L’hiver sera chaud à Gaza !

Publié le par Ofek

 
La Ména se déploie sur le terrain
 
Cette fois-ci, nous n’attendrons pas une quinzaine de jours pour faire part de nos préoccupations quant à la conduite des opérations de Tsahal face aux terroristes et miliciens intégristes de Gaza. Afin que nos articles ne soient pas des billets d’humeur – qui saturent déjà l’univers médiatique et le Net – n’exprimant que les états d’âme de leurs auteurs, nous avons déployé trois reporters au plus près du théâtre des opérations. Les trois, Sami El Soudi, Ilan Tsadik et Etienne Duranier, se trouvent, respectivement, sur le front sud-ouest, face à Bet Hanoun et Gaza City ; près du Q.G des forces israéliennes, au nord de la bande de Gaza ; et aux alentours de Kerem Shalom, face à Rafah, non loin de la frontière égyptienne.
 
Nos trois envoyés spéciaux maintiennent un contact interactif permanent entre eux ainsi qu’avec la rédaction de Métula. De plus, Jean Tsadik et l’auteur de ces lignes effectuent de fréquentes navettes, depuis jeudi dernier, dans les villes, villages et kibboutzim du pourtour de Gaza afin de recueillir des informations supplémentaires. Ils assureront la logistique nécessaire au maintien et à l’activité de nos reporters.
 
Ces dispositions ont pour objectif de coordonner nos analyses avec la constatation directe des plus récents développements sur le terrain, ceci incluant les transferts de troupes, qui permettent de mettre en perspective une appréciation des éventuels développements militaires.
 
Notre objectif ultime consiste à donner à nos abonnés une information analytique de première main, collant littéralement à l’observation objective et continue des faits. Suivant ce mode opératoire, entériné, hier matin, par le comité de rédaction de notre agence, nous sommes à peu près certains de vous offrir la meilleure synthèse observation-analyse des activités militaires et politiques relatives aux opérations en cours.
 
Ce n’est – heureusement – pas tous les jours que l’immeuble de notre rédaction se trouve au milieu du champ de bataille, comme lors de la dernière guerre du Liban, aussi, pour continuer à mériter notre réputation, nous avons été amenés à décider de ce déploiement exceptionnel.
 
Les combats
 
L’opération menée par l’armée israélienne à Gaza possède désormais un nom de code. Il s’agit de Khoref kham, soit "Hiver chaud" en français. En ce dimanche matin d’affrontements, l’IDF contrôle les banlieues nord et nord-est de Gaza city que sont Djebalya et Sadjaya. Pour s’emparer de ces localités, les unités en opération – environ deux mille hommes de la brigade Givati, le 9ème bataillon blindé, l’aviation ainsi que des unités du génie – ont eu à progresser dans des terrains découverts, puis, dans des zones construites.
 
Lors de combats rapprochés à l’arme automatique, dans les régions habitées, la force d’intervention s’est heurtée à des centaines de miliciens intégristes. Les miliciens utilisent pour leur part des fusils mitrailleurs, des mitrailleuses lourdes, des mortiers, des grenades antichar (RPG), et ils font exploser à distance des charges enterrées ou dissimulées sur le côté des voies d’accès.
 
Lors des premiers échanges d’armes automatiques, samedi matin, puis lors de combats maison par maison, deux soldats de Tsahal ont été tués et sept autres blessés. Ce matin, tous les blessés sont dans un état stable : un officier se trouve dans un état de moyenne gravité, trois soldats sont dans une condition qualifiée par les médecins de légère à moyenne et les trois autres n’ont été que très modérément touchés aux membres.
 
Côté intégriste, les affrontements de samedi jusqu’à l’aube de ce dimanche ont coûté la vie à 72 personnes – selon nos sources recoupées – et ont fait environ 210 blessés. Le ratio entre les victimes parmi les milices et les civils palestiniens est de l’ordre de 3 pour 1.
 
Les civils : des boucliers humains
 
Le nombre relativement élevé de victimes collatérales est dû à deux particularités des affrontements en cours : le fait que de nombreux jeunes gens sont présents dans les rues où se déroulent les combats, et l’identification de ce que les miliciens et les terroristes lanceurs de roquettes se servent de la population civile comme d’un bouclier.
 
Deux observations corroborent ma remarque : vendredi, après avoir localisé trois bâtiments civils depuis lesquels des roquettes avaient été tirées contre le territoire israélien, Tsahal a lancé des tracts invitant la population à s’éloigner de ces maisons, et précisant que les Israéliens s’apprêtaient à les détruire une demi-heure plus tard. Loin d’obtempérer, les miliciens ont rempli les bâtiments en question de centaines de civils, majoritairement des femmes et des enfants. Afin de se faire voir et d’indiquer les cibles aux artilleurs et aviateurs hébreux, les miliciens ont allumé de grands feux sur les toits des immeubles ciblés. En conséquence de quoi, l’IDF a abandonné son projet de bombardement ainsi que l’idée d’avertir la population du lieu de ses prochaines frappes.
 
Dans un second cas, après s’être rendus maîtres d’un autre bâtiment de six étages à Sadjaya, les soldats ont pu s’apercevoir que les quatre étages inférieurs étaient réservés à l’usage des miliciens et des terroristes, que les caves recelaient de roquettes et d’explosifs, et que les étages supérieurs était occupés par des familles. Au moins dix salves de roquettes avaient été tirées, ces derniers jours, depuis le toit de cet immeuble, contre les agglomérations civiles israéliennes.
 
Collusion de certains media avec la propagande du Hamas
 
Les responsables de la communication du Hamas font un usage cynique et systématique des images des civils blessés ou tués lors des combats. La chaîne de télévision qatarie Al Jazzera diffuse abondamment, dans le monde entier, des images de corps de civils mutilés, sans la moindre réserve et sans établir la causalité entre ces victimes collatérales, les tirs de roquettes et la tactique des miliciens.
 
D’autre part, et en infraction patente avec les codes déontologiques existants, nos consoeurs de l’AFP, de l’AP et de Reuters omettent, dans les titres de leurs dépêches, de différencier les victimes civiles des combattants intégristes, faisant globalement état du nombre de "Palestiniens" tués ou blessés. Commettant une autre faute grossière, ces agences se refusent à mentionner la définition spécifique des combattants intégristes, miliciens et/ou terroristes, soit, encore, "membres d’organisations terroristes", reconnues comme telles par les grandes institutions nationales et internationales.
 
Ces organes médiatiques participent ainsi, et par d’autres initiatives, au projet de victimisation engagé par l’organisation terroriste de la Résistance Islamique (Hamas).
 
La stratégie d’Hiver chaud
 
A partir des régions qu’elle contrôle à Djebalya et Sadjaya, Tsahal lance, ce dimanche, des raids, soutenus par l’aviation et des hélicoptères, contre des positions des miliciens dans d’autres parties de Gaza city, notamment des sites de lancement de roquettes.
 
D’autre part, la pression exercée par la présence et les activités des militaires israéliens dans ces secteurs a obligé les tireurs de Qassam et de Grad à se réfugier dans une bande de cinq kilomètres de moyenne en largeur, située entre Djebalya et la Méditerranée, les éloignant de fait du Néguev occidental.
 
Les Israéliens, en forçant les tireurs à se replier à l’ouest, ont également pu détruire un camion transportant pas moins de 160 roquettes.
 
Ceci posé, les tirs contre Sderot et Ashkelon ont encore compté une cinquantaine de roquettes dans la soirée de samedi et dix dans la matinée de dimanche. A l’aube, une première Katioucha (Grad) a même atteint la ville de Netivot, située nettement plus à l’intérieur du Néguev que Sderot.
 
Ce dimanche matin, on observait toutefois une sensible diminution du nombre des tirs en direction du territoire israélien, sans qu’il ne soit possible d’attribuer cette réduction, de manière affirmative, à l’action de Tsahal à Gaza.
 
Le ministre israélien de la Défense, M. Ehoud Barak, a lui aussi prévenu, hier soir, que "les tirs de Qassam ne cesseraient pas après deux jours d’opération".
 
Bien que Barak ait affirmé que "l’opération se poursuivait", il nous est impossible de dire, en cette fin de matinée dominicale, s’il s’agit ou non de la grande opération dont tout le monde parle depuis quelques semaines. Car, non seulement le porte-parole de l’armée et celui du gouvernement se montrent très avares en informations factuelles concernant l’opération en cours, mais il nous semble également que la décision elle-même n’a pas encore été prise.
 
Celle-ci pourrait intervenir mercredi prochain, lors d’une réunion spéciale du cabinet sécuritaire restreint, après avoir évalué les résultats des premiers jours de combats. Il nous semble qu’"Hiver chaud" consiste en une opération modulable, qui pourrait se transformer en opération déroulante visant à la réoccupation de larges secteurs de Gaza, si la décision politique était prise.
 
Nos inquiétudes
 
Forts des éléments en notre possession, et en dépit de la confiance que nous avons dans la compétence stratégique d’Ehoud Barak, nous nous devons de constater froidement que l’action engagée par l’IDF n’a pas réussi à stopper les tirs de roquettes contre les civils israéliens.
 
Nous observons, au contraire, que ces bombardements ont gagné, en cette fin de semaine, la ville d’Ashkelon, une cité de 130 000 habitants, qui sont désormais contraints de vivre sous la menace permanente des terroristes intégristes.
 
Cela n’est pas sans rappeler ce que nous avons connu durant la guerre du Liban, à l’été 2006. Une armée qui combat, sans utiliser l’essentiel de ses moyens, pendant que des civils israéliens continuent de subir les Katiouchas lancées par un groupe terroriste.
 
Une autre de nos appréhensions consiste à voir Tsahal mener à nouveau "des opérations" au lieu de faire le nécessaire afin d’anéantir la présence armée du Hamas dans la bande de Gaza. Certes l’équation est délicate – nous avons souvent parlé de ses périls dans ces colonnes -  mais elle est moins dangereuse que l’indécision. Il ne faut pas non plus exagérer la problématique militaire posée par les miliciens intégristes à "la plus puissante armée du Moyen-Orient". Ce ne sont pas quinze mille hommes armés, dont trois mille sachant se servir d’un fusil, qui arrêteront Tsahal, si la décision d’action est prise.
 
Il faudra ensuite gérer une nouvelle occupation, ce qui est très désagréable et qui est un exercice dans lequel les Israéliens n’excellent pas. Mais avons-nous encore le choix de tergiverser, tandis que la capacité de nuisance du Hamas croît de mois en mois, grâce à l’Emmental constitué par la frontière de Rafah, et l’immense entrepôt de stockage d’armes et de munitions, qu’est devenu le désert du Sinaï ?
 
En Israël, il y a ceux qui sont persuadés que la meilleure solution serait d’accéder à un cessez-le-feu de fait, voir à une trêve avec le Hamas. En ma qualité d’amoureux de la paix, qui connaît et qui se méfie des brûlures et des cicatrices des guerres, j’affirme pourtant que cette solution n’est pas praticable. Pire encore, elle présente l’assurance d’une guerre plus difficile encore à gérer dans un proche avenir ; elle implique de prendre le risque de voir Ashdod, puis la partie sud du Goush Dan, la mégapole de Tel-Aviv, sombrer à portée des nouvelles armes, que l’Iran et la Syrie, qui en possèdent en nombre, ne manqueraient pas de faire passer à Gaza.
 
D’un point de vue stratégique, permettre le maintien d’un pouvoir armé du Hamas à Gaza est pour Israël une pure folie. Une démence qu’il faut intégrer à la plus grande équation du risque militaire nord, représenté par un conflit régional qui nous opposerait à l’Iran, la Syrie et le Hezbollah. Ce danger est très concret : assez pour avoir poussé les USA à positionner le fleuron de leur flotte, l’USS Cole, et deux navires d’escorte, face à Beyrouth, depuis le milieu de la semaine écoulée.
 
Lors, avoir à affronter le Triptyque du mal, pendant que les Grad s’abattraient sur Sderot, Ashkelon et Ashdod, c’est prendre un risque stratégique existentiel pour Israël. Le mot est lâché, certes, et même à bon escient. On risquerait de voir tout notre territoire littéralement arrosé, par le nord, l’est et le sud, de missiles et de roquettes de tous genres. Et c’est encore sans parler de la gestion du risque des armes de destruction massives, et nucléaires, dans pas longtemps, si personne ne met un terme à l’aventure iranienne.
 
Le risque du Hamas armé à Gaza n’est, stratégiquement parlant, pas envisageable : on ne cherche pas à passer une trêve avec un ennemi qui ne vous reconnaît pas le droit d’exister, qui annonce journellement qu’il ne fera jamais la paix avec vous, qu’il entend vous éradiquer, et qui s’arme en conséquence. On conclut un armistice lorsqu’on a un intérêt stratégique ou tactique à mettre fin à des hostilités, non pour éviter, très temporairement, à Sderot et Ashkelon de recevoir des Qassam.
 
C’est le Hamas qui a un besoin urgent de cessez-le-feu et que nous avons placé en danger d’anéantissement : à Israël d’exploiter son avantage et de détrôner les putschistes Hanya et Mashal, même si cela doit coûter un prix certain. La guerre reste la plus mauvaise solution possible à un différend, à n’utiliser que lorsque la paix est impraticable. Mais en l’espèce, la paix est strictement impossible, et la guerre demeure une solution.
 
Ne pas répéter les erreurs de la Seconde guerre du Liban
 
Les experts de la Ména, dont l’énoncé, en temps réel, du modus operandi correct qui aurait dû être appliqué en juin 2006 contre le Hezbollah fait désormais l’unanimité parmi les ex-généraux de Tsahal, sont soucieux. Nous ne comprenons pas bien les prémices d’"Hiver chaud".
 
Nous sommes persuadés que le premier acte de guerre aurait dû se situer à l’extrême sud de la bande de Gaza : qu’il fallait, qu’il faut, avec tous les moyens à disposition, réinvestir l’Axe Philadelphie et couper l’approvisionnement en armes, munitions et renforts des miliciens islamiques.
 
Ensuite, il faut agir massivement et vite. Israël ne possède pas le luxe de mener des guerres longues, comme on l’a à nouveau constaté en 2006.
 
D’abord parce Tsahal est une armée de milice, que la guerre coûte cher, et que nos citoyens-soldats ne peuvent pas tout à la fois produire et se battre. Ensuite, parce que le fait d’exposer des villes de la taille d’Ashkelon à des bombardements de Grad entraîne un cortège de retombées négatives. Des avatars, qui vont de la défiance des habitants envers l’armée et le leadership politique, au chômage technique, en passant par les séquelles psychologiques, notamment sur les enfants.
 
Ensuite, parce que les guerres d’Israël qui traînent diffusent une image de vulnérabilité donnant des idées de nouveaux holocaustes à nos pires ennemis, et ceux-là ne manquent pas. Or, lorsque vous êtes six millions, entourés de centaines de millions d’êtres humains ne cachant pas leur hostilité à votre égard, vous vous devez d’éviter de répandre ce genre d’images.
 
Et, finalement, parce que quinze millions de Juifs ne peuvent pas s’opposer longtemps aux efforts internationaux d’un milliard quatre cent millions de musulmans, visant à vous empêcher de vous défendre, à coups de pressions sur le Conseil de Sécurité. Il faut avoir la conscience de sa taille, et adapter ses tactiques à cet entendement. Cela fait partie intégrante de la stratégie.
 
Dans le cas qui nous intéresse, toutes les capitales sunnites allument des cierges pour que nous les débarrassions du Hamas. Mais rapidement, avant que les dirigeants de ces Etats ne soient plus capables de résister à la pression de la rue arabe, toujours naturellement disposée à s’identifier à la "révolution" palestinienne, et se retrouvent obligés de réclamer des sanctions contre Jérusalem.
 
Agir vite, cela signifie ne pas se battre à 3 000 contre 3 000 dans des combats de rues, dans lesquelles la supériorité technologiques et humaine des soldats de Tsahal s’exprime médiocrement. Agir vite, c’est, une fois la porte de la nasse refermée à Rafah, submerger les miliciens en deux jours, avec 100 000 hommes, en faisant étalage de son rouleau compresseur, à l’intention de ses amis autant que de ses ennemis. Agir vite, c’est limiter l’effusion de sang de ses soldats et des victimes collatérales d’en face, ainsi que ses reproductions médiatiques, à sa durée minimum nécessaire.
 
Occuper tout Gaza ? Y rester ?
 
L’objectif stratégique de la Guerre de Gaza n’est pas de faire cesser les tirs de Qassam ni de s’emparer des "richesses" de la bande. C’est faire chuter le Hamas. Tactiquement, il n’est pas nécessaire de se battre pour chaque arpent de terre, pour chaque étage de maison, d’enlever chaque camp de réfugiés : lorsque les symboles du califat islamique et ses chefs seront tombés, lorsque la vue des soldats et des chars de Tsahal occluront l’horizon, les nids de résistance déposeront les armes les uns après les autres. Personne ne peut soutenir un siège sans être ravitaillé, sans espoir de relève, et Tsahal, depuis la Première guerre du Liban, au début des années 80, semble avoir oublié ces fondamentaux.
 
Une fois les objectifs atteints, il faudrait s’entendre avec Mahmoud Abbas et Salam Fayyad sur un transfert graduel de l’autorité. Sous des conditions draconiennes de sécurité et de mise en place des provisions de la Carte Routière. Notre intervention est, de toutes façons, leur seule chance de revoir Gaza un jour.
 
Des conditions draconiennes ? Qu’ils imposent leur contrôle sur la bande, si besoin est, en envisageant le concours d’alliés objectifs, comme les Etats-Unis ou l’Union Européenne. Qu’il ne s’y trouvent pas d’armes de guerre et que Gaza s’engage dans la direction de l’établissement d’un Etat palestinien florissant, démocratique et pacifique, et non plus qu’elle serve de tête de pont à ceux qui s’emploient à anéantir l’Etat d’Israël et ses habitants.
 
Titre original : « Gare à la libanisation du conflit ! » par Stéphane Juffa sur Metula News Agency, avec Sami El Soudi, Ilan Tsadik et Etienne Duranier, sur le front sud.

Commenter cet article