J'ai des milliers de fils uniques en Eretz Israël (Suite)

Publié le par Ofek

La première serait de penser que c'est "ma force et mon courage", et que c'est par
notre puissance militaire que nous avons emporté cette confrontation. Elle n'en a été
que l'instrument.
La victoire dans sa totalité c'est D.ieu et seulement D.ieu.

La deuxième, vous concerne et c'est pourquoi j'ai choisi de vous en parler.
Je connais la nature des juifs, y compris ceux qui sont actuellement à la tête du gouvernement.
Je crains beaucoup que dans les jours qui viennent, ils ne se hâtent d'envoyer une délégation à Washington pour déclarer qu'ils sont prêts à rendre les territoires conquis.
Ils ne comprennent pas qu'ils n'ont rien conquis et que c'est D.ieu qui leur a donné ce grand cadeau avec force miracles, et que c'est une terre qui leur revient.
Et ceci il faut l'éviter par tous les moyens".
 
Durant ces dix minutes que le Rabbi m'avait accordées, je restai bouche bée d'admiration pour le Rabbi et tout autant stupéfait qu'il ait jugé bon de me parler de choses si décisives pour Israël.
 
- Vous rencontrez des Israéliens qui viennent à l'ONU, et aussi l'ambassadeur d'Israël et autres. Vous avez certainement des entrées au Ministère des Affaires Etrangères et ailleurs, et vous pouvez voir venir les choses.
Ce que je vous demande, c'est lorsque vous rencontrerez des Israéliens qui baissent les bras, répétez leur sur un ton décidé ce que vous venez d'entendre ici."
 
Semblant lire dans mes pensées, le Rabbi poursuivit :
" -Je ne vous demande pas un travail d'agent double sur le compte des Etats Unis, envers lequel vous êtes assermenté, et dont vous devez défendre les intérêts. D'ailleurs les Etats Unis n'ont aucun intérêt à ce qu'Israël rende les territoires, ce serait plutôt l'inverse. C'est en tant que juif voire comme simple citoyen que vous exprimerez votre opinion.
 
Et si les Israéliens vous demandent d'où vous tenez une telle certitude, comment pouvez vous, vous, savoir ce qui est bon pour Israël et ce qui ne l'est pas, racontez l'histoire de ce fils unique que ses parents ont voulu ramener en Amérique, et comment, d'ici, on leur a garanti qu'il n'arriverait rien à leur fils unique ni à des milliers d'autres fils uniques.
Et sur la base de quoi a-t-on une si grande assurance ici dans cette pièce ? Parce qu'il y a un Créateur au monde, qui le dirige, et qui a décidé de donner en cadeau la Terre d'Israël au peuple juif.
Et lorsque le Créateur décide de faire un cadeau, on se doit de l'apprécier et le garder et non de chercher des moyens de s'en débarrasser !
 
Je sortis du bureau du Rabbi perturbé et pensif.
Jamais je n'avais éprouvé de tels états d'âme, et cette demi heure que le Rabbi m'avait consacrée fut pour moi non seulement une expérience inoubliable, mais surtout un bouleversement de toutes mes valeurs.
Le Rabbi avait planté en moi un sentiment juif et une identification très forte à la cause juive.
Pour la seconde fois en peu de temps, j'eus le même sentiment : heureux le peuple qui possède un tel homme !
 
Je ne saurais vous dire de quelle façon et dans quelle mesure j'ai accompli la mission que le Rabbi m'a donnée. Ce que je sais c'est qu'à plusieurs reprises, le Rabbi s'en est montré satisfait.
 
Le premier témoignage que j'en reçus me fut donné par l'Ambassadeur d'Israël à l'ONU, qui me dit un jour : "j'étais l'autre soir aux Hakafot de Sim'hat Torah chez le Rabbi de Loubavitch, et il m'a demandé de vous passer un chaud "chalom", ainsi que ses meilleurs remerciements !"
 
En 1971, après mon mariage avec une israélienne de l'ambassade, nous partîmes habiter en Israël.
Durant un certain temps je fus employé à l'Ambassade des Etats Unis à Tel Aviv, puis je passai au service de l'Etat d'Israël. Je fus affecté à diverses tâches dont je ne peux révéler la teneur, même aujourd'hui, et pour lesquelles je voyageais beaucoup.
J'eus là encore l'occasion de découvrir plus encore le rôle du Rabbi dans le monde : je peux témoigner que le sort de nombreuses communautés juives dans le monde était lié aux interventions du Rabbi ; même l'Etat d'Israël doit au Rabbi beaucoup dans des domaines décisifs dont il ne m'est pas permis de parler.
 
Durant toutes ces années, je restais en contact direct avec le Rabbi, avec la bénédiction de mes supérieurs, et dans des circonstances particulières... que je ne peux détailler.
 
Ma dernière rencontre avec le Rabbi, c'était il y a quatre ans, un dimanche matin, où j'étais venu avec un ami pour le "dollar". Il m'arriva ce que les 'Hassidim appellent un "miracle".
Je fis part au Rabbi de mon intention de partir en Allemagne durant la semaine suivante.
Le Rabbi comprit le but de mon voyage, et me tendit un dollar de plus : "Et celui là, vous le donnerez en Tsedaka à Stuttgart".
J'eus beau protester que je ne passais pas par Stuttgart, le Rabbi ignora ma remarque. "Bonne réussite".
Déjà il s'était tourné vers le suivant dans la queue.
 
Quelques instants après notre décollage de Francfort, l'équipage annonça un atterrissage d'urgence à ... Stuttgart.
Je me souvins du dollar surprenant que j'avais dans ma poche. Comment accomplir la demande du Rabbi ? A qui donner dans cet avion un dollar en Tsedaka ?
J'étais encore en train d'y penser, lorsqu'un petit vieux vint s'asseoir près de moi. Nous sympathisâmes rapidement, et... en trois verres de bière, je savais déjà tout de sa vie : né de parents juifs, seul survivant de sa famille au lendemain de la Choah, il s'était converti par réaction, ou par crainte et avait rompu tout lien avec le judaïsme.
Au fil des années il avait amassé une fortune considérable etc...
C'est là que monta en moi une idée saugrenue, sauvage presque. Je sortis le dollar de mon portefeuille, et lui expliquais :
 
- "Il y a ý New York un grand Rabbin de chez les juifs, chez qui j'étais il y a quelques jours, et qui m'a donné ce dollar pour donner en charité à Stuttgart, alors que je n'avais pas l'intention de passer par Stuttgart.
Je saisis bien que vous n'avez pas besoin d'un dollar, mais puisque vous êtes le seul juif que j'ai rencontré à Stuttgart et comme l'avion va bientôt redécoller, je suis persuadé que c'est à votre intention que le Rabbi me l'a donné.
 
- Mais je ne suis pas juif !" (Jusque là, il ne s'était pas imaginé que je pouvais être juif.)
 
- Ecoutez, peut être le Rabbi veut au moins que vous mourriez en juif !"
 
Je ne sais pourquoi ces mots sont sortis de ma bouche, ni ce que devint le vieux. Mais les larmes qui coulèrent de ses yeux lorsque je lui dit -sans y penser- ces mots, me laissent penser que le Rabbi avait atteint son but.
 
Encore une fois je venais de sentir à quel point le Rabbi avait la vue longue.
 
Durant toute le maladie du Rabbi, je me suis intéressé avec anxiété à sa santé. Je me suis efforcé, en mettant ces tefilin qu'il m'a inculqués des dizaines d'années auparavant, d'y voir ma contribution personnelle à sa guérison.
 
Lorsque j'ai appris, ce 3 Tamouz, mon premier souvenir fut "j'ai des milliers de fils uniques...".
Moi aussi, d'une certaine façon, je me sens comme un de ces fils uniques.
Moi aussi, je suis devenu orphelin.
 
Lettre de Yossef ben Eliézer

Publié dans Reflexion Juive

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