Victoire !

Publié le par Ofek

 
Un triomphe arabe de plus
 
La Guerre des Cinq Jours, c’est ainsi que le chef du califat de Gaza, Ismaïl Hanya, a qualifié ce lundi matin la "victoire" obtenue par ses miliciens lors des derniers combats contre Israël. Hanya s’exprimait devant les dizaines de milliers de Gazaouis qui avaient envahi les rues sitôt l’annonce du retrait des troupes israéliennes.
 
A entendre les dirigeants du Hamastan, leurs hommes auraient mis l’armée des Hébreux en déroute et l’aurait obligée à quitter la bande de Gaza. On a assisté aujourd’hui à un phénomène d’hypnotisation des foules, de mélange propagandiste entre le mensonge et la réalité, qui fait partie d’une certaine tradition dans les entités arabes. Je ne sais pas si Israël avait gagné la Seconde guerre du Liban, mais ce qui est certain, c’est qu’elle s’est terminée par l’anéantissement de 80% des capacités armées du Hezbollah ; ce qui n’empêche nullement Hassan Nasrallah, de considérer ce conflit comme le plus grand triomphe militaire arabe sur Israël de tous les temps.
 
Le même genre de légende est savamment entretenu au Liban autour du retrait volontaire de Tsahal de mai 2000, décidé par Ehoud Barak, alors 1er ministre. En octobre 1973, alors que les Israéliens avaient traversé le Canal et se trouvaient à 72 kilomètres du Caire, après avoir neutralisé les deux plus importants corps d’armées égyptiens, le regretté Anouar El Sadate et la population du pays du Nil fêtaient une extraordinaire victoire.
 
La vérité
 
Dans le cas d’Hanya, la schizophrénie est plus aiguë que dans les cas historiques que je viens de citer. Non seulement Tsahal a très paisiblement quitté les positions qu’elle avait occupées dès que tous les objectifs d’"Hiver chaud" eurent été atteints, mais de plus, il n’a pas la moindre raison de se réjouir du déroulement des combats. En fait, pour son organisation, les résultats de cette opération oscillent entre catastrophiques et difficilement réparables.
 
D’après les chiffres que m’a communiqués Sami El Soudi il y a quelques heures, en provenance directe de l’état major des milices intégristes à Gaza, les trois jours qu’a duré "Hiver chaud" – entrée des troupes vendredi matin, retour ce lundi à l’aube – ont coûté la vie à 142 miliciens armés, 98 appartenant au Hamas et 44 aux autres organisations islamistes, ainsi qu’à 23 civils.
 
Les chiffres publiés officiellement par le Hamas, proches de ceux des Israéliens, font état, quant à eux, d’un peu plus de 120 personnes tuées lors de ces engagements. Selon Israël, une cinquantaine étaient des miliciens du Hamas, une trentaine étant affiliés au Djihad islamique, aux Comités de la Résistance Islamique etc.
 
Selon El Soudi, le journaliste habituellement le mieux informé de Palestine, le nombre des blessés hospitalisés s’élève à 382 personnes, réparties dans les mêmes proportions de miliciens et de victimes collatérales que pour les décès.
 
De plus, les miliciens perdus par les fondamentalistes musulmans se situent globalement parmi l’élite la mieux entraînée et aguerrie dont ils disposaient.
 
Une résistance plus faible que prévu
 
Pour prendre la mesure du triomphe d’Hanya, il faut encore rapporter les propos recueillis par Ilan Tsadik auprès des troupes qui regagnaient le territoire israélien : les fantassins de Givati ont jugé l’opposition plus faible que ce à quoi ils s’attendaient et ce pour quoi ils avaient été préparés. Au premier jour de l’intervention, vendredi, Tsahal a perdu deux soldats et rapatrié sept blessés, mais durant les deux jours consécutifs, l’IDF n’a annoncé aucun blessé supplémentaire.
 
Le caporal Aleph, de Givati, a confié à Ilan Tsadik que "les miliciens étaient hystériques et confus", ajoutant que "samedi ils lançaient encore des combattants contre nos positions, mais qu’ils se faisaient tous cueillir naïvement. Ensuite, ils n’ont plus cherché le contact, se contentant de tirer des obus de mortier à la sauvette, sans nous infliger de dégâts réels".
 
Le sergent Yod : "On s’attendait à beaucoup plus de résistance lorsque nous avons pénétré dans les ruelles du camp de réfugiés de Djebalya. Dans les faits, on a surtout vu des adolescents qui enflammaient des pneus et qui jetaient des pierres".
 
L’armée israélienne a réalisé tous ses objectifs
 
Il est clair que l’un des objectifs d’"Hiver chaud" était de tester le niveau de résistance des miliciens islamistes en vue d’opérations à venir, et que les conclusions qui en sont tirées devraient plutôt inquiéter le gouvernement autoproclamé du califat.
 
D’autre part, les combattants hébreux au sol et l’aviation ont détruit des centaines de roquettes prêtes à l’emploi, dans des caches ou sur des camions ; ils ont démoli des dizaines de positions, de casernes et de centres d’entraînement des milices, ainsi que des postes de commandement et trois "ministères" investis par le Hamas. Et, ce qu’il y a de plus important, à l’opposé symétrique du contenu des discours de victoire des leaders intégristes, l’armée israélienne a fait comprendre à leurs combattants qu’ils n’étaient pas de taille à s’opposer à elle, et, qu’en cas d’opération d’envergure, leurs chances de s’en sortir sont minimes.
 
Côté israélien, Tsahal a effectué les missions qui lui étaient dévolues dans un ordre exemplaire, limitant les pertes et les dégâts au minimum. La coordination entre les actions terrestres et aériennes fut excellente, de même que l’identification et l’interception des cibles mouvantes : véhicules des lanceurs de roquettes, camions, automobiles des chefs des milices etc.
 
Le ratio des victimes collatérales, dans un environnement de combat urbain, est plus que raisonnable. Ce qui met en relief l’efficacité de la propagande de victimisation des islamistes, qui ont réussi, avec l’assistance de reporters non palestiniens peu scrupuleux, à faire croire à des concepts de massacres de civils, voire de génocide.
 
Les doutes subsistent quant au choix opérationnels
 
"Hiver chaud" a-t-il été un galop d’essai enrichissant pour l’armée et le gouvernement israéliens ? Peut-être, mais il n’a pas contribué décisivement à atteindre les deux objectifs stratégiques de la confrontation au Sud : chronologiquement, verrouiller la frontière entre Gaza et l’Egypte et destituer le Hamas.
 
Même la fausse finalité, dont la mention par des politiciens israéliens me fait douter de leur sagacité, la réduction conséquente du nombre des roquettes tirées par les terroristes sur nos concitoyens, n’a pas été réalisée. Je suis, à ce sujet, persuadé que des nouveaux lanceurs de Qassam et de Grad ont déjà réinvesti les positions délaissées ce matin par Tsahal à Djebalya et à Sadjaya.
 
Ils sont vraisemblablement moins expérimentés que leurs prédécesseurs, plus fébriles et moins largement dotés, mais au moment d’écrire cette analyse, ils ont déjà lancé 14 roquettes sur le Néguev occidental et deux Katiouchas, qui ont fait des dommages à Ashkelon.
 
Les chars du 9ème bataillon blindé se sont alignés, comme à la parade, du bon côté de la frontière, mais les 130 000 habitants d’Ashkelon et les 17 000 qui restent à Sderot se sentent abandonnés, impuissants, incompris par leur gouvernement, non protégés par leur armée.
 
D’un point de vue sécuritaire, dans le reste du pays, je ne pense pas non plus qu’"Hiver chaud" ait eu des retombées favorables. Dans les territoires de Cisjordanie, dans toutes les villes palestiniennes, des émeutes ont opposé – et opposent encore – des adolescents aux forces de l’ordre. Il y a même eu des désordres dans les agglomérations arabes israéliennes ; à Jérusalem-est, deux gardes municipaux ont failli être lynchés.
 
Les relations entre Israël et les Etats arabes avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques se sont tendues sous la pression de la rue arabe. Le monde civilisé, trop facilement abusé par la propagande victimaire des terroristes islamiques, a adopté l’idée que la réaction d’Israël aux tirs de roquettes contre ses villes est "disproportionnée". Il n’est que de lire les réactions des lecteurs sur les media électroniques français pour observer la haine pithiatique dont nous sommes, totalement injustement, l’objet.    
 
L’action indispensable
 
A mon sens, et les autres experts de la Ména partagent pleinement mon analyse, "Hiver chaud" était superflu, a coûté la vie à deux soldats et à une vingtaine d’innocents civils, et, en fin de compte, il a surtout contribué à compliquer les choses.
 
C’est d’ailleurs là la seule victoire dont peut objectivement se targuer Hanya, la décision de procéder à l’opération, stratégiquement indispensable à Israël, qui lui permettra de réaliser ses objectifs, va être encore plus difficile à prendre après ce galop d’essai inutile.
 
Olmert, qui s’éloigne de l’eau froide après avoir été plus qu’échaudé en juillet 2006, va devoir minutieusement considérer les aspects de sécurité intérieure et la réaction internationale avant de donner le feu vert à Tsahal. Un feu vert qui sera également conditionné par l’intensité des tirs de roquettes sur nos villes : si la situation devenait – ou demeurait – froidement insupportable pour nos civils, Olmert n’aura pas vraiment de choix. Si, au contraire, le Hamas avait l’intelligence stratégique de se calmer durant quelques semaines, il pourrait sauver sa peau, se réarmer et se réorganiser sans craindre d’être déposé. Le sort de Gaza se joue presque sur un équilibre de la mort, et non sur des décisions calmement considérées.
 
Il faut couper la Voie Philadelphie et étouffer les califes de Gaza, indépendamment de toute autre considération. C’est la sécurité du pays et de la région qui l’exige. Un Etat ne définit pas ses priorités stratégiques en fonction des options tactiques de son adversaire. Il faut donc préparer une opération éclair et économe en vies humaines, et ça, c’est précisément la spécialité de Tsahal. Je parle en termes de moins de cinq jours de guerre.
 
Ne pas adhérer aux rationnels maladifs
 
Israël avait autorisé les Palestiniens à construire un aéroport international, à gérer seuls leur frontière avec l’Egypte et à planifier un port maritime autonome à Gaza. Israël permettait au président de l’Autorité Palestinienne, Yasser Arafat, de survoler son territoire dans ses hélicoptères personnels. Elle s’est vue gratifier en retour de la deuxième Intifada.
 
Israël, en 2005, a rapatrié 7 000 de ses citoyens, dont la présence gênait l’émancipation palestinienne à Gaza. Elle a donné aux Gazaouis et à leurs chefs la possibilité absolue d’édifier leur Etat et de donner libre cours à leur aptitude à produire et à se développer. Elle a admis – en dépit des attentats collectifs palestiniens - des travailleurs de Gaza dans ses usines par dizaines de milliers, elle a même construit, sur la frontière, la zone industrielle mixte d’Erez, qui connaissait un succès retentissant et qui nourrissait le quart des habitants de la bande.
 
Depuis sept ans maintenant, des organisations terroristes tirent des roquettes sur nos villages et sur nos villes dans l’unique intention de tuer leurs habitants. Il s’agit d’un cas de haine jamais rencontré auparavant sur la planète.
 
Aujourd’hui, alors que ces bombardements ont atteint le rythme dément de plusieurs dizaines par jour, d’autres Etats civilisés demandent à Israël d’accepter cette agression permanente et de ne pas agir afin de protéger ses citoyens, sa sécurité et sa souveraineté. Nous n’avons pas à les écouter, car ils ne savent pas ce qu’ils disent. J’aimerais voir comment la France réagirait si les habitants de Bayonne étaient quotidiennement la cible de cinquante Qassam en provenance d’Espagne. J’aimerais voir comment Paris le prendrait, si Jérusalem lui demandait de se départir de son droit de légitime défense.
 
Toute analyse de l’approche occidentale de la situation prévalant dans le Néguev conduit à des conclusions dont le ségrégationnisme antijuif ne pourrait être exclu. Cette situation démontre que le monde n’est toujours pas guéri de l’antisémitisme, pas plus les diplomates français du Quai, que la Secrétaire d’Etat américaine ou encore le Secrétaire général de l’ONU.
 
Israël n’a pas à se justifier pour faire usage de ses droits naturels de peuple. Elle ne doit pas se sentir mal à son aise lorsqu’on l’accuse de perpétrer des massacres qu’elle sait qu’elle ne perpètre pas.
 
Encore ne faut-il pas mélanger la nécessité de guérir le monde et celle de pourvoir à notre sécurité et à celle de nos enfants. A notre droit de ne pas servir journellement de cibles humaines à des terroristes qui s’enorgueillissent d’agir pour notre extermination. Si les deux tâches sont à l’ordre du jour, il n’y a aucune raison de vouloir les réaliser simultanément.
 
Il n’y a que la nécessité, dictée par l’intelligence, dans les choix de l’action, de diminuer au maximum notre exposition envers nos ennemis et ceux qui refusent de nous comprendre.
 
C’est comme lorsqu’on gère un avion dans une situation d’urgence : d’abord on pilote et ensuite seulement, on en parle à la radio.
 
Titre original : « La Guerre des Cinq Jours » par Stéphane Juffa, avec Sami El Soudi, Ilan Tsadik et Etienne Duranier sur le front sud et Jean Tsadik, sur Metula News Agency
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