Des idées fausses sur le Moyen-Orient

Publié le par Ofek

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Depuis plusieurs mois, en réponse à la prise de contrôle du Hamas sur la bande de Gaza, les américains poussent à une accélération des négociations entre Israéliens et Palestiniens, avec pour horizon une conférence internationale qui devrait s'ouvrir en novembre prochain.
Cette initiative n'est pas étrangère non plus à la volonté américaine de donner aux Arabes sunnites de la région des gages de leur bonne volonté pour faciliter un règlement en Irak.
Israël reçoit depuis de nombreux visiteurs qui l'incitent invariablement à des concessions à partir des idées qui ont présidé au processus d'Oslo.
Ces idées, qui ont enflammé le Proche Orient depuis près de 15 ans, doivent être jugées à l'aune de leurs résultats désastreux.
Le général Ya'alon, l'un des dirigeants israéliens les plus lucides, met tout le monde en garde contre la répétition des erreurs coûteuses du passé proche et fait des propositions très judicieuses, dans l'intérêt de tous.
Objectif-info
 
Tant qu'ils ne prennent pas conscience de leur vision fausse du Moyen orient, les envoyés spéciaux des pays étrangers ne contribueront pas beaucoup à l'apaisement de la région.
 
Après quelques années d'indifférence, Israël se trouve à nouveau sur le trajet des voyages d'émissaires étrangers pleins de bonnes dispositions. L'ancien premier ministre britannique Tony Blair s'est rendu en visite dans le pays le mois dernier comme délégué spécial du "quartet", qui représente les pays activement engagés dans le processus de paix. Au début du mois, la secrétaire d'État américaine Condolezza Rice est venue à son tour. Ces visites se sont toutes achevées par une conférence de presse où l'on réitère des promesses d'avancée. Mais pour que la paix puisse faire un pas en avant durable dans le conflit israélo-palestinien, les envoyés des pays étrangers et bon nombre d'Israéliens devront tordre le coup à un certain nombre d'idées démenties depuis longtemps par la réalité, qui font office de consensus sur le conflit.
 
Les diplomates amènent avec eux en Israël dans leurs bagages quatre idées fausses.
 
La première est que la solution du conflit israélo-palestinien est la condition préalable à la stabilisation du Moyen-Orient.
En vérité la région est déchirée par des querelles qui n'ont rien à voir avec Israël. Par exemple, l'État juif ne joue aucun rôle dans le conflit entre Chiites et Sunnites, entre les Perses et les Arabes, ou entre les nationalistes et les islamistes du monde arabe.
 
Croire que les concessions territoriales israéliennes sont la clef du progrès de la paix est la deuxième idée fausse.
En réalité, un Islam djihadiste en plein essor est convaincu de mener une bataille sacrée contre Israël et l'Occident tout entier. Dans cette dynamique, les concessions israéliennes, qu'elles soient territoriales ou autres, ne font que gonfler les voiles du navire djihadiste, renforçant la croyance qu'Israël et l'Occident sont faibles et peuvent être battus militairement.
 
Il est vrai qu'une majorité d'israéliens a soutenu les retraits unilatéraux du Liban en 2000 et de Gaza en 2005 croyant qu'en donnant satisfaction aux revendications territoriales du Hezbollah et des Palestiniens, ils feraient disparaître la cause du conflit.
Nous en connaissons désormais les résultats : les réponses du Hezbollah et des Palestiniens, ont été des guerres terroristes menées de concert, l'enlèvement de soldats israéliens, le lancement de fusées sur les villes israéliennes, ce qui a démontré que le cœur du conflit du Moyen-Orient n'est pas territorial mais idéologique. Et l'idéologie ne peut pas être mise en échec par des concessions.
 
Les envoyés pensent toujours aussi que "l'occupation" bloque tout accord entre les Israéliens et les Palestiniens.
En Occident, le terme renvoie habituellement aux territoires qu'Israël a conquis pendant la guerre des Six Jours en 1967. Si le problème entre les Israéliens et les Palestiniens ne portait que sur les territoires de 1967, et si la solution consistait à répartir ces terres entre les deux parties (comme l'a proposé en dernier lieu l'ancien premier ministre israélien Ehud Barak en 2000), le conflit aurait pris fin il y a bien longtemps.
 
En réalité, le cœur du problème, c'est que beaucoup de Palestiniens, du Fatah et du Hamas en particulier, et même un certain nombre d'Arabes israéliens, utilisent le terme "occupation" en se référant à l'intégralité du territoire d'Israël. Ils ne reconnaissent pas le droit du peuple juif à un État indépendant, un droit confirmé à maintes reprises dans l'arène internationale.
 
En conclusion, les diplomates pleins de bonne volonté en visite chez nous croient que les Palestiniens désirent, - et ont les capacités -, d'établir un État qui vivra en paix aux côtés d'Israël. Mais ils ne font pas preuve de lucidité.
 
Le chef palestinien défunt, Yasser Arafat, a mis en place un régime voyou qui n'a jamais amélioré fondamentalement les conditions de vie de son peuple.
Le chômage et la pauvreté sont en effets pires pour les Palestiniens aujourd'hui qu'ils ne l'étaient avant qu'Arafat et ses acolytes n'assument le pouvoir en 1994.
 
Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, ne s'est pas occupé du bien-être des Gazaouis, ce qui a contribué à la victoire électorale du Hamas en 2006. Désormais confiné en Cisjordanie après l'expulsion du Fatah de Gaza par les soins du Hamas, Abbas n'a pas entrepris de créer une structure de gouvernement.
 
Le corollaire de cette quatrième idée fausse est la croyance que le développement économique peut neutraliser le nationalisme extrême et le fanatisme religieux, ouvrant ainsi la voie à la paix et à la sécurité.
David Ben-Gourion, le premier chef de gouvernement d'Israël, avait une expression pour les adeptes de ce genre d'idée : "les sionistes naïfs." Ceux qui prennent à leur compte ce raisonnement devraient exiger que les Palestiniens expliquent ce qu'ils ont fait des 7 milliards de dollars d'aide internationale qu'ils ont reçus année après année.
Sept milliards de facteurs de progrès économique : mais pourquoi la foule palestinienne a-t-elle détruit la zone industrielle d'Erez, où des Palestiniens travaillaient et faisaient des affaires depuis des années, à la frontière de Gaza ? Pourquoi ont-ils attaqué les routes sûres qui reliaient Gaza à la Cisjordanie ? Pourquoi l'économie palestinienne est-elle en déconfiture ?
 
En l'absence de ces idées fausses, l'image renvoyée par le Moyen-Orient a de quoi déranger, en effet. Mais aucun émissaire qui serait miraculeusement lucide n'en tient compte. Que faire alors ?
 
Pour commencer, les gouvernements occidentaux et leurs envoyés doivent cesser d'exiger d'Israël des concessions territoriales ou sur la sécurité qui aboutissent au mieux à des bénéfices de court terme, mais qui donnent du poids aux groupes terroristes islamistes.
A la place, ils devraient essayer de persuader les dirigeants palestiniens de s'engager dans une stratégie à long terme fondée sur des réformes éducatives, politiques et économiques qui mèneraient à l'établissement d'une société civile aimant la vie, pas la mort, les droits de l'homme et les valeurs de liberté, avec une classe moyenne non corrompue, une élite prospère.
En même temps, ces gouvernements devraient créer un fonds international qui offrirait une aide aux familles des réfugiés palestiniens pour leur réinstallation, disons 100 à 200.000 dollars par famille, à condition que leur acceptation de cet argent mette un point final à leur statut de réfugié.
 
Les émissaires ne devraient sous aucun prétexte ouvrir un dialogue avec le Hamas. Par égard pour la société palestinienne, le Hamas et son idéologie doivent être vaincus.
Le conflit israélo-palestinien n'est pas le plus déterminant aujourd'hui ; la bataille entre l'Islam djihadiste et l'Occident, dont Israël est seulement l'un des théâtres, est centrale.
 
Pour vaincre l'Islam djihadiste, l'Occident doit triompher des régimes, des organisations et des idéologies qui le soutiennent et l'alimentent : le Hamas est le premier d'entre eux.
 
Les émissaires qui viennent en Israël doivent s'appuyer sur leur riche expérience diplomatique, se libérer des idées fausses sur le conflit israélo-palestinien et des politiques étriquées qui en découlent, en particulier des impasses du politiquement correct, pour nous mener tous vers la liberté, la sécurité et la paix. Sinon, il ne s'agirait que d'une ingérence caractérisée.
 
Moshe Ya'alon, ancien chef d'état-major d'Israël, pour le Los Angeles Times
 
Moshe Ya'alon est membre l'Institut Adelson pour des études stratégiques du Shalem Center. Il a été le 17ème chef d'état-major de l'armée israélienne.
Titre original : Misinterpreting the Mideast
Traduction : Objectif-info

Publié dans Israël

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