La vérité sort de la bouche des marchands…

Publié le par Ofek

Par Olivier Rafowicz– Infolive.tv
 
Promenade au coeur du marché de Jérusalem. On y croise les regards de milliers d'Israéliens. Et on ne peut s 'empêcher de réfléchir à la situation actuelle. Mahané Yéhuda, en hébreu, est le Camp de Yéhuda. Il s’agit du plus vieux marché populaire de Jérusalem. Dès l’entrée, le voyageur ou le simple passant, entre de plein fouet dans la culture et l'histoire du peuple juif et de l'Etat d'Israël. Entre les Ultra orthodoxes qui marchent à toute allure portant paquets et sacs, accompagnés souvent de leurs épouses et d'une ribambelle d'enfants en bas âge, mélangent le Yiddish à l'Hébreu. Les marchands de poisson  et de viande, de fruits ou de légumes sont  habitués à serrer les mains des candidats lors des diverses échéances électorales.
 
Question : dans quelle direction va le vent de la politique en Israël ? Ils sont souvent les meilleurs analystes.
Tout cela pour dire qu’au lendemain du discours de Ehoud Olmert à Sdé Boker, là où le père de la nation David Ben Gourion s'était retiré dans le désert du Néguev, les Israéliens que nous avons rencontrés à Mahané Yéhuda sont inquiets. Ils sont incrédules et ils attendent un véritable changement politique.
Ce n'est pas par hasard. A chaque grande élection en Israël, le passage par le marché Mahané Yéhuda pour les candidats, est un must. L'examen du peuple.
Les hommes politiques israéliens ignorent souvent - c'est le cas également d'Ehoud Olmert - qu’il est capital de bien tendre l'oreille et d'écouter ces petites vieilles, simples en apparence et qui semblent parfois si innocentes, mais qui ont tellement vu et tellement à dire.
 
A la question, que pensez- vous du programme politique de Ehoud Olmert qui parle d'un compromis territorial et de libération de prisonniers palestiniens, elle nous répond :
« Compromis territorial ? Donner des territoires ? Mais ce qu'ils [Les Palestiniens] veulent c'est simplement nous détruire. Ils ne veulent pas de nous ici. »
Et d 'ajouter qu’ « Olmert n'a rien à perdre, donc il lance un plan. »
 
L'idée est bonne. Le timing est mauvais. Constat. Des roquettes Kassam s’abattent à Sdérot. Trois de nos soldats sont encore aux mains de leurs ravisseurs. L’Etat et l’armée vivent encore le choc de la seconde guerre du Liban, en passe d’un deuxième round. Le chef d'Etat major déclare publiquement  que son avis a été demandé partiellement dans le processus de prise de décision quant au cessez-le-feu. Conclusion : une crise de confiance.
 
Le peuple de Jérusalem, au coeur de ce pittoresque marché aux senteurs d'épices et de café turc, rejette quasiment en bloc, une initiative de paix à un moment où l'Israélien n'a jamais été aussi inquiet. La paix, oui mais à condition que face à nous, les Palestiniens la désirent véritablement et pour de bon.
 
La réponse palestinienne ne s'est pas fait attendre. Le Premier ministre Haniyeh a entrepris une tournée officielle qui englobe notamment Téhéran. Le problème est posé. Si d'un côté, Israël est en mesure aujourd'hui de faire des concessions et même de donner de la terre pour la paix, de l'autre côté, les Palestiniens eux, ne sont plus maîtres de leur destin. Téhéran dicte, Téhéran décide.
 
Retour au marché Yéhuda.  Une jeune israélienne répète inlassablement les mêmes terribles rengaines plusieurs fois millénaires. Elle doit aujourd'hui se faire entendre plus que jamais. La question palestinienne, malgré la volonté de la résoudre, semble incompatible avec la paix et la sérénité des Israéliens.
 
A Téhéran et à Damas, le discours d’Ehoud Olmert est perçu, de nouveau, comme un nouvel acte de faiblesse politique.
Israël s’avère être un état qui ne parvient pas à mener une politique claire et dure à l’égard d’un environnement et d’un régime iranien de plus en plus menaçant.
Il me semble qu'il est fondamental, voire existentiel pour l'Etat d'Israël de concentrer la majeure partie de ses forces et de son énergie dans le but de gérer la crise du nucléaire iranien. Il faudrait voir se lever un gouvernement d'union nationale en Israël, centré sur le problème iranien. Il faudrait que l’Etat hébreu se prépare sérieusement à ce qui semble inévitable, la confrontation avec l’Iran.
 
Question. S’agit-il d’un moment propice pour évoquer un compromis à l’heure où l'Islam intégriste contrôle le devenir des Palestiniens qui eux, ont perdu le contrôle ?
Les habitants de Jérusalem au marché Yéhuda ont le droit d'être inquiets. L’ensemble des entrées du marché sont gardées par des policiers en armes. Tous les sacs sont fouillés, vérifiés.
 
Hier, des nounours en peluche bourrés d'explosifs sont découverts dans un laboratoire terroriste à Naplouse en Samarie.
Avant-hier, une grand-mère palestinienne, au nom d’Allah, se fait exploser dans la bande de Gaza, abandonnant plus de quarante petits-enfants.
 
Dans les deux cas, aucune réaction palestinienne de condamnation, aucun sentiment d'horreur ne s'est exprimé du côté palestinien. La normalité s’est fait terreur.
 
J’en finis. Les passants et les marchands de Mahané Yéhuda à Jérusalem ont sans doute raison d'être inquiets.
Avec qui faire la paix et pour quelle raison ? 
Une nouvelle roquette Kassam vient de s’abattre sur Sdérot, nous sommes en plein cessez le feu ...

Publié dans Israël

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