Palestine : Un nouveau parti veut rétablir le califat

Publié le par Ofek

 
Un nouveau parti, le Parti de la libération islamiste (PLI), séduit les Palestiniens. Le PLI promet l'établissement d'un califat dans tout le monde musulman.

Écoeurés par les tiraillements entre le Hamas et le Fatah, les Palestiniens se tournent vers un nouveau parti qui leur promet l'établissement d'un califat dans tout le monde musulman. La popularité de ce mouvement monte en flèche.

Alors que tombe le crépuscule, l'appel du muezzin retentit dans les ruelles étroites d'Inchfrayé, dans la banlieue de Ramallah. Quelques dizaines de fidèles convergent vers la petite mosquée du village. Ce soir-là, un jeune homme, Hihab, a demandé à l'imam l'autorisation de prendre la parole, après la prière. Devant des fidèles attentifs, il évoque la signification du ramadan et surtout la manière dont on le célébrait du temps du califat, durant l'âge d'or de l'islam, il y a près de 1000 ans.

«C'est agréable d'entendre des choses pareilles, s'enthousiasme Salim, cadre commercial d'une quarantaine d'années. À cette époque, l'islam apportait la joie et la justice aux musulmans. Aujourd'hui, la religion est synonyme d'oppression.»

Hihab poursuit son exposé. Les Palestiniens, affirme-t-il, n'ont rien à gagner à créer un État arabe de plus. Pour vaincre Israël, ils doivent s'intégrer dans un vaste empire islamique, qui s'étendrait du Maroc jusqu'en Indonésie: un califat. À nouveau unis, les musulmans retrouveraient alors leur rang sur la scène internationale et pourraient même convertir toute la planète à la religion du prophète Mahomet. Quant à l'État juif, une fois le califat restauré et avec lui la grande armée de l'Islam, il ne sera plus qu'un grain de sable insignifiant, facile à balayer.

Au premier rang, Nagi ne perd pas une miette du prêche. «Ni le Fatah ni le Hamas n'ont résolu nos problèmes et en plus, maintenant ils se font la guerre, déplore-t-il. Eux, au moins, sont pacifiques et proposent quelque chose de nouveau».

Ce discours connaît un succès croissant en Cisjordanie. Il est diffusé par les militants du Hizb ut-Tahrir, le Parti de la libération islamique (PLI) qui, comme Hihab, quadrillent à longueur d'année le territoire palestinien.

Ces derniers mois, le PLI a rassemblé à plusieurs reprises des dizaines de milliers de manifestants: à Ramallah, à Hébron et même à Jérusalem-Est. Son influence ne se limite d'ailleurs pas à la Cisjordanie.

Le PLI jouit d'une solide implantation en Indonésie (le premier pays musulman du monde), en Asie Mineure, au Soudan, au Liban et même en Grande-Bretagne, où ses militants défendent activement l'application de la loi islamique dans la vie quotidienne. Le PLI fut aussi à l'avant-garde des manifestations contre les caricatures de Mahomet publiées dans un journal danois à l'automne 2005.

Contrairement au Hamas, inspiré par les frères musulmans, ou au Hezbollah chiite, le PLI n'investit pas dans l'action caritative, ne participe pas aux élections et s'oppose à la lutte armée. Le parti consacre l'essentiel de son budget - considérable - à la propagande dans les mosquées, à ses sites Internet et à l'organisation d'impressionnantes manifestations. Interrogés sur l'origine de leur financement, les militants du PLI évoquent des dons de fidèles du monde entier et notamment de riches mécènes du Golfe et de la diaspora palestinienne. Une chose est sûre: séditieux, Hizb ut-Tahrir ne reçoit le soutien d'aucun pays musulman. Au contraire, le parti a été déclaré illégal dans de nombreux États comme la Jordanie et le Pakistan.

Faux pacifistes ?

«Leur discours pacifiste ne doit tromper personne, prévient Hani al-Masri, politologue palestinien. Ils attendent simplement le moment opportun pour prendre les armes. En attendant, leurs idées se propagent à toute vitesse.»

Écoeurée par l'affrontement fratricide entre Fatah et Hamas, la population palestinienne représente un terreau de choix pour ces infatigables prêcheurs de l'unité islamique. «Le Hamas reste puissant chez nous, mais beaucoup de gens religieux sont déçus par son action au gouvernement. Ceux-là se tournent souvent vers le PLI», confirme Khader Mustafa, maire d'Inchfrayé.

Au-delà du contexte local, le mythe du califat a toujours fait rêver les musulmans. Officiellement abolie par les Turcs en 1924, l'institution était en déclin depuis plusieurs siècles. Mais jusqu'à nos jours, le califat incarne l'idéal d'une fraternité islamique transcendant les nationalismes et les tensions internes. A contrario, nombre de musulmans perçoivent sa disparition comme une insondable catastrophe consacrant la domination de l'Occident sur l'Islam.

Stéphane Amar - La Presse - Collaboration spéciale - Jérusalem sur http://www.cyberpresse.ca/article/20070919/CPMONDE/709190524/5160/CPMONDE
 
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