Vayétsé : Une demeure de pierre

Publié le par Ofek

D’après les enseignements du Rabbi de Loubavitch
 
Le voyage de Yaakov à ‘Haran représente aussi l’histoire de la descente de chaque âme sur terre.
L’âme quitte elle aussi une idylle spirituelle, une existence baignée dans la conscience et la connaissance divine, pour se battre au service de Lavan, dans un environnement étranger. Car le monde ici-bas accentue la matérialité et voile le divin, brouillant les priorités de l’âme et menaçant constamment sa vertu.
 
Mais chaque âme a le pouvoir, étant un enfant de Yaakov, de faire de cette descente le but d’une remontée : d’émerger du ‘Haran du monde matériel avec une intégrité intacte et une mémoire indemne.
En fait, non seulement revient-elle avec ses forces spirituelles galvanisées par les défis, mais aussi enrichie, ayant appris à exploiter les forces et les ressources de la matérialité du monde, pour élargir l’horizon de son dessein spirituel.
De façon plus significative, dans son état spirituel, l’âme est parfaite, mais sans enfant. Ce n’est que dans un être physique, dans un monde matériel qu’elle peut accomplir les Mitsvot (Injonctions) divines qui sont la progéniture de l’âme et son lien avec l’infini et l’éternité.
 
Le serment de Yaakov
 
En route pour ‘Haran, Yaakov campa la nuit sur le Mont Moriah.
C’est là qu’il fit son fameux rêve dans lequel il vit des anges montant et descendant une échelle qui allait de la terre au ciel et qui recevaient les bénédictions de D.ieu. En se réveillant, Yaakov prit la pierre sur laquelle il avait dormi et l’érigea en monument. Puis il fit un serment que la Torah relate dans les trois versets suivants :
 
« Si D.ieu est avec moi et me garde dans ce voyage et qu’Il me donne du pain pour manger et des habits pour me vêtir » ;
« Et que je retourne en paix à la maison de mes pères, et D.ieu sera mon D.ieu » ;
« Et cette pierre que j’ai érigée en monument sera une Maison de D.ieu… ».
 
La construction syntaxique du serment de Yaakov écrit dans la Torah soulève plusieurs questions. Le serment est construit en deux parties :
a) les conditions de son accomplissement (si D.ieu est avec moi, me donne du pain et des habits, etc.) et,
b) ce que Yaakov promet de faire (cette pierre… sera la Maison de D.ieu).
 
On ne voit pas très bien où s’achève la première partie et où commence la seconde.
Le premier des trois versets semble de toute évidence faire partie des conditions qui permettront à Yaakov de tenir sa promesse.
La même chose s’applique à la première partie du second verset : « et que je retourne en paix à la maison de mes pères ».
Le troisième verset évoque ce que fera Yaakov pour D.ieu.
Mais qu’en est-il de la deuxième moitié du second verset : « et D.ieu sera mon D.ieu » ? Fait-elle partie des conditions nécessaires à l’accomplissement des vœux ou constitue-t-elle une partie des vœux eux-mêmes ?
 
En fait, deux de nos plus grands commentateurs bibliques : Rachi et Ramban (Na’hmanide) débattent de ce point.
Selon Rachi, les deux premiers versets constituent les conditions, alors que le troisième est la substance du vœu de Yaakov : pour pouvoir construire une Maison pour D.ieu, il requiert de ressentir le Tout Puissant comme son D.ieu.
Ramban, toutefois, voit ces mots : « et D.ieu sera mon D.ieu » comme une partie du vœu lui-même et non comme une condition : Yaakov dit que si D.ieu subvient à sa protection, lui donne de quoi se nourrir, se vêtir et un retour sauf, il fera de D.ieu, son D.ieu et de la pierre une résidence pour la Présence Divine.
Quelle est la signification profonde de ces deux interprétations ?
Et pourquoi la Torah relate-t-elle le serment de Yaakov d’une manière qui permet différentes lectures ?
 
La Résidence
 
Nos Sages décrivent le but de la création comme le désir de D.ieu pour une résidence dans le monde ici-bas, c'est-à-dire dans une réalité inhospitalière à la spiritualité et à la Divinité, et que ce lieu étranger devienne une Résidence pour Lui, un environnement réceptif et accueillant pour Sa bonté et Sa vérité.
 
Ce monde inférieur, explique Rabbi Chnéour Zalman dans le Tanya, est notre monde matériel, dont rien n’est plus bas dans la mesure où il obscurcit la lumière de D.ieu, au point qu’il contient certaines forces s’opposent littéralement à Lui, au point qu’il (ce monde) cache la vérité divine.
Une entité spirituelle (par exemple une idée ou un sentiment) existe pour exprimer quelque chose ; une entité matérielle ne fait qu’exister.
Le spirituel transmet : « il y a quelque chose de plus grand que moi-même, et que je sers » ; le matériel clame : « je suis », contestant la vérité que D.ieu est la vérité ultime et absolue.
Mais quand l’homme utilise les ressources et les forces du monde matériel pour servir D.ieu, il sanctifie le matériel si bien qu’alors il sert plutôt que n’obscurcit la vérité divine.
Au lieu de proclamer : « j’existe », il affirme maintenant : « j’existe pour servir mon Créateur » ; au lieu de dire « je suis le but ultime », il s’écrie « moi, pour moi-même je ne suis rien ; ma seule fonction et ma seule signification est que je suis un instrument de la Divinité ».
 
C’est là le sens du serment de Yaakov : faire de cette pierre… une Maison pour D.ieu.
Yaakov assume lui-même la mission de l’homme dans la vie : accomplir le dessein divin de la création en faisant de ce monde matériel une Résidence pour D.ieu. Il promet de faire de la pierre, substance brute du monde matériel, une Demeure pour Le Plus Haut.
Pour parvenir à cette fin, Yaakov requiert de D.ieu plusieurs choses : la protection contre le mal, de la nourriture, des vêtements, et un retour sain et sauf vers la maison de ses pères.
Il n’est pas, à D.ieu ne plaise, en train de négocier un paiement en retour du service rendu ! Mais ses conditions sont plutôt ce qui permet, matériellement et spirituellement à une âme de subsister dans un corps physique et d’atteindre son but de faire du monde un foyer pour D.ieu.
Au niveau matériel, il existe des besoins fondamentaux (la nourriture, l’abri, la sécurité etc.) requis pour conserver ensemble le corps et l’âme.
Au niveau spirituel, Yaakov demande également les dons correspondants sans lesquels aucun homme ne peut réussir à maîtriser son environnement et le développer en accord avec la volonté Divine.
 
L’élément humain
 
Où figure l’accomplissement personnel dans tout cela ?
La Résidence Divine dans le monde matériel peut-elle être construite mécaniquement par des employés dévoués à leur employeur, mais exempts de compréhension et d’appréciation de ce qu’ils font ?
L’homme peut-il servir D.ieu sans en ressentir la présence personnelle et intime dans sa vie ?
La réponse est non.
D.ieu désire que nous Le servions avec tout notre cœur, avec toute notre âme et avec toutes nos forces, que le travail de notre vie ne soit pas l’accomplissement mécanique d’un ensemble de commandements issus d’un D.ieu incompréhensible mais un travail d’amour qui stimule notre esprit, excite nos émotions et utilise chacune de nos facultés.
 
Est-ce une autre condition ou une partie de la mission elle-même ?
Rachi qui statue qu’il n’est venu que pour expliquer le sens simple du verset envisage ce problème dans sa simplicité essentielle. Pourquoi l’homme a-t-il été créé ?
Pour servir son Créateur. Tout le reste n’est qu’une condition, un moyen pour parvenir à ce but. S’il est requis que l’homme expérimente l’accomplissement dans sa vie, alors D.ieu lui en donne la capacité, tout comme Il lui donne tous les autres outils nécessaires pour accomplir son travail. Mais cela est secondaire à son but dans la vie qui est de faire du monde une Résidence pour D.ieu.
Par contre, Ramban, lit la Torah à travers une optique mystique et cabbaliste.
De ce point de vue, l’expérience humaine du divin n’est pas seulement un instrument mais le but de la vie.

Publié dans Reflexion Juive

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