Intelligence stupide

Publié le par Ofek

L’Estimation Nationale du Renseignement (National Intelligence Estimate = NIE en anglais) qui a conclu que l’Iran a arrêté son programme d’armes nucléaires en 2003 est simplement l’évaluation du service de renseignement (Intelligence = service de renseignement) la plus stupide que j’aie jamais lue.
Il a gobé toute l’histoire d’un appât transparent et un changement tactique employés non seulement par l’Iran, mais aussi par plusieurs autres puissances nucléaires dans le passé.
 
La tactique est évidente et bien connue de tous les officiels du renseignement disposant d’un Quotient Intellectuel au-dessus de la température de la pièce.
Il dispose ainsi : il existe deux voies pour fabriquer des armes nucléaires : l’une est de conduire la recherche et de développer la technologie directement reliée à son utilisation militaire. C’est ce que les USA ont fait quand ils ont développé la bombe atomique au cours du « Manhattan Project ».
La seconde voie est de développer une technologie nucléaire pour une utilisation civile, puis d’utiliser la technologie civile pour des objectifs militaires.
 
Ce que toute agence de renseignement sait, c’est que la part la plus difficile pour développer des armes correspond précisément à la seconde voie, c’est-à-dire l’utilisation civile. En d’autres termes, il est relativement simple de passer de la voie 2 vers la voie 1 en un court laps de temps.
 
Comme Valerie Lincy et Gary Milhollin, tous deux experts du contrôle des armes nucléaires, le formulent dans un éditorial de Une dans le ‘New York Times’ du 6 décembre 2007 :
 
« Au cours de l’année écoulée, période pendant laquelle le programme d’armes [nucléaires] de l’Iran état supposé arrêté, le gouvernement s’est activé à installer 3.000 centrifugeuses à gaz dans son usine de Natanz. Ces machines pourraient, en fonctionnant de façon continue pendant environ un an, produire suffisamment d’uranium enrichi pour fournir le combustible pour une bombe. De plus, elles n’ont pas d’objectif plausible pour l’effort du nucléaire civil de l’Iran.
Tous les besoins de l’Iran en uranium enrichi pour ses programmes d’énergie sont couverts par un contrat avec la Russie.
 
L’Iran fabrique aussi un réacteur à eau lourde dans son centre de recherche d’Arak. Ce réacteur est idéal pour produire du plutonium pour des bombes nucléaires, mais il est de faible usage dans un programme énergétique comme celui de l’Iran, qui n’utilise pas de plutonium comme combustible de réacteur. L’Inde, Israël, et le Pakistan ont construit de semblables réacteurs - tous avec pour objectif d’alimenter des armes nucléaires.
Et pourquoi, au passage, l’Iran veut-elle même un programme d’énergie nucléaire, alors qu’elle est assise sur une énorme réserve de pétrole, dont la valeur monte aujourd’hui en flèche ?
Et pourquoi développer des missiles Shahab à longue portée, ce qui n’a aucun sens militaire si on n’y met pas des têtes nucléaires ?
 
L”arrêt de l’enrichissement secret et de ses efforts de conception de la bombe en 2003 prouve seulement que l’Iran a fait un changement tactique. Elle a suspendu un travail qui, s’il était découvert, aurait révélé sans ambiguïté son intention de construire une arme [nucléaire]. Elle a poursuivi l’autre voie, cruciale pour la capacité à faire une bombe, qu’elle peut faire passer pour ses applications civiles ».
 
Eh bien ! Qu’est-ce alors qui peut expliquer une gaffe aussi évidente du renseignement ?
 
Une explication peut résider dans le vieil adage qui dit : « L’intelligence militaire est à l’intelligence ce que la musique militaire est à la musique ». Mais je ne crois tout simplement pas que nos agences de renseignement soient peuplées de l’espèce de nigauds qui tomberaient dans un stratagème iranien aussi évident.
 
L’explication la plus plausible est qu’il existe une manoeuvre cachée dans le rapport. Que pourrait alors être cette manoeuvre ? Pour découvrir une manœuvre cachée, il faut toujours en chercher les bénéficiaires. Qui gagne à ce rapport profondément vicié ?
Bien sûr, l’Iran y gagne, mais il est peu probable que les intérêts iraniens aient pu motiver quelque manœuvre américaine.
 
Lincy et Milhollin conjecturent ceci :
« Nous devrions suspecter tout document qui soudainement, donne à l’administration Bush un laissez-passer sur un grand problème de sécurité nationale qu’elle ne résoudra pas pendant l’année de mandat qui lui reste. Est-ce que l’administration se lave simplement les mains de la question insoluble de l’Iran nucléaire en disant : « Si nous ne pouvons pas la régler, elle ne sera pas brisée ? ».
 
Ma propre opinion est que les auteurs du rapport ont combattu la dernière guerre. Non, pas la guerre d’Irak, mais plutôt ce qu’ils croient être les efforts du vice-président Dick Cheney pour aller en guerre contre l’Iran. Ce rapport ôte sans doute le vent de ces voiles. Mais c’était la guerre non menée l’an passé. Personne à Washington n’a sérieusement envisagé d’attaquer l’Iran depuis que Condoleezza Rice et Robert Gates ont remplacé Cheney en charge de la politique étrangère derrière le trône.
 
Quelles que soient la manœuvre et la motivation, ce rapport pourrait bien figurer dans l’Histoire comme l’un des plus dangereux, des plus malavisés et des plus contreproductifs des évaluations de l’histoire du renseignement. Il pourrait bien encourager les Iraniens à avancer encore plus vite dans le développement d’armes nucléaires.
Si le rapport est correct en soutenant que la seule manière de décourager l’Iran de développer des armes nucléaires est de maintenir une pression internationale, alors les auteurs du rapport doivent sûrement savoir qu’ils ont réduit à eux seuls toute incitation de la communauté internationale à maintenir fortement la pression.
Si Neville Chamberlain n’était pas mort depuis longtemps, je me demanderais s’il n’avait pas mis la main à la rédaction de ce fiasco du renseignement de “la paix en notre temps”.
 
J’espère que l’évaluation du renseignement était correcte. La majorité des media en jugent ainsi, qui ont accepté ses conclusions naïves avec un enthousiasme dénué de critique.
 
Le monde serait un lieu bien plus sûr si l’Iran avait vraiment mis fin à ses efforts pour développer des armes nucléaires et les expédier. Mais souhaiter un résultat désirable ne le réalise pas pour autant. Prétendre qu’un résultat désirable se produit, quand la meilleure information indique que ce n’est pas vrai, encourage seulement le pire des résultats.
 
Les auteurs de ce rapport pervers, influençant la stratégie politique si immédiatement et négativement, auront fort à répondre si leur évaluation a pour conséquence une réduction de la pression sur l’Iran - qui est la seule nation qui menace vraiment d’utiliser des armes nucléaires pour attaquer ses ennemis - pour arrêter sa marche évidente vers la puissance militaire nucléaire la plus dangereuse du monde.
 
, Adaptation française de Sentinelle 5768
 
Petit aide-mémoire américain en matière de nucléaire iranien
 
Comment comprendre la surprenante « évaluation nationale de renseignement » (National Intelligence Estimate, NIE) publiée avant-hier à Washington sur le nucléaire iranien ? Ce petit aide-mémoire ne contient aucune révélation flamboyante, mais essaie de cadrer la question.
 
Ce que l’on a coutume d’appeler la “communauté du renseignement” américaine a échappé à tout contrôle politique. Elle intervient à sa guise et quand bon lui semble dans l’arène politique : l’exécutif, qu’elle est censée servir, n’en tient plus les rênes ; la communauté du renseignement s’est autonomisée, comme un fief féodal qui déclare son indépendance envers son suzerain. Bush, et son vice-président Cheney, soutiennent depuis longtemps que le programme nucléaire et balistique de l’Iran constitue un danger pour le monde.
Le contenu de la NIE contredit brutalement tant ses propres élucubrations antérieures que la politique de son gouvernement. Il est le produit d’une révolution de palais, au moyen de laquelle le département d’Etat et la CIA essaient de prendre le contrôle de la politique des Etats-Unis envers l’Iran.
 
1.      Il y a deux ans, en 2005, le consensus auquel parvenait la communauté du renseignement américaine concluait que l’Iran avait un programme secret de développement d’armes nucléaires ; aujourd’hui, la NIE nous affirme le contraire sans ciller, et assure même que ce programme a été abandonné en 2003.
 
Nous, de conclure : deux ans après son abandon supposé, la communauté du renseignement croyait encore au programme; quatre ans après, elle n’y croit  plus. En dépit d’éléments probants qui, au minimum, devraient inciter à plus de prudence dans la généralisation des assomptions, on se rue sur une conclusion qui se situe à cent quatre-vingt degrés de la conclusion antérieure. Le pourquoi, la logique de l’abandon supposé du programme nucléaire ne sont pas élucidés, sinon pour suggérer que la voie diplomatique est la seule payante, - celle des concessions faites à l’Iran -, ce qui cadre à merveille avec certains desseins politiques ; on y reviendra ultérieurement.
 
2.      La communauté du renseignement américain s’est fichu le doigt dans l’oeil sur la solidité de l’Union Soviétique (qu’elle croyait éternelle) ; elle n’a pas vu venir la crise du pétrole de 1973 ; elle a radicalement rejeté les rapports qui prédisaient l’effondrement du régime du Shah d'Iran ; elle n’a rien vu de l’ascension d’Osama ben Laden et d’al-Qaida ; elle a protégé, de tout son aveuglement, le rôle de l’Arabie saoudite dans la terreur internationale ; elle soutient le « dialogue » éternel avec les Frères Musulmans, hâtivement repeints aux couleurs trompeuses de la « modération. ».
 
3.      La communauté du renseignement américaine fait preuve d’une corruption à la fois intellectuelle et morale à toute épreuve ; elle est non fiable ; ses interventions sont politiques ; la cocasse mansuétude dont a fait preuve le président à son égard, depuis qu’il n’a pas éjecté sans ménagement George Tenet, patron de la CIA, coupable de non-assistance à Amérique en danger, avant le 11 septembre 2001, et après, a instruit tout un chacun à propos de l’impunité radicale dont bénéficierait la CIA.
 
4.      Sans être dans le secret des dieux, ni « avoir lu l’intel » - phrase qui, à Washington, vous vaut des regards envieux et une impunité totale en matière d‘élucubrations (« I’ve seen the intel »), – quiconque a étudié le régime de Téhéran, les déclarations de ses dirigeants, l’idéologie qui les anime, les stratégies qui président à leur action, possède quelque intelligence quant à leurs motivations. Visiblement, les organes du renseignement s’en contre-fichent : ce qui leur importe, c’est leur ligne politique.
 
5.      La CIA et consorts ont, depuis longtemps, abandonné l’Humint (human intelligence) au profit de compilations qui privilégient : la quantification, les interceptions électroniques, etc. En un mot, l’apparence technique au détriment de la substance politique. Ne soyons pas mesquins : il faut adjoindre à cette liste les ragots des « alliés » comme le Prince Turki d’Arabie et la désinformation qu’ils déversent.
 
C’est pour cela que le doigt de la CIA reste encore et toujours fiché profondément dans son œil. C’est toujours le cas.
 
Au minimum, il faut rester complètement sceptique devant le jugement que vient de rendre public la communauté du renseignement américaine : il n’a aucune valeur de renseignement ; c’est une prise de position politique de la part de l’appareil politico-vénal qui préconise, depuis longtemps, une politique de conciliation à tout prix avec les ennemis de l’Amérique au Moyen-Orient, et dont la Commission Baker-Hamilton a été l’une des récentes incarnations publiques.
 
6.      La question se pose donc ainsi : la stratégie du régime iranien visant, sans le moindre doute possible,
 
a)      l’hégémonie au Moyen Orient,
b)      l’expansion révolutionnaire de la doctrine khomeyniste,
c)      l’utilisation systématique de la terreur à cet effet, y compris toutes les armes et moyens disponibles,
d)      la destruction d’Israël,
e)      l’utilisation des positions et territoires gagnés au Moyen Orient pour répandre, au-delà, en Afrique, Europe, Asie centrale, etc., les progrès du djihad d’Etat, l’acquisition d’armes nucléaires et de leurs vecteurs est une évidence, un must et un objectif incontournable.
 
7.      Combien de temps faut-il, de nos jours, à un Etat pourvu de moyens financiers considérables pour mobiliser son programme nucléaire civil de façon à construire des armes nucléaires opérationnelles ? Le savoir-faire est-il disponible sur place ? Le pays est-il doté des cadres techniques nécessaires ? Les goulots d’étranglement technologiques ont-ils été négociés avec succès ? A tout le moins, l’Iran, renforcé par les proliférateurs nucléaires que sont la Corée du Nord et la Russie, le Pakistan et quelques autres, n’est pas démuni.
 
8.      Conclusion générale : prendre le NIE publié lundi à Washington avec un grain de sel de la taille de l’obélisque de la Concorde ! D’où vient donc ce désastre politique ? Il faut le relier à la lamentable farce qui vient de se dérouler à Annapolis, où une pseudo conférence de « paix au Moyen Orient » a permis à Condoleezza Rice, secrétaire d’Etat et émanation du lobby des « réalistes », dont James Baker et Lee Hamilton sont des figures connues, de clouer l’ultime rivet dans le cercueil de la politique bushienne de libération et de modernisation du Moyen-Orient.
 
La conférence s’est, en effet, tout entière déroulée sous le signe de l’équivalence morale et politique entre terreur arabo-musulmane, dénommée « palestinienne », et légitime défense israélienne ; l’objet consistait à faire plaisir aux potentats arabes et à gagner leur faveurs diplomatiques. Ca ne va pas loin, mais ça permet de continuer l’absurde comédie du « processus de paix ». Dans ce cadre-là, les grands « deals » avec l’Arabie, l’Iran, etc., sont loisibles – feue la politique de Bush ne l’est pas. Bush a capitulé sur toute la ligne, de façon d’autant plus absurde que les forces américaines sont en train de gagner la Bataille d’Irak !
 
Les palinodies de ce genre gagnent des centimètres au comptant et, à terme, elles perdent des kilomètres. Les factures seront présentées plus tard.
 
« Après nous, le déluge. ». Apprenons à nager !
 
Laurent Murawiec à Washington sur Metula News Agency

Etat juif en péril
 
L’Estimation du Renseignement National des USA [NIE en anglais, Ndt] sur les intentions nucléaires de l’Iran est la version politique d’une frappe nucléaire tactique sur les efforts pour empêcher l’Iran d’acquérir des bombes nucléaires. La NIE commence par une ligne d’ouverture dramatisée : “Nous jugeons avec un haut degré de confiance qu’à l’automne 2003, Téhéran a cessé son programme d’armes nucléaires ».
Mais le reste du rapport contredit la première phrase. Par exemple, la deuxième ligne déclare : « Nous évaluons aussi avec un degré de confiance moyen à élevé que Téhéran conserve au minimum ouverte l’option de développer des armes nucléaires”.
De fait, contrairement à cette ouverture fracassante, la NIE reconnaît que les Iraniens ont un programme nucléaire actif, et se situent entre deux à cinq ans pour disposer de capacités nucléaires.
La phrase finale du NIE : « Nous évaluons avec un haut degré de confiance que l’Iran dispose des capacités scientifique, technique et industrielle pour produire finalement des armes nucléaires si elle décide de le faire », souligne seulement que les agences de renseignement des USA voient le programme nucléaire de l’Iran comme une menace continue et croissante plutôt que suspendue et décroissante.
Mais le contenu de la NIE est sans relation. La seule chose qui importe est la phrase d’ouverture - comme les auteurs du rapport le savaient bien sans aucun doute quand ils l’ont écrit. Avec cette ouverture, la NIE a effectivement pris l’option de mettre hors jeu l’usage de la force par les USA pour empêcher l’Iran d’acquérir des armes nucléaires.
Il y a deux explications possibles sur les raisons qui ont poussé le Président George W. Bush à autoriser la publication de ce rapport. Soit il ne souhaite pas attaquer l’Iran, ou bien il a été obligé par la bureaucratie du renseignement à accepter qu’il ne peut pas attaquer l’Iran.
En argumentant pour le premier motif dans le magazine ‘Time’, l’ancien agent de la CIA Robert Baer a expliqué : « Alors que les 16 agences qui constituent la “communauté du renseignement’ contribuent à chaque NIE, vous pouvez parier qu’un retournement explosif à 180 degrés sur l’Iran comme celui-là a reçu le feu vert du Président ».
L’opinion alternative - que Bush aurait été obligé d’accepter le rapport contre son gré - est aussi possible. Les principaux auteurs du rapport, Thomas Fingar, Vann Van Diepen et Kenneth Brill, sont tous des officiels du Département d’Etat, prêtés au directeur du renseignement national.
Selon le ‘Wall Street Journal’ tous les trois sont réputés de parti pris, et hostiles aux objectifs de la politique étrangère du Président Bush. De plus, au cours des quatre années écoulées, tous les trois auraient travaillé d’arrache-pied pour minimiser le danger du programme des armes nucléaires de l’Iran, et discréditer leurs opposants au sein de l’administration.
Jeudi dernier, le ‘New York Times’ a rapporté une anecdote détaillant le processus selon lequel le NIE se voyait accoler ce qui donne du crédit à l’idée que Bush a été obligé de l’accepter. Selon le ‘Times’, dans les mois précédents la publication du NIE, Mike McConnell, directeur du renseignement national, a délibérément empêché la Maison Blanche de voir la moindre des données de base du renseignement à partir desquelles la conclusion radicale de la NIE sur l’Iran a été tirée. Cela seul indique qu’en effet, la communauté du renseignement a présenté à Bush un fait accompli.
Mais il n’y a aucune différence d’une façon ou d’une autre. Que le Président soit d’accord ou pas avec la NIE, il est contraint de la même manière. La NIE lui refuse l’option d’une action militaire contre le programme nucléaire de l’Iran pour la durée de son mandat. Aussi, pendant au moins 14 mois, l’Iran n’a rien à craindre de Washington.
Et les répercussions politiques de la NIE s’étendent bien au-delà de l’administration actuelle. Aujourd’hui, aucun candidat présidentiel du Parti Démocrate n’osera remettre en question la phrase d’ouverture du rapport. Les chefs du Parti Démocrate au congrès exigent que l’administration ouvre immédiatement des pourparlers bilatéraux avec l’Iran. Et le sénateur Hillary Clinton est mise au pilori par les rivaux de son Parti pour son vote au Sénat en faveur du classement du corps des Gardes de la Révolution iranienne comme organisation terroriste.
La situation au Parti Républicain n’est pas beaucoup plus encourageante. Bien que les Républicains aient reçu la NIE avec des grondements plutôt qu’avec jubilation, il est difficile d’imaginer l’un des candidats présidentiels du Parti Républicain contestant sa phrase d’ouverture. Le faire comprend le risque d’être accusé d’alarmisme et de bellicisme.
Bien que Bush et la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice continuent de parler d’imposer de nouvelles sanctions à l’Iran, le fait qu’après la publication du rapport, toute chance d’obtenir un accord sur de nouvelles sanctions s’est évaporée. Le Président français Nicolas Sarkozy reste humilié d’avoir osé parler de la possibilité d’attaquer l’Iran. Les Allemands vont immédiatement revigorer leurs liens commerciaux avec les mollahs comme le feront les Britanniques et les Français. Les Russes et les Chinois abandonneront même le vernis de s’opposer au programme nucléaire de l’Iran.
La NIE met en lumière les capacités nucléaires reconnues de l’Iran en laissant entendre que les intentions de l’Iran ne sont pas nécessairement hostiles. Pourtant, il ne donne pas de preuve que cela est le cas. Bien plutôt, la NIE projette les désirs de ses auteurs américains sur les Iraniens. Mais puisque les actes de l’un des adversaires, plutôt que les espoirs de l’autre sont les meilleurs indicateurs des intentions du premier, la seule conclusion que l’on puisse raisonnablement tirer est que ses intentions sont tout sauf bienveillantes.
Par exemple, ‘l’Agence France-Presse’ a rapporté qu’en 2005, l’Iran a acheté 18 missiles balistiques russes SS-N-6 à la Corée du Nord. Les nord-coréens ont modifié les missiles, qui étaient à l’origine lancés d’un sous-marin pour être tirés depuis un lanceur terrestre, et ils les ont rebaptisés BM-25s. Ce qui est remarquable au sujet de ces missiles, c’est que les Soviétiques les ont conçus spécifiquement pour transporter des têtes nucléaires d’une mégatonne. Comme la lettre en ligne de renseignement ‘NightWatch’ l’a remarqué cette semaine : « Des esprits curieux veulent savoir pourquoi l’Iran voulait acheter un tel système à la Corée du Nord en 2005, si elle a abandonné son programme de têtes nucléaires en 2003 ? ».
Au-delà de cela, la NIE fait une étrange distinction entre le programme nucléaire « civil » de l’Iran, qui n’a pas cessé une seconde, et son programme « militaire » qui aurait pris fin en 2003. Puisque les deux programmes sont contrôlés et dirigés par les Gardes de la Révolution, il est évident qu’aucune distinction de ce type n’existe pour les Iraniens. Et comme l’ancien ambassadeur des USA John Bolton l’a écrit jeudi dernier dans le ‘Washington Post’ : « C’est le programme nucléaire « civil » de l’Iran qui pose le principal problème ‘d’échappement’ ».
Pour finir, les antécédents pathétiques de la communauté du renseignement des USA doivent être pris en compte. Les agences de renseignement américaines ont échoué à révéler la menace d’al Qaïda contre la sécurité des USA avant le 11 septembre 2001. Elle a mal évalué les capacités et les intentions des armes de destruction massive de Saddam Hussein. Et plus récemment, elle a échoué à reconnaître le programme nucléaire de la Syrie, bien que l’installation nucléaire nord-coréenne qu’Israël aurait détruite le 6 septembre ait été construite en surface.
Comme dans ce cas, la frappe israélienne a démontré clairement qu’il n’y a pas de raison de croire que le programme nucléaire de l’Iran n’est situé qu’en Iran. Il est raisonnable de supposer que certains des éléments sont situés en Syrie, en Corée du Nord, au Pakistan, et peut-être aussi en Chine et en Russie.
La frappe israélienne en Syrie a aussi démontré la supériorité du renseignement d’Israël par rapport à l’Amérique, sur les programmes d’armes de destruction massive. Etant donnée l’affirmation de la NIE sur l’absence de menace de l’Iran, le rapport doit être considéré comme une agression directe contre la crédibilité des services de renseignement d’Israël. De plus, puisque les services de renseignement israéliens insistent pour affirmer que le programme nucléaire de l’Iran constitue la plus grande menace à la sécurité mondiale, la NIE contribue non seulement à dépeindre la communauté du renseignement d’Israël comme non fiable, mais aussi hostile aux intérêts de l’Amérique.
Ainsi, non seulement la NIE rend impossible une action des USA contre l’Iran, mais elle pose aussi un piège dangereux pour Israël. Si Israël ne prend pas de mesures contre les installations nucléaires de l’Iran, il risque l’annihilation. Et s’il prend des mesures, il peut s’attendre à être l’objet d’une condamnation internationale et américaine bien pire que celle qu’il endura après avoir bombardé le réacteur nucléaire Osirak en Irak en 1981.
Pourtant les USA n’ont pas limité cette incitation d’Israël à commettre une faute au domaine politique. Comme le ‘Jerusalem Post’ l’a rapporté mardi dernier, du fait d’une pression américaine massive, Israël et l’Inde ont été obligés d’annuler le lancement prévu d’un satellite israélien sur une fusée indienne. Le lancement était prévu en septembre 2007. Il doit être reprogrammé. Apparemment, la réponse des USA à la découverte du programme nucléaire de la Syrie a été de saper le potentiel d’Israël d’augmenter les capacités de ses services de renseignement.
Jusqu’à présent, la réponse israélienne à la NIE donne l’impression que les dirigeants d’Israël sont en état de dénégation au sujet de ce qui vient de survenir. Le Premier Ministre Ehud Olmert a réagi avec des platitudes creuses sur ses relations étroites avec Bush.
En acceptant stupidement que l’Iran aurait de fait arrêté son programme d’armes nucléaires en 2003, le ministre de la défense Ehud Barak a accepté l’aspect le plus ridicule du rapport - à savoir qu’il y a une distinction entre les programmes nucléaires « civil » et « militaire ». Ce faisant, Barak a en effet empêché Israël d’attaquer le rapport sur son caractère fondamentalement mensonger.
De même pour la ministre des affaires étrangères Tzipi Livni, eh bien, elle ne semble pas comprendre que quelque chose soit arrivé. Dans un message aux ambassadeurs israéliens, Livni a pressé les émissaires d’Israël de poursuivre leurs efforts pour promouvoir des sanctions, proclamant que : « Tous sont d’accord du fait que le monde ne peut pas accepter un Iran nucléaire ».
Et c’est l’aspect final du rapport de la NIE qui mérite d’être mentionné. Tant par son contenu que par sa date de parution cette semaine, après la conférence d’Annapolis, la NIE démontre clairement qu’en opposition aiguë avec les déclarations optimistes d’Olmert, de Barak et de Livni sur les merveilleuses relations avec l’administration Bush, les relations d’Israël avec les USA sont en état de crise.
Beaucoup de commentateurs ont applaudi la conférence d’Annapolis, proclamant que son vrai but était de cimenter une coalition contre l’Iran conduite par les USA, et comprenant Israël et les Arabes. Ces voix ont soutenu qu’il y avait des raisons pour Israël de négocier de mauvaises conditions en échange d’une telle coalition. Mais la NIE montre que les USA ont trahi Israël. Plaçant l’appât d’une coalition hypothétique contre l’Iran, les USA ont soutiré des concessions israéliennes massives pour les Palestiniens, puis ils ont tourné autour et ont aussi abandonné Israël sur l’Iran. Cela signifie que non seulement les USA se sont séparés d’Israël comme allié, mais oeuvrent activement contre l’Etat juif.
Pour leur part, les Iraniens célèbrent la publication du NIE comme une victoire majeure. Et ils ont raison de le faire. Avec un trait de stylo, les USA ont fait connaître la semaine dernière qu’ils n’ont pas de problème à voir l’Iran acquérir les moyens de perpétrer un second génocide du Peuple juif en 70 ans.
Le message de la NIE à Israël et à la communauté juive mondiale est clair. De nouveau, nous sommes seuls dans un moment de péril. Il est grand temps que nos dirigeants politiques et militaires reconnaissent ce fait, et se mettent au travail pour nous défendre.
 
 
Caroline B. Glick sur http://www.jewishworldreview.com/1207/glick120707.php3 - Adaptation française de Sentinelle 5768
 
Contribuant à la JWR, Caroline B. Glick est membre senior pour le Moyen Orient du “Center for Security Policy” [Centre pour la Politique de Sécurité] à Washington, DC et rédacteur en chef adjoint du « Jerusalem Post ».

Publié dans Etats-Unis

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