La France des barbares

Publié le par Ofek

« Bien sûr, il y a d’autres agressions, crimes, délits que ceux dont je vais parler ici. Bien sûr, il y a de multiples nouvelles brèves qui alimentent la rubrique « faits divers » dans les journaux. Néanmoins les affaires qu’on souligne et qui font la une sont souvent la face émergée d’un iceberg qui plonge bien plus profondément et qui a une toute autre ampleur. Trois affaires, d’une gravité inégale, se sont ajoutées les unes aux autres ces derniers jours.

 

1.      Le journaliste Mohamed Sifaoui, dont on connaît le courageux combat contre le danger islamiste, a subi violences et insultes en plein Paris voici quelques jours. L’auteur du délit d’agression a été identifié et sera poursuivi. « Je trouve tout simplement intolérable qu'un journaliste - ou qu'un citoyen quel qu'il soit - ne puisse pas circuler librement dans les rues de Paris. Pourquoi devrais-je regarder derrière moi ? Me méfier des gens ? Eviter certains quartiers ? Et m'empêcher de mener une vie normale et tranquille ? », remarque Sifaoui.

 

Avant de noter plus loin : « Si la France veut abdiquer devant ces salauds d'islamistes, c'est son problème, ce n'est plus le mien ». Dans le climat ambiant, de fait, la critique de l’islamisme peut vous valoir menaces et violences absolument intolérables.

 

Dois-je rappeler que c’est le rôle fondamental de la police et de la justice d’assurer la liberté de parole et toutes les autres formes de libertés fondamentales pour l’ensemble des citoyens d’un pays qui entend être un Etat de droit ? Dois-je dire que ce rôle fondamental ne me paraît pas rempli ?

 

Ce qui est arrivé à Mohamed Sifaoui, en France, pourrait arriver à d’autres gens qui partagent son combat. Je dois constater qu’Ayan Hirsi Ali a dû quitter l’Europe et partir aux Etats-Unis pour continuer à vivre libre. Et que d’autres femmes libres, telles Wafa Sultan ou Nonie Darwish demeurent aux Etats-Unis également et y jouissent de la possibilité de tenir des propos qui, s’ils étaient exprimés en France, leur vaudraient une mise en examen immédiate.

 

Il existe ainsi une situation très grave dans la France d’aujourd’hui, et cette situation se retrouve dans de nombreuses contrées d’Europe. La parole est menacée par une police de la pensée. N’est-il pas aberrant, par exemple, que Wafa Sultan, puisse en dire davantage sur la chaîne de TV qatarie Al Jazeera que sur n’importe quelle chaîne française ! Ceux qui parlent encore librement doivent le faire à leurs risques et périls. Leurs agresseurs savent qu’ils risquent relativement peu, ce qui ne peut que les inciter à commettre le pire. A ce sujet, des économistes, tels Gary Becker, ont expliqué depuis longtemps que les criminels ont davantage tendance à passer à l’acte lorsqu’ils savent que les avantages qu’ils peuvent retirer de leur crime sont supérieurs à ce que celui-ci peut leur coûter.

 

2.      L’homme qui avait menacé de mort Robert Redeker, suite à l’article critique de l’islam que celui-ci avait fait paraître dans le Figaro, a été arrêté et est traduit en justice. Le verdict est tombé, et constitue une illustration terrible de ce que je viens d’écrire. Redeker a dû vivre terré pendant dix huit mois. Il se méfie sans aucun doute toujours et continue de se cacher. Il a dû bénéficier d’une protection policière de chaque instant. Des enquêteurs ont dû se mobiliser. Son nom, en bonne partie à cause de l’auteur des menaces, a circulé sur quantité de sites islamistes et il pourra toujours se trouver un fanatique ou un dérangé mental pour se dire, s’il le croise, que c’est peut-être le moment de passer à l’acte.

 

Tout cela, je le répète, pour un seul article. Quatre ou cinq mille signes typographiques : plus de dix mille heures d’inquiétude, censées conduire celui qui a osé ne pas se prosterner devant l’ultime religion révélée à avoir tout le temps nécessaire pour regretter son audace.

 

Combien tout cela a-t-il coûté à son agresseur ? Six mois de prison avec sursis et 750 euros d’amende. L’homme est donc libre. Pour peu qu’il rencontre Redeker, il aura des raisons d’arborer un sourire narquois.

 

Il pourra en parler à d’autres, qui sait, car si c’est un autre qui agit, le coupable ne sera pas inquiété. Il pourra se dire que ce n’est pas cher payé. D’autres que lui se disent cela depuis plusieurs années. On a parlé de l’affaire Redeker, mais je connais nombre de gens qui, pour avoir osé critiquer l’islam ou défendu Israël, ont été eux aussi menacés. Certains ont porté plainte, d’autres ont renoncé, se disant que la plainte n’aboutirait pas ou se terminerait, dans le meilleur des cas, par une condamnation dérisoire et inutile.

 

Celui qui a menacé Redeker de l’assassiner l’a fait, semble-t-il, sans utiliser toutes les techniques de cryptage qui empêchent l’identification. Il n’était pas très intelligent. Il a commis des fautes d’orthographe. Mais il y a d’autres gens comme lui, plus sophistiqués, qui savent se rendre anonymes et s’expriment sans fautes d’orthographe. J’en ai connu un qui m’a poursuivi de ses assiduités, je n’ai connu que sa signature sur Internet : Docteur Loveless.

 

La France reste un pays très vivable… pour les semblables du docteur Loveless. On peut se défouler dans les cybercafés. On peut menacer de trancher des gorges et proférer des insultes antisémites : cela ne coûte que le prix d’une consommation dans un bar de banlieue. Si on se fait prendre, par malchance ou par sottise, on aura à payer bien moins cher que dans le cas d’une condamnation pour diffamation. Dans ces conditions, pourquoi se priver ?

 

Quand, voici quelques semaines, Redeker fut invité dans une émission de télévision de grande écoute, que croyez-vous qu’il arriva ? Ce fut lui qu’on sermonna ! C’est bien connu, allez, les fanatiques, les violents, les gens haineux sont très inoffensifs si on baisse la tête devant eux et qu’on rase les murs. Et c’est celui qui ne baisse pas la tête et ne rase pas les murs qui a tort. Avec ce genre de raisonnements, il y a vraisemblablement des gens, dans les années 1940, qui ont dû se dire que les Juifs avaient dû faire quelque chose de provoquant pour que ce monsieur Hitler leur en veuille à ce point.

 

3.      Cela me conduit à la troisième affaire, de loin la plus grave. Samedi soir, un jeune homme de confession juive a été agressé près du parc des Buttes Chaumont, à Paris encore. Dans les jours qui précédèrent, une bande se promenait, semble-t-il, dans le quartier, avec pour objectif explicite d’attaquer de jeunes Juifs. La bande a pu continuer à se promener, on le constate tristement, jusqu’au passage à l’acte.

 

Bilan : le jeune homme est à l’hôpital dans un état très grave : côtes cassées et fracture du crâne. Le pronostic vital est réservé. En termes clairs, cela s’appelle une tentative de meurtre avec préméditation, en bande organisée, pour motif raciste.

 

Le ministère de l’intérieur a fait état de sa « profonde émotion » ; il a réaffirmé sa « détermination » et a exprimé sa « solidarité ». Je doute que l’émotion et la solidarité verbales soient d’un grand secours pour la victime, pour sa famille, ses amis, et je doute aussi que la « détermination » ainsi affichée rassure en quoi que ce soit les autres victimes potentielles.

 

Les mots convenus ne suffisent pas, c’est une évidence pour ceux qui ne se contentent pas de creux regrets et de l’expression des ministres en charge. Il y a longtemps qu’ils ne suffisent plus.

 

J’aimerais penser que la société française est encore curable. Telle que je la vois aujourd’hui, je la vois extrêmement malade. Sur les sites de journaux respectables, où la nouvelle de l’agression a été publiée, divers commentaires laissés par des blogueurs montrent l’ampleur de l’épidémie. « Le jeune homme portait une kippa : s’il n’avait pas porté de kippa, il ne lui serait rien arrivé », dit l’un. Mais s’il ne portait pas de kippa, il s’en trouverait sans doute un autre pour dire qu’il était peut-être physiquement typé, et, qu’en ce cas, il n’avait qu’à pas se promener à la tombée de la nuit.

 

Nous n’en sommes pas là, me rétorquerons certains ? Nous n’en sommes pas loin. D’autres blogueurs suggèrent déjà que c’est un problème de « communautés », d’autres qu’il y a peut-être une histoire de drogue là dessous. Ceux qui veulent se mettre la tête dans le sable se rassurent comme ils peuvent, et nombre d’entre eux sont prêts à s’en laver les mains, pourvu qu’ils puissent vivre tranquilles.

 

Il ne pourra y avoir un redressement, s’il doit avoir lieu, que si la justice, la police et les media occupent à nouveau leurs places dans la société, ce qui n’est pas du tout le cas actuellement. Et si leur fonction et leur responsabilité, qui est de protéger la liberté de tous afin qu’elle coïncide avec la liberté de chacun, ne peut être remplie, nous allons continuer à glisser lentement, mais sûrement, vers une décomposition qui pourrait finir par prendre les allures d’une barbarie de moins en moins latente.

 

Quand des truands incendient des dizaines de véhicules de voisins innocents, sans même qu’il y ait eu la moindre bévue de la part de représentants de l’Autorité, ces trois institutions dissimulent les noms des coupables, souvent à consonance maghrébine, et  ne parlent que de « jeunes ». C’est une mesure préventive de sécurité ; elle est destinée à ne pas jeter l’opprobre sur une communauté française toute entière et à éviter la propagation de la xénophobie, du racisme. Ces mesures, qu’on adopte au prix de la privation du droit du public d’être informé, ont pour but de désamorcer les tensions communautaires et de préserver l’ordre public. Cela procède d’une logique privative mais dont on peut comprendre les intentions.

 

Quand il s’agit d’Israël et des Juifs, cependant, on ne prend aucune précaution, on jette même de l’huile sur le feu et ensuite on s’étonne, on regrette et on exprime sa sympathie. Dans le Nouvel Observateur, 300 journalistes français ont réitéré, huit ans après les faits, l’accusation d’infanticide proférée par Charles Enderlin à l’encontre des défenseurs et de la nation d’Israël, en dépit du fait que les preuves de la mise en scène de cet assassinat remplissent déjà tout un container. Ce sont les mêmes qui disent « jeunes », quand des criminels défient l’Etat de droit, s’attaquent à la propriété personnelle, aux biens publics, aux pompiers et aux gendarmes.

 

Ils bafouent deux fois leur engagement éthique de journalistes : la première, pour protéger l’ordre public, la seconde, pour stigmatiser, en répétant l’affirmation sulfureuse du meurtre rituel d’un enfant arabe par des Juifs, les originaires d’une nation et ses dignes descendants français, alors que ce sont eux dont l’existence est actuellement le plus en danger. »

 

Titre original : « Une barbarie de moins en moins latente » de Guy Millière sur Metula News Agency

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