La bonne conscience de l’Europe

Publié le par Ofek

 
« Décidément, la France et l’Europe vont très mal. Je n’ai pu m’empêcher de me répéter ces mots dans ma tête au cours des derniers jours. Peut-être est-il impossible à certaines contrées de guérir des maux qui jonchent leur propre histoire. Peut-être que les mêmes mauvaises causes produisent toujours les mêmes effets. Les hommes changent, pas les comportements, ou pas vraiment.
 
On a parlé ces derniers temps de la disparition des derniers combattants de la Première Guerre Mondiale, mais on n’a guère rappelé l’effroyable absurdité que fut cette guerre, où des nationalismes obtus se sont heurtés à d’autres nationalismes obtus. Où des jeunes gens ont été utilisés de part et d’autres par des généraux bouffis d’orgueil, pour servir de chair à canon et s’enliser dans le sang des tranchées, jusqu’au moment où les Etats-Unis sont intervenus pour arrêter la boucherie.
On n’a pas rappelé les conséquences de la guerre en termes de morts, mais aussi de mutilés et de destructions diverses.
Et on n’a pas rappelé non plus que la prise de pouvoir par les bolcheviks, payés à cette fin par la Prusse, a eu des effets très lourds, qui ont dépassé largement les frontières de la Russie.
On n’a pas parlé du traité de Versailles, des dommages de guerre exorbitants réclamés, entre autres, par la France à l’Allemagne - avec les effets que l’on sait -, des récompenses accordées à la Serbie (alors que c’était un nationaliste serbe qui avait enclenché l’engrenage fatal), et qui ont donné naissance à la Yougoslavie, qui n’en finit pas de se décomposer.

On a reparlé de la Deuxième Guerre Mondiale et de la Shoah, de l’extermination des Juifs d’Europe. Quelques reportages ont été diffusés à la télévision (dont, un, terrible et remarquable, sur la « Shoah par balles » en Ukraine).
Mais on n’a guère évoqué la dimension de grand crime commis en commun que fut la Shoah dans l’ensemble de l’Europe ou presque.
 
On semble oublier ce que signifiaient les mots : plus jamais çà. Ou alors, on leur donne désormais un autre sens : plus jamais la guerre et les divisions en Europe.
On dit fort peu que les Juifs survivants de la Shoah ont eu bien des difficultés à retrouver leur place dans les sociétés où, souvent, leurs familles avaient vécu auparavant pendant des siècles.
On en dit extrêmement peu sur le maintien de camps d’internement pour les rescapés pendant de longs mois après la libération en 1945.
On ne dit guère qu’on s’est fort peu préoccupé, dès la libération, de la possibilité que vive un Etat juif susceptible de servir d’ultime refuge.

On a laissé monter sournoisement diverses formes de révision des faits, et on a, surtout ces dernières années, utilisé Israël pour jouer le rôle qu’ont joué les Juifs en Europe voici sept décennies : celui de bouc émissaire.
 
On a laissé, sans mot dire, le monde arabe s’imprégner des restes du nazisme et de l’antisémitisme européen, et, jusqu’à ce jour, on ne dit mot, en Europe, des caricatures de type hitlérien qu’on trouve dans l’essentiel de la presse du monde arabe : l’odeur du pétrole a des raisons que la morale ignore.
 
On a laissé l’antisémitisme new look, appelé antisionisme, s’installer dans les consciences. On a laissé s’installer une diabolisation d’Israël. On a vu dans la diabolisation d’Israël un moyen de se laver les mains du passé européen : si Israël se conduit de manière atroce vis-à-vis des Palestiniens, l’Europe, se sont dit tant d’Européens, est exonérée du massacre des Juifs d’Europe.
 
Les Palestiniens ont saisi depuis longtemps la façon de s’engouffrer dans la brèche : les Juifs avaient la Shoah ? Les Palestiniens ont la nakbah !
Il y avait des réfugiés juifs ? Il y a, ô combien, des réfugiés « palestiniens » !
Les Juifs étaient le synonyme du peuple errant et persécuté ? Les Palestiniens sont le nouveau peuple errant et persécuté.
Les Juifs ont subi un génocide ? Il suffira, pour l’exonération, de dire que les Palestiniens subissent eux-mêmes un génocide…
 
Ce qui aurait dû être perçu comme une parodie répugnante et obscène n’a pas même été perçu comme une parodie.
Israël a été comparé au Troisième Reich, à l’Afrique du Sud de l’apartheid.
Une barrière de protection, construite pour défendre une démocratie contre un terrorisme barbare, a été comparée au mur de Berlin, qui enfermait la population d’Allemagne de l’Est dans le totalitarisme.
Aucun Etat n’est détesté au point où l’est Israël aujourd’hui, et, parmi ceux qui détestent Israël, il y a, c’est une évidence, nombre d’Européens qui se pensent très propres et sont persuadés d’avoir une conscience impeccable.
 
La haine d’Israël s’accompagne de haine anti-juive, et la haine d’Israël donne des habits neufs à la haine antijuive.
 
En France, comme ailleurs en Europe, aucun lieu de culte n’est aussi discret ou aussi soumis à une protection policière que les lieux de culte juifs : et ne me dites surtout pas que c’est par hasard ! Les associations juives, surtout si elles soutiennent Israël, doivent être elles-mêmes tout particulièrement protégées.
Certains Juifs se conduisent en « bons Juifs » comme il y en eut, hélas, en toutes les époques et sont prêts à dénoncer les autres, les infâmes, ceux qui ne renoncent pas ou ne baissent pas la tête.
Et les ennemis de ces « bons Juifs » sont plus particulièrement les gens comme moi, à qui ils voudraient interdire toute forme d’indignation morale, puisqu’ils ne sont pas juifs.
 
A Paris se tient, comme on sait, le Salon du livre, et l’invité d’honneur est Israël, comme on le sait aussi.
Comme on pouvait très exactement s’y attendre, des pays où paraissent des caricatures antisémites et où règnent la dictature ou la tyrannie ont poussé des cris d’orfraie au nom des Palestiniens.
Cela fait pourtant des années que les dirigeants de ces pays s’auto-affranchissent des pires crimes ou de l’indigence économique, politique et mentale dans laquelle ils maintiennent leurs populations en invoquant le nom d’Israël. Pourquoi cesseraient-ils aujourd’hui ?
 
Des Européens, ceux, précisément, qui pensent avoir une conscience impeccable, se sont indignés eux aussi et se sont révélés prêts à dénoncer les « crimes d’Israël », sachant au fond d’eux-mêmes que pour eux, le principal crime d’Israël est d’exister.
Et au nom du « refus de l’oppression », ils se sont tenus et se tiennent vaillamment au côté des pires terroristes, des pires fanatiques, des pires racistes de ce temps.
Au nom d’une version dévoyée de l’humanisme, ils se sont tenus et se tiennent au côté de criminels contre l’humanité, de dictateurs et de crapules.
Au nom d’une compassion pervertie, ils se sont tenus et se tiennent au côté de ceux qui n’ont de compassion ni pour le peuple d’Israël, ni pour les populations arabes, maintenues dans toutes les indigences. Leur comportement me fait penser à leurs ancêtres qui rejoignaient les Sections d’Assaut du parti national-socialiste des travailleurs allemands en pensant servir on ne sait quel « idéal » rance et sale.
Ceux qui leur répondent émettent de pitoyables excuses, du style : « la plupart des écrivains israéliens sont contre la politique d’Israël » ou « il s’agit de littérature et pas de politique ».
 
Je sais, j’appartiens sans doute à une espèce en voie de disparition, mais tout cela me donne la nausée.
Les Européens, dans leur immense majorité, me semblent prêts, aujourd’hui, à laisser Israël se faire écraser, détruire par des gens qui ne valent pas mieux que les nazis.
Les Européens, dans leur grande majorité, seraient prêts, aujourd’hui, à dire, si le pire devait venir, que c’est la faute aux Juifs.
 
Je pense que l’Europe, comme la France, ont un avenir très sombre.
Je discerne que dire cela me vaut surtout des ennemis, mais je le dis néanmoins : je suis du côté d’Israël et du côté du peuple juif.
Parce que c’est le côté de l’honneur et de la dignité.
Parce que j’adhère à certaines valeurs.
Parce que je suis humain.
Parce que j’éprouve de la répugnance précisément devant ce que je vois.
Parce qu’à force de séjourner aux Etats-Unis, je pense indéfectiblement que le bien triomphera du mal. Et que je ne puis m’empêcher de penser que l’histoire européenne bégaie de manière sinistre et, qu’en pareil cas, je ne me sens pas du tout Européen.
Parce que je sais que le peuple juif a survécu à de multiples trahisons et qu’il survivra aux trahisons du présent.
Parce que je pense que les populations arabes valent mieux que les discours qui les font glisser, aujourd’hui, vers l’ornière et dont tant d’Européens, plutôt que de se conduire de manière respectable, se font complices.

Je suis venu au Salon du livre et j’y ai été présent. J’y tenais.
En cette année qui sera celle du soixantième anniversaire d’Israël, j’ai déjà publié deux livres : l’un, sur la guerre arabe et islamique contre Israël, qui s’appelle Houdna, aux éditions Underbahn. Je le conseille à ceux qui se feraient encore la moindre illusion sur les islamistes et les Palestiniens. L’autre qui s’appelle Michaël Moore au delà du miroir, aux éditions du Rocher. J’ai écrit ce second livre parce qu’il me semblait important de montrer à quel point la gauche démocrate américaine est dangereuse, perverse, antisémite et falsificatrice. Ce genre de choses est utile une année d’élections aux Etats-Unis. La lecture sera salubre pour ceux qui pensent que, dans un film comme Fahrenheit 9/11, il y a un milligramme de vérité : je procède à un démontage plan par plan et il ne reste rien.
 
Au moment du Salon du livre démarre la collection « Turgot au service de la liberté ». Y paraissent deux livres très liés à l’actualité à court et moyen terme : L’Islam radical à la conquête du monde, de Daniel Pipes, qu’avec Alain Jean-Mairet, j’ai traduit et que j’ai préfacé, et Mille et une vies, que j’ai rédigé à partir d’entretiens avec un ami récemment disparu, Fereydoun Hoveyda, ancien ambassadeur d’Iran au temps du Shah.
 
L’un et l’autre portent sur la bataille pour l’âme de l’islam. Le monde musulman aura un avenir s’il choisit la liberté.
L’islam en Europe pourrait être autre chose qu’un islam haineux et aveugle si la lâcheté des Européens reculait.
 
Si je n’étais l’auteur de l’un des livres et le traducteur de l’autre, je dirais qu’ils ont leur place dans la bibliothèque de tous ceux qui se seraient considérés comme « honnête homme », au temps où Montaigne donnait un sens à ces mots. Daniel Pipes et Fereydoun Hoveyda sont des êtres immenses et féconds, en une époque relativement misérable. Si l’un des deux a quitté cette terre, ils vivent toujours, tous les deux, par la force de la pensée.

Je fais paraître, en parallèle, un autre livre que j’ai rédigé après avoir rencontré un homme que je pense lui-même extraordinaire : l’un des derniers survivants de la Shoah, un rescapé d’Auschwitz, qui a contribué à fonder Israël. J’ai appelé le livre Survivre à Auschwitz, et je pense y dire tout ce que je n’ai pas dit en cet article. C’est un livre d’amitié, d’amour, et, j’espère, de lucidité.

L’éditeur des trois livres est « Cheminements », qui est aussi l’éditeur de Paul Giniewski, auteur que l’estime très vivement.

Cela fait quatre livres signés de ma main cette année ? Je me tairai assez quand la mort viendra me prendre.
 
La France et l’Europe vont très mal. Malgré les coups bas et les attaques, je me tiens encore debout, merci. Et tant mieux s’il y en a que cela dérange, c’est signe qu’il reste une cicatrice d’espoir. »
 
Titre original « La France et l’Europe sont au plus mal » de Guy Millière sur Metula News Agency
 
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