Iran : Une chute programmée

Publié le par Ofek

Pierre Lefebvre  - Primo Europe - Dessin : Placide
 
 
Les récentes élections iraniennes montrent que le régime d’Ahmadinejad n’est pas si installé qu’il y parait dans la conscience politique iranienne. L'humiliante déculottée que doit affronter le président iranien laisse peu de doute sur son avenir politique.
Le négationnisme forcené d'Ahmadinejad rend finalement bien service, non seulement aux firmes occidentales - nous verrons pourquoi - , mais aussi et surtout au clergé chiite. Les religieux vont reprendre la main.
 
Encore que, nous l’avons vu, le terme « religieux » doit être pris avec circonspection.
Rafsandjani et consorts sont, depuis Bani Sadr, les principaux acteurs économiques de l’Iran islamiste.
Corruption, fortunes immenses, prévarication sont monnaie courante. Les firmes occidentales qui négocient de juteux contrats avec la République Islamique connaissent le système des commissions.
Total vient d’être inquiété par la justice française à ce propos. Dès le 17 décembre, Primo évoquait l’attitude équivoque du groupe Total dans une affaire de corruption impliquant le fils de cet ayatollah « réformateur » (1).
Nous ignorions, au moment de la rédaction de ces lignes, que 3 jours plus tard, la justice française allait donner de la voix. (2)
 
Peu importe le régime qui s’installera en Iran si, d’aventure, celui d’Ahmadinejad venait à tomber, comme cela est de plus en plus clairement envisagé.
La question est maintenant de savoir s’il tombera avant ou après avoir acquis la maîtrise nucléaire.
Les récentes sanctions de l’ONU et les atermoiements qui ont présidé à l’établissement de ces sanctions sont autant de signes que la diplomatie internationale est d’abord la somme d’intérêts particuliers.
Dans cette affaire iranienne, aucun pays n’a véritablement le souci premier de la paix et de la justice internationale.
Qu’Ahmadinejad menace Israël de désintégration est certes fâcheux pour ceux qui nous gouvernent, mais leur approvisionnement énergétique leur cause bien plus de soucis.
 
Plusieurs voix se sont élevées pour attirer l’attention des investisseurs mondiaux.
L’Iran veut maintenant dépendre de l’Euro plutôt que du dollar. Il y a seulement quelques années, cette annonce aurait plongé l’économie occidentale dans le marasme. Certains, qui ont envisagé cette hypothèse, y voyaient le facteur déclenchant d’une guerre mondiale. « Jamais les Etats-Unis n’autoriseront un tel affront », clamaient-ils.
 
Mais la donne a changé avec la guerre en Irak et la relative stabilisation du marché pétrolier. De plus, depuis plusieurs mois, un autre géant est venu perturber les calculs iraniens. Le montant des réserves de la république islamique ne pèse plus très lourd en regard des mille milliards de dollars détenus par la Banque de Chine par exemple.
Les analystes s’accordent à dire que les pays du Moyen-Orient détiennent en général un montant qui varie de 20 à 30 milliards de dollars, autant dire des cacahuètes face au mastodonte chinois.
 
Idéologie et économie ne font pas bon ménage
 
Le régime iranien fait donc un mauvais calcul.
Cela, en passant, réjouit les Etats-Unis puisque l’euro sera, un jour ou l’autre, affaibli par cette initiative. De surcroît, le calcul est risqué. Cette décision, qui a tout du politique, du symbole, ne tient pas compte des réalités économiques.
A court terme, l’Iran perdra, ce qui ne fait pas les affaires de ceux qui dirigent, en sous-main, la République Islamiste.
Ils sont en train d’y perdre leurs chemises et leurs burkhas.
L’euro est pour l’instant une monnaie plus forte. Ils y perdent avec un dollar aussi faible qu'il l'est actuellement. L'économiste iranien Mohammad Reza Behzadian fait remarquer, que, s'agissant du pétrole, « l'échange des pétrodollars en euros sera très coûteux ».
Ahmadinejad a donc plus à craindre de ses adversaires à l’intérieur de l’Iran dont il ruine toute l’économie depuis son accession au pouvoir que des pressions extérieures.
 
Le nucléaire, une nécessité
 
Il n’est pas question ici de morale ni d’éthique.
Il est toujours gratifiant de se prononcer, face aux caméras, contre le nucléaire iranien, même civil. Cette position ne tient aucun compte des réalités économiques.
Il est hors de doute qu’une bombe nucléaire aux mains d’un idéologue haineux comme Ahmadinejad reste un danger sans égal.
Sur ce point, Israël, qui sera le premier visé, fait bien de mobiliser la communauté internationale.
 
Mais l'Iran a d’autres urgences, qui concernent sa survie.
Assis sur les premières réserves d’or noir de la planète, il étonne l’analyste moyen qui se demande comment on peut autant avoir besoin d’énergie avec ces réserves incalculables d’or noir. L’analyste moyen néglige le fait qu’avoir de grandes réserves ne signifie pas pour autant avoir les moyens techniques de les exploiter.
 
Une étude américaine rendue publique lundi décrit par le menu ce qui risque fort d’arriver à la République Islamique. La conclusion est sans appel : l’Iran souhaite développer le nucléaire civil pour éviter d'avoir à faire face dans les prochaines années à une pénurie d'énergie provoquée par le manque d'investissements dans le secteur pétrolier.
En bref, les occidentaux ont de l’Iran pays exportateur de pétrole une image tronquée.
« Depuis 1980, la croissance de la demande énergétique (en Iran) a atteint 6,4%, ce qui est supérieur à la croissance de l'offre (+5,6%) et les exportations stagnent depuis 1996 ».
 
Selon cette étude, la production de l'Iran a été inférieure lors des 18 mois écoulés au quota fixé par l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), ce qui témoigne des difficultés de production du pays.
Roger Stern, l’auteur de cette étude, estime que cette crise énergétique potentielle pourrait faire chuter le régime actuellement en place à Téhéran.
 
On sait des courbes de production qu’elles font apparaître un seuil critique au delà duquel la demande sera toujours plus forte que l’offre. Nous le connaîtrons en Europe, selon les spécialistes, d’ici 20 à 30 ans. Pour accroître la capacité iranienne de production énergétique, il faudrait des efforts de modernisation de la chaîne d’extraction et de traitement sans aucune comparaison avec les capacités financières de cet état.
L’écart entre la demande intérieure et l’offre ira en s’accroissant. La population iranienne ne pourra supporter longtemps un régime qui su permettre qu’à une toute petite nomenklatura de profiter de la manne pétrolière.
 
La croissance du reste de la population entraîne une hausse de la demande intérieure à laquelle ne peuvent répondre des infrastructures vieillissantes.
L'Iran, deuxième producteur de l'Opep derrière l'Arabie Saoudite, se retrouve donc contraint d'importer certains produits pétroliers, ce qui obère les bénéfices qu’il peut tirer de ses faibles exportations.
 
L'Iran aura son nucléaire civil
 
L'optimisme incite à penser à une révolution en douceur.
L’Iran, héritier d’une longue histoire d’échanges et de philosophie, berceau de plusieurs religions et écoles de pensée, est peuplé non d’Arabes mais de Perses, dont la langue, à la différence des pays qui l’entourent, est indo-européenne.
Ce substrat culturel ne peut s’éliminer en 30 années de révolution islamique, même la plus répressive. Mais l'islamisme a su maintes fois doucher les optimismes les plus débridés.
 
L’Iran est donc confronté à un choix cornélien : il a besoin du nucléaire civil pour répondre à ses besoins intérieurs en énergie. Il lui faut produire plus pour exporter plus afin d’avoir les moyens de moderniser sa chaîne de traitement de l’or noir.
La communauté internationale connaît ce besoin et doit en tenir compte sous peine de voir l'Iran basculer définitivement dans le Moyen Age.
 
Alors, il vient le Mehdi ?
 
Le malheur est qu’Ahmadinejad attend son Mehdi qui sortira d’un puit à la fin du monde.
C’est du moins sa croyance, son dogme. Et on ne discute pas avec le dogme. Le président iranien ne convainc personne lorsqu’il dit que son nucléaire sera à visée civile uniquement.
 
Mais on ne peut raisonnablement écarter l’hypothèse que les affirmations de l'Iran selon lesquelles il a besoin de l'énergie nucléaire sont réelles et trahissent l'inquiétude d'être confronté à un manque de revenus des exportations de pétrole.
« Le régime iranien serait, dans un tel cas, beaucoup plus vulnérable qu'estimé actuellement », selon Roger Stern.
 
Et l’on sait combien un peuple vulnérable peut devenir un danger pour la paix du monde.
Du coup, il faut regarder de près l’installation prochaine des 3 000 centrifugeuses en cascade qui permettront à l’Iran d’obtenir le combustible.
Malheureusement, les inspecteurs de l’AIEA ne sont plus les bienvenus en Iran depuis les sanctions onusiennes.
 
Le scénario est rédigé au détail près. Les acteurs sont en place. Les navires lance-missiles français, anglais et américains sont sur zone.
Tout le monde attend une seule chose : un changement de régime à Téhéran et un président plus souple sur le nucléaire, susceptible de donner toutes les assurances qu’il s’agit bien que de nucléaire civil et qu’il n’aura jamais la tentation de s’en servir.
 
Les promesses n’engagent que ceux qui les croient.
Les trafics continueront, au grand bénéfice des religieux iraniens jusqu'à ce que le peuple, étudiants en tête, ne se lasse vraiment.
Mais la communauté internationale a-t-elle déjà encouragé les étudiants démocrates iraniens ?
 
(1)    lire
(2)   En savoir plus sur cette affaire trouble : http://www.iran-resist.org/article2921

Publié dans Iran - Syrie

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