Le Proche-Orient pour les nuls

Publié le par Ofek

Le Proche-Orient pour les nuls

 

1. Les liens entre les Juifs et la Terre d’Israël avant 1948


«Eretz Israël est le lieu où naquit le peuple juif. C’est là que se forma son caractère spirituel, religieux et national. C’est là qu’il réalisa son indépendance, créa une culture d’une portée à la fois nationale et universelle et fit don de la Bible au monde entier.» 1

La présence des Juifs en Terre d’Israël est attestée dès le XIIe siècle avant notre ère. La fondation de la royauté remonte à -1020, avec le règne de Saül. En -932, un schisme se produit entre les royaumes d’Israël et de Juda. Israël est conquis en -721 par les Assyriens, et Juda en -587, par les Babyloniens. Le roi Nabuchodonosor ordonne alors la destruction du Temple de Jérusalem et la déportation des Juifs en Babylonie (premier exil). Une partie des Juifs revient sur sa terre en -539 et reconstruit le Temple, mais ne parvient pas à restaurer une domination juive sur cette terre, qui sera successivement administrée par les Perses, les Grecs, puis les Romains. Ce sont ces derniers qui, sous le commandement du général Titus, détruiront le deuxième Temple, en 70, et provoqueront le deuxième exil, après avoir maté la révolte dirigée par Bar Kochba, en 135.

A partir de ce moment, la majorité des Juifs va se retrouver dispersée en dehors d’Israël (dias­pora); une présence juive sera néanmoins maintenue sur cette terre, de manière ininterrompue, et d’importantes communautés vont même être fondées à Jérusalem et Safed, par exemple. Cette contrée subira encore plusieurs invasions étrangères (Byzantins, au IVe siècle, Arabes, au VIIe, Croisés, au XIe, puis Mamelouks, au XIIIe, et enfin, Ottomans, au XVIe), durant lesquelles les Juifs maintiendront, tant bien que mal, leurs communautés et leur mode de vie.

Au XIXe siècle, sous la double influence des thèses sionistes et de la montée de l’antisémitisme, un grand nombre de Juifs européens émigrent vers la Terre d’Israël dans le but d’y fonder un Etat.

Ce n’est cependant qu’au milieu du XXe siècle, alors que ce territoire se trouve sous mandat britannique, que cet espoir pourra se concrétiser.

 

2. Le sionisme

 

Définition

 

Bien que le terme "sionisme" désigne en réalité plusieurs idéologies et sensibilités diffé­rentes (religieuse, laïque, de gauche, de droite, etc.), il est possible d’identifier un certain nombre de caractéristiques communes à ces différentes idéologies. Le sionisme peut ainsi se définir comme «le mouvement de libération nationale du peuple juif» 2, dont le but est de «donner un Etat au peuple juif dispersé de la Diaspora» 3.

Le terme "sionisme" a été créé en 1890 par l’intellectuel Nathan Birnbaum 4, l’un des premiers penseurs sionistes, et fait directement référence au Mont Sion, symbole de Jérusalem et de la Terre d’Israël.

 

Une forme de colonialisme ?

 

C’est l’un des arguments majeurs des adversaires du sionisme, qui décrivent Israël comme l’un des derniers Etats coloniaux au monde.

Qu’est-ce le colonialisme ? Une «doctrine qui vise à légitimer l’occupation d’un territoire ou d’un Etat, sa domination politique et son exploitation économique par un Etat étranger» 5. L’installation des Juifs en Terre d’Israël ne répond pas à cette définition puisque:

elle n’a pas été organisée par un Etat, mais par un mouvement de libération nationale, dans le but, justement, de construire un Etat.

Les Juifs n’étaient pas étrangers à cette terre.


Une forme de racisme, ou d’apartheid ?

 

Le 10 novembre 1975, l’Assemblée générale des Nations Unies votait une résolution assimi­lant le sionisme à une «forme de racisme» 6. Cette résolution «s’inscrivait dans le cadre d’une campagne anti-israélienne menée par l’URSS et les pays arabes, à l’époque de la guerre froide. Presque tous les pays non arabes qui soutenaient la résolution ont formulé des excuses et ont modifié leur position. Quand l’Assemblée Générale a décidé, en 1991, d’annuler la résolution7, seuls quelques états arabes et musulmans, ainsi que Cuba, la Corée du Nord et le Vietnam, s’y sont opposés» 8.

Le racisme est une «idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les grou­pes humains, les "races"» 9. Or, il n’est nulle part fait mention, dans les écrits sionistes, d’une quelconque supériorité des Juifs sur les Arabes ou sur n’importe quels autres êtres humains; le concept de «race juive» est d’ailleurs complètement étranger à la pensée juive et renvoie plutôt à l’idéologie nazie, selon laquelle les Juifs sont une «race inférieure».

Les adversaires du sionisme utilisent également un autre terme, qui fait référence à une idéologie raciste: «apartheid». Ce mot désigne «la politique de ségrégation raciale mise en place dans la République sud-africaine en mai 1948» 10 ; cette politique impliquait notamment la création de ghettos et faisait de la population noire une population de seconde catégorie. La situation qui prévaut en Israël n’a aucun rapport avec cette politique puisque les citoyens arabes d’Israël, estimés à près d’un million, ont les mêmes droits que leurs concitoyens juifs, à cette exception près qu’ils ne font pas de service militaire. Un certain nombre de députés arabes siègent d’ailleurs à la Knesset (le Parlement israélien).

 

3. La création d’Israël


Une réparation pour la Shoah ?

 

L’argument selon lequel la création d’Israël servirait de «dédommagement» pour les souf­frances subies par les Juifs lors de la Seconde Guerre mondiale est non seulement faux, mais également dangereux.

Il est faux, car il donne l’impression que les rescapés de la Shoah auraient, en quelque sorte, débarqué un beau matin sur ce territoire, occupant ainsi un espace déjà habité par une autre population, et ce sans aucune légitimité ni aucun lien avec ce territoire. Or, comme nous l’avons vu, les Juifs étaient présents sur cette terre depuis des siècles et la revendication d’un Etat pour le peuple juif date de bien avant la Shoah.

Il est dangereux, dès lors qu’on le met en parallèle avec les théories négationnistes, qui ont de plus en plus de succès dans le monde arabo-musulman : en effet, si la seule légitimité d’Israël est la Shoah, et si l’on nie l’existence de la Shoah, alors, Israël n’a plus aucune légitimité.

 

Légitimité internationale d’Israël

 

En 1917, le gouvernement britannique publie la déclaration suivante, connue sous le nom de Déclaration Balfour 11 : «Le Gouvernement de Sa Majesté envisage avec faveur la création, en Pa­lestine, d’un foyer national pour le peuple juif, et fera de son mieux pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant bien entendu que rien ne doit porter préjudice aux droits civils et religieux des communautés non juives qui vivent actuellement en Palestine, ou aux droits et au statut politique dont bénéficient les Juifs dans tout autre pays.» 12

Suite à la publication de cette déclaration, la Société des Nations confie à la Grande-Bretagne
un mandat devant lui permettre de mener à bien les objectifs contenus dans la déclaration. «Ce mandat se référait spécifiquement aux “rapports historiques du peuple juif avec la Palestine” et à la validité morale de «la reconstitution de leur foyer national dans ce pays». [...] Le mandat a été formelement accepté par les gouvernements de 52 Etats membres de la Société des Nations le 24 juillet 1922.» 13

Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale des Nations Unies votait en faveur d’un plan de partage de la Palestine mandataire en deux Etats: l’un juif et l’autre arabe14. Ce plan, accepté par les Juifs mais rejeté par les Arabes, signifiait implicitement une reconnaissance de la légiti­mité des revendications juives sur la Terre d’Israël. Le refus des Arabes de ce plan de partage s’est manifesté par le déclenchement de la guerre.

Cette reconnaissance internationale est devenue explicite et sans équivoque, deux ans plus tard, lors de l’admission du tout jeune Etat d’Israël au sein des Nations Unies15.

 

4. Les Palestiniens


Qu’est-ce que la Palestine ?

 

Le terme «Palestine» trouverait son origine dans le nom des Philistins, un peuple aujourd’hui disparu qui vivait le long de la côte méditerranéenne, aux frontières du royaume d’Israël, au XIIe siècle avant notre ère. En l’an 135 de notre ère, après que les Romains eurent écrasé la révolte des Juifs, ils rebaptisèrent la Judée «Syria Palaestina» dans le but de «mini­miser l’identification des Juifs avec la terre d’Israël» 16. Puis, au IVe siècle, le terme «Palestine» sera utilisé pour définir un territoire bien plus grand que celui occupé aujourd’hui par Israël et les territoires palestiniens ; ce territoire sera divisé administrativement en trois entités, répondant au nom de Palaestina Prima, Secunda et Tertia. Les Arabes conquièrent ensuite le Proche-Orient et donnent le nom de Filastin (Palestine en Arabe) au territoire s’étendant du Sinaï à Akko (St. Jean d’Acre). Le terme «Palestine» cessera d’être utilisé à l’époque des Croisés, pour être réhabilité après la défaite de ces derniers, au XIVe siècle. Sous l’Empire ottoman, le terme «Palestine» ne sera plus une dénomination officielle mais continuera d’être utilisé par la population locale. Enfin, à l’époque de la colonisation anglaise, l’usage sera de parler de «Palestine sous mandat britannique». En 1947, le Plan de Partage voté par l’ONU soutiendra d’ailleurs la création d’un «Etat juif» et d’un «Etat arabe», sans parler d’«Etat palestinien» 17.

En résumé, selon Emmanuel Navon, professeur de relations internationales à l’Université de Tel-Aviv 18: «la Palestine n’a jamais constitué un pays, et le concept même de Palestine n’existait pas dans l’Empire ottoman. Comme l’explique Bernard Lewis, le spécialiste du Proche-Orient: "Depuis la destruction de l’Etat juif dans l’Antiquité et jusqu’au Mandat britannique, le territoire

 

connu sous le nom de “Palestine” n’avait pas de frontières... Cette région englobait des subdi­visions administratives changeantes”19. La Syrie fut en 1887 divisée en deux vilayets: Beyrouth et Damas, et les sandjaks d’Acre et Naplouse rattachés à Beyrouth, celui de Jérusalem étant indépendant. Point de Palestine, donc, dans l’Empire ottoman, que ce soit au plan physique, administratif ou linguistique. Le mot même de Palestine n’était pas usité chez les Turcs et les Arabes. Ce furent les Britanniques qui “ressuscitèrent” la Palestina romaine. Il n’y avait ni Etat ni peuple palestinien. Comme le reconnut d’ailleurs le rapport Peel de 1937, qui n’était pourtant en rien favorable aux Juifs: “Durant les douze siècles qui se sont écoulés depuis l’invasion arabe, le pays a quasiment disparu de la scène historique (...) Il est resté en dehors de l’Histoire tant sur le plan économique que politique. Même sur le plan culturel et scientifique, sa contribution à la civilisation est nule. ”20.»

Peuple palestinien: histoire et légitimité

Contrairement à une idée largement répandue, les Palestiniens d’aujourd’hui ne sont pas les descendants des Philistins. Il s’agit, pour la plupart, de descendants des populations arabes et musulmanes venues s’installer sur ce territoire à l’époque de l’Empire ottoman (à partir du XVIe siècle). La population palestinienne actuelle est, dans sa grande majorité, musulmane sunnite, mais comprend également une importante minorité chrétienne, ainsi qu’une petite communauté samaritaine.

Si des mouvements nationalistes voient le jour chez les Arabes de Palestine, depuis le début du XXe siècle, il s’agit la plupart du temps d’un nationalisme panarabe et non pas spécifiquement palestinien. La Charte nationale palestinienne de 1964 21 déclare à ce propos, dans son article 1er, que «la Palestine est une terre arabe unie par des liens nationaux étroits aux autres pays arabes. Ensemble, ils forment la grande nation arabe» ; la Charte ne parle d’ailleurs pas de «peuple pa­lestinien», mais du «peuple arabe de Palestine» (art. 3). Il faudra attendre quatre ans pour que la notion de «peuple palestinien» fasse son entrée dans la deuxième Charte nationale palestinienne de 1968 22.

 

La politique arabe du IIIe Reich

 

Le concept d’une alliance entre Arabes et nazis peut sembler étrange, voire paradoxal. Pourtant, c’est bien la même haine des Juifs qui a poussé Amin al-Husseini, Grand Mufti de Jéru­salem, à se rendre à Berlin, en novembre 1941, pour rencontrer un certain nombre de dirigeants nazis, dont Adolf Hitler. Le but de cette rencontre était d’amener les nazis à soutenir la cause des Arabes de Palestine, au nom de leur «combat» commun contre les Juifs. Hitler répondit po­sitivement à cette demande en assurant au Mufti que «l’Allemagne fournirait une aide concrète et pratique aux Arabes impliqués dans le même combat» 23. La reconnaissance d’Al-Husseini pour cette aide se manifestera par la création de «deux brigades SS musulmanes en Bosnie, appelant à l’extermination des Juifs du Yishouv» 24. Inculpé en 1945 pour son rôle dans le mas­sacre des Juifs de Croatie et de Hongrie, il s’évadera un an plus tard et continuera son «combat» antisémite, depuis l’Egypte et le Liban, jusqu’à sa mort, en 1974.

 

Terrorisme ou résistance des Palestiniens ?

 

Le terrorisme se définit comme l’«ensemble des actes de violence (attentats, prises d’otages, etc.) commis par une organisation pour créer un climat d’insécurité, exercer un chantage sur un gouvernement ou satisfaire une haine à l’égard d’une communauté, d’un pays, d’un système» 25. La résistance, quant à elle, désigne l’action d’une «personne qui s’oppose à une occupation ennemie» 26.

A première vue, les actions des groupes palestiniens tels que le Hamas, le Djihad islamique et les groupes issus du Fatah, semblent donc s’apparenter à de la résistance puisqu’elles sont dirigées, d’après leurs auteurs, contre l’occupation israélienne. Néanmoins, si l’on y regarde de plus près, force est d’admettre que ces actions doivent être qualifiées de terroristes, pour les raisons suivantes:

la majorité d’entre elles visent, intentionnellement, des civils;

leur but n’est pas uniquement de lutter contre l’occupation israélienne, mais bien de terrori­ser la population israélienne;

elles ne sont pas limitées au territoire considéré sous occupation, comme le seraient des actions de résistance, mais frappent également des villes qui ne sont pas, officiellement du moins, revendiquées par les Palestiniens (Jérusalem-ouest, Tel-Aviv, Haïfa, Sderot, Ashke­lon, etc.).

 

5. Les réfugiés


Les réfugiés palestiniens: quel droit au retour ?

 

Entre 1947 et 1949, un peu plus de 900 000 Arabes 27 ont fui la Palestine mandataire. S’il est incontestable qu’un certain nombre d’entre eux ont été expulsés par les Juifs, il est à souligner que la majorité a fui à l’appel des dirigeants arabes qui lançaient l’offensive contre Israël, en raison de leur refus d’une implantation juive en Palestine mandataire. En effet, «Benny Morris, historien de l’extrême gauche israélienne, qui enquêta sur des cas d’expulsions d’Arabes, conclut [...] que les leaders arabes encouragèrent leurs frères à partir. Le Comité National Arabe à Jérusalem, suivant, le 8 mars 1948, les instructions du Haut Comité Arabe, ordonna aux femmes et aux personnes âgées de différents quartiers de Jérusalem de quitter leur foyer. "Toute opposition à cet ordre [...] est un obstacle à la guerre sainte [...] et générera les opérations des combattants dans ces quartiers"» 28. De plus, toujours «selon [...] Benny Morris, dont les travaux sur le sujet font autorité, seule une petite minorité de villages arabes évacués au cours du printemps 1948 le fut sous la contrainte des forces juives du Yishouv [...]» 29, par suite d’une guerre ou de transferts politiques de territoires ou de populations, comme la réinstallation des minorités allemandes d’Europe orientale pendant et après la Seconde Guerre mondiale, la fuite des Palestiniens de ce qui est devenu Israël, ou le mouvement des juifs des pays arabes. » Le «droit au retour» de ces réfugiés prend sa source dans le droit international, notamment dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques 30, qui dispose que «nul ne peut être arbitrairement privé du droit rentrer dans son propre pays» (art. 12 al. 4). Cette disposition doit cependant être interprétée de manière restrictive puisqu’elle «s’applique aux personnes revendi­quant ce droit à titre individuel. Il ne s’agit aucunement ici des prétentions d’un grand nombre de personnes ayant été déplacées. 31 De plus, un quelconque retour des réfugiés palestiniens est tout simplement inacceptable pour Israël, pour les raisons suivantes: «[...] aux yeux des Israéliens, il y a une contradiction absolue entre le soutien à "deux Etats pour deux peuples" et la revendication du droit au retour. Si un nombre important de Palestiniens devait exercer le droit au retour, cela signifierait qu’en une génération, l’Etat d’Israël deviendrait un Etat bi-national, alors que l’Etat de Palestine resterait un Etat palestinien. [...] La plupart des Israéliens se sont faits à la question palestinienne sous son angle territorial. La plupart des Israéliens sont plus que prêts à voir se créer un Etat palestinien [...] La seule question où aucun compromis n’est possible, car il n’y a pas de place pour le compromis, est celle des réfugiés.» 32

 

Le statut de réfugié

 

La Convention des Nations Unies relative au statut des réfugiés, adoptée à Genève le 28 juillet 1951, définit le réfugié comme une personne «qui, par suite d’événements survenus avant le 1er janvier 1951 et craignant, avec raison, d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social, ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité, et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays; ou qui, si elle n’a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle à la suite de tels événements, ne peut ou, en raison de la dite crainte, ne veut y retourner» (art. 1er).

Cette définition devrait, en toute logique, s’appliquer aux réfugiés palestiniens puisque Israël a ratifié cette convention le 1er octobre 1954. Pourtant, cas unique au monde, les réfugiés pa­lestiniens bénéficient d’un statut particulier, qui déroge en partie à cette convention. En effet, «contrairement au statut de réfugié donné depuis 1945 par l’ONU aux autres populations dé­placées au cours de conflits dans le reste du monde, le statut de réfugiés palestiniens englobe non seulement l’ensemble des personnes qui résidaient en Palestine mandataire entre juin 1946 et mai 1948 et qui ont quitté leur région suite à la guerre israélo-arabe de 1948-1949, mais comprend également leurs descendants.» 34

Ils sont également les seuls réfugiés au monde à être pris en charge par un organisme spécia­lement créé à leur intention: l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfu­giés de Palestine dans le Proche-Orient (United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees, UNRWA) 35. En dérogation au droit applicable à l’ensemble des réfugiés, l’UNRWA définit les réfugiés palestiniens comme «les personnes dont le lieu normal de résidence était la Palestine, entre juin 1946 et mai 1948, [et] qui ont perdu aussi bien leur maison que leurs moyens de subsistance comme résultat du conflit israélo-arabe de 1948 [...] La définition de réfugié de l’UNRWA inclut également les descendants des personnes qui sont devenues des ré­fugiés en 1948. Le nombre de réfugiés de Palestine enregistrés est passé, en conséquence, de 914 000, en 1950, à plus de 4,4 millions en 2005, et continue d’augmenter à cause de la crois­sance naturelle de la population.» 36

D’après la Direction suisse du Développement et de la Coopération (DDC), «en 2006, l’UNRWA était la plus grande opération des Nations Unies au Moyen Orient, employant plus de 25 000 personnes presque toutes réfugiées elles-mêmes. La Suisse a apporté son concours à l’UN­RWA, en 2006, à concurrence de 16 millions de francs suisses.» 37

 

Les réfugiés juifs des pays arabes

 

Dans les années qui ont suivi la création de l’Etat d’Israël, environ 820 000 Juifs se sont vus
contraints de fuir les pays arabes, certains étant même expulsés de force. Contrairement aux Palestiniens, ces réfugiés juifs n’ont jamais bénéficié d’un statut particulier, ni de l’aide internationale.

Récemment, le Congrès américain a adopté une résolution reconnaissant le problème des ré­fugiés juifs et demandant que ce problème soit réglé, au même titre que celui des réfugiés palestiniens 38.

 

6. Sabra et Chatila: quelle responsabilité ?


Sabra et Chatila sont les noms de deux camps de réfugiés palestiniens se trouvant au Li­ban, aux alentours de Beyrouth. A la mi-septembre 1982, en pleine guerre du Liban, des membres des Phalanges (milices chrétiennes libanaises) pénètrent dans ces camps et, sous le prétexte de venger leur chef, Bechir Gemayel, qui venait d’être assassiné, tuent plus de 900 civils. Le slogan qualifiant Ariel Sharon, alors ministre israélien de la défense, de «boucher de Sabra et Chatila» est donc faux, puisque ce n’est pas Tsahal qui a perpétré ces massacres mais bien les phalangistes chrétiens. Néanmoins, étant donné que les camps se trouvaient dans une zone alors sous contrôle de l’armée israélienne, elle aurait dû intervenir et empêcher le massacre. C’est en tout cas l’avis de la Commission Kahane – commission israélienne nom­mée pour enquêter sur ces massacres 39 – qui conclut, le 9 février 1983, à la «responsabilité indirecte» 40 d’Ariel Sharon, «car il ne pouvait ignorer le risque qu’il prenait en faisant entrer les phalangistes dans les camps sans que Tsahal ait la possibilité de contrôler efficacement leurs faits et gestes» 41.

 

7. La critique d’Israël


La critique légitime d’Israël

 

Il arrive à Israël, comme à n’importe quel Etat au monde, de commettre des erreurs. Lorsque c’est le cas, la critique peut alors être admise, comme à l’égard de n’importe quel autre pays. Les Israéliens ne se gênent d’ailleurs pas pour critiquer leur Etat, que ce soit à propos de la politique extérieure (conflit avec les Palestiniens) ou de la politique intérieure (respect des minorités, par exemple).


Quand la critique d’Israël devient-elle antisémite ?

 

De manière générale, la critique d’Israël est inacceptable, et assimilable à de l’antisémitisme

lorsque d’autres Etats ne sont pas critiqués pour des faits similaires, voire plus graves ;

lorsque la critique d’Israël se concentre, non pas sur ses actions, mais sur son existence en tant qu’Etat des Juifs.

Plus spécifiquement, le Centre européen de surveillance du racisme et de la xénophobie (Euro­pean Monitoring Center on Racism and Xenophobia, EUMC) a établi une définition de travail de l’antisémitisme, dont une partie est consacrée à la critique d’Israël :

« [...] Des exemples de la manière dont l’antisémitisme se manifeste en rapport avec l’Etat d’Is­raël [...] pourraient inclure:

Le fait de nier au peuple juif son droit à l’autodétermination.

Le fait d’appliquer un double standard en réclamant [d’Israël] un comportement qui n’est exigé ou attendu d’aucune autre nation démocratique.

Le fait d’utiliser les symboles et images associées à l’antisémitisme classique (p.ex., l’affir­mation que les Juifs ont tué Jésus, ou les accusations de meurtre rituel) pour caractériser Israël ou les Israéliens.

Le fait d’établir des comparaisons entre la politique israélienne et celle des nazis.

Le fait de tenir les Juifs pour collectivement responsables des actions de l’Etat d’Israël. [...]» 42.

 

NOTES

CICAD 2008 sur http://www.upjf.org/actualitees-upjf/article-14300-116-2-petit-manuel-comprendre-proche-orient-cicad.html 

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