L'Europe à l'agonie

Publié le par Ofek

 

J’évoquais voici peu la situation préoccupante de la France et les faibles performances de la présidence Sarkozy. Je m’efforçais de ne pas être sévère et de trouver des circonstances atténuantes. Je parlais de tendances lourdes. Je dois préciser qu’avec des différences d’un pays à l’autre, ces tendances sont à l’œuvre dans toute l’Europe.

Les livres consacrés à ce sujet s’accumulent dans les librairies d’outre-Atlantique, mais ils n’ont pas leurs équivalents ici. Peut-être parce que, avant de mourir, il vaut mieux fermer les yeux et ne pas regarder le néant trop en face ; peut-être parce que les Européens, collectivement et individuellement, ne veulent pas se dire à eux-mêmes qu’ils appartiennent à une civilisation qui meurt. Les indicateurs démographiques, dont on parle peu, sont éloquents : avec une moyenne de 1,5 enfant par femme, l’Europe est entrée dans un processus de vieillissement sans précédent dans l’histoire.

Si on y ajoute le départ des jeunes gens porteurs de capital intellectuel, la poussée de l’immigration, la natalité dans les populations musulmanes, l’incapacité générique à réformer en profondeur les systèmes d’État-Providence, la situation semble plus sombre encore.

Le grand islamologue Bernard Lewis parlait, voici quelques années, d’une Europe devenant musulmane et plus pauvre, mais sans choc majeur.
Bat Ye’or évoquait le glissement, plus douloureux, des populations juives et chrétiennes vers le statut de dhimmi, citoyen de seconde zone, et le tabou qui monte dans l’atmosphère dès qu’il est question d’islam pourrait bien lui donner raison. Voici quelques mois, Walter Laqueur rédigeait, en deux cents pages accablantes, mais lucides, l’épitaphe d’un « vieux continent » devenu décidément très vieux et dépossédé par ses élites de ses propres valeurs au profit d’un multiculturalisme sans consistance ni certitudes.

Bruce Thornton, professeur d’histoire, vient de faire paraître un ouvrage au titre tranché : « Decline and Fall », le déclin et la chute. Il évoque, comme il m’est arrivé de le faire, un lent suicide et, à la différence de Tony Blankley, rédacteur en chef du Washington Times, qui parlait, dans un autre ouvrage, d’une « dernière chance » voici un an, n’évoque, lui, pas l’ombre d’un espoir.

L’Europe, telle qu’elle s’est édifiée depuis six décennies, note Thornton, est une utopie abstraite qui a tourné le dos à tout ce que l’Europe a pu porter de noble et de fécond, ce qui rend les Européens « incapables de défendre leur civilisation contre ceux qui entendent la détruire » : « de vieilles hypothèses socialistes continuent à susciter l’interférence des gouvernements dans la vie économique et sociale », des « discours relativistes interdisent de penser qu’il est des causes pour lesquelles on peut encore prendre les armes », ce qui mène à un défaitisme actif.

Dès lors que ses partisans ont défini l’Europe graduellement par opposition aux États-Unis, « l’antiaméricanisme est devenu une religion en Europe, et communient en cette religion la gauche et une bonne part de la droite », ce qui empêche les Européens de voir encore de quelle fécondité les États-Unis sont porteurs. « Puisque la fierté de l’héritage civilisationnel est abandonnée, puisque l’avenir se fane, puisque le judéo-christianisme s’efface, quels idéaux reste-t-il à défendre et affirmer ? », demande Thornton, qui ne trouve aucune réponse plausible. Le déclin et l’islamisation de l’Europe risquent d’être, ajoute-t-il, d’autant plus pénibles qu’en se révélant inapte à prendre les décisions et les mesures nécessaires pour lutter contre le djihadisme à l’échelle planétaire, l’Europe prend le risque concret d’être, dans quelques décennies, terre d’islam radical.

En parallèle au livre de Thornton, je parcourais un sondage réalisé des deux côtés de l’Atlantique :

Êtes-vous attachés aux valeurs éthiques issues du christianisme ?
La réponse est oui pour 58 % des Américains : elle est oui, aussi, pour 13 % des Européens seulement.

Pensez-vous qu’il faut parfois se battre pour ses idéaux ?
Oui, disent 74 % des Américains, oui ajoutent, très minoritaires, 25 % d’Européens.

Êtes-vous satisfaits de la vie que vous menez ?
Oui, clament, malgré les difficultés présentes, 59 % des Américains, oui, murmurent, plus minoritaires encore, 18 % des Européens.

Tout commentaire serait inutile…

Guy Millière sur
http://www.rebelles.info/

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