Vayétsé : Les moutons

Publié le par Ofek

Adapté d'un discours du Rabbi de Loubavitch
 
La lecture de la Torah de cette semaine : Vayétsé (Béréchit 28:10 - 32:3) révèle une grande présence de « moutons »: les moutons de Lavan et les moutons de Yaakov, les moutons blancs, les moutons noirs, les moutons tachetés, les moutons mouchetés, les moutons avec des anneaux aux pieds.
Yaakov arrive à ‘Haran et la première chose qui frappe son regard est celle de plusieurs troupeaux de moutons rassemblés autour d’un puits scellé, sa seconde vision est celle de sa future femme, Ra’hel, dont le nom hébraïque signifie « mouton », gardant le troupeau de son père.
Bientôt, Yaakov devient lui-même berger, veillant à son troupeau, recevant un salaire pour garder des moutons, marquant les moutons de marques spécifiques, rêvant de moutons, amassant une fortune grâce à ses moutons, et finalement reconduisant ses troupeaux en Terre Sainte où il présente à son frère Essav un cadeau immense essentiellement composé de… moutons.
 
Entre les troupeaux, nous lisons également les mariages de Yaakov à Léa et Ra’hel et la naissance de onze de ses douze fils, les pères des douze tribus d’Israël.
Que devons nous apprendre du fait que la nation d’Israël fut fondée dans un environnement tellement entouré de moutons ?
La première métaphore « Je suis à mon Bien Aimé et mon Bien Aimé est à moi, celui qui [me] garde parmi les roses » (Cantique des Cantiques 2:16).
La voix de ce verset, explique le Midrach Rabba, est celle de la communauté d’Israël, évoquant sa relation avec D.ieu.
« Il est mon berger, comme il est écrit (Psaumes 80:1) : ‘Berger d’Israël, écoute’ ; et je suis Son troupeau, comme il est écrit (Yé’hézkiahou 34:31) ‘Et toi, Mon troupeau, le troupeau de Mon pâturage’ » (Midrach Rabba sur ce verset).
 
Le même passage midrachique décrit également notre relation avec D.ieu en termes de celles d’un enfant avec son père, une soeur avec son frère, une fiancée avec son fiancé, un vigneron avec son gardien, entre autres.
Chacune de ces métaphores exprime une facette différente de cette relation : le lien profond entre D.ieu et Israël, l’amour et l’affection, la protection de D.ieu pour nous, notre source de joie pour Lui, etc.
Que représente la métaphore du troupeau et de son berger ?
Si le point souligné en était le fait que D.ieu pourvoit à nos besoins et nous protège, ces éléments existent également dans la relation entre un père et son enfant.
Quel aspect unique dans notre relation avec D.ieu peut-il s’exprimer en nous décrivant comme Son troupeau ?
Le trait dominant d’un mouton est sa docilité et son obéissance. L’enfant obéit à son père mais le fait parce qu’il apprécie la grandeur de son père ; le mouton n’obéit pour aucune raison, c’est simplement sa nature profonde qui le pousse à cette obéissance. C’est cet élément dans notre relation avec D.ieu que représente le mouton : une soumission inconditionnelle qui n’a pas ses racines dans notre compréhension de Sa grandeur et nos sentiments à Son égard (auquel cas elle serait définie par les limites de notre compréhension et de nos sentiments), mais dans la reconnaissance du fait que « je suis Son mouton ».
 
La nation juive fut fondée au milieu des moutons parce que notre abnégation et notre obéissance inconditionnelle à D.ieu sont les fondements de notre Judaïsme.
Bien sûr, nous ne sommes pas seulement le troupeau de D.ieu, nous sommes également Ses enfants, Son épouse, Sa soeur et Son vigneron. Par le même biais, la Torah nous relate que lorsque Yaakov quitta ‘Haran après vingt ans passés à être berger, sa richesse ne consistait pas seulement en moutons : « Il avait de nombreux moutons, des servantes et des serviteurs, des chameaux et des ânes ».
Nous venons de lire que Lavan lui payait son salaire en moutons et que son troupeau se multipliait excessivement ; mais d’où lui venaient ses autres possessions ?
Rachi explique que « il avait vendu ses moutons à un prix élevé et s’était acheté tout cela».
Spirituellement, la « fortune » de Yaakov ne consistait pas non plus en docilité et abstraction de soi mais incluait également le courage et la vigueur.
Mais la source et la base de tout cela lui venait de ses « moutons ».
 
Etre un Juif signifie étudier la sagesse divine (qui nous est révélée dans Sa Torah), développer un amour passionné et une crainte révérencieuse pour D.ieu, étudier Sa sagesse et implanter Sa volonté dans un monde souvent hostile.
Tout cela requiert que nous utilisions au mieux nos forces mentales, émotionnelles et notre aptitude à convaincre. Mais le fondement de toutes ces attitudes, la base sur laquelle elles s’appuient toutes et sur lesquelles elles s’affirment toutes, est notre simple engagement pour D.ieu, un engagement qui transcende la raison et l’émotion.
 
Une piété interdite
 
Nos Sages nous disent que les Patriarches observaient la Torah, tout entière, bien que D.ieu ne l’ait pas encore commandé.
Et pourtant, le vingt-neuvième chapitre de Béréchit nous montre Yaakov épousant Ra’hel après avoir été trompé et marié à sa soeur Léa.
Pourquoi Yaakov épousa-t-il deux soeurs, ce qui constitue une interdiction biblique tout à fait claire ?
Mais Yaakov avait donné sa parole à Ra’hel qui avait attendu sept ans pendant lesquels il avait travaillé pour Lavan son père afin de gagner sa main. Refuser de l’épouser lui aurait causé une blessure et une souffrance. Puisque les lois de la Torah n’étaient pas ordonnées à Israël avant la révélation sinaïtique, Yaakov n’avait aucun droit de mettre en avant la piété qu’il s’imposait de son libre choix au dépens d’un autre être humain.
 
C’est ici que réside une importante leçon pour chacun d’entre nous.
Les lois de la Torah sont éternelles et sans équivoque. L’on ne peut questionner le Tout Puissant même si Ses commandements paraissent susciter de la souffrance et de la difficulté. En dernier ressort, la Torah est la source unique de vie et de bien-être pour le Juif, à la fois spirituellement et physiquement.
Et pourtant, cela ne s’applique qu’à ce que la Torah édicte directement. Si une personne désire aller au-delà de ce que lui commande la Torah, rien n’est plus digne de louange, tant que cela ne fait que l’affecter elle-même.
Quand les autres en souffrent, les besoins d’autrui doivent toujours avoir préséance sur ses propres « valeurs »,même les plus saintes.

Publié dans Reflexion Juive

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