Non, tout ne va pas mal en Irak

Publié le par Ofek

Guy Millière- Les4verites.com
 
Les analyses les plus lucides de la situation en Irak n’existent pas en langue française. C’est regrettable, mais logique. On pense en France que tout était mieux sous Saddam, que celui-ci n’était pas dangereux, qu’il aurait mieux valu le laisser en place et continuer à signer des contrats avec lui.
On continue à dire que c’est un « échec » américain. Si on ne parle plus des terroristes qui assassinent des femmes et des enfants en les qualifiant de « résistants », on utilise le mot « insurgé », mais toujours sans préciser contre quoi : les élections au suffrage universel ? l’économie de marché ? la liberté de la presse ?
Si on devait préciser, c’est vrai qu’il deviendrait difficile de trouver les « insurgés » sympathiques, on pourrait même penser que ce sont des barbares qui assassinent des innocents.
On pourrait même en venir à parler de ce qui va bien en Irak. Imaginez !
Ce n’est pas un journaliste d’un grand média français qui ferait une chose aussi horrible.
 
Il reste donc la langue anglaise. On trouve facilement sur Internet des centaines de blogs d’Irakiens qui, depuis la chute du dictateur, veulent s’ouvrir au reste du monde et expliquer ce qui se passe chez eux.
Exemple : Iraq-the-model (iraqthemodel.blogspot.com/), rédigé par deux frères résidant à Bagdad, Omar et Mohammed. Outre des nouvelles d’une grande liberté de ton, on y trouve des analyses pénétrantes mettant en perspective la guerre et ses enjeux pour l’ensemble du Proche-Orient, mais aussi pour le monde occidental tout entier.
Les réponses faites aux textes publiés sont, souvent, aussi intéressantes que les textes eux-mêmes.
Omar et Mohammed rappellent, dans leurs dernières productions, que ceux qui sèment la violence viennent pour l’essentiel de l’extérieur du pays, que le dialogue avec les dictateurs est inutile, que ce que nombre de gens détestent en l’Amérique au Proche-Orient, c’est qu’elle est une démocratie.
 
« Il existe rarement une hostilité à la Chine et à la Russie dans la région car ni l’un ni l’autre pays n’a un système politique qui menace le mode de gouvernement totalitaire qui prévaut dans le monde arabe ».
 
Un texte daté du 27 octobre particulièrement lucide :
« Le résultat de la guerre en Irak ne concerne pas l’Irak seulement. La victoire signifiera la destruction des réseaux de terreur et d’extrémisme que nos ennemis essaient d’établir. L’échec équivaudrait à les laisser mettre en place une gigantesque pieuvre faite d’organisations terroristes et de régimes adeptes du terrorisme qui irait de l’Afghanistan à l’Est à la Libye à l’Ouest, de l’Irak au Nord au Soudan et à la Somalie au Sud…
Au lieu de créer des îles de démocratie et de liberté de les relier entre elles et de changer le monde pour le meilleur sur cette base, nos ennemis submergeraient ces îles et les ajouteraient à leur entité meurtrière et proliférante…
il importe que les preneurs de décision prennent de la hauteur et comprennent qu’il s’agit de protéger le monde de vicieux ennemis de la civilisation…
Nous sommes au milieu du gué et perdre n’est pas une option ».
Je ne saurais mieux dire.
 
Outre les blogs, je recommande le dernier livre de Fouad Ajami, « The Foreigners Gift », qui connaît bien le pays. Il est shiite et l’arabe est sa langue maternelle. Il a séjourné six fois en Irak depuis la chute de Saddam. Il y a rencontré des gens de toutes conditions. Il connaît l’histoire du pays en toute sa complexité. Il explique pourquoi la guerre était nécessaire, pourquoi la mission est noble, pourquoi il est nécessaire de mener le combat pour la liberté dans le monde arabe. Il envisage le succès, mais aussi l’échec, ajoutant que même en cas d’échec provisoire, quelque chose de très important aura été accompli et enclenché.
 
Je terminerai en incitant à lire les articles d’Amir Taheri (http://www.benadorassociates.com/taheri.php).
Je cite encore :
« La vérité est que la Coalition a atteint tous ses objectifs. Elle a renversé le régime de Saddam, brisé sa machinerie de guerre et de répression et l’a traduit en justice.
Elle a aidé le peuple irakien à rédiger sa constitution et lui a permis de voter librement pour la première fois…
L’Irak est un champ de bataille entre la liberté et les djihadistes. Les djihadistes savent qu’ils ne peuvent gagner. Mais ils espèrent démoraliser l’Occident.
La Coalition ne pourrait rompre son contrat moral avec les Irakiens sans conséquences lourdes ».

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