Leçon de modération par un président terroriste négationniste modéré

Publié le par Ofek

 
« J’ai eu l’honneur de tirer la première balle contre Israël, en 1965, et de l’enseigner à beaucoup d’autres, dans la région et dans le monde entier. Au Hezbollah notamment qui s’est entraîné dans nos camps militaires", se félicite Abou Mazen dans cette interview au Journal jordanien Aldostor, ce matin (jeudi 28 février 2008).
 
A l’heure actuelle, je suis contre un conflit armé car nous en sommes incapables. Mais peut-être qu’à un stade ultérieur, les choses seront différentes. »
 
Loin de se contenter de ces affirmations, Abou Mazen a également rappelé son opposition à la notion d’Etat juif :
« Nous avons rejeté cette proposition à la Conférence d’Annapolis. Celle-ci a d’ailleurs failli échouer à cause de cette question. On nous a demandé d’approuver une déclaration finale dans laquelle serait rappelée cette conception d’Israël comme Etat juif, et nous nous y sommes opposés violemment ».
 
Abou Mazen a ajouté qu’il n’exigeait pas du Hamas la reconnaissance immédiate d’Israël.
« J’ai appelé à la constitution d’un gouvernement d’union nationale qui entamerait des négociations avec Israël. C’est ce que j’ai expliqué au président syrien, Bachar El Assad, et il m’a soutenu. Le mouvement Hamas est entré dans des élections dont la base est les accords d’Oslo qui reconnaissent Israël. Je ne suis pas le seul qui demande la reconnaissance d’Israël. L’initiative arabe, qui a bénéficié d’un consensus au sein du monde arabe et musulman, l’affirme ».
 
Nathan Sharansky interviewé par Laly Derai pour Hamodia
 
«Le monde libre commet une très grave erreur en soutenant Abou Mazen »
 
Pour beaucoup d'entre nous, Nathan Sharansky est un héros. Une légende. Il est celui pour la libération duquel nous avons manifesté dans les rues de Jérusalem, de Paris ou de New York. Il est celui qui a vaincu le tout puissant KGB, celui qui, jusqu'au bout, a refusé d'obéir aux injonctions de la police secrète russe. Aujourd'hui, 22 ans après avoir foulé pour la première fois la terre d'Israël, Nathan Sharansky nous reçoit dans son bureau du centre d'études stratégiques Shalem et nous parle de la crise des valeurs en Israël, d'Ariel Sharon, George Bush, ou encore Avigdor Lieberman, de la démocratie face à l'intégrisme religieux, des médias et de leurs responsabilités, de l'Autorité palestinienne et des enjeux qui prévalent au Moyen Orient. Un entretien passionnant avec une des grandes figures de notre époque.
 
Laly Derai: Vous avez été ministre à plusieurs reprises, député, et nous vous retrouvons aujourd'hui à la tête du centre d'études stratégiques au sein de l'Institut Shalem. Pouvez-vous nous expliquer les raisons qui vous ont poussé à quitter la politique et à rejoindre le milieu universitaire?
 
Nathan Sharansky: Je dis souvent que j'ai été ministre quatre fois, ai démissionné deux fois et que j'ai été emprisonné dans quatre prisons desquelles je n'ai jamais pu démissionner. C'est un privilège que de pouvoir démissionner. J'ai quitté le gouvernement d'Ariel Sharon il y a deux ans lorsque le plan de départ unilatéral de la bande de Gaza a été voté. Je ne pouvais plus faire partie d'une coalition qui entamait des démarches allant totalement à l'encontre des valeurs auxquelles je crois. C'est à ce moment que l'institut Shalem, qui tente d'analyser sous le prisme de la pensée juive l'histoire de l'humanité, s'est tourné vers moi afin que je dirige son nouveau centre d'études stratégiques. Moshé Yaalon, l'ancien chef d'état-major, m'y a rejoint, ainsi que Michael Oren, un historien fervent combattant du post-sionisme, et Martin Kramer, un spécialiste de l'Islam.
 
Nous croyons que la stratégie de l'État d'Israël et du monde entier doit être construite sur des valeurs et non pas sur des intérêts: ces valeurs sont la démocratie et la liberté, l'identité… Aujourd'hui, je ne regrette pas le gouvernement un seul instant. Mon poste au sein de l'institut me convient tout à fait. J'agis certes dans l'ombre mais toujours de concert avec les vérités et les valeurs dans lesquelles je crois. Mon épisode politique est terminé, je me consacre désormais à une vision stratégique de l'avenir d'Israël. J'ai écrit un livre sur la démocratie, je suis en train d'en écrire un deuxième qui, je l'espère, influera sur les décisions que prendront nos élus durant les prochaines années. C'est la manière que j'ai choisie pour aider mon pays.

LD: Estimez-vous donc qu'aujourd'hui, ce n'est plus à la Knesset ou au sein du gouvernement qu'il est possible de peser sur le cours des évènements?
 
NS: Je pense qu'il est possible d'influer sur le courant des choses de toutes sortes de manières. Chacun doit choisir la voie qui lui convient. Je me suis lancé dans la politique parce que je pensais qu'il fallait absolument éviter un conflit entre la vague d'Alya russe et la société israélienne. J'estimais que la Alya devait saisir l'opportunité de s'intégrer le plus possible au sein de cette société et c'est la raison pour laquelle nous avons fondé ce parti, Israël Baalya, qui a permis pour la première fois à des Olim de participer à la vie politique israélienne. Mais lorsque le gouvernement Barak a parlé de diviser Jérusalem, je l'ai quitté sans le moindre regret et lorsque le gouvernement Sharon a lancé son plan de désengagement, j'ai fait de même. Malheureusement, pour réussir en politique, il faut parfois s'asseoir à la table du gouvernement même si on s'oppose à ses décisions et prendre en compte différents facteurs qui ne sont pas uniquement basés sur les valeurs dans lesquelles on croit. J'en suis incapable.
 
LD: Vous comprenez donc les atermoiements de Shass et du Parti travailliste et les hésitations qui ont précédé le départ d'Israël Beiténou de la coalition?
 
NS: Je les comprends sans les comprendre. Je veux dire que d'un côté, ils agissent comme tout bon politique se doit d'agir: gagner du temps, chercher à protéger ses arrières… Il ne s'agit pas de rester fidèles à ses principes car, en fait, il n'existe pas un seul principe qui soit cher aux yeux de Shass et qui le soit aux yeux du gouvernement. Shass veut gagner du temps pour protéger ses intérêts. Je ne dis pas que ce n'est pas légitime, je dis juste qu'il s'agit uniquement d'intérêts politiques et pas de valeurs.
 
LD: Vous étiez ministre au sein du gouvernement Sharon lorsque le plan de retrait unilatéral a été conçu. Comment expliquez-vous la volte-face idéologique d'Ariel Sharon? S'agissait-il également de sacrifier les valeurs sur l'autel des intérêts politiques?
 
NS: J'étais en très bons termes avec Arik Sharon, je le respectais énormément pour sa sagesse car c'était un homme qui comprenait tout et qui savait tout. Il était capable de parler d'économie, de démographie, d'agriculture, de sécurité. Il se promenait toujours avec des cartes, pas parce qu'il en avait besoin, car les cartes étaient toutes inscrites dans son cerveau, mais pour les montrer aux autres.
 
Lorsqu'il m'a exposé les raisons pour lesquelles il fallait se séparer unilatéralement de la bande de Gaza, j'ai senti qu'il n'y croyait pas lui-même. Il me disait par exemple qu'il voulait faire cesser les pressions sur Israël. Selon lui, il n'y aurait jamais de paix dans cette région. Mais, ajoutait-il, si je procède à un retrait conséquent de territoires, la scène internationale nous laissera tranquille pendant les dix prochaines années et les Palestiniens ne constitueront plus notre problème mais celui des Égyptiens, des Américains, des Européens. Je lui avais alors répondu: vous n'aurez pas dix ans, et vous n'aurez même pas dix jours. Vous resterez responsable aux yeux du monde du sort des Palestiniens. Sans parler du renforcement du terrorisme que vous aurez engendré. Inutile de rappeler que tout ce que j'avais prévu à cette époque est malheureusement en train de se réaliser.
 
Selon moi, Ariel Sharon ne croyait pas en son plan et ce sont d'autres considérations qui l'ont conduit à quitter la bande de Gaza. Certains pensent que c'est à cause des accusations de corruption qui pesaient sur lui. Tous les médias qui ont lancé le concept "d'Etrog" qu'il fallait absolument protéger en parlant de Sharon et de ses enquêtes ont totalement bafoué le principe de liberté de la presse. J'ai d'ailleurs demandé plus tard au rédacteur en chef du Haaretz, David Landau, s'il n'estimait pas avoir commis un crime en protégeant Ariel Sharon comme il l'a fait. Il m'a répondu que le crime d'occupation des territoires étant bien plus grave que celui de corruption, il était prêt à pardonner la corruption et bien d'autres crimes encore si le gouvernement mettait un terme à l'occupation. Il a d'ailleurs ajouté qu'il se comportait de la même manière à l'encontre d'Ehoud Olmert. Les affaires de corruption seraient donc un des vecteurs du plan de retrait, bien que je pense que ce ne soit pas le principal.
 
Je crois qu'Ariel Sharon voulait par-dessus tout changer son image de marque parce que c'était sa manière à lui de combattre l'antisémitisme. Lorsque j'étais ministre de la Diaspora, j'étais également chargé du dossier de la lutte contre l'antisémitisme. Arik était très impliqué dans ce dossier. Je crois que lorsqu'il a constaté que les anti-israéliens faisaient l'amalgame entre l'État d'Israël et Ariel Sharon, il a voulu changer cet état de fait. Lorsqu'il a vu que dans les caricatures antisionistes et antisémites, Israël/Ariel Sharon étaient présentés comme des brutes sanguinaires, il a voulu y mettre un terme. J'estimais pour ma part qu'il pouvait être fier d'être l'objet de la haine des ennemis d'Israël. George Bush m'avait d'ailleurs dit une fois que les deux personnes les plus détestées sur terre étaient le général Sharon et lui. Bush l'a dit en riant mais Ariel Sharon ne riait plus de cette blague. Cette haine lui pesait. Je pense qu'il a voulu terminer sa vie politique sur une note de respect et non de haine. Et sur ce point là, il a réussi.
 
LD: Entrevoyez-vous aujourd'hui un homme politique capable de prendre les rênes du pays?
 
NS: Il me semble aujourd'hui que Binyamin Netanyahou peut facilement gagner ces élections…
 
LD: Gagner peut-être, mais qu'en est-il des valeurs et des principes?
 
NS: Je crois qu'on critique beaucoup Bibi et qu'une partie de ces critiques est fondée. On condamne ses réformes économiques mais ce sont elles qui ont sauvé l'économie israélienne. Par ailleurs, j'estime qu'il a appris de ses erreurs et que les principes en lesquels il a toujours cru, comme la réciprocité dans les négociations israélo-palestiniennes, sont des principes justes et vrais. Certes, les Américains d'un côté et la presse de l'autre ne l'ont pas laissé appliquer ces principes sur le terrain. Certes, il lui a manqué parfois la stature nécessaire pour se battre pour ces valeurs. Mais on ne peut lui retirer le fait qu'il soit le politicien le plus réaliste qui agisse aujourd'hui sur l'échiquier politique.
 
LD: Lorsque vous dites qu'il a compris ses erreurs, est-ce un sentiment basé sur des discussions avec lui, sur des faits, ou n'est-ce que la formulation d'un espoir?
 
NS: Il est vrai que j'ai beaucoup discuté avec Binyamin Netanyahou. Mais on ne juge pas un homme politique sur les discours qu'il tient mais sur les actes qu'il choisit d'accomplir. Parfois, il a cédé aux pressions américaines et médiatiques. Cependant, en tant que ministre des Finances, il a réussi à tenir tête à une vague de critiques extrêmement sévères et à réaliser les réformes qu'il estimait nécessaires à la sauvegarde économique du pays. En tant que politicien, il a alors perdu beaucoup de points au sein de l'opinion publique. Cela ne l'a pas empêché de camper sur ses positions et il devra affirmer le même aplomb en tant que Premier ministre.
 
LD: Que pensez-vous d'Avigdor Lieberman, autre leader russophone, de son entrée dans le gouvernement Sharon, de son départ? Vous dirigez un institut d'études stratégiques et il était lui-même ministre des Affaires stratégiques…
 
NS: La seule stratégie qu'ait élaboré Avigdor Lieberman a été d'inventer un nouveau ministère au sein du gouvernement Olmert. Ce portefeuille ne voulait rien dire et il n'était pas naturel. Lieberman a bien fait de quitter la coalition. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi il y est entré. Toutes ses explications selon lesquelles il influencerait Ehoud Olmert de l'intérieur ne m'ont pas convaincu car je n'ai constaté aucune influence de sa part. Idéologiquement parlant, il n'avait rien à faire là-bas. Sur le plan ministériel, encore moins.
 
LD: Parlons un peu de l'Autorité palestinienne. Dans votre livre, 'The Case for Democracy', vous établissez que seule la démocratie peut conduire un pays à la réussite et à la liberté. Or, paradoxalement, c'est en procédant à une démarche démocratique par excellence, à savoir des élections, que le Hamas a pris le pouvoir au sein de l'Autorité palestinienne, avec les conséquences que l'on sait. La démocratie est-elle toujours bonne à prendre?
 
NS: Il s'agit là d'un amalgame terrible et d'une utilisation erronée du concept de démocratie. Démocratie ne veut pas dire élections. La démocratie, c’est la tenue d'élections libres au sein d'une société libre. Le scrutin n'est qu'un point technique qui vient couronner tout un processus de réformes ayant pour but de créer une société libre dans laquelle les gens peuvent choisir parmi plusieurs options sans craindre pour leur vie. Cette société doit comprendre des institutions qui protègent l'individu et sa liberté d'expression, sa liberté économique, sa liberté de religion. Des élections au sein d'un État totalitaire ne mènent au contraire qu'au chaos. C'est la raison pour laquelle j'ai voté contre la Feuille de route. Car que dit cette Feuille de route? Six mois après que Bush ait parlé si fermement de la nécessité de réformes et de démocratie au sein de l'Autorité palestinienne, il imposa la tenue d'élections au sein de cette même autorité sous quelques mois, c'est-à-dire sans que la moindre réforme n'ait été mise en place. Le jour des élections palestiniennes, je me trouvais aux États-unis où je devais rencontrer un des conseillers du Président américain. Je lui ai déclaré alors, avant que la victoire du Hamas ne soit annoncée, que le monde entier déclarera George Bush responsable du triomphe de ce parti intégriste. Je l'ai alors conjuré de faire une déclaration qui dénouerait le lien établi, par erreur, entre démocratie et élections, alors qu'aucune réforme n'avait même débuté. Malheureusement, il ne m'a pas écouté.
 
LD: Comment expliquez-vous le choix des Palestiniens?
 
NS: Il s'agit d'une logique extrêmement naturelle. Lorsque l'on vous demande de choisir entre un leadership mafieux, dirigé par Yasser Arafat, qui procède à du racket et ne se soucie aucunement du bien-être de ses citoyens et le Hamas qui, au moins, a pris en charge les pauvres, leur distribue de l'argent et éduque leurs enfants, l'alternative est simple. Et ce sont justement ces régimes soi-disant modérés et laïcs qui préparent le terrain en vue de la prise de pouvoir des fondamentalistes.
 
LD: Pensez-vous que le concept de laïcité existe au sein de l'Islam?
 
NS: De nos jours, la majorité des musulmans vivent dans des pays qui ne sont pas des pays fondamentalistes. L'intégrisme est la conséquence de régimes religieusement modérés qui font souffrir le peuple. Regardez ce qui se passe en Égypte. Moubarak est un dictateur qui se fera tôt ou tard remplacer par les Frères musulmans. Si l'on veut que l'intégrisme ne prenne pas le pouvoir en Égypte, ce n'est pas en renforçant le dictateur qu'est Moubarak que l'on réussira mais en prônant une véritable démocratie. Tant que le monde libre continuera de protéger Moubarak et de le considérer comme la seule option valable, il ne pourra qu'être tenu responsable de la montée de l'intégrisme dans ce pays.
 
LD: Cette théorie est valable également pour Abou Mazen?
 
NS: Tout à fait car c'est exactement le même principe. Le monde libre fait une erreur en protégeant et en renforçant Abou Mazen. Le présent, et l'avenir plus encore nous apprendront à quel point…
 
Par Sharanski Natan  dans Hamodia n°17 du mercredi 20 février 2008.
Document communiqué par Pierre Caïn INFOSION
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