Le Hamas affecté par la bipolarisation du Moyen-Orient

Publié le par Ofek

Par Masri Feki- Metula News Agency - Extremecentre.org
 
Le chef du bureau politique du Hamas à Damas, Khaled Mashaal, de passage au Caire, a donné une conférence de presse le samedi 25 novembre au cours de laquelle il a affirmé, faisant allusion à l’initiative saoudienne, que l’ensemble des forces politiques, aussi bien sur le plan régional (les Etats membres de la Ligue arabe) que sur le plan palestinien, soutenaient « la fin de l’occupation et la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 ». C’est ce que rapporte le quotidien qatari Al-Shark, qui qualifie les propos de Mashaal de « déclaration historique ».
 
Fidèle à sa rhétorique menaçante, Mashaal a mis en garde Israël et la communauté internationale devant un effondrement de l’Autorité Palestinienne et a indiqué qu’une troisième Intifada éclaterait si un Etat palestinien n’était pas créé dans les six mois à venir.
« Le rejet d’une telle initiative renforcera le Hamas et les forces de la résistance, ce qui pourrait provoquer un effondrement de l’Autorité Palestinienne et une troisième Intifada, et c’est alors que le conflit prendrait de nouvelles proportions », a-t-il déclaré.
 
Interrogé sur le sort du caporal Gilad Shalit, enlevé le 25 juin dernier, Mashaal a déclaré : « Il va bien et envoie ses salutations. ».
 
Le quotidien arabophone londonien Al-Hayat a indiqué que les médiateurs égyptiens dans l’affaire d’échange de prisonniers avaient expliqué à Mashaal qu’il devait être plus réaliste dans ses demandes à Israël. Le Hamas cherche par ses manœuvres, du moins verbales, à se démarquer du Fatah et se montrer capable de prendre des initiatives.
En effet, les deux mouvements rivaux sont engagés dans une lutte de pouvoir sans merci pour le contrôle des territoires contrôlés par l’AP. Pour tenter de sortir de la crise, le Hamas et le Fatah avaient engagé, au mois d’octobre, des discussions sur la formation d’un gouvernement d’union mais ces pourparlers butent toujours sur le refus du Hamas de reconnaître Israël, de reconnaître les accords signés par l’Autorité dans le passé et de renoncer au terrorisme, trois exigences de la communauté internationale pour une reprise de leur aide financière.
Plusieurs canaux discrets avec l’Egypte, le Qatar et l’Arabie Saoudite ont été activés à maintes reprises pour relancer la négociation sur ce sujet. En vain.
 
Face à l’inquiétude des régimes arabes dits pragmatiques, qui ne souhaitent pas le maintien d’un mouvement islamiste-conservateur dans le gouvernement palestinien – dangereux précédent pour eux – et dans le souci constant de plaire aux Américains, il s’agit de faire émerger un « front arabe modéré », pragmatique, à opposer à la République islamique d’Iran aux ambitions nucléaires et à la Syrie du clan Assad, qui dispose d’un important pouvoir de nuisance au Liban et dans les territoires palestiniens.
 
Dans le même temps, le camp sunnite, avec à sa tête l’Arabie Saoudite et l’Egypte de Moubarak, doit faire face au « croissant chiite » qui est en train de se constituer à ses portes avec le renforcement du Hezbollah et les ingérences croissantes de Téhéran au Proche-Orient.
Pour manifester leur soutien au camp des pragmatiques et pour coincer le Hamas, les Etats-Unis se disent prêts à accepter le retour sur la scène de l’initiative saoudienne du sommet arabe de Beyrouth de mars 2002, laquelle, soutenue par la Ligue arabe, du moins formellement, a offert à Israël la paix avec tout le monde arabe en échange d’un retrait sur les frontières de 1967.
Même s’il est difficile de se fier à une offre saoudienne aussi généreuse – surtout si l’on souligne le fait que cette offre, qui implique la reconnaissance d’Israël par les 22 Etats membres de la Ligue arabe, n’a pas été approuvée à l’unanimité –, soutenir l’initiative de Beyrouth c’est reconnaître implicitement, de facto, l’Etat d’Israël dans les frontières de 1967.
En se montrant sensible à l’initiative saoudienne, Mashaal a voulu manifester un intérêt pour les signaux de Washington tout en répondant aux demandes incessantes des pays arabes. Sauf que Mashaal a tenu à préciser, comme le souligne le premier quotidien égyptien, Al-Ahram, qu’il n’était toujours pas question de reconnaître « l’entité occupante » (Israël).
Or, l’initiative saoudienne parle de normalisation diplomatique, ce qui sous-entend la reconnaissance d’Israël.
En cela, le discours de Mashaal, qui vide l’initiative saoudienne de son sens, cherche à duper la communauté internationale.
 
En réalité, le discours de Mashaal, qui peut être perçu comme incohérent, est le fruit d’un compromis entre deux tendances émergeantes au sein du Hamas, car le débat idéologique qui porte sur la reconnaissance d’Israël masque une divergence interne au sein même du mouvement radical.
Il faut distinguer d’un côté le refus idéologique d’Israël dans la charte du Hamas, fondé sur une vision religieuse intransigeante de la Palestine comme terre d’islam (dar al-islam), et de l’autre la possibilité d’un accord programmatique d’un gouvernement dans lequel le Hamas aurait son mot à dire.
Tout se passe comme si le système politique palestinien, devenu bipolaire, était en train de se re-diviser sur la base de la bipolarisation extérieure qui s’est créée au Moyen-Orient, celle qui opposerait l’Occident, dirigé par les Etats-Unis, mais avec des alliés au Moyen-Orient (pays arabes dits modérés, Turquie), à l’axe irano-syrien, que représente le Hezbollah et les alliés de Damas à Beyrouth.
Certains pays de puissance moyenne (middle power) comme le Yémen et le Soudan se rapprochent davantage de l’axe Téhéran-Damas, plus par opposition au camp sunnite guidé par Le Caire et Riad que par véritable conviction politique.
 
Or cette bipolarisation ne correspond pas forcément au clivage Fatah-Hamas mais divise, de l’intérieur, chacune des deux principales forces palestiniennes.
L’attitude ambivalente des dirigeants du Hamas exprime sans doute une volonté d’intégration dans le jeu politique.
Il importe de savoir si le mouvement extrémiste parviendra à s’imposer sur la scène régionale tout en campant sur ses positions radicales.
Il n’y a rien de plus incertain.

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