Le Quai d’Orsay est en train de paver la voie à la consolidation d’Eurabia

Publié le par Ofek

 

En juillet 2007, les journaux nous apprenaient que Bernard Kouchner était à Beyrouth où il rencontrait «tous ses amis» y compris (selon les dépêches d’agence) les chefs (ou les représentants) du Hezbollah.

Non content d’avoir accordé, sans aucune contrepartie, une sorte de légitimité internationale au Hezbollah en l’invitant auparavant à Paris, voilà qu’il oubliait le passé en courant, d’après cette organisation terroriste, pour l’amadouer et pour la faire entrer dans le jeu politique (Ô combien compliqué…) du Liban.

La France devait parler à tout le monde, disait-il à l’époque. On connaît la suite : deux émissaires du plus haut rang possible (Claude Guéant, Secrétaire Général de l’Elysée et Jean-Paul Levitte, conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy) vont à Damas pour obtenir de Bachar El Assad qu’il laisse le Liban se doter d’un président. 18 reports de l’élection plus tard, neuf mois en tout, rien n’a été obtenu. Si, une épreuve de force imposée par le Hezbollah il y a deux semaines qui, retournant les armes «de la résistance contre Israël» vers les supporters du gouvernement Siniora, a conduit à plus d’une centaine de morts et au maintien du statu quo. La France et l’Europe s’accommodent de la prise du contrôle de ce pays par l’Iran et la Syrie via leur supplétif sur place, le Hezbollah.

Et on ajoute l’ignominie à l’irresponsabilité en saluant «l’accord de Qatar» : le Hezbollah garde ses armes (vous vous souvenez de la résolution 1701 proposée et soutenue par la France en 2006 et qui prévoyait le contraire), il obtient le contrôle de l’aéroport et du port de Beyrouth (tout ce qui lui viendra d’Iran et d’ailleurs ne soulèvera aucune objection, de personne), et continuera à être libre de ses mouvements jusqu’à la frontière Nord d’Israël, en dépit des 10.000 casques bleus de l’Unfil, parmi lesquels 2.000 français qui, comme les autres se la coulent douce sans rien remarquer et passent les week-ends à Naharia, en Israël. Requiem pour un pays …

Mai 2008, Le Figaro nous apprend (et Bernard Kouchner le confirme) que la France est entrée en contact avec le Hamas et qu’un ancien ambassadeur en Irak (du temps de Saddam Hussein) est allé à Gaza pour rencontrer Mahmoud Zahar, fondateur du Hamas et Ismaël Hanieh, «premier ministre» du gouvernement qui, par un coup de force, a privé l’Autorité Palestinienne de la moitié des territoires concédés par les accords d’Oslo. Après des combats faisant moult morts et qui ont démontré la fraternité du Hamas et du Fatah quand les «militants» de ce dernier étaient criblés de balles par ceux du Hamas.

En confirmant la chose sur Europe 1, Bernard Kouchner dit : "La France doit parler à tout le monde". Et l’ambassadeur en question d’affirmer que «ses interlocuteurs l’ont assuré qu'ils étaient prêts à accepter un Etat palestinien dans les frontières de 1967, ce qui équivaut à une reconnaissance indirecte d'Israël". En oubliant de lui dire que dès qu’un tel état verra le jour, la lutte pour la destruction d’Israël continuera, sur de nouvelles bases…

Car relisons la déclaration du même Mahmoud Zahar au Wall Street Journal (17.04.08) : "Un «processus de paix» avec les Palestiniens ne peut s’engager, même pas par une première mesure minuscule, jusqu'à ce qu’Israël se retire d'abord sur les frontières de 1967 ; démantèle tous les villages crées depuis ; retire tous ses soldats de Gaza et de Cisjordanie ; rende nulle son annexion illégale de Jérusalem ; libère tous les détenus et arrête le blocus de nos frontières internationales, de notre littoral et de notre espace aérien de manière permanente. Ceci fournirait le point de départ pour des négociations justes et constituerait la base pour le retour des millions de réfugiés ; étant donné ce que nous avons perdu, c'est le seul moyen par lequel nous pouvons commencer à récupérer le tout de nouveau».

A récupérer le tout, c’est-à-dire la Palestine avant le partage par l’ONU en 1948. C’et vrai, parmi les missions des ambassadeurs, il y a la désinformation, l’émissaire de Bernard Kouchner n’a pas failli à son devoir.

Mai 2008, Bernard Kouchner s’émeut de ce qui se passe en Birmanie où la junte militaire interdit l’aide humanitaire à plus d’un million d’êtres. Il a sans doute oublié qu’en 2003, Me Souliez-Larrivière et Me Jean Veil ont confié à BK Conseil une mission d’enquête au Myanmar (Birmanie) auprès de la société Total chargée de la construction et de l’exploitation d’un gazoduc …

Il avait oublié aussi de noter dans son rapport que les deux avocats défendaient les intérêts de Total. D’ici à croire, qu’en réalité, il avait accepté une mission payée par Total pour justifier du haut de son statut de parangon «droithommiste» l’investissement de cette société en Birmanie, il y un pas qu’il ne faudrait pas franchir.

Et pour faire bonne mesure, une fois Total dédouané par lui («elle devrait, selon notre analyse et malgré ses traditions de neutralité, s’engager avec précaution dans cette voie, d’autant que, premier investisseur du pays, elle ne risquerait dans l’affaire qu’un très positif changement d’image» - il s’agissait de s’engager dans la voie de la collaboration avec la junte militaire …) il écrivait …«Pourquoi les militants s'acharnent-ils plus facilement contre le Myanmar que contre la Chine qui pratique à grande échelle le travail des enfants ? Par facilité.

Les Généraux birmans apparaissent plus dérisoires que les autres, et leur capacité de communication est inexistante. La tâche est donc plus aisée, la pression entraîne peu de risques... S'en prendre à la Chine au Tibet, par exemple, au Parti Communiste résiduel au Viêt-Nam et même à l'odieux régime de Corée du Nord comporte plus d'aléas».

Nous sommes rassurés, cinq ans après Bernard Kouchner critique la junte militaire birmane mais ne s’en prend plus à la Chine. Gageons qu’il sera présent à Pékin pour les Jeux Olympiques.

Ce dont il est question quand on lit les trois paragraphes précédents ne se résume pas aux contorsions idéologiques d’un Bernard Kouchner, fut-il ministre des affaires étrangères de la France.

Il s’agit de la France et de ce qu’André Dufour vient d’écrire : «A quoi bon alors commémorer le 8 mais 1945 qui scelle la défaite du plus abject des régimes totalitaires, si nous restons passifs devant la montée des nouveaux périls, si nos diplomates traitent dans les coulisses avec ceux qu’il faudrait commencer par anéantir avant qu’ils ne soient eux-mêmes en mesure de nous anéantir». (http://www.libertyvox.com/article.php?id=322)

La France vient de sceller le sort du Liban. Elle l’a abandonné à un des pires régimes totalitaires d’aujourd’hui, le régime des mollahs iraniens. Comme elle l’a fait pour la Pologne, abandonnée aux Allemands et aux Russes en 1939. Comme les démocraties occidentales ont abandonné la Tchécoslovaquie à Hitler.

En «parlant» au Hamas elle est en train d’abandonner l’Autorité Palestinienne et d’accepter la mainmise de l’Iran par Hamas interposé à Gaza.

La France qui se prépare à prendre la présidence de l’Union Européenne et qui veut, par-dessus tout, créer une «Union de la Méditerranée» est en train de préparer le terrain de la conquête d’une partie de la rive Sud par les pires ennemis des démocraties occidentales.

Par delà les fortes tendances pro-arabes du Quai d’Orsay, par delà le fond antisémite qui y perdure, en dépit des intérêts stratégiques de notre pays, on est en train de paver la voie à la consolidation d’Eurabia (Bat Ye’or) de ce côté-ci de la Méditerranée.

Pourquoi ?

Le Professeur Paul Eidelberg (entre autres publications, Discourse on Statesmanship, Demophrenia, etc.) a proposé comme explication la théorie de la «demophrénie». Puisqu’en démocratie on professe que tout et tout le monde est égal, tandis que les choses et les gens ne sont pas égaux entre eux, celui qui croit dans l'égalité de tout et de tous développe une forme de folie ou de dédoublement de l’esprit qu’il appelle demophrénie. Les individus savent que les choses et les gens ne sont pas égaux, tout en se disant qu'ils le sont. Eidelberg observe que des taux élevés de cette forme de schizophrénie sont présents dans les pays démocratiques.

 

Cette forme de schizophrénie se retrouve dans les deux approches du monde musulman (mais aussi du monde des dictatures d’idéologies différentes).

L’approche «américaine» : instaurer la démocratie dans les pays musulmans.

L’approche «européenne» : apaiser les conflits avec le monde musulman (ou tolérer les dictatures) en escomptant son changement profond.

Mais la démocratie ne peut être établie dans un pays véritablement islamique, si la «démocratie» signifie davantage que le seul acte du vote, par exemple, la présence des contre-pouvoirs et la protection des droits des minorités.

Si la démocratie veut dire uniquement le vote, sans liberté de parole pour tous, le vote ne peut conduire dans ces pays qu’à promouvoir la charia, dès la mise en place d’une nouvelle direction.

Exemples : le danger du FIS en Algérie (que l’on a privé de victoire pour qu’il n’arrive pas à imposer la charia) ou le Hamas à Gaza qui transforme le territoire en «état» islamique (dernier acte : une bombe qui fait sauter un café Internet, il y a quelques jours).

Les Etats-Unis se sont félicités quand le peuple irakien a procédé en 2005 à des élections auxquelles une majorité a participé. Trois ans après on trouve tout en Irak sauf la démocratie…

Quant à l’approche «européenne», il faudrait pour qu’elle soit justifiée que l’islam soit réformable. Imaginer des pays musulmans non gouvernés par la charia, non violents, respectant les choix individuels et la liberté de parole, ce ne sont que des vœux pieux car ceci voudrait dire qu’ils ne seraient plus musulmans.

 

Et pour enfoncer un clou qui manque, il faut se souvenir du dogme de la «fermeture des 1000 portes» datant du 11ème siècle et qu’aucun docteur de l’islam n’a le droit de transgresser (Bat Ye'or, «L'Union européenne: entre Dhimmitude et Eurabia»).

 

Pourtant, l’approche européenne fait des émules : le candidat Barak Obama qui recommande : «le Hezbollah et le Hamas, tous les deux doivent être obligés de comprendre que la violence leur fait descendre une rue aveugle qui affaiblit leurs revendications légitimes» Quèsaco ?

Les deux clament, clairement comme objectif final la destruction d’Israël … est-ce cela la revendication légitime ?

 

Mais les deux approches ont, pour ceux qui conduisent les affaires du monde, un dénominateur commun : «ce n’est pas l’islam qui est en cause mais les extrémistes (ou les «radicaux»)». Soit.

Encore que, récemment, une enquête d’opinion faite dans 27 pays musulmans, tout en indiquant que 93% des sondés sont plutôt modérés, trouvait que 7% sont proches des «islamistes». Ce qui fait, quand même, un réservoir d’environ 100 millions de personnes disposées à promouvoir par la force la charia en vue d’aboutir au califat qui gouvernera le monde.

Ces «minoritaires» agissants ne se proposent pas de «prendre le pouvoir» mais simplement de paralyser les pays où ils agissent en empêchant tout progrès vers la démocratie. Ou là où elle existe (Europe), en la vidant de son sens, en ne laissant in fine en place que le vote. Exemples : les caricatures danoises, les assassinats aux Pays-Bas, l’intolérance islamique au Nord de la France pour ne retenir que quelques uns.

La démocratie au Proche-Orient ? Dans les pays du Golfe ? En Iran ?

Un des pères fondateurs des Etats-Unis, Thomas Jefferson, écrivait «La démocratie ne peut exister quand vous prenez à ceux qui sont disposés à travailler et vous donnez à ceux qui ne le sont pas. Elle requiert un système équilibré et fiable, qui exige la liberté de la parole, de vrais contre-pouvoirs face aux gouvernants et l’égalité devant la loi».

 

Aucun de ces ingrédients ne sont présents dans les pays musulmans, car incompatibles avec la charia, et ce qui est désespérant c’est qu’ils commencent à s’estomper dans les «pays des Lumières».

Dès lors, aucune concession de la part de l’Occident, aucun espoir de pouvoir arriver à une «paix mondiale», aucune réfutation du «choc des civilisations» n’apporteront autre chose que des désillusions. Comme la paix de Chamberlain et de Daladier n’a apporté que la guerre en 1939. Mais au moins, à ce moment-là, volens-nolens, les peuples (surtout les Anglais et les Américains) ont compris qu’il s’agissait de la sauvegarde d’une certaine idée de l’homme et de l’humanité.

Tandis que maintenant … André Dufour a raison de nous rappeler qu’il ne faut pas rester passifs devant ceux qui préparent notre destruction, ou celle d’un pays qui se trouve en première ligne du front établi par les islamistes, Israël.

Comment peut-on ne pas comprendre que quand l’Europe (et une autre grande partie de la «communauté internationale») envoie des milliards d’euros aux palestiniens de Gaza, elle renforce le pouvoir du Hamas. L’aide est en permanence détournée pour payer «les militants» et acheter des armes. Et si l’on dit que l’on paye des instituteurs… il s’agit des mêmes qui apprennent aux enfants que leur devoir suprême est de devenir «shahid» en se faisant exploser pour tuer le plus grand nombre de juifs, ou de chanter dans des manifestations «spontanées» «toute la Palestine est nôtre».

Qu’importe, Bernard Kouchner, de passage récemment à Bethlehem, a demandé à Israël de faire des concessions. En soulignant qu’il était normal, vu son haut niveau moral, de le faire. Quitte à aller vers son suicide…

Et il n’est pas seul, c’est la demande de la “communauté internationale“ dans son ensemble, celle qui a bombardé la Serbie pour l’affaire du Kossovo, la Russie qui a détruit une bonne partie des immeubles de Grozny avec leurs habitants … la France du Rwanda, les pays arabes ou la Chine qui laissent le Soudan tuer des centaines de milliers de noirs chrétiens ou animistes, etc.

Pendant sa campagne pour les élections présidentielles, Nicolas Sarkozy s’engageait à procéder à une rupture dans la politique étrangère de la France. Il s’agissait de rompre avec les dictatures africaines de tout poil.

Mais on a sacrifié rapidement Jean-Marie Bockel quand notre ami de longue date, Omar Bongo, l’a demandé, sous peine de conséquences sérieuses pour Total et Areva.

Il s’agissait de ne pas «serrer la pogne» de Monsieur Poutine qui avait du sang sur ses mains. Et on l’a vu, hilare et joyeux (certains affirmant qu’il avait trop bu) à Moscou à côté de Monsieur Poutine et épouser ensuite la position russe d’opposition à l’entrée de l’Ukraine et de la Géorgie dans l’OTAN.

Il s’agissait de s’opposer à l’Iran («la bombe ou le bombardement», formule reprise par notre ministre des affaires étrangères aussi mais oubliée depuis…) et à ses velléités hégémoniques au Proche-Orient. Mais on s’est accommodé de la politique de «sanctions» qui ne touche pas les intérêts majeurs de ce pays où Total a une position forte dans l’exploitation du pétrole et, bientôt, des réserves gazifières.

Et parmi nos amis actuels, il y a le Colonel Kadhafi et l’épigone de Fidel, Chavez (Interpol vient de confirmer que les documents trouvés dans un ordinateur des FARC sont non trafiqués : ils établissent, entre autre, la collusion de Chavez avec les terroristes colombiens). Chavez pour lequel Bernard Kouchner est allé à Caracas pour lui donner l’accolade …

En juin notre président effectuera une visite officielle en Israël où, la main sur le cœur, il dira que ce pays n’a jamais eu de meilleur ami que la France, comptable de la sécurité d’Israël. Et, à son tour, il demandera qu’Israël fasse des concessions pour aboutir à la création d’un état palestinien. Sans qu’il semble voir qu’il y a comme une contradiction entre les deux affirmations.

La politique étrangère de la France est égale à ce qu’elle était : le rapprochement avec les dictateurs, la tolérance vers tous ceux qui s’opposent aux Etats-Unis (voir les FARC en Colombie), bref, l’opposition à tout ce qui pourrait nous faire avancer vers un monde meilleur ou sauvegarder nos acquis actuels.

 

Sauf si l’on considère qu’il n’y a plus rien à faire et que, bientôt, nous vivrons tous sous la charia … Alléluia !

Martin Birnbaum pour LibertyVox

 

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