Pétition Enderlin : Les élites de la honte de la France

Publié le par Ofek

Les guillemets contre la République

 

Paul Claudel avait raison de dire : « Il y a des gens qui ne sont point persuasifs mais contagieux ». Si vous voulez vous en... persuader, le dernier baroud de déshonneur de quelques esprits plus lestés que nantis de leur carte de journaliste, vous offre cette gâterie dans la dernière livraison du Nouvel Observateur.

 

La Cour d’Appel, institution dûment accréditée par la République, a tranché : Philippe Karsenty n’a pas diffamé Charles Enderlin. Autrement dit, Philippe Karsenty avait le droit très républicain de mettre en cause les méthodes scabreuses dont l’envoyé d’Antenne 2 a fait usage pour attester un drame qui ne s’est pas produit, et une dérogation à l’éthique dont les conséquences ont été dramatiques et pour la vérité et pour des vies humaines. Il avait le droit de présenter des rapports d’experts autorisés pour démontrer que Charles Enderlin avait commis rien moins qu’une forfaiture.

 

Ah mais c’était sans compter sur l’esprit grégaire de gens de plume, lesquels peuvent à l’occasion faire usage de guillemets pour écrire « droit de critique » comme jadis les journaux de RFA écrivaient République « démocratique » allemande.

 

Ces émules de Voltaire pestant devant l’Affaire Calas, sont « inquiets » et trouvent « curieux » qu’une instance républicaine ait cru bon de relaxer un homme qu’elle ose considérer – encore un petit coup de guillemets – « de bonne foi », face à un de leurs confrères qui – bon sang ne saurait mentir – connaît lui « la réalité du terrain » et qui fait son métier « dans des conditions parfois difficiles ».

 

Et ces fiers à bras du droit de savoir se paient jusqu’au luxe de faire à nouveau usage de guillemets en écrivant « liberté d’expression » dès lors que ce droit est reconnu par la loi à un citoyen qui n’appartient pas à leur petit lobby de caviardeurs solidaires.

 

Mais ma parole, c’est à croire que Marianne, le Nouvel Observateur, Le Monde, et quelques autres dinosaures de la liberté d’informer ont décidé de recruter chez les jésuites !

 

Parce que si tous les citoyens ne sont pas égaux devant les instances juridiques de la République, il va falloir opérer quelques coupes sombres dans le Code pénal. Et si l’initiative du minable Karsenty devant la Cour d’appel, à l’encontre de l’immaculé Enderlin ressortissait à une « permission de diffamer » (ah ces guillemets !) et du « droit de libre critique » – mais seulement avec les guillemets – c’est avant le verdict qu’il fallait jouer les rosiers de madame Husson.

 

En s’asseyant sur un siècle d’une histoire, pour le moins accidentée, du journalisme, ces prédicateurs d’encrier entendent vous signifier, amis lecteurs, qu’aucun membre de leur fratrie n’a jamais dérogé à son serment d’Hippocrate. Ils vous le jurent, main sur « La face cachée du Monde » et quelques autres ouvrages édifiants récemment parus sur les mœurs en vigueur dans certaines salles de rédactions.

 

Mais suivons rigoureusement cette nouvelle escroquerie intellectuelle jusqu’au bout. Qui était ce plumitif nommé Zola qui ne connaissait rien à la chose militaire, pour s’en prendre avec tant d’effronterie à des patriotes galonnés du képi au revers du pantalon ? De quelle « permission de diffamer » se prévalait-il, lui qui « ignorait tout des réalités du terrain » ? Et à quel titre lui a-t-on reconnu cette liberté d’expression, qui ne connaissait pas encore les guillemets ?

 

Et le terme de bidonnage, – sans guillemets – a-t-il fait son entrée dans les galaxies de l’audio visuel et de la presse écrite en se trompant de porte ?

 

Aucun détenteur de carte de journaliste n’a-t-il jamais fait l’objet de poursuites judiciaires pour avoir, d’une façon ou d’une autre, exercé son métier en manquant à l’éthique de la profession, et parfois au détriment du droit de femmes et d’hommes lourdement flétris dans leur dignité ?

Et tant qu’on y est, de qui parlait le Président Mitterrand lors de son éloge funèbre de Pierre Bérégovoy, en affirmant qu’il avait été « livré aux chiens » ?

 

Notre digne confrérie prompte à définir les contours de la « liberté d’expression » a-t-elle réagi, lorsqu’il fut écrit que les Juifs étaient « à l’exception d’une admirable minorité, un peuple méprisant ayant satisfaction à humilier » ? Mais non ! Ils ont applaudi – cette fois – lorsque la Cour de Cassation a annulé la condamnation prononcée par la Cour d’appel de Versailles, des auteurs de cette horreur.

 

Le point commun avec la présente affaire ? L’interdiction consensuelle d’émettre la moindre réserve sur les forfaitures commises par ceux qui harponnent à tout crin la politique d’Israël.

 

(Reste que le gros problème de l’auteur de ces lignes est qu’il n’a aucun moyen de savoir s’il fait partie de « l’admirable minorité » ou du « peuple méprisant ». Avouez quand même qu’il y a de quoi stresser.)

 

Et lorsque l’on aperçoit dans la liste de ces pétitionnaires des noms qui suggèrent que les ancêtres de ceux qui les portent ont lourdement payé le prix du mensonge, on se rappelle cette admirable maxime de Chamfort : « Il n'y a que l'inutilité du premier déluge qui empêche D-ieu d'en envoyer un second. »

 

Schlomoh Brodowicz sur http://www.guysen.com/print.php?sid=7326

 

La pétition de la honte

 

Pour sauver le soldat Enderlin, il semble nécessaire maintenant de sortir la grosse artillerie, sous la forme d'une pétition en sa faveur, lancée par le Nouvel Observateur, quartier général de la résistance à l'émergence de la vérité dans l'affaire Al Doura.

 

Son initiateur, René Backmann, journaliste engagé depuis toujours dans une critique virulente et systématique de l'Etat d'Israël, avait déjà envisagé de mobiliser la corporation lors du premier procès contre Philippe Karsenty. Les défenseurs de France 2, confiants à l'époque dans la justice française n'avaient alors pas jugé utile de recourir à cette mobilisation, qui aurait eu l'inconvénient d'attirer l'attention du grand public sur une affaire dont on voulait qu'elle sorte au plus vite du champ visuel des Français. Circulez, il n'y a rien à voir, Enderlin a dit la vérité, toute la vérité et la justice condamne ceux qui mettent cela en doute !

 

La machine judiciaire, à la grande surprise des thuriféraires d'Enderlin, n'a pas joué le rôle qu'ils lui avaient assigné dans la pièce: elle s'est mise en tête d'aller voir de plus près ce qu'il en était, et de ne pas valider les yeux fermés le sophisme qui sert de fondement à la défense du correspondant de France 2 en Israël :

·      Je suis un journaliste expérimenté et respecté.

·      Je fais toute confiance au cameraman palestinien, Talal Abou Rahma.

·      Donc les faits rapportés par Talal Abou Rahma doivent être acceptés comme la vérité vraie.

 

La  Cour d'appel, sans se prononcer sur la véracité du reportage en cause, estime qu'il est légitime de se poser des questions et que les arguments des professionnels qui critiquent le comportement d'Enderlin et de France 2 méritent considération.

 

Abasourdis par cet arrêt, les partisans d'Enderlin réagissent d'abord par la bonne vieille tactique de l'étouffoir : alors que la victoire en première instance de France 2 avait été annoncée à grand bruit, sa défaite en appel le fut sur un mode aussi furtif que biaisé : à l'exception du Monde qui ose appeler un chat un chat et un procès perdu, par son nom, la "grande" presse française fait silence, ou, comme le JT de France 2, expédie la nouvelle en quelques secondes en soulignant le fait qu’Enderlin, selon les juges, à bien été diffamé. Un sondage effectué à l'issue de ce JT aurait, sans aucun doute, montré que la majorité des téléspectateurs étaient persuadés que France 2 avait eu gain de cause à la Cour d'appel.

 

Or, au fil des mois, et grâce à la publicité données aux "rushes", sur l'injonction de la juge Trébucq, les lignes bougent dans cette affaire, des certitudes se lézardent, des indifférences se réveillent : et s'il ne s'agissait pas, comme on voudrait le  faire croire, d'un avatar de la théorie du complot, d'une "meyssannerie" propagée par quelques excités proches de l'ultra-droite israélienne ? Le CRIF, jusque là en retrait, se range au côté de Philippe Karsenty par la voix de son nouveau président, Richard Prasquier.

Dans nombre de rédactions, dont celles de France 2, le doute s'empare de journalistes jusque là persuadés de la validité de la thèse enderlinienne, du meurtre de l'enfant par les tireurs de Tsahal. Des intellectuels, comme Pierre André Taguieff, rejoignent les rangs de ceux qui ne se contentent pas des arguments d'autorité, assenés par Enderlin et ses amis. A l'étranger, notamment aux Etats-Unis et en Israël, on s'étonne de l'omerta qui règne en France sur l'arrêt de la Cour, et un éditorial du Wall Street Journal stigmatise France 2 et l'ensemble des médias français complices de l'étouffement de l'affaire.

 

C'est le moment choisi par ceux qu'Elisabeth Lévy désigne sous le nom  de "parti des médias", pour lancer la contre-offensive : le ban et l'arrière-ban des journalistes-vedettes, primés Albert Londres, ou jouissant d'une réputation de baroudeurs de l'info, dont un puissant bataillon issu des rangs du Nouvel Observateur, se portent au secours de ce confrère malmené par la justice.

D'argumentation sur le fond de l'affaire, sur les points précis relevés par les accusateurs de France 2, il n'est pas question dans le texte de la pétition: il faut croire Enderlin parce qu'il est Enderlin, telle est l'attitude à laquelle nous convient ces maîtres à penser médiatiques.

 

Jamais les lecteurs du Nouvel Observateur, ni des autres médias où travaillent les signataires n'auront eu la moindre information sur les thèses développées par Philippe Karsenty lors de son procès en appel. Aucun site des grands journaux n'a mis en ligne les fameux "rushes" qui montrent les mises en scènes, organisées ce 30 septembre, au carrefour de Netzarim, à Gaza, ni les questions que l'on est amené à se poser lorsqu’on visionne la fameuse scène Al Doura père et fils (absence de sang sur les vêtements, mouvements du jeune Mohammed, coupés au montage, alors qu'il avait déjà été déclaré mort dans le commentaire, etc.).

 

Les signataires de la pétition pro-Enderlin, dans un réflexe corporatiste, pour les uns, d'amitié dévoyée pour un confrère toujours accueillant, pour les autres, ont, en fait, signé une page noire de l'histoire du journalisme français. Une page où l'on s'inquiète, non pas des entraves mises à l'information du public sur un sujet hautement controversé, mais des "atteintes à l'honneur et à la réputation des professionnels de l'information", par essence immunisés contre toutes les erreurs qu'il pourraient commettre dans l'exercice de leur métier.

 

Quand un notaire commet des indélicatesses, l'ensemble du notariat français se cotise pour indemniser les victimes de ce confrère déchu, dont le sort est laissé à l'appréciation de la justice. Voilà une profession honorable.

  

Luc Rosenzweig sur http://www.upjf.org/actualitees-upjf/article-14307-145-7-petition-honte-luc-rosenzceig.html

 

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