La guerre civile, c’est maintenant

Publié le par Ofek

Sami El Soudi  - Metula News Agency - Desinfos.com
 
 
Hier, lorsque l’ancien ministre et baron du Fatah, Soufian Abou Zaïda, a été kidnappé par le Hamas, les responsables des forces fidèles au président Abbas ont lancé un ultimatum d’une heure aux islamistes pour le remettre en liberté. La menace précisait que si Abou Zaïda n’était pas relâché durant ce laps ou s’il lui était fait le moindre mal, le Fatah entamerait une offensive généralisée contre la Résistance Islamique.
Pour rendre leur menace encore plus tangible, les présidentialistes se sont à leur tour saisi d’une douzaine de miliciens appartenant à une unité de combat du Hamas, ainsi que de l’un de ses commandants, Emad Deeb, affirmant qu’ils allaient en abattre trois à chaque heure de détention de l’ancien ministre.
 
Abou Zaïda, qui était tombé dans un guet-apens alors qu’il circulait seul dans sa voiture dans le Nord de la bande, a été remis en liberté presque instantanément suite à la réception de l’ultimatum.
Pour expliquer cette subite relaxe, le porte-parole du Hamas parlait d’un geste « de bonne volonté ». Bonne volonté ?
Alors pourquoi avoir monté préalablement une opération commando grand spectacle - deux véhicules bourrés de miliciens qui bloquent les accès et un troisième d’où sortent les kidnappeurs - pour capturer Zaïda ? En guise de « mauvaise volonté » ?
 
Les échanges de feu se multiplient entre les factions rivales, la liste des morts et des blessés s’allonge.
Nous sommes entrés dans la guerre civile palestinienne ; ceux qui s’attendaient à des batailles rangées, à des offensives, des contre-offensives et à des manœuvres d’envergure n’ont pas saisi la spécificité de cet affrontement. Chacun fait la guerre comme il sait, avec les armes et le personnel à sa disposition.
Or les spécialités locales, ce sont le coup de main, l’attaque surprise, l’attentat, l’assassinat, non la « guerre de tranchées ».
On se bat pour le contrôle d’un ministère, pour l’occupation d’un point stratégique ou symbolique. On s’attaque aux biens des chefs ennemis et on jette ses partisans armés dans la rue. Ces derniers forment ainsi des manifestations-démonstrations de force en tirant en l’air. Souvent, parce que ce sont des excités et des maladroits, ils blessent ou tuent un passant, un spectateur. D’autres fois, comme cela s’est passé samedi dernier lors d’une « manifestation » de masse du Fatah, les miliciens adverses tirent carrément dans le tas...
 
Les manœuvres coordonnées possédant la capacité de donner la victoire à un camp ou à l’autre sont rares. Ce, pour la simple raison qu’aucun des protagonistes ne dispose d’hommes ayant la discipline ou l’expérience nécessaires pour effectuer ce genre d’exercices.
 
Et puisque l’horizon politique semble totalement bouché, on pourrait bien s’enliser dans un chaos durable.
Jamais le terme « dead-lock » (impasse) n’aura mieux convenu à décrire une situation. Une situation qui était si prévisible, que nous l’avions prédite le lendemain même de l’élection du parlement à majorité islamique : le Hamas veut continuer à lancer ses Qassam sur le Néguev jusqu’à l’éradication d’Israël, mais à cette cadence et avec ces moyens, 100 000 ans ne suffiraient pas à atteindre l’objectif.
 
D’autre part, les islamiques-islamistes refusent catégoriquement le principe des deux Etats pour deux peuples et les dispositions qui s’ensuivent, à savoir la reconnaissance à Israël du droit à l’existence et celle des traités que l’Autorité Palestinienne a signés avec l’entité sioniste.
 
Or cette fois, la communauté internationale - le monde arabe y compris - applique un boycott officiel ou de fait contre le gouvernement d’Ismaïl Hanya.
De plus, elle a coupé l’essentiel de son aide économique qui seule nous permettait de survivre. Et puis, on l’oublie souvent, du fait de ces mesures internationales et du manque d’argent, le développement industriel et économique de la Palestine est totalement paralysé. Pire encore, les quelques réalisations dans ces domaines qui étaient dignes d’intérêt, notamment les projets conjoints avec les Israéliens, se sont effondrés les uns après les autres.
 
Et ces catastrophes en chaîne ne sont rien encore comparées à l’hécatombe que nous fait subir la politique suicidaire du Hamas. Que ses coups d’éclat coûtent cher !
Depuis l’enlèvement du caporal Shalit, ce ne sont, d’après les estimations rendues publiques par le président Abbas, pas moins de 500 miliciens ou terroristes qui ont rendu l’âme sous les coups de boutoir de Tsahal et 4 000 autres qui ont été blessés. Près de 40% des éléments armés originaires de la bande auraient ainsi été atteints. Pour quel résultat ? Quel avantage la détention du jeune caporal nous a-t-elle procuré ?
 
Il est clair que, d’un point de vue strictement palestinien, l’expérience d’un gouvernement islamique n’est plus supportable.
Vous imaginez bien, chers lectrices et lecteurs, le calvaire que traverse notre peuple, pris en tenaille entre les irréguliers armés, qui ouvrent le feu quand cela leur chante, où cela leur chante et contre qui cela leur chante. Ils sont les petits rois fous du macadam. La vie est devenue impossible.
 
Mahmoud Abbas, quant à lui, jouissant d’un très large soutien financier et logistique à l’étranger, en Israël et dans le monde arabe, a décidé d’en finir, de reprendre la main.
Sa décision ferme de convoquer de nouvelles élections présidentielles et générales est courageuse.
Elle ne ménage au Hamas que deux options, deux types d’affrontements : celui des urnes ou celui du pavé. Et dans les deux cas, les fondamentalistes n’auront pas l’avantage, ce qui les rend à la fois prudents et nerveux dans leurs déclarations et leurs actes : ils ne seront pas ceux qui franchiront le point de non-retour.
 
Mais pour Abou Mazen, il est absolument exclu d’envisager pouvoir tenir, sous trois mois, comme il l’a prescrit, des élections à Gaza. Les locaux de vote se mueraient en tire pipes et les électeurs en pigeons. En Cisjordanie, une consultation est possible, mais chaque bureau de vote aura les allures d’un camp retranché.
Dans ces conditions, les plus pragmatiques d’entre vous se demanderont pourquoi ne pas prendre les devants et profiter de cette période de regain de sympathie pour défaire le Hamas et ses alliés avant les élections.
A question claire, réponse sans ambages : une décision militaire coûterait entre 10 et 30 000 morts - suivant si les combats s’étendent à la Rive Occidentale - et le triple en blessés et en estropiés. Ce, à raison de deux victimes du Fath’ pour trois islamistes environ.
Or tout Palestinien comprend sans faire d’effort que la décision de donner le feu vert à un tel massacre soit terrible à prendre pour le président.
Notre ennemi, depuis la fondation de notre cause, c’était Israël, non nos frères, aussi est-ce presque un fratricide que de lever son arme contre un autre Palestinien, un sentiment quasi monstrueux...
 
Ceci dit, dans l’autre plateau de la balance, on trouve la possibilité de conclure la paix avec nos voisins et de vivre.
En l’état actuel des choses, un Abbas victorieux des islamiques et un Olmert affaibli, au sein d’un peuple israélien avide de calme et ayant perdu ses illusions de puissance militaire invincible pour l’éternité, concluraient la paix en quelques mois.
Les deux sont à point pour des discussions sérieuses et globales, les deux l’ont affirmé. Je les crois.
 
L’option choisie par Abbas semble consister à laisser la marmite bouillir jusqu’à ce qu’elle explose d’elle-même.
Ce, tout en ménageant à Hanya la possibilité, à n’importe quel moment, de faire cesser l’affrontement en adoptant les principes de gouvernement de l’OLP et celui... des élections anticipées. Afin de montrer à ses concitoyens qu’il n’est pas le fossoyeur du Hamas mais que les fondamentalistes sont leurs propres bourreaux.
 
Après nous avoir sacrifiés, nous les Palestiniens, sur l’autel de leurs dogmes de caractériels, s’entend !

Commenter cet article