Le cas d’école « Ingrid Betancourt » : Modèle d’une politique étrangère française vendue au plus offrant et de ses médias, vecteurs de propagande

Publié le par Ofek

Le clan Betancourt, intox humanitaire ?

 

Le moment est venu de mettre les choses au point. Nous avons publié des informations sur les Farc – informations jusqu’à hier introuvables dans les médias francophones - les 11, 12, 14 et 22 janvier. Le 28 février. Les 3, 7, 8, 9, 10 et 28 avril. Le 28 mai. Les 5, 9, 13 et 17 juin.

Dans ce cadre - soit pendant six mois - certains nous ont traités de divers noms d’oiseaux. Mais depuis hier soir et ce matin nous lisons dans la presse francophone - y compris dans la presse francophone de gauche - ce que nous écrivons depuis six mois.

Faut-il alors - dans un esprit de justice - traiter à leur tour de divers noms d’oiseaux ceux de mes confrères qui - depuis 24 heures - écrivent ce que nous écrivons depuis six mois ?

 

Mais revenons d’abord sur quelques points et tirons ensuite quelques conclusions.   

J’écris depuis le début que les Farc ne sont pas des guérilleros marxistes. J’écris depuis le début que les Farc sont des narcoterroristes.

Or voici qu’hier 3 juillet au soir Axel Gyldèn sur L’Express.fr nous « révèle » - lui - « le vrai visage des Farc ». Le vrai visage des Farc que la communauté de sites et de blogues à laquelle j’appartiens révèle depuis le début. Hier soir Axel Gyldèn se décide enfin à souligner - je cite - « l'intérêt (du livre) ‘Farc, une guérilla sans fins ?’ dont l'auteur ­Daniel Pécaut directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales est tout simplement le meilleur connaisseur français du sujet. Qu'aucun ministre des Affaires étrangères ni aucun président français n'ait jamais eu l'idée de consulter cet expert (...) laisse d'ailleurs pantois », poursuit Axel Gyldèn (ndlr : Gyldèn aurait pu écrire cela dès avant la publication du livre).

 

« Ce petit livre clair et concis qui (...) décortique le mode de fonctionnement de cette narcoguérilla marxiste. (...) Particulièrement intéressantes sont les lignes consacrées à la  ‘politique de la cruauté’ et à la ‘stratégie de l'immobilisme’ des Farc. Une organisation qui n'a jamais sérieusement envisagé quand des négociations de paix étaient engagées de déposer les armes.

Un livre à conseiller à tous ceux - et ils sont nombreux en France - qui prétendent expliquer au gouvernement de Bogota comment il convient de négocier avec la guérilla », écrit encore Axel Gyldèn. Oui Monsieur Gyldèn. C’est ce que nous écrivons depuis six mois Monsieur Gyldèn.

 

Toujours dans le registre des révélations tardives je lis hier sous la plume de Marie Delcas dans le quotidien de gauche Le Monde que « Alvaro Uribe triomphe également contre tous les intermédiaires qui se sont essayés à la médiation avec les FARC et notamment la France qui depuis six ans n'a pas ménagé ses efforts – et probablement ses promesses – pour parvenir à la libération d'Ingrid Betancourt et n'a jamais rien obtenu de ces guérilleros intransigeants ». Notez. Le Monde écrit pour la première fois le 3 juillet ce que nous écrivons tous depuis le début.

Sophie Louet et Pascal Liétout sur Reuters hier 3 juillet à 19:37 écrivent qu’Ingrid Betancourt a retrouvé « sa famille dont ses enfants Mélanie et Lorenzo (ndlr : ainsi que Bernard Kouchner) à l'aéroport de Bogota peu après l'atterrissage de l'appareil de la République française (ndlr Airbus affrété par l’Elysée aux frais du contribuable français malgré 1.200 milliards de dettes et 50 milliards de déficit). Elle est montée sans attendre dans l'avion pour embrasser les siens qui luttaient pour sa libération depuis février 2002 date de son enlèvement (...)

La famille d'Ingrid Betancourt avait à plusieurs reprises vivement critiqué la stratégie de fermeté du président Uribe qui s'avère finalement payante », précisent Sophie Louet et Pascal Liétout sur Reuters.

Et en ce 4 juillet voilà Ségolène Royal déclarant que Nicolas Sarkozy n'est absolument pour rien dans la libération d'Ingrid Betancourt et que c'est une opération colombienne rondement menée qui prouve que les négociations avec les Farc étaient inutiles et n'avaient débouché sur rien. C’est Ségolène Royale qui le dit.

Et elle ajoute : « Voilà : ni polémique ni récupération politique qui serait totalement décalée parce qu'en l'occurrence Nicolas Sarkozy n'a été absolument pour rien dans cette libération ».

 

J’ai écrit que le moment est venu de mettre les choses au point et de tirer quelques conclusions.

 

Je reste convaincu que le clan Betancourt s’est prêté et se prête encore à une intox humanitaire montée de toute pièce par le Vénézuéla et la France. Les propos de la mère ainsi que de la fille d’Ingrid Betancourt - propos tenus hier soir à Bogota - en ont définitivement fourni la preuve.

La fille a condamné les opérations militaires colombiennes. La mère a dénoncé la haine et la violence du président colombien.

La fille et la mère d’Ingrid Betancourt continuent donc - avec quelle ingratitude ! - de privilégier la méthode humanitaire inefficace à la méthode militaire efficace. La Colombie libère Ingrid Betancourt sans tirer une seule balle et sans verser une seule goutte de sang.

Mais Mélanie fille d’Ingrid Betancourt condamne les opérations militaires, récitant sa phrase comme une enfant à qui l’on a appris à réciter par coeur le catéchisme anti-colombien. Et Yolanda Pulecio mère d’Ingrid Betancourt dénonce la haine et la violence du président colombien Uribe après que le président colombien Uribe lui est restitué sa fille Ingrid sans verser de sang et sans tirer de balles.

 

Ingrid Betancourt est reconnaissante envers Dieu, envers le Président colombien et Envers l’Armée colombienne. Elle l’a dit.

En revanche le clan Betancourt-Lecompte-Pulecio - y compris l’ex-mari d’Ingrid, père de Mélanie et Lorenzo, Juan-Carlos Lecompte - ainsi que la mère d’Ingrid, Yolanda Pulecio ont choisi et choisissent encore de se prêter à une intox humanitaire montée de toute pièce par le Vénézuéla et la France à des fins purement politiciennes.

Les Farc - forcément - le savent. Elles en profiteront pour relancer - avec le clown de Caracas et quelques sommités parisiennes - le cycle des négociations bidons au prétexte de la cause dite humanitaire.

Le Carnaval médiatico-humanitaire n’est pas terminé. Les Colombiens apprécieront.

   

Miguel Garroté  sur http://monde-info.blogspot.com/

 

Annexes :

 

1. Ingrid Betancourt a annoncé que le pape Benoît XVI la recevra la semaine prochaine au Vatican. « Je n'ai pas encore de date fixée mais le Vatican a confirmé ma rencontre avec le souverain Pontife. C'est un rendez-vous que l'on ne peut pas manquer ». A cette occasion, elle a estimé que sa libération est un miracle de la Vierge. Le premier geste public d’Ingrid Betancourt à sa descente d’avion, a été de se signer et de s’agenouiller longuement sur le tarmac de l’aéroport pour remercier le Seigneur de sa libération. « Merci à Dieu et à la Vierge. Oui, ce moment dont j’ai tant rêvé, j’en rends grâces d’abord à Dieu et à la Très Sainte Vierge, que j’ai vraiment beaucoup priée pour ma libération. J’en rends grâces ensuite à vous tous, ici présents, parce que vous avez si longtemps prié pour moi et les autres prisonniers, comme je priais moi-même ce matin pour qu’une libération au moins soit possible aujourd’hui ».

 

2. Lu dans Libération : [Nicolas Sarkozy] n’était en réalité pas dans la confidence.

Le président Alvaro Uribe, avec qui les relations étaient un temps devenues exécrables, l’a tout juste appelé mercredi soir [...] Depuis l’échec de l’envoi d’un avion médicalisé pour rapatrier Ingrid Betancourt en avril 2008, la France, qui avait un temps joué la carte des Farc via le président vénézuélien Hugo Chavez, se contentait de maintenir la pression sur le gouvernement colombien pour éviter une opération militaire qui mettrait en danger la vie des otages. [...]

Nicolas Sarkozy se trouvait dans le XVIe arrondissement de Paris, chez son épouse Carla Bruni, lorsqu’il a appris mercredi vers 21 heures la nouvelle de la libération d’Ingrid Betancourt. Retour à l’Elysée en catastrophe pour monter une opération de communication de crise.

Derrière la joie affichée transparaît un certain embarras des autorités françaises, qui depuis des mois avaient au contraire privilégié la négociation. Et notamment une médiation du président vénézuélien Hugo Chavez qui a l’oreille des Farc. Ce fut un échec [...].

Le Français insistait sur une négociation, estimant qu’une opération militaire ne pouvait que mettre en péril la vie de l’otage. Le Colombien restait décidé à écraser les Farc, même s’il accepta en juin 2007, à la demande de Paris, de libérer Rodrigo Granda, « le ministre des affaires étrangères » de la guérilla.

Peu après, Hugo Chavez entra en lice à la demande de la France. Son territoire servait de base arrière aux Farc et il avait donc les moyens de s’en faire entendre. Paris veut tenter toutes les pistes.

En novembre l’homme fort de Caracas est reçu à l’Elysée et, quelques jours plus tard, arrive enfin la « preuve de vie » demandée, une vidéo, la première depuis 2003.

Le 5 décembre le président français s’adresse dans un message télévisé au vieux chef historique des Farc, mort depuis d’une crise cardiaque, qu’il gratifie d’un « Monsieur Marulanda ».

Paris se dit prêt à accueillir des anciens des Farc qui renonceraient à la violence. Mais cette reconnaissance voire cette légitimation politique d’une guérilla considérée comme une organisation terroriste par Washington comme par l’UE, ulcéra Bogotá. « Les autorités colombiennes comme une bonne partie de l’opinion étaient choquées de voir leur pays traité comme un Etat en déliquescence », expliquait sur France Inter Daniel Pécaut, spécialiste de la Colombie.

Dès lors les relations se tendent encore plus entre Bogotá et Paris d’autant qu’en même temps le conflit latent entre Uribe et Hugo Chavez s’envenime autour de la question des otages.

Un nouvel appel télévisé est lancé début avril par Nicolas Sarkozy à Manuel Marulanda. Une mission humanitaire est envoyée pour porter secours à l’otage que l’on croit mourante, mais les Farc restent intransigeantes. Tout semble bloqué.

Puis il y eut le fait accompli de l’opération de mercredi soir sans qu’un seul coup de feu ne soit tiré.

 

Qui ne se réjouirait de la libération d'une femme, captive de cruels guérilléros dans la jungle colombienne depuis plus de six ans, et de ses retrouvailles avec des enfants au tempérament remarquable, qui ont courageusement combattu pour leur mère, des années durant.

 

Cependant, le battage médiatique que cette libération a provoqué en France est tout à fait démesuré.

Il faut tout de même rappeler qu'Ingrid Betancourt, personnalité politique très peu connue à l'époque en Colombie, avait transgressé les instructions très pressantes et répétées du gouvernement et de l'armée de son pays en se rendant jusqu'à Paujil, où les FARC l'ont capturée. Cette conduite aventureuse avait des motifs politiciens : soutenir un maire appartenant à son minuscule parti écologiste, et se positionner, dans la perspective de la future élection présidentielle.

On ne peut pas dire qu'Ingrid Betancourt soit le symbole d'une cause noble, mais celui d'une cause humanitaire. Par contre, ses bourreaux sont une des incarnations du terrorisme contemporain, un mélange de communisme, d'antiaméricanisme et de mafia.

 

Ce que la presse a presque tu, c'est que la libération de la célèbre captive est le résultat de la victoire d'une stratégie gagnante, la stratégie américano-israélienne sur une stratégie visiblement perdante, celle de Sarkozy-Chavez.

 

La stratégie de ces derniers consistait à faire peser toute la pression sur le président colombien Uribe, à le pousser à une négociation et à des concessions, mortelles pour la Colombie, au bénéfice de ses sauvages ennemis, et accessoirement à l'accuser d'un échec éventuel, ou de la mort de l'otage.

La stratégie américano-israélienne a consisté à renforcer les capacités militaires de la Colombie, à la doter des moyens logistiques et de renseignement, nécessaires à une guerre victorieuse de contre-guérilla et à la conduite d'opérations sophistiquées.

 

Ce sont les coups portés aux FARC qui ont désorganisé ses structures et ouvert la voie à une remarquable opération d'intoxication et à une libération "à l'israélienne", à laquelle Américains et Israéliens ont activement collaboré.

 

La stratégie de Sarkozy était d'autant plus déficiente qu'elle s'appuyait largement sur Hugo Chavez, un des dirigeants les plus toxiques au pouvoir en Amérique Latine depuis l'effacement de Fidel Castro.

Hugo Chavez a partie liée avec les FARC, et il est désireux, comme tout dictateur, de déstabiliser ses voisins indépendants.

Chavez a aussi partie liée avec l'iranien Mahmoud Ahmadinejad, dont il est le point d'ancrage en Amérique Latine. C'est dire qu'il est pleinement engagé dans un combat anti-occidental tous azimuts, accessoirement antisémite.

Il vient de prendre la tête d'un mouvement de pays sud-américains contre la directive européenne adoptée par le Parlement de Strasbourg pour réguler l'immigration en Europe, menaçant cette dernière de déclencher un boycott pétrolier.

Hugo Chavez se voit comme le grand leader d'une croisade anti-occidentale des damnés de la terre.

 

La volonté de Nicolas Sarkozy d'évoquer le nom de Chavez dans son allocution signale une volonté de consensus, qui confine à la faute politique et morale.

 

Nicolas Sarkozy a eu le mérite - mais pouvait-il faire autrement - de mentionner la captivité de Guilad Shalit, le soldat israélien de nationalité française, capturé par le Hamas sur le territoire israélien, il y a deux ans.

 

Dans l'enivrement médiatique interminable louant la libération de l'autre binationale, Ingrid Betancourt, la place consentie à Guilad Shalit s'est située entre epsilon et zéro.

La faute en revient essentiellement aux préjugés anti-israéliens enracinés dans le personnel politique français, comme dans celui de l'intelligentsia et des médias, par quatre décennies de militantisme antisioniste national depuis de Gaulle jusqu’à Jacques Chirac.

La faute en revient aussi à l'attitude, particulièrement effacée, de ceux qui soutiennent, en France, le combat d'Israël pour survivre et le combat contre le terrorisme.

 

Après la libération d'Ingrid Betancourt, la Franco-colombienne, à qui l'on a consacré autant d'espace médiatique, de ressources financières et d'engagement politique des plus hautes autorités du pays, il est temps de penser à l'autre Français qui est entre les griffes des fanatiques les plus cruels de la planète, Guilad Shalit.

 

Il est temps que l'État s'engage réellement, non pour le libérer, mais pour lui donner le soutien politique et idéologique ainsi que l'assise institutionnelle qu'il mérite, face à ses féroces geôliers.

 

Il est temps de donner à la cause de sa libération toute la place qui lui revient dans l'opinion, car nos médias, souvent financés sur fonds publics, ne doivent pas fonder leur devoir d'information sur des préjugés éculés.

 

Il est temps de créer des comités locaux de soutien et de promouvoir une information sur ce jeune homme, sur sa famille héroïque, sur l'absurdité de sa détention par un groupe sans pitié, dont les valeurs sont aux antipodes de ce qui fait la France.

 

Jean-Pierre Bensimon sur http://www.objectif-info.com/index.php?id=1003

Lire également : Les leçons de la libération d'Ingrid Betancourt

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