Dis-moi qui te représente et je te dirai qui tu es.

Publié le par Ofek

Dis-moi qui te représente et je te dirai qui tu es.
 
Voilà peut-être une maxime qui peut en révéler long sur le parcours qui a été le nôtre, depuis la Sortie d’Égypte jusqu’à Sdérot.
 
Le premier personnage de l’histoire juive à apparaître comme représentant la communauté juive auprès des nations fut Moïse.
Comme l’a un jour judicieusement fait remarquer Élie Wiesel, Moïse ne fut jamais élu démocratiquement. Car se fut-il seulement présenté à des élections, il aurait lamentablement échoué. Il était le premier à confesser qu’il avait le verbe pauvre et les décennies futures montrèrent qu’il était piètre démagogue, avec cette manie qu’il avait de toujours dire au peuple les choses que celui-ci n’aimait pas entendre.

Le plus remarquable est que si la postérité était appelée à faire de Moïse la figure emblématique de la tradition juive religieuse, Moïse ne fit pas son entrée dans l’histoire juive en tant que « religieux ».
Entendre par là qu’il n’intervint ni en prédicateur, ni en se prévalant d’une investiture religieuse à proprement parler.
En effet, Moïse ne se fera le relais de la première loi juive énoncée dans la Torah qu’à la veille de la sortie d’Égypte… il a alors 80 ans. Il faut donc bien en prendre acte, Moïse commence par être un « politique ». Moïse est issu de la même souche que ceux que les Égyptiens font ployer sous le labeur, mais son parcours l’a fait échapper à l’esclavage et il mène ce qu’on appellerait de nos jours, la vie de château, auprès de la fille du Pharaon qui l’a recueilli.

Et puis un jour, tout bascule. Moïse aperçoit un Égyptien qui s’en prend à un israélite qu’il reconnaît comme son frère en dépit de tout ce qui peut les différencier au plan social, et alors – pour ainsi dire – sa religion est faite.
Bien évidemment, tous les textes concourent à affirmer que Moïse – issu d’une noble lignée de la tribu de Lévi, né circoncis et recueilli par une femme qui était appelée à rejoindre la nation juive – était déjà spirituellement richement doté et ne fit pas surface dans l’histoire juive comme un périscope dans le détroit de Béring.

Reste que ceux qui professent avec opiniâtreté que les « religieux » ne doivent pas se mêler de politique en sont ici pour leur frais. Et l’addition n’est pas finie. Jusqu’au moment où le dernier Israélite aura quitté le sol Égyptien, Moïse aura essentiellement agi comme représentant politique de son peuple. C’est ensuite seulement que Moïse deviendra le relais de la Révélation de D-ieu à son peuple.

La postérité biblique ne fera que confirmer cette idée qu’un peuple dont la vocation est de servir D-ieu dans tous les domaines où l’existence se décline, ne saurait voir dans la « politique » un compartiment de la vie publique qui échappe aux critères fondateurs de l’identité juive originelle.
Après Moïse, Juges et Prophètes ne firent jamais le départ entre religion et politique car ils savaient que le sort « politique » de leur peuple était indissociable de sa fidélité à la loi. Les souverains eux-mêmes – enfin ceux qui demeurèrent fidèles à la loi de Moïse – savaient que leur destin politique était gagé sur l’obéissance à ceux dont D-ieu avait fait les relais de Sa parole.

En exil encore, ce fut la dimension spirituelle d’insigne maîtres comme Mardochée, Néhémie, Daniel et d’autres qui les habilitèrent à être les interlocuteurs des princes qui les gouvernaient. Après la destruction du deuxième Temple, ce furent encore les Maîtres fondateurs de la loi, Rabbi Yo’hanane Ben Zaccaï dont la personnalité subjugua Vespasien, puis Rabbi Akiva, Rabbi Juda le Prince et d’autres qui plaidaient à Rome – avec un bonheur variable il est vrai – la cause de leurs frères asservis.

Et pendant les 19 siècles à venir, ceux qui représentèrent l’identité juive auprès des princes furent d’éminents maîtres dont l’habilitation était gagée sur la spiritualité qui les habitait.
 
Quelques exemples ?
 
Ce fut Manassé Ben Israël – dont Victor Hugo fit un des personnages de sa pièce de théâtre Cromwell – qui plaida devant le parlement anglais pour le retour des Juifs expulsés par Edouard 1er en 1290.
Ce fut Rabbi Jossel de Rosheim que Charles Quint nomma Commandeur des Juifs de son empire et qui intervint à maintes reprises pour empêcher expulsions et persécutions.
Ce fut le grand et pieux philanthrope Moïse Montefiore – qui ne se déplaçait pas sans son Cho’het personnel – que la reine Victoria éleva au titre de Sheriff de Londres – et qui intervint partout où les Juifs subissaient les affres de l’exil.
Il y eut le célèbre Rabbi ‘Haïm Faladji (1788-1868) rabbin d’Izmir (Smyrne) tant admiré par les autorités turques, qu’elles lui octroyèrent le droit d’administrer sa communauté selon les règles de la tradition juive, et dont l’écho de la grandeur parvint jusqu’aux oreilles de la reine Victoria qui intervint en sa faveur.
Ce fut aussi David Sintzheim, Grand rabbin de Strasbourg qui, bien qu’ayant refusé – contrairement à ses pairs – de signer un jour de Chabbat l’acte fondant le Sanhédrin en 1806, à l’initiative de Napoléon, n’en fut pas moins nommé président du même Sanhédrin pour devenir ensuite le premier Grand rabbin de France.
Ce fut encore le rabbin Leo Baeck, dernier représentant officiel du judaïsme allemand au moment de l’arrivée au pouvoir des nazis. C’était certes un rabbin plutôt libéral – encore que très érudit – mais sa vocation lui dicta de ne pas céder aux multiples exhortations de quitter l’Allemagne quant il le pouvait encore, pour demeurer auprès de ceux envers lesquels il se sentait engagé spirituellement. Et les témoignages sont nombreux pour affirmer qu’au camp même de Theresinstadt où il fut déporté – et dont il réchappa par miracle – il tint un rôle admirable de guide spirituel auprès de ses frères en détresse.
Et ce furent bien d’autres personnages qu’à défaut de les aimer, les princes qui les gouvernaient respectaient car ils voyaient s’incarner en eux cette grande dimension spirituelle qui à elle seule sous-tendait la notion de « peuple élu ».

Le très laïque président Mitterrand ne s’y est pas trompé, qui au soir de la tuerie de la rue des Rosiers, crut bon de manifester sa solidarité avec la douleur juive, en se rendant dans une synagogue, là où – il en était convaincu lui aussi – se trouvait le ferment moral de la vocation d’Israël.

Encore une fois, pour reprendre la parole d’Élie Wiesel, aucun de ceux qui firent avancer l’histoire du peuple juif – quelles que furent leurs opinions – ne fut « élu démocratiquement ».
Cette parole, Wiesel la prononça au Congrès américain lors d’un dîner donné en hommage au Rabbi de Loubavitch.
Et il conclut son intervention en disant : « C’est seulement lorsqu’un individu prend à cœur la cause de son peuple et qu’il décide de s’y vouer corps et âme qu’il est élu ».

Ainsi chers lecteurs, le regretté Simon Wiesenthal ne fut jamais élu par personne pour se consacrer inlassablement à la recherche des bourreaux nazis afin les déférer devant la justice.
On peut gager sans risque que nul autre que lui ne se serait consacré avec tant d’opiniâtreté à cette tâche ingrate, harassante voire dangereuse. Et qui parmi nous n’est pas fier d’un tel accomplissement ?

Lorsque naquit le projet d’un retour à Sion par la constitution d’un état juif, les maîtres du Judaïsme orthodoxe – la plupart d’entre eux du moins – firent la grimace.
L’idée d’habiter la Terre sainte en elle-même ne leur déplaisait pas. Nombre de grand maîtres avaient au cours des siècles aspiré à le faire et beaucoup avaient concrétisé ce vœu. Et ils connaissaient depuis leur plus jeune âge, cette parole du traité talmudique de Ketouvot : « Demeurer en dehors d’Erets Israël, équivaut à n’avoir pas de D-ieu. »
Ils n’avaient pas attendu l’affaire Dreyfus pour se rappeler soudain qu’ils étaient en exil et ils demandaient trois fois par jour au Créateur de restituer Sa présence à Sion.
 
Leur perplexité à l’égard du projet sioniste était d’un autre ordre.
En premier lieu, ils considéraient que la souveraineté juive sur la terre promise aux Patriarches n’était pas d’ordre politique. Car si des considérations d’ordre politique régissent le droit qu’exercent les nations du monde sur leurs territoires respectifs, il n’en va pas de même de la terre d’Israël qui appartient au peuple juif au seul titre de la promesse faite par D-ieu de la donner à Israël en héritage.
Aussi, pour eux, dès lors que la souveraineté juive sur Erets Israël s’exercerait exclusivement à travers une revendication politique, elle serait à plus ou moins long terme compromise.
Autrement dit, le lien qui soude le peuple juif à sa terre est avant tout d’ordre spirituel et la présence physique d’Israël sur sa terre devait être gagée sur ce préalable.
Une autre inquiétude des maîtres était que désormais, le Judaïsme, que les nations avaient perçu pendant 19 siècles comme une vocation spirituelle porteuse d’un patrimoine dont l’humanité entière avait recueilli les fruits, serait supplanté par des enjeux politiques dont la spiritualité juive serait absente.

Le malheur est que certains ont par la suite tant exacerbé leur opposition à l’État d’Israël tel qu’il fut fondé, qu’ils en vinrent à professer des idées où la haine – parfois blasphématoire à l’égard de leurs frères qui avaient donné leur vie pour leur peuple – ruinait toute possibilité de faire passer le message de la Torah chez ceux – pourtant leurs frères – qu’ils poursuivaient de leur vindicte. D’autres, moins belliqueux se contentèrent d’un a sionisme de bon aloi – tout en étant bien contents de pouvoir atterrir à l’aéroport Ben Gourion et de profiter du beau pays que les sionistes avaient édifié. L’exil est malheureusement aussi et surtout celui de l’esprit…

Il demeure pourtant que les craintes initialement émises par les maîtres se révélèrent bel et bien fondées.
Lorsque le 29 novembre 1947, l’assemblée des Nation unies vota la résolution du partage de la Palestine dans laquelle certains fondèrent leur droit à vivre en Israël, elle ne le fit ni au nom de la seule justice, ni au nom du seul droit, ni surtout par philosémitisme.
Elle le fit dans le sillage du cataclysme qui avait emporté un tiers du peuple Juif et dont un vague sentiment de responsabilité ombrageait un peu la conscience de certaines chancelleries. Toutes les belles âmes qui émirent alors un vote favorable ne connaissaient pas encore toutes les vertus du pétrole…

Et depuis lors – en vertu de l’adage talmudique selon lequel « la bouche qui permet peut aussi interdire » – la légitimité de la souveraineté juive sur la terre promise en héritage par D-ieu aux Patriarches, ne cessa d’être gagée sur la façon dont les nations la percevaient.
C’est ainsi que depuis des décennies, tandis que les Khmers rouges génocidaient le Cambodge, les soviétiques napalmaient l’Afghanistan, les tribunaux Khomeiniens justiciaient les hérétiques, le colonel Mengistu transformait l’Ethiopie en fleuve de sang (et veuillez bien croire que j’en passe…) les dirigeants israéliens crurent bon de justifier devant les instances internationales chaque coup de feu tiré sur ceux qui ne faisaient pas mystère de leur intention d’éradiquer Israël.

Mais au fait, qui sont ces dirigeants ?

Il se trouve paradoxalement que depuis quelques décennies, le point focal de l’Histoire juive est devenu Israël.
 
« Paradoxalement » car l’histoire juive fut toujours celle du peuple juif tout entier, que 30% seulement de ceux qui le composent habitent la Terre sainte et que les 70% restants – qui appartiennent eux aussi au peuple juif et participent donc à son histoire – n’ont pas leur mot à dire dans une affaire que beaucoup s’accordent à tenir pour le plus grand enjeu actuel du judaïsme. Il y a ici de toute évidence une sorte d’incongruité.

Alors donc, qui sont ceux qui sont aux commandes de ce grand vaisseau initialement bâti pour mener le peuple juif à son ultime accomplissement ?
Incarnent-ils aux yeux des nations – comme ceux de jadis, précédemment évoqués – le patrimoine juif et ses valeurs dans lesquels s’enracine le lien indéfectible du peuple juif à sa terre d’élection ?
Sont-ils des personnages dans lesquels leurs interlocuteurs non juifs voient les héritiers d’un droit inscrit dans une Bible à laquelle se vouent des centaines de millions d’humains ?

Dans son célèbre article « Lo zé haderekh » (« Ce n’est pas le chemin »), le penseur sioniste Ahad Ha’am affirmait que la terre d’Israël devrait être un centre spirituel dont la vocation serait d’irradier la diaspora et que le sionisme politique de Theodore Herzl était un leurre.
Pensez-vous qu’il appelait ainsi de ses vœux la présence d’écrivains israéliens au Salon du livre ?...

De ceux qui ont la responsabilité du pays pour lequel tant de sueur, de sang, et de larmes ont été versés, émane-t-il un soupçon d’inspiration morale, d’espoir ou de réconfort pour les 11 millions de Juifs qui ont les yeux tournés vers Israël ?
L’auteur de ces lignes a connu une époque où les dirigeants israéliens, pour laïques qu’ils étaient, et en dépit de bévues politiques parfois lourdes de conséquences, inspiraient l’idée qu’ils étaient convaincus que la souveraineté juive sur Israël était axiomatique.

Mais qui sont désormais leurs héritiers ?
Des revenants, des loosers, des has-been qui ne doivent pas même leur mandat à la démocratie dont Philippe Bouvard a dit qu’elle est « la moitié des c… plus un ».
Leur majorité est un OGM hybride issu d’une cuisine politique dont les épisodes courtelinesques mériteraient une entrée dans le Livre des records. Des gens qui habitent des palais dans des zones résidentielles comme Kokhav Yaïr, que leur ont gagné les juteuses conférences qu’ils donnent après avoir été désavoués pour leur incurie et en attendant de revenir aux affaires.
Des gens qui nomment des commissions destinées à les blanchir de leur irresponsabilité, suivant ainsi le judicieux conseil de Clémenceau qui disait : « Si vous voulez enterrer une affaire, nommez une commission ».

Mais le peuple héritier de la tradition de Moïse, qui doit défendre son droit à vivre sur la terre qui lui revient de droit, peut-il se permettre d’être représenté auprès des nations par des gens qui s’assoient sur l’histoire et le patrimoine qui fondent la légitimité de leur cause ?
Le peuple juif peut-il mandater, pour assumer des millénaires d’une histoire tragique, des fonctionnaires lambda comme les chancelleries du monde entier en ont charrié pendant des siècles ?

Rappelez-vous chers lecteurs :
 
Le 5 avril 1986, une bombe éclatait dans une discothèque berlinoise fréquentée par des soldats américains. Le 15 avril suivant, Ronald Reagan, qui tenait la Lybie pour responsable de cet acte, envoyait une trentaine d’appareils de la 6è flotte bombarder Tripoli et Benghazi. Des dizaines de civils perdirent la vie. Le palais de Kadhafi fut gravement endommagé.
Du reste, Kadhafi ne l’habita plus jamais, en proie qu’il fut alors à une dépression nerveuse qui l’affecta longtemps. Depuis ce moment, il demeure dans une tente. En outre, de nombreux analystes s’accordent pour dire que cet épisode marqua un tournant décisif, en ce que le dictateur libyen commença à comprendre que sa politique terroriste ne payait plus.

Mais alors, chers lecteurs, de quel crédit peuvent jouir auprès des nations des dirigeants politiques qui laissent coventriser depuis des lustres une ville habitée par leurs frères ?
Quel crédit peut avoir leur galimatia diplomatique devant des dirigeants politiques qui ne tolèreraient pas une seule fois dans leur pays ce qu’Israël subit quotidiennement depuis des lustres sans décider une fois pour toutes que c’est fini ?

Ceux qui sentaient mal le sionisme politique ne se fourvoyaient pas.
Ils savaient que les seules règles de la politique conventionnelle ne suffiraient pas pour assurer une véritable souveraineté – une souveraineté juive – sur une terre voulue juive par le Créateur.

Israël n’est pas désigné fortuitement par « Erets ».
« Erets », rapporte le Midrach, s’apparente à « ratsone » (la volonté), car poursuit-il, Israël est un pays indéfectiblement liée à la volonté de D-ieu.
 
Titre original « De Moïse à Olmert ou de la chevalerie au tiercé perdant » de Schlomo Brodowicz sur http://www.guysen.com/articles.php?sid=6860&titre=De-Moïse-à-Olmert-ou-de-la-chevalerie-au-tiercé-perdant

Publié dans Israël

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