héb. Tsyon, autre nom de Jérusalem] eut lieu en 1882 !)
 
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Du balcon de la Moukata de Ramallah, le vieux cannibale se frotte les mains en imaginant la scène de ces discussions. Ce qu’il cherche, lui et depuis qu’il a lancé son Intifada, c’est la caractérisation du conflit en guerre coloniale et la légitimité infinie que cette catégorisation confère aux Palestiniens de se débarrasser d’Israël.
Il se fout bien des bémols maladroits, issus de la mansuétude pour Israël de quelques "ex" français atypiques. Il sait que dès que la caractérisation est posée, il n’a plus besoin d’eux et d’ailleurs, les finasseries des "ex" en matière de l’adaptabilité des théories de Fanon ne dépassent jamais les discussions d’alcôves et partant, n’ont aucun effet populaire sur la légitimation de notre prochain génocide [1].
Il sait, le vieil ogre, que lorsqu’il appelle les arabes à sacrifier deux millions de Shahyd pour libérer Jérusalem, aucun d’entre ceux qui l’écoutent n’imagine "que l’on s’arrêtera après avoir libéré la partie est de Yéroushalaym-Al Quds".
Il sait que, lorsqu’il appelle à libérer la Palestine, aucun arabe n’entend qu’il ne faut "libérer QUE les territoires jordaniens occupés par les Israéliens à l’issue de la Guerre des six jours".

 Gush-Halav.jpg
 
Gush Halav, Haute Galilée, du 7ème siècle avant notre ère, au 5ème après.
Vestiges du village juif, portant des inscriptions hébraïques. (photo Haïm Sokol)
Le berceau de la nation juive ou une Wakf (colonie) coranique ?
Historiquement, la question ne se pose pas !
 
S’il fallait compter sur l’intervention des "ex" cacochymes et néanmoins philosémites pour signifier aux Shahyd d’Arafat "dans quelles limites territoriales ils sont autorisés à faire valoir leur sauvagerie incontrôlable" il vaudrait mieux confier directement au raïs les clés de tous nos autobus, de tous nos supermarchés et de tous nos restaurants…

Et pour acquérir la certitude de ce que leur activisme linguistique est antisémite en matière de leur association coloniale, rien ne vaut de considérer les autres professions de foi des "ex", patrons de médias.
On retombe alors, lourdement, sur les manipulations photographiques de l’Obs, le faux assassinat d’enfant propagé par FR2 et sur l’affaire Morin-Nahoum. Ce sont autant de doubles preuves de la haine extraordinaire que ces gens nourrissent à notre endroit. On ne peut qu’en déduire que ce qui devrait guider la démarche de notre ministre des affaires étrangères en France, pour enrayer, en urgence, la propagation de cette peste, ce devrait être d’exiger la révision du procès Morin-Plenel ainsi que la prise de sanctions exemplaires par le gouvernement français à l’égard de leurs juges.
Car, dans une société dans laquelle il est jugé licite d’écrire que nous sommes "un peuple méprisant et prenant plaisir à humilier", tout effort visant à endiguer la violence antijuive est bien évidemment voué à l’échec.
N’importe quel lycéen à la tête bien faite comprendrait l’incompatibilité de ces antithèses ; il semble pourtant que Jacques Chirac, son ministre de l’intérieur et Sylvan Shalom ne possèdent, sur ce sujet, même pas l’entendement d’un lycéen…
 
La lutte contre l’antisémitisme a cependant un prix, des exigences. Celle, par exemple, de signifier à Edwy Plenel que l’exercice de l’incitation à l’antisémitisme ne fait pas partie de la liberté d’informer.

Il est encore temps pour les responsables politiques tricolores d’agir contre la peste.
Tout juste temps ! Il faut ainsi commencer par extirper le vocabulaire anticolonialiste des médias contrôlés par l’Etat. Leur faire abandonner les expressions "colonies" pour implantations, "colons", pour habitants des implantations, "mouvements palestiniens radicaux" pour organisations terroristes – exactement comme le préconisent les décisions prises par l’Union Européenne à propos du Hamas, du Jihad islamique, des Tanzim et du Hezbollah, qu’il suffit d’appliquer – et "activistes" et "militants" pour terroristes (jusqu’à plus ample informé, le membre d’une organisation terroriste est lui-même un terroriste).
Ca n’est qu’ainsi que l’on verrait la courbe des actes antijuifs s’infléchir, mais je vous assure qu’elle s’infléchirait.

Sinon, on va poster un CRS devant chaque institution israélite, procurer un bipeur de détresse à chaque juif et on finira par leur faire porter à nouveau une étoile de shérif, fluo cette fois, pour qu’elle se voie la nuit, afin de les rendre plus repérables par la police française lorsqu’elle devra les protéger. Et là, je vous assure, au contraire, que l’antijuivisme continuera à se développer et encore, de façon exponentielle.

A la centaine d’"ex" qui ont cru bon de pétitionner dans le Monde, afin de protester contre la plainte déposée par les communautaristes sharoniens de France-Israël et d’Avocats sans frontières contre Nahoum, je n’ai rien de plus à dire que ce que j’ai déjà écrit dans cet article.

J’apprécie, enfin, d’avoir pu démontrer l’inanité de l’association des dogmes anticolonialistes au conflit israélo-palestinien sans avoir eu à critiquer les œuvres de Fanon et de Sartre elles-mêmes. Elles combattaient une réalité qui avait cours voilà cinquante ans et plus. Une réalité qui venait de coûter la vie à des millions de colonisés dans l’empire français. Près d’un million pour la seule Algérie, par centaines de milles d’authentiques colonisés, au Vietnam, à Madagascar, en Nouvelle Calédonie et, en plus ou moins grand nombre, dans presque dans toutes les autres colonies françaises.

Il y avait beaucoup de courage et de bon sens, à affirmer alors que le soldat d’un empire, qui défend une propriété qui n’est pas la sienne, contre le droit des gens à disposer librement d’eux-mêmes et de leurs terres, sans lien traditionnel, familial, religieux ou historique avec le pays qu’il participe à piller, est forcément tenté d’employer des méthodes inhumaines, immorales, engendrant des assassinats massifs, la répression et la torture. C’est pour ces raisons que "Damnés de la terre" fut envoyé aux Enfers dès sa publication.
 
Colonies, vous avez dit colonies II (situation en 2004)
 
 colonies.jpg
 
Au XXIème siècle, la terre natale de Frantz Fanon, la Martinique, est encore sous domination coloniale française…
Tout en participant, par leur silence, à empêcher ces hommes de "retrouver leur liberté intérieure", de l’Océan indien à l’Amérique du sud, les barons au double discours d’un monumental égarement collectif, deux fois raciste, s’activent, chaque jour, à préparer les âmes à la perte de la nôtre.
A parler de "la mort d’un bébé-colon de trois ans", cela suffit pour nous accuser tous, j’espère que vous l’aurez compris en parvenant à la fin de cet article. Les mots tuent mieux que les armes et avant elles, ça n’est pas une galéjade.
Les "erreurs" de vocabulaire, de "ponctuation", les fausses accusations d’infanticide, les légendes de photos rétromimétiques, la sacralisation des actes de tyrans anthropophages, la victoire du racisme anthologique au tribunal de Nanterre, ne sont ni techniques, ni maladroites, ni anodines.
Elles sont, au contraire, la peste de Camus et la partie visible du ressuscitement de l’antidreyfusisme.
Ils disent toujours et toujours pour rien : "A mort les juifs !" et ils continuent à se prendre pour des justes…

Gracias a la vida de m’avoir fait différent d’eux en tout, libre sur ma terre.

Stéphane Juffa sur Metula News Agency

Notes [1]
 
"Tuer des civils constitue un crime contre l’humanité.
Tuer des civils avec l’intention de détruire tout ou partie d’un groupe national, ethnique ou religieux constitue un crime de génocide.
Inciter de manière publique à commettre ces actes constitue le même crime, en droit pénal international.
Ces concepts ont été créés par l’accord de Londres de 1945, par le tribunal international de Nuremberg (1945), par le tribunal militaire international de Tokyo (1946) et par la convention de 1948 relative à la prévention et à la répression du génocide.
Ces concepts se trouvent intégrés dans le droit national de la plupart des démocraties.
" in "Le dossier Arafat", de Karin Calvo-Goller et Michel A. Calvo, docteurs en droit international, Editions Albin-Michel (2004).
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