Les Palestiniens en perte de prestige : Important changement de paradigme en cours

Publié le par Ofek

Dr Joël Fishman  Upjf.org - Traduction : Objectif-info
 
 
Lors de la Conférence d’Herzliya de janvier dernier, le professeur Paul Bracken, de Yale, soulignait que l'objectif de l'analyse fonctionnelle consistait à identifier l’éventail des implications découlant d’une situation donnée.
Dans cet esprit, je voudrais mettre en évidence un effet nouveau et extrêmement intéressant, qui s’ajoute à la liste des résultats potentiels du conflit.
Il y a, en Israël comme à l'étranger, des signes indiquant que l’opinion est disposée à faire porter à la partie palestinienne la responsabilité de la poursuite de la guerre contre Israël. Le progrès de ce changement de paradigme doit être suivi avec attention, car il peut constituer un nouvel atout en faveur d’Israël (1).
 
Texte d’une communication à la Conférence : « Les médias, un champ d’affrontement dans la guerre, la blogosphère, et le combat d’ensemble pour la conquête de la société civile », IDC Herzliya.
 
Conférence de Herzliya le 18 Décembre 2006
 
Comme les faits ne sont pas parfaitement établis, je dois présenter ces observations avec prudence. Néanmoins, il est déjà possible d'identifier des tendances qui pourraient se traduire par une importante modification des représentations les plus courantes des Palestiniens, de leur discours accusateur d’Israël, et du postulat répandu qui veut que la justice sur la terre entière dépende de la satisfaction absolue de leurs revendications.
En bref, leur statut et leurs espérances pourraient être moins favorables dans l’avenir.
 
Si l’on examine cette question dans une perspective historique, il apparaît clairement qu'un changement est intervenu.
Dès le début des années 90, des universitaires américains avaient prédit « l’exception palestinienne » !
Ils avaient imaginé, avec optimisme, que l’Autorité palestinienne serait la première démocratie arabe véritable avec une société civile pleine de vie [Martin Kramer, Des tours d’ivoire sur du sable (Washington, 2001), pp. 70-76 ] (2).
Depuis lors, les Palestiniens se sont vautrés dans la corruption, l'anarchie, et la guerre civile. On pourrait dire que leur image est revenue à son point de départ des années 70, celle d’un groupe terroriste hors-la-loi.
Ils ne sont plus considérés comme un possible partenaire de paix, et leur cause n’est plus un sujet d’émerveillement au nom de la nécessité historique. La pendule a sonné les 12 coups de minuit pour la Cendrillon palestinienne, et son carrosse est redevenu un potiron.
 
Ce retournement a plusieurs causes. La première est le fiasco du rapport de Mearsheimer et Walt, du rapport Baker-Hamilton, et du nouvel ouvrage de Jimmy Carter.
L'intention de ces personnages était de discréditer Israël et ses défenseurs en Amérique, pour rompre la relation spéciale entre Israël et les États-Unis, relation essentielle, d'importance stratégique.
Cette mise en cause menaçait également le statut des Juifs américains. Si les conceptions de ces individus avaient prévalu, les Juifs américains auraient retrouvé un statut de citoyens de deuxième classe, comme avant la Seconde Guerre mondiale.
Se sentant menacés, les intellectuels juifs américains sont entrés dans la bataille et se sont vigoureusement défendus. Pour l’emporter, ils devaient réfuter les auteurs de ces rapports malveillants et donner une vision négative des Palestiniens.
Quand on prend connaissance de leurs argumentations, on voit qu’ils n’ont pas pris de gants. Ils ont avancé des références historiques, le genre d’argument que les amis dévoués des Palestiniens ont voulu faire passer à la trappe. Pour faire pièce à la cause palestinienne, ils ont repris les revendications juives datant de l’époque biblique et rappelé le Mandat britannique.
 
En parallèle, le premier ministre Olmert a conféré avec les dirigeants internationaux à l'étranger et il s’en est pris verbalement à l’Iran pour ses intentions génocidaires, combinées à un programme nucléaire, un antisémitisme d’État, et une négation de l’Holocauste.
Ces efforts pour attirer l'attention sur l'Iran ont soulevé la question, longtemps mise sous le boisseau, de l'antisémitisme d’État arabe, et d'autres questions sérieuses, dans la foulée.
En quoi les Palestiniens sont-ils différents des Iraniens ?
Pourquoi Mahmoud Abbas, un négationniste irrédentiste, mériterait-il la respectabilité ?
Et que dire de la propagande antisémite, prouvée par des documents bien établis, que les responsables de l’Autorité palestinienne financent et diffusent ?
 
De plus, la deuxième guerre du Liban a eu pour conséquence annexe un changement progressif des représentations au sein de la classe politique israélienne.
Un consensus s’est silencieusement imposé, selon lequel le bilan d’Oslo est un échec, et la formule « la terre contre la paix » un slogan creux.
En conséquence, il y a eu un réexamen des piliers de la foi qui ont déterminé, pendant plus d’une décennie, les points de vue officiels d’Israël sur sa place dans le monde. Par exemple, la présidente de la Knesset, Dalia Itzik, fait part, avec clarté, de son malaise, en déclarant, dans une interview à Ma'ariv (1er octobre 2006) :
« Toutes ces années, j'ai pensé que tout ce qui nous éloignait d'eux [les Arabes] c’étaient les territoires. Si nous rendions les territoires, il y aurait la paix. Cette équation est caduque. Pour quelle raison continuent-ils à tirer [sur nous] ? Et nous sommes partis du Liban. D’où vient cette haine ? »
 
Dans la même veine, le ministre adjoint de la Défense, Éphraïm Sneh, a dit à un député arabe au cours d'un débat à la Knesset sur les pertes civiles à Beit Hanoun : « Il y a un fossé culturel entre nous... » (Ynet, 13 novembre 2006).
Et, début décembre, le général Uzi Dayan a déclaré, devant un auditoire restreint au Centre des Affaires Publiques, à Jérusalem, que les accords d'Oslo n'ont pas été bénéfiques pour Israël et que l’Autorité palestinienne ne peut pas « honorer les commandes » [remplir ses engagements, Ndlr] (3).
 
Au niveau international, il semble qu’on assiste à un début de prise de conscience que l'Autorité palestinienne ne sera pas le partenaire d’un accord de paix avec l'État d'Israël. En fait, le Premier ministre, Tony Blair, a indiqué, lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, le 7 décembre 2006 :
« La principale difficulté est que les Palestiniens n'acceptent pas le droit d'Israël à exister ». (Jerusalem Post, 8 décembre 2006).
Cet aveu public des intentions véritables des Palestiniens traduit un changement d’approche d’une immense portée, parce que M. Blair a attiré l'attention du monde sur le fait que ce sont les Palestiniens qui ne sont pas prêts à un règlement politique basé sur le compromis.
C’est conforme à ce que Yehoshefat Harkabi écrivait dans les années 70 :
« la volonté de refuser les solutions politiques est la principale faiblesse idéologique des Arabes » [ASIR, p. 106]. C’est leur point faible.
 
Il y a des signes qu'une nouvelle vision, plus réaliste, de ce que veulent vraiment les Palestiniens, remplace l'image idyllique que leurs amis dévoués et indulgents leur ont attribuée.
Le moment est venu pour tout le monde de se renseigner sur la réalité de leurs espérances, de leur violence, de leur corruption, et de leurs procédés d'intimidation.
Ce changement d’appréciation peut intervenir subitement, ou au cours d'un processus graduel d'érosion, mais il est clair qu’il faut un catalyseur.
Pour remporter la guerre des médias contre les Palestiniens, il sera indispensable de faire connaître leurs véritables intentions, d’orienter les débats sur leurs aspirations génocidaires, de mettre en évidence les maladies de leur société, et de faire en sorte que la charge de la preuve leur incombe.
 
Je viens de décrire les premiers signes d'une nouvelle donne. Israël et ses soutiens devraient en tirer le meilleur parti.
 
Dr Joël Fishman - Le Dr Joël Fishman est membre du Jerusalem Center of Public Affairs.
 
Parmi ses publications : « La politique d’information d’Israël et le défi de la guerre idéologique » Nativ, Vol. 15, n° 6 (novembre 2002), pp. 58-64. (en hébreu) ; « Politique de l’Information et identité nationale: la guerre idéologique d’Israël », Ariel Center for Policy Research Paper n° 142 (janvier 2003) ; « Dix ans après Oslo : la stratégie de guerre populaire de l’OLP et la réponse inadéquate d’Israël », Jerusalem Center for Public Affairs, Jerusalem Viewpoints n° 503, 1er septembre 2003.
« La terminologie antisémite contemporaine et ses origines dans la guerre froide », Jerusalem Center for Public Affairs, Jerusalem Viewpoints n° 517, 2-16 Mai 2004.
« La Guerre d'Oslo » (avec le Prof. Ephraim Karsh), Editions de Passy, Paris 2005.
 
Notes :
 
(1) A l’évidence, une certaine désillusion à l’endroit des espoirs d’Oslo et l'expérience du second soulèvement armé [seconde Intifada, ndlr] commencent à produire leurs effets.
 
(2) A la fin des années 60 et au début des années 70, la direction de l’OLP a pris conscience que le fait d’être identifiée, aux yeux de tous, comme une organisation terroriste entravait le progrès de sa cause au plan international. Dans l’espoir d’obtenir le soutien de l’opinion publique internationale et de gagner un certain niveau de respectabilité, l’OLP redessina son image. Elle ne parla plus de « jeter les juifs à la mer ». Elle adopta officiellement, en 1974, « la stratégie échelonnée », ou stratégie des étapes, qui masquait ses véritables intentions et la poursuite de son objectif final.
L’OLP a cultivé l'image d'un gouvernement en exil, qui se proposait de rejeter le terrorisme et de reconnaître Israël.
Le professeur Martin Kramer a écrit que, durant les années 80, les universitaires américains spécialistes du Moyen-Orient prédisaient, avec confiance, une « exception palestinienne » ; selon eux, les Palestiniens rompraient notamment avec le modèle de culture politique autoritaire existant dans la région, et édifieraient le premier État arabe démocratique, avec une culture civile épanouie, et financièrement responsable (Des tours d’Ivoire sur du sable, pp. 70-80).
 
(3) Qui se souvient encore du choc qui a suivi la lecture, par Haïm Herzog, de la transcription de la conversation téléphonique entre Nasser avec le Roi Hussein pendant la guerre de 1967 ?

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