Désinformations

Publié le par Ofek

Jean-Gérard Lapacherie - Liberty Vox
Jean-Gérard Lapacherie n’entendait pas finir l’année sans dénoncer la « servitude volontaire » des médias publics et la désinformation qui s'institutionnalise en France.
 
Le jeudi 21 décembre, France 3 a diffusé lors du 19/20, à 19 heures 45 environ, un assez long reportage sur un père de famille marocain, prénommé Karim, tué en 2005, lui et son fils âgé de dix ans environ, en Arabie saoudite, où il avait planifié des attentats contre des étrangers.
C’est Fatiha, sa veuve vêtue de la burka noire intégrale et aux mains gantées de noir (on ne voyait que ses lunettes), vivant dans un bel appartement de Casablanca, qui, dans un français parfait, a raconté les engagements religieux et armés de son mari, qu’elle a connu au lycée français « ouvert », « multiculturel », « moderne », « laïque », de Casablanca, alors qu’ils y étaient l’un et l’autre élèves.
 
De lui, elle a fait un portrait hagiographique, comme s’il était saint ou martyr (chahid, à n’en pas douter), montrant des photos de cet héritier heureux et insouciant, issu d’une riche famille, ayant la double nationalité, marocaine et française (sa mère est française).
Elle a résumé son « parcours » : soutien actif aux (seuls) musulmans de Bosnie lors de l’éclatement de la Yougoslavie, séjour en Afghanistan, amitié de Ben Laden (ces deux bourgeois nantis étaient faits pour s’entendre : réflexe de classe sans doute ?), puis guerre contre les mauvais musulmans ou contre les chrétiens ou les juifs.
Cette dame s’est lancée dans un panégyrique des combattants d’Al Qaïda, qu’elle juge fraternels, généreux, désintéressés, etc.
Elle attend avec impatience que les talibans reprennent le pouvoir en Afghanistan pour s’y établir définitivement, son rêve étant de mener une vie conforme au Coran dans un pays régi par la loi de l’islam.
 
Bien que les trois quarts du reportage aient été consacrés à ce couple de militants, lui « martyr », elle « sainte », le journaliste qui en est l’auteur, par souci d’impartialité, a laissé la parole à L. Caprioli, l’ancien n° 2 de la DST, qui a expliqué pourquoi les militants comme ce « Franco-marocain » Karim représentaient pour la France et l’Europe ou l’Occident un danger extrême : ils ne se font pas remarquer quand ils viennent en Europe, ils sont bien éduqués, bien habillés, ils parlent bien, ils sont discrets, ils ne fréquentent pas les mosquées visibles surveillées par la police, ils sont en contact direct avec la direction opérationnelle d’Al Qaïda, ils sont insaisissables, ils ne peuvent pas être repérés, etc.
 
La question en suspens est celle de la signification que le journaliste et la chaîne publique qui l’emploie ont voulu donner à ce reportage (images et entretiens), qui est loin d’être anodin et surtout qui n’a pas de lien avec l’actualité immédiate : les faits évoqués datent de 2005 ou d’avant 2005 ; ils se passent en Arabie ou en Afghanistan.
Les téléspectateurs pouvaient en tirer trois leçons sur la situation du Royaume du Maroc, sur les menaces que les militants de l’islam politique font peser sur la France, sur le lien existant entre la religion musulmane et la guerre.
 
1. Le Maroc
 
En 2007, vont y avoir lieu des élections législatives.
En 2002 ou 2003, 50% des électeurs inscrits s’étaient abstenus. On ne connaît pas vraiment les causes de cette abstention massive, étonnante dans un pays qui a choisi récemment la voie démocratique pour élire ses dirigeants.
Alors, deux des trois partis de l'islam politique n’avaient pas été autorisés à présenter des candidats, parce que, entre autres raisons, ils remettaient en cause la dynastie alaouite et préconisaient l’établissement d’un Etat (une république ?) islamique au Maroc, ce que le Roi, garant des institutions, et ceux qui le conseillent ne pouvaient pas accepter.
Le troisième parti, le PJD, autorisé, avait obtenu, sans avoir fait de vraie campagne, 25% des suffrages.
Ce que tous les observateurs prévoient en 2007, c'est un raz-de-marée électoral en faveur de ce PJD et de ses alliés, à l’instar de ce qui s’est passé en Palestine et au Liban.
Mais, pour des raisons géopolitiques et pour ne pas gêner nos amis marocains (ceux qui exercent le pouvoir et dont on soupçonne qu’ils ne sont pas tous honnêtes), les journalistes, qu'ils exercent dans des médias publics ou privés, préfèrent ne pas évoquer ces faits, sinon de façon indirecte (et incompréhensible), comme dans ce reportage sur le Maroc, en porte-à-faux avec l'actualité.
Si les Marocains dynamiques et supposés « modernes », en particulier les jeunes gens, ont basculé dans le camp de l’islam politique, le résultat des élections est déjà écrit.
 
2. Les militants de l’islam politique
 
Ceux qui ont été montrés dans ce reportage sont issus de la bourgeoisie d’affaires de Casablanca : beaux appartements, mère française, études au lycée français, etc.
Dans ce reportage, sont exposés des faits inquiétants pour ce qui est de la sécurité de la France et que l’on est en droit de mettre en relation avec les informations diffusées depuis deux ou trois ans sur les menaces d’attentat visant la France : une guerre sourde, latente, secrète, invisible, mais générale ou totale, est déclarée à l’Europe ou à l’Occident, par des nantis que la France a formés ou contribué à former sur le plan culturel et intellectuel, ou à qui elle a donné la nationalité française, et non pas par des « déshérités », par des « pauvres », par des « dominés », comme le clament à cor et à cri les gauchistes et autres islamo-gauchistes.
Le scandale de la vérité est dans ce fait : ce sont des nantis qui ont déclaré la guerre et qui la font.
 
3. La veuve Fatiha
 
Elle a exprimé sans ambages, sans non-dits, sans contorsions, sans langue de bois, clairement, ouvertement, nettement le lien qui existait entre la foi qui la faisait agir ou qui donnait un sens à sa vie et la guerre, le meurtre, les attentats.
Elle est musulmane, donc elle est en guerre, comme son mari, pour imposer l’islam, pas un ersatz, le véritable islam, partout dans le monde, que ce soit dans les pays déjà musulmans ou les pays qui ne le sont pas encore.
 
Or, à aucun moment, France 3 n’a eu le courage d’assumer les leçons et le sens, qui étaient pourtant objectivement inscrits et explicitement dans ce reportage.
La rédaction de cette chaîne aurait pu rappeler que le dénommé Karim était un criminel et que sa veuve faisait l’apologie de crimes.
Tout a été fait pour que ces leçons ne soient pas tirées par les téléspectateurs à qui elles étaient pourtant assénées, comme si les citoyens étaient vivement incités à ne pas voir ce qui leur avait été montré ou comme s’il leur était enjoint de fermer les yeux sur ce qu’ils avaient regardé.
 
Comment la bombe a-t-elle été désamorcée ou comment le processus de prise de conscience a-t-il été empêché ?
 
France 3 a fait appel à un spécialiste de géopolitique, dénommé Gérard Chaliand, ancien gauchiste, d’habitude assez bien inspiré sur les questions de géopolitique, pour « décrypter » le reportage et pour énoncer le sens que les téléspectateurs devaient donner aux images qu’ils avaient regardées et aux propos qu’ils avaient entendus.
 
Chaliand en a retenu, non pas la guerre déclarée à l’humanité, mais une dérive sectaire.
La veuve Fatiha, nous a-t-il expliqué, est membre d’une secte nommée Al Qaïda, la « base », le QG, le repaire du caïd, du chef, du Cid.
Cette secte serait à l’image des sectes chrétiennes d’Occident. Ses membres aliénés ou manipulés, cessant d’être eux-mêmes, seraient enfermés dans un univers étroit et paranoïaque.
Oui, l’islam politique serait une secte millénariste, comme la secte de Sus (64), Tabatha’s Place, dont France 3 a longuement entretenu ses téléspectateurs à une heure « de grande écoute » au début du mois de décembre, ou comme Les Témoins de Jéhovah ou comme les Amisch.
 
Or, ces sectes ont beau manipuler leurs membres ou restreindre leur libre arbitre (ce qui est à prouver), elles n’appellent pas à tuer ceux qui vivent à côté d’elles, elles ne tuent personne, elles ne font pas la guerre.
Les Amisch sont pacifistes, ils ne possèdent pas d’armes, ils s’interdisent de tuer, ils vivent seulement selon les préceptes bibliques.
En cinq minutes, France 3, la chaîne de la « vigilance » citoyenne, a utilisé un chercheur (manipulé ?) pour accomplir une triple basse besogne : détourner l’attention des Français de la situation explosive du Maroc, pays ami et destination « touristique » en vogue chez les bobos ; cacher les germes de guerre qui sont dans la doctrine de l’islam ; nier toute menace pesant sur la France, l’Europe et même l’humanité tout entière.
 
Naguère, dans les pays totalitaires avec parti unique et Etat tout puissant, l’information était filtrée par la caste qui tenait les rênes du pouvoir.
Rien ne filtrait et, quand la situation devenait critique, le pouvoir exhibait ses marionnettes (intellectuels organiques, experts en géopolitique, hiérarques syndicaux) pour apaiser les inquiétudes, mentir sur les faits, noyer le poisson, etc.
 
C’est à ce régime qu’ont été soumis les « citoyens » français par une chaîne publique, dans un pays qui n’est pas totalitaire, du moins pas encore, mais où l’information, elle, l’est, dès qu’elle traite un sujet sensible.
 
A la liste de toutes les « servitudes » recensées par les spécialistes de sciences politiques, il faut ajouter la servitude « volontaire », celle à laquelle succombent de plus en plus souvent les médias publics.

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