La France et l’Intifada II

Publié le par Ofek

Cyrano - Guysen Israël News
 
 
Le Centre Begin-Sadate d’études stratégiques (BESA) de l’université Bar-Ilan vient de publier une étude de Tsilla Hershco sur le rôle de la diplomatie française au Proche-Orient lors de l’Intifada II.
La France a-t-elle alors joué un rôle constructif ou a-t-elle au contraire « jeté de l’huile sur le feu » ?
A-t-elle réévalué sa politique en fonction des évènements graves survenus de 2000 à 2005 ?
Telles sont les questions auxquelles répond cette historienne.
 
Détentrice d’un doctorat de l’université Bar Ilan, Tsilla Hershco, est chercheuse au BESA. Pour ses recherches, elle est l’invitée du Centre d’études des relations internationales (CERI) à Paris. GIN a publié la critique de son livre « Entre Paris et Jérusalem. La France, le sionisme et la création de l’Etat d’Israël » (1), consacré aux relations entre la France et le Yichouv devenu en 1948 l’Etat d’Israël.
 
Une situation complexe
 
Aujourd’hui Tsilla Hershco s’attaque à une actualité récente qui correspond à l’Intifada II. Elle a consacré à ce sujet deux années, travaillant sur les archives du ministère des affaires étrangères d’Israël et du Quai d’Orsay. Son analyse repose aussi sur des entretiens avec des personnalités israéliennes et françaises de premier plan, ambassadeurs et autres hauts fonctionnaires. Ce travail de bénédictin est consigné dans un mémoire en hébreu de 80 pages publié par le BESA en juillet 2006 (2) et en cours de traduction en français.
 
Voici, non une critique de cette étude, mais un résumé d’une interview de la chercheuse et de la lecture du synopsis dense de cette publication. Notre article ne donne qu’un aperçu d’une analyse méticuleuse et, me semble-t-il, impartiale. Impartialité méritoire si l’on songe à l’horreur suscitée par les violences contre les civils israéliens au cours de ces années terribles.
 
Les événements-clés
 
Rappelons les événements qui ont ponctué ces cinq années :
 
- fin septembre 2000 : Ariel Sharon se rend à l’esplanade des mosquées (mont du Temple) avec l’autorisation du WAFQ, organe palestinien qui gère les biens religieux musulmans.
Les Palestiniens déclenchent « l’Intifada II prévue à l’avance » selon Imad al-Faluji, ministre des Communications de l'Autorité palestinienne ;
 
- 21-27 janvier 2001 : échec de la conférence à Taba (Egypte) malgré la médiation du président américain Bill Clinton ;
 
- février 2001 : élection d’Ariel Sharon au poste de Premier ministre ;
 
- 11 septembre 2001 : attentats terroristes d’Al-Qaïda contre les Etats-Unis, notamment par la destruction des Twin Towers (Tours jumelles) de New York ;
 
- janvier 2002 : arraisonnement par la marine israélienne du bateau Karine A contenant des armes de provenance iranienne, démontrant la complicité des autorités palestiniennes avec les organisations terroristes mondiales, notamment iraniennes ;
 
- mars 2003 : invasion de l’Irak par des forces anglo-américaines ;
 
- novembre 2004 : mort de Yasser Arafat ;
 
- février 2005 : assassinat de Rafiq Hariri, suivi de l’évacuation du Liban par les troupes syriennes ;
 
- été 2005 : visite d’Ariel Sharon à Paris et désengagement de la bande de Gaza.
 
Des comportements ambigus
 
La période analysée par Tsilla Hershco (septembre 2000-septembre 2005) a vu une succession d’événements majeurs au Proche-Orient et dans le monde.
Elle a été marquée par les comportements ambigus des principaux protagonistes du conflit :
 
- le double jeu de Yasser Arafat, chef de l’Autorité palestinienne, condamnant en anglais les attentats-suicide et accordant des indemnités aux familles des «martyrs» ;
 
- la politique d’Ariel Sharon faite de répliques sévères contre l’Autorité palestinienne et les mouvements terroristes. Contre toute attente, ce « faucon » a réalisé en juillet-août 2005 le désengagement de la bande de Gaza ;
 
- enfin, dernier paradoxe, le soutien indéfectible du Président de la République Jacques Chirac à Yasser Arafat tandis que les autorités françaises affichaient leur volonté de renouer le dialogue franco-israélien et d’améliorer les relations entre les deux pays.
 
« Une conception politique » française inchangée
 
Les observateurs ont bien du mal à décrypter cette situation complexe et qui comporte encore des zones d’ombre : que s’est-il passé à Taba en 2001 pour expliquer le refus opposé par Yasser Arafat, chef de l’Autorité palestinienne, aux propositions généreuses du Premier ministre Ehoud Barak ? Ce refus a-t-il été encouragé par le Président Jacques Chirac ?
 
Tsilla Hershco a réussi à démêler un écheveau où s’entrecroisent des événements dont elle décrit les conséquences, réelles ou apparentes. Curieusement, certains faits n’ont pas modifié la position de la France vis-à-vis des dirigeants palestiniens.
 
Ces événements, dont certains sont considérés par Tsilla Herschco comme des événements- clés, ont donné lieu à des interprétations divergentes, notamment en ce qui concerne l’attaque du 11 septembre 2001 que certains observateurs considèrent comme le début de la Troisième Guerre mondiale.
Le terrorisme au Proche-Orient est-il l’expression locale du terrorisme international islamique ou, au contraire, un élément d’un conflit purement local ?
 
La position de la France a toujours été de dissocier le conflit israélo-palestinien du terrorisme islamique.
Enfin, la France a fermé les yeux sur la duplicité et le double langage de Yasser Arafat en le soutenant jusqu’au bout malgré les preuves de ses liens avec les organisations terroristes.
 
Ainsi, selon Tsilla Hershco, « la diplomatie française s’attache de manière obsessionnelle à sa conception politique de base et ce, malgré la nouvelle réalité et les développements importants qui exigeraient un réexamen de sa politique».
 
« L’attitude partiale » de la diplomatie française
 
Pour Tsilla Hershco, la France n’a pas joué de rôle constructif lors de l’Intifada II :
« Loin de rapprocher les parties concernées et de calmer la situation, la diplomatie française a plutôt encouragé les Palestiniens à poursuivre leurs attentats contre les civils en Israël ...
Ainsi l’attitude partiale de la France jusqu’à la mort d’Arafat en novembre 2004 a eu des résultats contraires à ses objectifs officiellement déclarés (la création d’un Etat palestinien aux cotés de l’Etat d’Israël).
Cette attitude a contribué à la dégradation du conflit qui, à son tour, a affaibli l’Autorité palestinienne et éloigné la création d’un Etat Palestinien, solution au conflit envisagée, désirée par la France et approuvée par Israël ».
 
On comprend que cette attitude partiale ait conduit l’Etat d’Israël à ne plus compter sur une médiation française équitable et de ce fait les Palestiniens eux-mêmes ont de moins en moins cherché à s’appuyer sur la diplomatie française.
Le retour de la France sur la scène internationale s’effectuera à l’occasion de la deuxième guerre du Liban avec les démarches françaises ayant abouti au cessez-le-feu du 14 août 2006 et au renforcement de la FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban).
Ces derniers développements font l’objet des recherches actuelles de l’historienne.
 
Une analyse «en temps réel»
 
Tsilla Hershco est convaincue qu’un dialogue constructif devrait améliorer les relations bilatérales entre la France et l’Etat d’Israël.
Son travail pourrait être considéré comme une réponse au scepticisme de l’écrivain Milan Kundera pour lequel la « vérité historique », repose bien souvent sur des témoignages fragilisés par les défaillances de la mémoire (3) : « Derrière la mince lisière de l’incontestable, un espace infini s’étend, celui de l’approximatif, de l’inventé, du déformé, du simplifié, de l’exagéré, du mal compris ».
 
A l’inverse des historiens d’un passé plus ou moins lointain, ceux de l’actualité comme Tsilla Hershco sont à l’abri de telles critiques.
Sur un sujet aussi brûlant, le risque est d’une autre nature : c’est celui de transformer une étude rigoureuse en un plaidoyer passionnel.
Ce piège a été parfaitement déjoué par l’auteur.
 
Sources :
 
1- Tsilla Hershco, Entre Paris et Jérusalem. La France, le sionisme et la création de l’Etat d’Israël, (traduit de l’hébreu par Claire Darmon). Préface de Shimon Pérès. Editions Honoré Champion, Paris, 2003. 296 pages. ISBN 2745306782

2- Tsilla Hershco. French Policy Regarding the Israeli-Palestinian Conflict during the Second Intifada, 2000-2005 (Hébreu). Mideast Security and Policy Studies, n° 68, July 2006

3- Milan Kundera, Le Rideau. Ed. Gallimard, Paris, 2005. ISBN : 2070341372
« Entre Paris et Jérusalem » de Tsilla Hershco / The Begin-Sadat (BESA) Center for Strategic Studies
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