État palestinien pacifique ou État-étape ?

Publié le par Ofek

 
En 2008, l’état palestinien est plus que jamais à l’ordre du jour. Il faut dire qu’après la prise de contrôle sanglante du Hamas sur Gaza, les Occidentaux ont eu très peur de voir leur principal interlocuteur palestinien, Mahmoud Abbas, sombrer corps et biens sous la poussée de la vague islamiste. Les conférences internationales et les voyages officiels se sont succédés, et l’on en est maintenant aux négociations. Ehoud Olmert, débarrassé de la menace de la commission Winograd vient d’ailleurs de faire état de progrès sensibles sur la question des frontières.
 
Bien que le nouveau processus de paix d’Annapolis soit d’initiative américaine, les Israéliens tireraient beaucoup d’avantages d’un règlement de paix définitif.
 
Ils seraient débarrassés une fois pour toute de l’accusation infamante d’être un occupant ou un colonisateur. Expliquer avec les meilleurs arguments que ces deux épithètes sont absurdes, qu’il n’y a jamais eu antérieurement de pouvoir d’état autonome sur ces territoires, que la présence israélienne faisait suite à une guerre d’agression caractérisée, que les offres de rétrocession se sont toujours heurtées à des refus arabes, que 98% de la population palestinienne vit sous administration palestinienne depuis longtemps, ne change rien à l’affaire. Le boulet de la « colonisation » complique la diplomatie de l’état hébreu avec les pays du monde entier et entache profondément son image.
 
La fin des hostilités permettrait aussi de faire des économies sur les imposantes dépenses de sécurité. Israël pourrait alors consacrer plus de moyens à la lutte contre la pauvreté, à l’éducation – qui en manque cruellement -, et au progrès économique. Par-dessus tout, le peuple israélien verrait son horizon se dégager : il pourrait mettre un terme à des querelles internes stériles et déployer plus d’énergie dans des activités constructives et créatrices. Enfin, le gouvernement des Arabes par des Arabes est sans doute la seule solution satisfaisante et stable dans la durée.
 
Malgré tous ces bienfaits, les Israéliens demeurent très circonspects devant le processus de paix en cours, et il semble que ce ne soit pas à cause des concessions qu’il faudrait faire sur les fameuses questions du statut final. Ce que les Israéliens craignent avant tout, c’est que le nouvel état palestinien ne soit pas l’instrument de la paix et de l’arrivée de leurs voisins palestiniens dans la modernité et le progrès. Cet état pourrait être au contraire un avantage, une étape, pour continuer avec des moyens nouveaux le vieux projet arabe visant à rayer l’état juif de la carte du Proche-Orient.
 
En juin 1974, lors d’une Conférence nationale tenue au Caire, l’OLP avait adopté une résolution prévoyant de détruire Israël, non pas d’un seul coup, mais par étapes. Il s’agissait dans un premier temps de prendre pied par tous moyens dans l’aire de souveraineté israélienne et d’implanter sur une portion de territoire un embryon de pouvoir palestinien. Cette zone « libérée » serait alors le tremplin de nouvelles offensives. Le but final demeurait la substitution d’un pouvoir arabe au pouvoir juif, mais en attendant, à titre intermédiaire, on se contenterait de grignoter progressivement le pouvoir juif.
 
Ce que l’on a appelé « le processus d’Oslo » correspondait parfaitement à ce projet du point de vue palestinien. Il a permis à un pouvoir palestinien de se construire, de s’armer, de conditionner la population, et il s’est conclu logiquement. Non pas par la signature d’une paix définitive à Camp David ou à Taba, mais par le lancement d’une vaste offensive terroriste au coeur des villes israéliennes. Bill Clinton écrivit dans Le Monde du 5 janvier 2002 : « Il nous faut dire aux musulmans en colère une chose qu'apparemment ils ignorent : en décembre 2000, les États-Unis ont proposé un accord qui, dans les termes les plus définitifs, instaurait un État palestinien (Cisjordanie et Gaza) et garantissait la protection des intérêts palestiniens et musulmans à Jérusalem et sur le mont du Temple. Israël avait accepté ce plan, mais l'OLP a dit non ». A quoi Fayçal Husseini, l’un des « modérés » palestiniens les plus prisés en Occident, avait déjà répondu dans un quotidien égyptien le 24 juin 2001 : « "Quand nous demandons à toutes les forces et factions palestiniennes de considérer les Accords d’Oslo et autres accords comme de simples étapes ou des buts à court terme, cela signifie que nous tendons une embuscade aux Israéliens et que nous les trompons ». C’est pourquoi un Israélien lucide et pondéré, l'ancien président de la Cour Suprême Mosche Landau, disait son effroi en octobre 2000 dans Haaretz : « "Je crains pour la survie de l'état…Je pense que nous faisons face à des adversaires beaucoup plus intelligents que nous, des adversaires qui savent qu'ils doivent procéder par étapes. En ce qui les concerne, les choses sont tout à fait claires: ils ne veulent pas de nous ici, mais en attendant, ils acceptent de se contenter de ce qu'il peuvent obtenir à chaque étape qui les rapproche de leur objectif ultime ».
 
Beaucoup d’eau est passée sous les ponts depuis cette époque. La stratégie violente d’Arafat a été mise en échec, l’étoile du Fatah s’est fanée et le Hamas est devenu son principal problème. Mais la question demeure : que désire vraiment le groupe Abbas, l’interlocuteur palestinien actuel ? Un état palestinien de paix ou un état-étape ? A-t-il abandonné le but de substitution du pouvoir juif ou veut-il, en obtenant un état doté d’une légitimité internationale, réduire l’espace de souveraineté et de sécurité de l’état juif pour en saper les bases ?
 
Les déclarations de Mahmoud Abbas sur son désir de mettre un terme aux hostilités et au terrorisme, sur sa volonté de faire la paix avec Israël et de le reconnaître sont sans ambiguïté. Mais ce sont des paroles, et on sait combien la tradition orale arabe est prolixe et sans lendemains.
 
D’autres attitudes du président palestinien plongent l’observateur attentif dans un abîme de perplexité.
 
C’est ainsi que Mahmoud Abbas est intraitable sur la question du « droit au retour » des réfugiés palestiniens qu’il a juré de garantir. Dans son discours du 31 décembre pour le 43ème anniversaire du Fatah, il déclarait : « Nous ne renoncerons à aucun de nos principes, jusqu'à la création d'un État palestinien dont la capitale sera Jérusalem, jusqu'au retour des réfugiés palestiniens et la libération des prisonniers ». C’est une position qu’il a exprimée avec force, régulièrement, depuis son élection en 2005. Or un retour des 4 millions de réfugiés palestiniens mettrait en pièce tous les équilibres sociaux d’Israël et détruirait sa base politique. Le « droit au retour » est un synonyme du slogan d’Ahmadinejad « rayer Israël de la carte ». Comment le président palestinien concilie-t-il cette position avec sa volonté de paix ?
 
Mahmoud Abbas est tout aussi intraitable sur les « héros » palestiniens, les « shahids ». Depuis son élection de 2005, il leur rend de vibrants hommages. C’est ainsi qu’il a tout fait pour que Georges Bush s’incline sur la tombe d’Arafat à Ramallah, le 10 janvier. C’est ainsi qu’après une riposte israélienne à des tirs de Qassam le 15 janvier, il a décrété un deuil national de trois jours en parlant de massacre. C’est ainsi qu’un peu plus tard il a décrété la mise en berne encore trois jours de tous les drapeaux pour saluer la disparition du vieux terroriste Georges Habache. Mahmoud Abbas élève ainsi à la dignité nationale ce qu’il y a de pire dans le passé palestinien : la tradition des détournements d’avion, des mitraillages aveugles, des bombes terroristes et des attentats suicide, le pire de ce qu’à produit une sombre époque que nous vivons encore. C’est un peu comme si l’on voyait les dirigeant allemands honorer aujourd’hui les mythes SS ou le gouvernement français citer Vichy ou l’OAS à l’ordre de la nation. Comment bâtir un état pacifique sur un socle idéologique terroriste ?
 
Dernier sujet majeur de perplexité : la réponse de Mahmoud Abbas à la question d’Olmert lui demandant la reconnaissance d’Israël comme un état juif. Réponse négative, affirmée plusieurs fois de suite. Que faut-il en penser ? Voila Israël reconnu comme état, mais nié dans ce qu’il a d’original et d’essentiel, de différent des états de la région qui se réclament tous de l’Islam et de la Charia. Cela explique sans doute que l’incitation à la haine d’Israël et des Juifs qui est le pain quotidien des institutions qui dépendent de l’Autorité palestinienne, n’a rien perdu de sa virulence depuis les serments solennels d’Annapolis malgré de timides mises en garde de Salam Fayyad. La paix, c’est d’abord une réalité idéologique, un changement de la façon de voir l’ancien ennemi. En prend-on le chemin à Ramallah ?
 
Ce sont ces questions-là, bien plus qu’un progrès sur les frontières ou sur Jérusalem, qui nous donnent des indications fiables sur l’avenir de la paix dans ce que l’on appelait naguère la Terre Sainte. Elles montrent que ce n’est pas tant l’existence d’un état palestinien que l’existence de l’état juif qui est en cause aujourd’hui, en vérité. Elles n’inclinent pas à la démobilisation.
 
Jean-Pierre Bensimon pour Haboné sur : http://www.objectif-info.com/index.php?id=910
 
Rédaction d'Objectif-info:
Dans son discours au dîner du CRIF, le 13 février dernier, Nicolas Sarkozy a affirmé :"Un accord d'ici à la fin de l'année est parfaitement possible. " Mais il n'a pas dit comment les conditions sérieuses de cet accord pouvaient être réunies, sauf si pour lui ces conditions se résument à des concessions d'Israël " levée de barrages, réouverture de points de passage à Gaza pour faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire, libération en plus grand nombre de prisonniers, réouverture des institutions palestiniennes à Jérusalem-Est."

On appréciera les conséquences de ces demandes sur la sécurité d'Israël aux prises avec l'accumulation de Kassam, de Kalachnikov, d'explosifs, de "Shahids" et autres gracieusetés que brandissent à son visage le Hamas de Haniyeh et les Brigades Al Aqsa du Fatah de Mahmoud Abbas.
D'ailleurs, le président de la République a une étrange conception de l'amitié qui se résume à un pouvoir d'influence: "...qui voulait avoir une influence sur Israël devait être l’ami d’Israël parce que si on n’est pas l’ami d’Israël, on n’a aucune influence sur Israël ...".

L'article ci-dessus a pour but d'analyser le processus de paix en cours à partir d'un certain nombre d'enseignements de l'histoire récente que l'actuel président gagnerait à s'approprier.
 

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