Annapolis ou âne à peau lisse ?

Publié le par Ofek

1.      Accepter Israël comme l’État juif ?
 
Étonnement, la combinaison entre les bases faussées de la rencontre d’Annapolis et la mollesse du premier ministre israélien Ehud Olmert («la paix est affaire de concession») a généré quelque chose d’utile. En effet, rompant avec ses prédécesseurs, Olmert a exigé avec vigueur que ses partenaires de négociation palestiniens acceptent l’existence permanente d’Israël en tant qu’État juif, suscitant ainsi une réaction révélatrice.
Olmert annonça le 11 novembre que si les Palestiniens ne reconnaissaient pas Israël comme «un État juif», les discussions d’Annapolis seraient stoppées. «Je n’ai pas l’intention de transiger d’une quelconque manière sur la question de l’État juif. Cela constituera une condition à notre reconnaissance d’un État palestinien.»
Il confirma cette position le lendemain, qualifiant la «reconnaissance d’Israël comme un État pour le peuple juif» de «point de départ à toutes les négociations. Nous n’entamerons aucun débat avec qui que ce soit sur le fait qu’Israël est un État pour le peuple juif.» Il releva aussi que les dirigeants palestiniens doivent «avoir la volonté de faire la paix avec Israël en tant qu’État Juif».
La mise en exergue de ce point a l’avantage d’attirer l’attention sur la question centrale du conflit israélo-arabe – le sionisme, le mouvement nationaliste juif, un aspect généralement ignoré dans le brouhaha des négociations. De fait, quasiment depuis la naissance de l’État, les pourparlers se sont concentrés sur la complexité de questions secondaires telles que les frontières, la disposition des troupes, le contrôle de l’armement et des armes, les lieux sacrés, les ressources naturelles, les droits d’établissement, la représentation diplomatique et les relations étrangères.
Les dirigeants palestiniens ont répliqué rapidement et sans équivoque à l’exigence d’Olmert:
Le Higher Arab Monitoring Committee de Nazareth décida à l’unanimité d’appeler l’Autorité palestinienne à ne pas reconnaître Israël comme un État juif.
Salam Fayad, le «premier ministre» de l’Autorité palestinienne: «Israël peut se définir comme il lui plaît, mais les Palestiniens ne le reconnaîtront pas comme État juif.»
Yasser Abed Rabbo, secrétaire général du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine: «Cette question n’est pas sur la table de négociation; elle est destinée à la consommation interne [israélienne].»
Ahmad Qurei, chef des négociateurs palestiniens: «Cette [exigence] est rejetée catégoriquement.»
Saeb Erekat, responsable des négociations de l’OLP: «Les Palestiniens ne reconnaîtront jamais l’identité juive d’Israël. (…) Il n’existe aucun pays dans le monde où les identités religieuse et nationale sont liées de cette manière.»
La généralisation d’Erekat est à la fois cureuse et révélatrice. Non seulement 56 États et l’OLP appartiennent à l’Organisation de la conférence islamique, mais la plupart d’entre eux, y compris l’OLP, font de la charia (la loi islamique) leur principale ou unique source de législation. L’Arabie Saoudite exige même que tous ses sujets soient musulmans.
En outre, le lien entre la religion et la nation n’est de loin pas l’apanage des pays musulmans. Comme le relève Jeff Jacoby, du Boston Globe, la loi argentine «charge le gouvernement de soutenir la foi catholique romaine. La reine Elizabeth II est le Gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre. Dans le royaume himalayen du Bhoutan, la constitution proclame que le Bouddhisme est l’«héritage spirituel» de la nation. La deuxième partie de la constitution grecque déclare que «la religion dominante en Grèce est celle de l’Église orthodoxe orientale du Christ».
Pourquoi, donc, ce faux refus de principe de reconnaître Israël comme un État juif? Peut-être parce que l’OLP nourrit toujours l’intention d’éliminer Israël en tant qu’État juif, justement.
Je dis bien «éliminer» et non détruire. Oui, jusqu’à présent, l’antisionisme a essentiellement revêtu une forme militaire, du «jetez les Juifs à la mer» de Gamal Abdel Nasser à l’«Israël doit être rayé de la carte» de Mahmoud Ahmadinejad. Mais la puissance des Forces de défense israéliennes a poussé l’antisionisme vers une démarche plus subtile, qui consiste à accepter un État israélien puis à en démanteler le caractère juif. Les antisionistes envisagent plusieurs moyens d’y parvenir:
Démographie. Les Palestiniens pourraient submerger la population juive d’Israël, un objectif signalé par leur exigence d’un «droit au retour» et par leur «guerre des ventres».
Politique. Les citoyens arabes d’Israël rejettent toujours davantage la nature juive du pays et exigent qu’il devienne un État binational.
Terreur. Les quelque 100 attentats palestiniens hebdomadaires perpétrés entre septembre 2000 et septembre 2005 visaient à susciter le déclin économique, l’émigration et l’apaisement.
Isolation. Toutes ces résolutions des Nations Unies, ces condamnations dans la presse et ces attaques sur les campus sont destinées à miner l’esprit sioniste.
La reconnaissance par les Arabes de la nature juive d’Israël doit revêtir une priorité diplomatique maximale. Les négociations devraient être stoppées et gelées jusqu’à que les Palestiniens acceptent formellement le sionisme puis mettent un terme à toutes leurs stratégies visant à éliminer Israël. D’ici là, il n’y a rien à discuter.
 
Daniel Pipes sur http://www.ajm.ch/wordpress/
 
2.      A propos de la question juive
 
Voici quelques idées au sujet de la conférence de paix de demain à Annapolis, et plus largement sur la façon d'aborder le conflit israélo-palestinien. Première question (l'on pourrait penser que c'est évident mais apparemment ça ne l'est pas): "Sur quoi porte le conflit ?" Il y a fondamentalement deux cas possibles : le conflit porte soit sur la taille d'Israël, soit sur son existence.
 
Si le problème est celui de la taille d'Israël, nous avons purement et simplement un problème de frontière, comme pour l'Alsace-Lorraine ou le Texas. C'est-à-dire qu'il n'est pas facile à régler, mais qu'il est susceptible d'être résolu à la longue, et qu'il faut vivre avec en attendant. Si à l'inverse, le problème porte sur l'existence d'Israël, alors il est clair qu'il ne peut pas trouver de solution par la voie des négociations. Il n'y a pas de compromis possible entre exister et ne pas exister, et il n'est pas imaginable qu'un gouvernement  d'Israël négocie pour savoir si le pays doit exister ou pas. L'OLP et certains représentants des Palestiniens ont exprimé de temps en temps une reconnaissance formelle d'Israël dans des discours diplomatiques en langue étrangère. Mais ce n'est pas le message qu'ils délivrent chez eux, en Arabe, dans les manuels de l'école primaire, dans les déclarations politiques ou les prêches religieux. Là, les termes utilisés en Arabe évoquent, non pas la fin des hostilités, mais un armistice ou une trêve jusqu'au moment où la guerre contre Israël peut reprendre avec de meilleures chances de succès. Sans l'acceptation véritable du droit d'Israël à exister comme État juif, tout comme plus de 20 membres de la Ligue arabe existent en tant qu'États arabes, ou un nombre beaucoup plus grand de membres de l'Organisation de la Conférence islamique existent en tant qu'États islamiques, la paix ne peut pas être négociée.
 
Un bon exemple de la façon dont ce problème affecte la négociation est la question très débattue des réfugiés. Pendant les combat de 1947-1948, les trois quart du million d'Arabes résidant sur les lieux se sont enfuis ou ont été chassés par Israël (les deux situations se sont produites dans différents endroits) et ont trouvé refuge dans les pays arabes voisins. Au cours de la même période et par la suite, un nombre légèrement plus élevé de Juifs se sont enfuis ou ont été chassés par les pays arabes : cela s'est d'abord produit dans les territoires de la Palestine mandataire contrôlés par les Arabes (où pas un seul juif n'a été autorisé à rester), puis dans les pays arabes où les Juifs et leurs ancêtres avaient vécu durant des siècles, et même dans quelques endroits durant des millénaires. La plupart des réfugiés juifs ont pris la route d'Israël.
 
Ce qui se réalisait alors était de fait un échange de populations, semblable à ce qui avait eu lieu dans le sous-continent indien l'année précédente, quand l'Inde britannique a été divisée en deux pays, l'Inde et le Pakistan. Des millions de réfugiés se sont enfuis ou ont été chassés - les Hindous et d'autres populations du Pakistan vers l'Inde, et les musulmans de l'Inde vers le Pakistan. On a un autre exemple avec l'Europe de l'Est à la fin de la deuxième guerre mondiale, quand les Soviétiques ont annexé une grande partie de la Pologne orientale et ont compensé cette annexion par une portion de l'Allemagne de l'Est. Dans ce cas aussi, il y a eu un mouvement massif de réfugiés, des Polonais se sont enfuis de la Pologne ou en ont été chassés par l'Union Soviétique, des Allemands se sont enfuis ou ont été chassés par la Pologne en direction de l'Allemagne.
 
Les Polonais et les Allemands, les Hindous et les Musulmans, les réfugiés juifs des terres arabes, tous ont été reclassés dans de nouvelles demeures et ont bénéficié du droit ordinaire à la citoyenneté. Ce qui est plus remarquable, c'est que cela s'est fait sans aide internationale. La seule exception a été le cas des Arabes palestiniens dans les pays arabes environnants.
 
Le gouvernement jordanien a accordé aux Arabes palestiniens une forme de citoyenneté, mais les a maintenus dans des camps de réfugiés. Dans les autres pays arabes, ils sont restés des étrangers apatrides sans droits ni perspectives, dépendants des fonds de l'ONU. Paradoxalement, si un Palestinien s'enfuyait en Grande-Bretagne ou en Amérique, il serait en droit d'obtenir la naturalisation au bout de cinq ans, et ses enfants nés dans le pays d'accueil en seraient les citoyens par la naissance. S'il était allé en Syrie, au Liban ou en Irak, lui et ses descendants seraient restés des apatrides, à présent jusqu'à la quatrième ou la cinquième génération.
 
La cause de cette situation a été donnée par de nombreux représentants arabes. Elle est due à la nécessité de préserver les Palestiniens comme une entité séparée jusqu'au moment où ils repartiront en exigeant la totalité de la Palestine ; c'est-à-dire, toute la Cisjordanie, la Bande de Gaza et Israël. En d'autres termes, la revendication du "retour" des réfugiés signifie la destruction d'Israël. Il est hautement improbable que cette formule soit agréée par quelque gouvernement israélien que ce soit.
 
Il y a des signes de changement dans certains milieux arabes, l'apparition d'une volonté d'accepter Israël et même d'envisager la possibilité d'une contribution positive de ce pays à la vie collective de la région. Mais ces opinions sont exprimées sous le manteau. Ceux qui osent les dévoiler sont parfois jetés en prison ou même pire. Ces point de vue n'ont jusqu'ici qu'un impact limité ou nul sur le leadership de ces pays.

Que peut apporter de nouveau le sommet d'Annapolis? Si le problème soulevé n'est pas celui de la taille d'Israël, mais celui de son existence, les négociations ne mèneront à rien. Et à la lumière de l'expérience passée, il est clair que c'est la question posée et que cela le restera jusqu'à ce que les dirigeants arabes réalisent leur objectif, détruire Israël, ou y renoncent. Les deux hypothèses semblent aussi improbables l'une que l'autre pour le moment.
 
Le dernier ouvrage de Bernard Lewis, professeur honoraire à Princeton est :" De Babel aux drogmans : une interprétation du Moyen-Orient "( Oxford University Press, 2004)
 
 
 
3.      Raisonnement déformé à Annapolis
 
Pourquoi la conférence est condamnée à l’échec.

L’un des points spécifiques où le drame aurait pu tourner à la farce en quelques secondes est survenu il y a neuf ans au sommet de ‘Wye Plantation’. Après des efforts épuisants et démoralisants, Yasser Arafat nous fit la promesse (même si c’était à contrecœur et de mauvais gré) de supprimer dans la Charte palestinienne les paragraphes appelant à la destruction d’Israël.

En quittant la salle de conférence, nous avons vu l’un des plus proches conseillers du Président Bill Clinton, lui disant notre fierté d’être parvenus à ce résultat.

« Etes vous devenus fous ? » cria-t-il. « Il va être tué de ce fait. Il est trop faible pour des mesures aussi importantes que cela. Il doit d’abord être renforcé !»

Je me souvins de cette histoire tragi-comique il y a quelques jours en parlant avec un participant des délégués internationaux engagés dans la construction d’une économie palestinienne en déroute. Quand je lui demandais pourquoi ils ne faisaient pas dépendre l’aide au président de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas (Abou Mazen) de l’arrêt de l’incitation à la haine anti-israélienne sur la chaîne officielle de télévision et dans le système éducatif palestinien, il répondit : « Abou Mazen est si faible, et ce n’est pas une mesure populaire. Tout d’abord, il est nécessaire de le renforcer, et ensuite il sera possible d’exiger quelque chose de sa part ».  

Je n’ai jamais compris ce raisonnement étrange : d’abord renforcer un dirigeant faible, en donnant une légitimité à des actions anti-israéliennes qu’il autorise (voire encourage, et parfois même dirige) et puis, lorsque que les positions anti-israéliennes l’ont rendu populaire, attendre qu’il change tout soudain ses manières pour conduire son peuple avec détermination vers la paix désirée.

Cette approche déformée est devenue une espèce de vache sacrée. « Nous devons renforcer Abou Mazen » disent les dirigeants d’Israël, comme un espèce de mantra. Il est sans importance que pendant ce temps, ils éduquent une nouvelle génération de Palestiniens à la haine, à la violence et à l’aspiration de détruire Israël. Il n’importe pas que la voie du renforcement soit diamétralement opposée à la paix et au dialogue. Le fait important, c’est que nous renforcions Abou Mazen.

Le vieil argument du président Shimon Pérès, du parlementaire Yossi Beilin et du ministre de la défense Ehud Barak sur « Avec qui faire la paix, un dirigeant fort ou un dirigeant faible » n’est plus valide. Un regard en arrière sur les années écoulées depuis les accords d’Oslo montre clairement que la direction dans laquelle la société palestinienne a marché n’est pas la direction de la paix. Cela a été en tout et pour tout une ‘hudna’ (trêve) avant une autre intifada. Et quand la société devient plus extrémiste, quelle différence y a-t-il pour nous si le dirigeant est fort ou faible ?

Il est vrai que pour réaliser des réformes courageuses et éduquer son peuple à la paix, il y faut un dirigeant puissant. De tels dirigeants, qui comprennent la nécessité de l’éducation pour la paix et les réformes, il en existe – mais pas à la Mouqata à Ramallah. Ce sont des gens qui n’ont pas peur de mettre en cause la tyrannie du dirigeant faible et qui croient dans la construction d’une société civile en tant que fondation nécessaire à tout progrès sur la voie de la paix.

En tant que président de ‘l’Institut pour les Etudes stratégiques’*, je les rencontre très souvent. Il est vrai qu’ils sont faibles, mais uniquement pour une raison : nous les affaiblissons nous-mêmes en donnant un soutien sans réserve aux « tyrans » modérés. La justification de ce que le soutien à ces fauteurs de troubles affaiblit le seul élément capable d’arrêter le Hamas ne tient pas la route : c’est précisément le renforcement d’un régime anti-démocratique et l’absence d’alternative qui pousse le public dans les bras des fondamentalistes, dans les bras du Hamas.

La conférence d’Annapolis est condamnée à l’échec non pas parce que nous ou les Palestiniens n’avons pas fait assez de concessions – elle est condamnée à l’échec parce qu’elle est bâtie sur un raisonnement déformé, avec pour conséquence qu’il serait possible d’aller de l’avant et de faire un arrangement avec un dirigeant, en ignorant totalement ce qui se produit vraiment dans la société palestinienne. En cela, à notre regret, Annapolis est devenue une nouvelle farce tragicomique sur la scène du Moyen-Orient.

Natan Sharansky sur
http://www.aish.com/jewishissues/middleeast/Distorted_Reasoning_at_Annapolis.asp
Adaptation française de Sentinelle 5768
 
Cet article a d’abord été publié dans le journal ’Haaretz’.

Biographie de l’auteur : Le rédacteur dirige ‘the Adelson Institute for Strategic Studies’ au Shalem Center.
 
4.      Les meilleurs amis d’Israël’ soutiennent fermement les Arabes à la conférence d’Annapolis
 
Bush et Rice vont-ils faire tout leur possible pour laisser un héritage ? L’humeur est sombre à l’Etat Major Général de Tsahal avant la conférence de « paix » de la semaine prochaine à Annapolis. Comme un officier général participant directement aux négociations avec les Palestiniens et les Américains l’a dit : « Aussi mauvais que cela puisse paraître de l’extérieur, la vérité est dix fois pire. C’est un cauchemar. Les Américains n’ont jamais été aussi hostiles ».
 
Jeudi, un projet de déclaration que les négociateurs israéliens et palestiniens discutaient avant la conférence a été divulgué aux media. La lecture du document souligne les préoccupations de Tsahal.
Le projet de document montre que les Palestiniens et les Israéliens diffèrent non seulement sur chaque sujet, mais diffèrent aussi sur l’objectif du document. Il montre aussi que les Américains soutiennent fermement les Palestiniens contre Israël.
Comme le projet de document le montre clairement, Israël essaie d’éviter de s’engager à quoi que ce soit à Annapolis. De leur côté, les Palestiniens essaient de forcer la main d’Israël en le liant à des formules diplomatiques qui présupposent un retrait israélien sur les lignes d’armistice de1949, et l’acceptation du prétendu « droit de retour » ou l’immigration libre d’Arabes étrangers en Israël.
Les Palestiniens essaient aussi d’écarter le droit d’Israël à déterminer par lui-même s’il doit faire confiance aux Palestiniens, et continuer de faire des concessions diplomatiques et sécuritaires ou non, en confiant la responsabilité de ces décisions à des acteurs extérieurs sur le rythme des concessions, et si oui ou non il faut faire confiance aux Palestiniens.
Comme le document divulgué le montre, les Américains ont pris le parti des Palestiniens contre Israël. En particulier, les Américains ont pris sous leur bonnet le seul droit de juger si oui ou non les Palestiniens et les Israéliens se plient à leurs engagements, et si et à quel rythme les négociations vont se poursuivre.
Mais les Américains ont montré qu’ils ne se soucient pas de la confiance d’Israël. En refusant de reconnaître la participation directe du parti Fatah du président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas dans le terrorisme, et en vérité, de l’implication directe de ses « forces de sécurité » dans le terrorisme, les Américains ont démontré que leurs références pour le respect palestinien de leurs engagements envers Israël ne sont pas nécessairement fondées sur la réalité du terrain. Et puis, les USA exigent des concessions sécuritaires en faveur des Palestiniens de grande ampleur, avant même que la conférence de la « paix » à Annapolis ait démontré que la sécurité d’Israël est le cadet des soucis du Département d’Etat.
Des sources de Tsahal mettent au compte de terroristes du Fatah, le meurtre par balles lundi dernier dans la nuit d’Ido Zoldan, suivant la décision d’Israël de se plier à l’exigence de la Secrétaire d’Etat Condoleezza Rice de lever 24 contrôles de sécurité routiers en Judée et en Samarie. Si cela ne s’était pas produit sous la pression des USA disent-ils, il est très possible que ce père de deux enfants, âgé de 29 ans, soit encore vivant aujourd’hui.
Mais cela n’est pas le souci de Washington. Comme Rice l’a fait clairement savoir plusieurs fois, les USA veulent voir des « signes de progrès ». Puisque les Palestiniens ne prennent aucune mesure contre le terrorisme et ne font rien pour diminuer la ferveur jihadiste de leur société, la seule manière de parvenir à des « signes de progrès » est d’obliger Israël à faire des concessions aux Palestiniens. Et donc, c’est exactement ce que font Rice et ses associés.
Rice est en mesure d’obliger Israël à accepter ses exigences parce qu’elle est face aux dirigeants israéliens les plus faibles que le pays ait jamais produits. Le Premier Ministre Ehud Olmert, la ministre des affaires étrangères Tzipi Livni et le ministre de la Défense Ehud Barak sont tous incapables de résister au Américains, ou même tout simplement d’argumenter avec eux. La faiblesse d’Olmert et Livni est apparue depuis leur mauvaise conduite de la guerre avec le Hezbollah l’été dernier, et leurs négociations sur un accord de cessez le feu avec Rice. De son côté, pendant son bref mandat désastreux comme Premier Ministre, Barak s’est comporté comme s’il était alors l’employé du Président Clinton.
Mais si la volonté d’Olmert, Livni et Barak de compromettre la sécurité de leur nation est fonction de leur faiblesse, qu’est-ce qui explique le comportement de Bush et de Rice ? Pourquoi affaiblissent-ils Israël et poussent-ils encore à l’établissement d’un autre Etat terroriste au Moyen-Orient ? Quel intérêt les USA pensent-ils servir en agissant ainsi ?
Au cours des quelques semaines écoulées, nombre de théories ont été émises pour expliquer leur comportement. L’explication la plus fréquente est que Rice et Bush se font les champions d’un Etat palestinien aux dépens d’Israël en s’efforçant de mobiliser une coalition d’Etats arabes sunnites pour coopérer avec les USA contre l’Iran.
Selon cette théorie, si Annapolis est considéré comme un succès, alors les Etats arabes seront convaincus qu’il vaut la peine de soutenir les USA contre l’Iran. Cette théorie a plusieurs failles. D’abord, comme le traitement d’Israël par les USA le démontre, le succès à Annapolis implique d’affaiblir Israël que l’Iran cherche à détruire, et de renforcer les Palestiniens que l’Iran soutient. Cela signifie que loin d’affaiblir l’Iran, un succès à Annapolis ira dans le sens de ses intérêts.
Mais au-delà de cela, que ce soit avec ou sans malice, en convoquant la conférence d’Annapolis la semaine prochaine, l’administration Bush a directement renforcé l’Iran. Aujourd’hui, savoir si l’administration émerge indemne ou humiliée d’Annapolis se situe complètement entre les mains de l’Iran. L’Iran décidera si la conférence s’ouvre et se clôt pacifiquement, ou si elle est réunie alors que le Liban est submergé par la guerre civile aux mains des vassaux de l’Iran, la Syrie et le Hezbollah.
Selon la constitution libanaise, ce samedi était le dernier jour où un nouveau président libanais pouvait être élu. Le président du Liban doit être élu par les 2/3 des membres du Parlement libanais. Par leur campagne d’assassinats, la Syrie et le Hezbollah ont écarté la majorité des 2/3 des forces anti-syriennes gagnées aux élections de 2005. Par conséquent, le Hezbollah détient un pouvoir de veto sur l’élection. Et jusqu’à présent, l’Iran et la Syrie ont refusé de permettre au Hezbollah de soutenir un candidat. C’est le cas même malgré la volonté de la majorité anti-syrienne de soutenir un candidat présidentiel pro-syrien.
Du fait de l’impasse provoquée par l’Iran et la Syrie, il y a aujourd’hui deux scénarios possibles pour ce qui pourrait advenir dans les jours prochains au Liban. Soit l’Iran et la Syrie permettront que des élections aient lieu, et un agent de leurs régimes et du Hezbollah s’emparera de la présidence ; ou bien des élections n’auront pas lieu, et deux gouvernements - l’un anti-syrien sous la conduite du Premier Ministre Fouad Siniora, et l’un pro-syrien seront formés. Le gouvernement pro-syrien sera soutenu par le Hezbollah et l’armée libanaise. Le gouvernement anti-syrien sera soutenu par les milices chrétiennes, sunnites et druzes. Une guerre civile s’ensuivra. La Syrie, le Hezbollah et l’Iran vaincront.
Dans une tentative pour provoquer le premier scénario, Bush a fait le siège de chaque dirigeant auquel il pense pour appeler Téhéran et Damas à se calmer, et permettre aux élections de se tenir. A cette fin, il a même demandé à leur principal fournisseur d’armes, le président russe Vladimir Poutine d’intervenir. La décision d’Olmert de permettre aux forces de sécurité du Fatah de recevoir 25 transporteurs de troupes blindés russes malgré les objections de Tsahal, était sans aucun doute une conséquence de l’appel au secours de Bush à Poutine.
Si les Américains croient que la clé pour s’opposer à l’Iran est de construire une coalition arabe anti-iranienne, la crise au Liban prouve combien leurs efforts sont futiles. Exactement de la même façon que les pays arabes s’opposent à l’acquisition par l’Iran d’armes nucléaires, de même ils s’opposent au contrôle iranien sur le Liban. Pourtant malgré cela, ils n’ont rien fait pour empêcher l’Iran et ses vassaux de prendre le contrôle du pays. Au contraire, les Saoudiens ont encouragé le gouvernement Siniora à soutenir les candidats pro-syriens à la présidence.
Alors, si l’administration a décidé d’adopter les Palestiniens comme moyen d’affaiblir l’Iran, sa décision est fautive de trois manières. D’abord, étant donné le soutien de l’Iran aux Palestiniens, leur donner du pouvoir contre Israël ne fait que contribuer aux intérêts de l’Iran. Ensuite, la conférence d’Annapolis est devenue l’otage du bon vouloir iranien qui est non existant. Et enfin, même si elle était formée, une coalition arabe anti-iranienne serait incapable de contrôler la puissance de l’Iran.
Même si le sommet d’Annapolis affaiblit la position des USA à l’égard de l’Iran, il y aurait encore du sens pour Bush et Rice de soutenir un Etat palestinien si, ce faisant, cela augmentait le soutien public pour leur administration. Mais c’est le contraire qui se produit. L’obsession apparent de Bush et Rice pour un Etat palestinien est critiquée de tous les côtés du spectre politique.
Des critiques de la Gauche, comme l’éditorialiste du New York Times Thomas Friedman et l’ancien négociateur de Clinton et apologiste palestinien Robert Malley ont exprimé leur perplexité devant l’avancée insistante par l’administration de négociations entre Israël et les Palestiniens, alors qu’il n’y a aucune chance que ces négociations apportent la paix. De même aussi, au cours des semaines écoulées, quatre candidats présidentiels du Parti Républicain - Rudy Guiliani, Mitt Romney, John McCain et Fred Thompson - ont critiqué la stratégie politique palestinienne de Bush et Rice en général, et la convocation de la conférence à Annapolis en particulier.
Il y a aussi la théorie qui veut que le principal souci de Bush et Rice, en poussant à un Etat palestinien, serait leur héritage politique. L’intention déclarée de Rice de voir un Etat palestinien avant que Bush ne quitte son poste donne du poids à cette opinion. Mais bien sûr, étant donné que le maximum qu’Israël veut bien concéder aux Palestiniens est inférieur au minimum que les Palestiniens veulent bien accepter, et étant donné que le gouvernement Olmert tombera si celui-ci donne son accord à des concessions majeures, il est clair qu’il n’y a aucune chance pour que Rice réussisse.
Enfin, il y a cet idée que Rice et Bush comprennent qu’il n’y a aucune chance de parvenir à la paix, mais qu’ils pensent que leur héritage politique sera renforcé pour avoir simplement essayé. Après tout, on se souvient positivement de Bill Clinton pour ses tentatives de faire la paix entre Israël et les Palestiniens, malgré le fait que ces tentatives ont apporté la guerre plutôt que la paix. Mais l’exemple de Clinton n’est plus applicable parce que les conditions dans lesquelles Clinton a recherché la paix étaient très différentes de celles d’aujourd’hui.
La stratégie politique de Clinton a provoqué une guerre qui a seulement commencé à la fin de sa présidence. Jusqu’alors, elle paraissait correspondre à des décisions relativement sûres et à peu de frais. D’un autre côté, la présidence de Bush s’est déroulée dans sa totalité sur la toile de fond du jihad palestinien. Chaque tentative qu’il a faite pour la paix, depuis le plan Tenet en passant par la feuille de route et Sharm el Sheikh, jusqu’à Annapolis, a volé en éclat à cause de la violence avant qu’elle ne puisse commencer.
Alors, il n’y a aucune bonne excuse pour la décision de l’administration Bush d’adopter les Palestiniens aux dépens d’Israël. Tout cela provient de ce que Bush et Rice ne songent pas aux conséquences de leurs décisions.
C’est une tragédie singulière que les dirigeants élus d’Israël soient trop faibles pour leur faire comprendre qu’en provoquant un dommage à Israël, ils causent un dommage aux Etats-Unis, et se trompent eux-mêmes.
 
Caroline B. Glick | Jewish World Review - Adaptation française de Sentinelle 5768
 
Contribuant à la JWR, Caroline B. Glick est membre senior pour le Moyen Orient du “Center for Security Policy” [Centre pour la Politique de Sécurité] à Washington, DC et rédacteur en chef adjoint du « Jerusalem Post ».
 
 

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