Le dialogue Euro-Arabe et la naissance d'Eurabia (Suite)

Publié le par Ofek

Le laxisme politique des gouvernements européens fut aggravé par l’octroi aux pays arabes, d’exporter, avec leur population, leur culture et leur mœurs (Déclaration du DEA à Damas, 11 sept. 1978).
Cette implantation culturelle en Europe, intégrée dans l’immigration, c’est-à-dire le transfert de millions de musulmans d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie avec leur culture d’origine dans les pays d’accueil, avait déjà été planifiée au cours du séminaire Euro-Arabe tenu à l’Université de Venise (28-30 mars, 1977) sur « Les moyens et les formes de la coopération pour la diffusion en Europe de la langue arabe et de sa civili­sation littéraire. »
 
Le Séminaire fut organisé par l’Ins­tituto per l’Oriente à Rome et la Faculté de Langues étrangères, section de littérature arabe, de l’Univer­sité de Venise.
Les participants comptaient 14 univer­sitaires des pays arabes, 19 arabisants des universités européennes, de nombreuses autres personnalités liées au monde musulman ainsi que le représentant de l’Institut Pontifical des Etudes Arabes, à Rome.
Le séminaire était intégré au Dialogue Euro-Arabe, c’est-à-dire avec l’assentiment du Président de la CE et des ministres des Affaires étrangères de chaque pays qui y était représenté. Les participants arabes représen­taient l’Algérie, l’Arabie Saoudite, l’Egypte, l’Irak, la Jordanie, le Qatar, le Soudan et la Tunisie.11
 
Parmi les sujets abordés durant les quatre sessions de travail, les rapporteurs européens présentèrent leurs rapports sur la diffusion et la connaissance de l’arabe et de la civilisation des Arabes dans leurs pays respec­tifs.
Les délégués arabes de leur côté exposèrent les méthodes d’enseignement facilité de l’arabe pour les non-Arabes, qu’ils pratiquaient dans leur pays.
Le Séminaire se conclut par l’adoption de nombreuses Recomman­dations.
On ne peut ici les reproduire toutes, mais leur teneur générale préconise la création dans les capita­les européennes, de Centres de diffusion de la langue et de la culture arabe dans tous les pays européens en coordination avec les pays arabes.
Ce projet pré­voie l’instauration dans les Instituts et les Universités européennes de professeurs arabes spécialisés dans l’enseignement aux Européens.
 
« Les participants à ce séminaire présentent unanimement les recommandations suivantes à l’attention des gouverne­ments des Etats membres de la Communauté Européenne et de la Ligue des États Arabes :
 
1. Coordination des efforts faits par les pays arabes pour diffuser la langue et la culture arabe en Europe et trouver la forme appropriée de coopération parmi les Institutions arabes opérant dans ce domaine.
 
2. Création de Centres Culturels Euro-Arabe jumelés dans les capitales européennes qui entreprendront la diffusion de la langue et de la culture arabe.
 
3. Encouragement aux institutions européennes, au niveau universitaire ou à d’autres niveau ; qui sont concernés par l’enseignement de la langue arabe et la diffusion de la culture arabe et islamique.
 
4. Soutien aux projets jumelés de coopération entre des ins­titutions européennes et arabes dans la recherche linguistique et l’enseignement de la langue arabe aux Européens ».12
 
La 10e recommandation stipule que l’enseignement de l’arabe doit être lié à la culture arabo-islamique et aux préoccupations actuelles arabes.
La 11e souli­gne la nécessité de coopération entre les spécialistes européens et arabes afin de présenter un tableau objectif de la civilisation arabo-islamique et des problèmes contemporains arabes aux étudiants et au public éduqué européen, afin de l’attirer vers les études arabes.
Les résolutions suivantes définissent les formes de coopération entre universités arabes et européennes et leurs spécialistes respectifs ainsi que l’organisation des fonds nécessaires à ce projet d’ara­bisation dans la CE.
La dernière recommandation (19) considère nécessaire l’établissement d’un comité permanent d’experts arabes et européens chargés de contrôler le suivi et l’application des décisions concernant la diffu­sion de l’arabe et de la culture arabe en Europe, dans le cadre du Dialogue Euro-Arabe.
Ce cadre signifiait l’approbation des ministres des Affaires étrangères des pays de la CE et de sa présidence, en relation avec le Secrétaire de la Ligue des pays arabes, ainsi que les autres diplomates, représentés dans la Commission Générale dont les travaux se déroulaient à huis clos et sans procès-verbaux.
 
Les exigences culturelles du bloc arabe
 
Ainsi dès les années 1970, la politique de l’immigra­tion, intégrée dans la conception économico-politi­que du DEA (1973), n’envisageait pas une émigration ponctuelle d’individus désireux de s’intégrer aux pays d’accueil.
Elle planifiait une implantation homogène dans le tissu laïc européen, de collectivités étrangères se chiffrant en millions, venues non pour s’intégrer mais avec le projet d’imposer de droit, aux pays d’ac­cueil, leur propre civilisation.
 
La pusillanimité politi­que de la CE facilita la création de milieux en rupture, hostiles à leur environnement dont ils rejettent les institutions laïques considérées inférieures à celles de la charia donnée par Allah.
Ainsi dès le début de l’im­migration, l’intégration était exclue, alors même que le DEA réclamait pour les immigrés arabes, les droits conférés par des institutions juridiques européennes que ces derniers refusaient, puisqu’ils se prévalaient de leur propre culture arabo-islamique fondée sur la charia.
 
Le Symposium de Hambourg (11-15 avril 1983) fut inauguré en grande pompe par le discours d’ouverture de Hans-Dietrich Genscher, ministre des Affaires étrangères de la République Fédérale d’Allemagne, suivi par celui du Secrétaire Général de la Ligue Arabe, Chadly Klibi.
Genscher rappela avec force la dette de l’Europe envers la civilisation islamique et souligna l’importance du Dialogue pour cimenter la solidarité euro-arabe.
Il évoqua le début, en 1973, du Dialogue et l’importance du volet politique qui ne devait pas être ignoré - autrement dit la politique anti-israélienne de la CE au Moyen-Orient comme fondement de tout l’édifice économique de la Coopération Euro-Arabe.
Les deux parties du Dialogue — recom­mandait Genscher — devaient toujours se souvenir du Mémorandum Conjoint émis au Caire en 1975. Ce document constituait la Charte du Dialogue et insistait sur la vision politique commune des Arabes et de la CE qui ensemble, luttaient pour la création d’une relation spéciale entre les deux groupes.
 
«Nous Européens, nous avons parlé fort et de façon convaincante pour une reprise du Dialogue Euro-Arabe dans la Déclaration de Venise du 13 Juin 1980. Depuis lors, les différents groupes de travail intégrés au Dialogue sont devenus plus actifs et les projets pour le futur sont maintenant prometteurs » 13.
 
Dans la Déclaration de Venise, la CE s’était tota­lement alignée sur les exigences politiques arabes concernant Israël.
Elle avait affirmé les droits natio­naux des Palestiniens « qui n’étaient pas seulement des réfugiés » (art.6).
L’article 7 exigeait la participation de l’OLP aux négociations.
Dans l’article 8 « les Neuf soulignent qu'ils n’accepteront aucune initiative unilatérale visant à changer le statut de Jérusalem. »
Dans l’article sui­vant « Les Neuf soulignent le devoir pour Israël de mettre fin à l’occupation territoriale qu’il a maintenu depuis le con­flit de 1967 comme il l’a fait pour une partie du Sinaï.
Ils sont profondément convaincus que les villages (settlements) israéliens constituent un obstacle sérieux au processus de paix au Moyen Orient.
Les Neuf considèrent que ces villages, comme les modifications de population et de propriété dans les territoires arabes occupés, sont illégaux par rapport à la loi internationale. »
 
Au cours du Symposium les orateurs des deux par­ties présentèrent divers exposés liés à l’intégration des deux civilisations.
Les participants furent répartis en trois groupes de travail.
Le premier examina les pers­pectives d’avenir des échanges culturels. On y discuta des accords entre universités, des échanges d’étu­diants et de professeurs dans tous les domaines cul­turels, et de la diffusion en Europe des publications arabes.
Les domaines de cette coopération culturelle devaient être définis par un Accord culturel général entre la Ligue Arabe et la Communauté Européenne.
A l’intérieur de ce contexte des domaines plus spé­cialisés seraient délimités. Un petit comité conjoint dans le cadre du Dialogue serait créé et mandaté pour surveiller l’application et la conformité de ces accords avec les buts visés, il examinerait les nouveaux projets et leur exécution.
Le groupe de travail suggéra divers projets qu’on résumera ici :
 
1. La publication biannuelle d’un journal Euro-­Arabe destiné à faire connaître au public européen, le développement culturel et intellectuel du monde arabe.
 
2. Le renforcement des contacts et de la coopération intellectuelle par des accords et des échanges entre des syndicalistes arabes des différentes professions et leurs semblables européens.
Le côté arabe proposa tout particulièrement des accords avec l’union des Ecrivains et des Editeurs arabes, des rencontres pério­diques entre les syndicats européens et arabes de la Radio et de la Télévision et entre des Associations de producteurs de films et des acteurs.
 
3. La programmation de séminaires entre petits groupes de spécialistes sur différents thèmes tels que l’historiographie arabe, le dialogue religieux, la publi­cation de livres, la formation des libraires, l’investiga­tion du contenu des livres scolaires à tous les niveaux concernant l’histoire des deux régions.
 
Le second groupe de travail se consacra aux : «Conséquences de la Migration des Travailleurs et des Intellectuels ».
Les participants constatèrent que l’immigration arabe se transformant en résidence permanente, l’exécution de la Déclaration de Damas (décembre 1978), était désormais insuffisante pour la situation en 1983.
Il fallait notamment compléter l’article stipulant les droits du migrant arabe et des membres de sa famille, à jouir dans les pays euro­péens, de l’égalité de traitement en matière de loge­ment, de travail, de salaires, de droits économiques, d’association, et de libertés publiques fondamentales.
Des mesures politiques et des programmes « propres à assurer l’exécution de ces principes furent planifiés afin d’assurer le maximum de prestations aux migrants et un maximum de bénéfices pour les pays d'origine et d’accueil dans un esprit de franche coopération parmi les pays engagés dans le Dialogue ».
 
« Il est recommandé que l’intégration sociale des immigrés et de leurs familles soit facilitée dans les pays d’accueil par :
 
a. l’octroi de droits égaux dans le logement, le travail, le sys­tème éducatif la formation professionnelle et l’apprentissage,
 
b. rendre le grand public plus conscient du milieu culturel des immigrés par la promotion par exemple des activités cul­turelles des communautés immigrées,
 
c. fournir des informations adéquates sur la culture des communautés immigrées dans les programmes scolaires,
 
d. créer des facilités spéciales d’enseignement et de formation pour les fonctionnaires en relations avec les immigrés, médecins, policiers, enseignants, travailleurs sociaux, etc. »
 
Les immigrants arabes devaient avoir également accès aux mass media afin de leur assurer des infor­mations régulières dans leur propre langue, sur leur culture et sur les conditions de vie des pays d’accueil.
Il fut également recommandé « d’élargir la coopération entre les groupes d’immigrés et la population nationale et de prendre des mesures pour augmenter la participation des groupes d’immigrants dans les activités syndicales et d’explo­rer leur participation dans la vie politique. »
 
Le sixième point recommandait aux pays arabes d’origine de ren­forcer leur soutien culturel aux immigrés arabes en Europe et de renforcer la coordination pour soutenir les efforts des communautés arabes pour promouvoir la langue et la culture arabes en Europe.
 
Le troisième groupe de travail examina la coopé­ration dans le domaine de l’enseignement de l’arabe et des langues européennes.
Ce groupe souligna que cette question était de la plus haute importance car elle constituait un principe de base du Dialogue Euro-Arabe.
Les décisions du Séminaire de Venise (1977) furent complétées par celles du Symposium de Hambourg (1983).
On réitéra la nécessité de diffuser en Europe la langue et la culture arabes par les pays arabes et leurs institutions spécifiques ainsi que par des Centres culturels Euro-Arabe dans les capitales européennes.
Il fallait enseigner l’arabe aux enfants immigrés, assurer la publication et la distribution de journaux et de livres arabes destinés à un public cul­tivé européen afin de donner un tableau objectif et séduisant de la civilisation islamique.
Un programme d’exécution de toutes les activités examinées fut planifié sur cinq ans.
 
À la lecture des actes de ces nombreux symposiums, l’on est frappé par la différence de discours entre les deux parties.
Les Européens adoptent un langage prudent, admiratif et flatteur envers l’islam.
Des hom­mages excessifs sont rendus à la grande civilisation islamique à laquelle s’abreuva celle de l’Europe dans toutes ses composantes (Hans-Dietrich Genscher, ministre allemand des Affaires Etrangères, Sympo­sium de Hambourg, 1983).
De plates et humbles excu­ses sont formulées pour la colonisation et les préjugés européens anti-arabes.
Du côté arabe, par contre, le ton est celui d’un maître qui fustige et enseigne, sûr de la tolérance, de l’humanisme et de la grandeur de sa civilisation, source spirituelle et scientifique de l’Europe.
Les reproches ne manquent pas, notamment concernant l’insuffisance des mesures européennes contre Israël, point central et essentiel sur lequel s’est bâtie toute l’infrastructure du Dialogue.
Les discours arabes martèlent en termes venimeux (l’usurpation sioniste, la main sioniste brandie pour tuer le peuple arabe dans chaque pays, politique raciste institutionnalisée) l’obligation des Européens de sévir contre Israël.
Ils leur rappellent le devoir de reconnaître et d’enseigner au niveau universitaire, la grandeur et la supériorité de la civilisation islamique et de l’islam.
Des prédicateurs exposent l’origine islamique du judaïsme, du christianisme et de toute l’humanité, née musulmane dans sa pureté originelle.
 
L’alignement de la Communauté européenne
 
On peut sans hésiter affirmer que le Dialogue Euro­-Arabe transforma en trente ans (1973-2002) la civili­sation européenne, donnant naissance à une culture hybride : Eurabia.
 
On énumérera ici les conséquences du Dialogue.
 
Au plan politique la CE s’est totalement alignée sur les directives concernant Israël formulées par la Ligue Arabe dès 1970 comme on le constate dans la Déclaration des Neuf sur le Moyen-Orient (Londres, 29juin 1977) et le Discours prononcé par M. Simonet, ministre belge des Affaires étrangères, et président de la CEE aux Nations Unies (New York, 26 septembre 1977).
Certaines de ces déclarations répètent mot pour mot celles émises par la 2è Conférence islamique de Lahore (1974).
 
Ainsi, le Conseil Européen (Londres, 29juin 1977) précisait dans l’article 2 de sa Déclaration :
— l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la force,
— la nécessité pour Israël de mettre fin à l’occupation territoriale qu’il maintient depuis le conflit de 1967,
— la reconnaissance que, dans l’établissement d’une paix juste et durable, il devra être tenu compte des droits légitimes des Palestiniens.
 
Dans son article 3, on lit :
« Les Neuf sont convaincus qu’une solution du conflit au Moyen- Orient ne sera possible que si le droit légitime du peuple palestinien à donner une expression effective à son identité nationale se trouve traduit dans la réalité qui tiendra compte de la nécessité d’une patrie pour le peuple palestinien. Ils considèrent que les représentants des parties au conflit, y compris le peuple palestinien, doivent participer aux négo­ciations d’une manière appropriée, à définir en consultation entre toutes les parties intéressées. Dans le cadre d’un règle­ment d’ensemble, Israël doit être prêt à reconnaître les droits légitimes du peuple palestinien. De même la partie arabe doit être prête à reconnaître le droit d’Israël à vivre en paix à l’in­térieur de frontières sûres et reconnues »14.
 
Cette déclaration avait été préparée par la session de la Commission Générale du DEA de Tunis (10-12 Février 1977) et confirmée par la troisième session de la Commission Générale (Bruxelles, 26-28 octo­bre 1977) dont l’article 9 énonce que la partie arabe a répété que le moment était venu pour les Neuf de reconnaître comme représentant légitime du peuple palestinien l’Organisation de Libération de la Pales­tine qui a été reconnue comme telle par tous les États arabes, par la plupart des autres pays ainsi que par les Nations Unies.
 
Le 26 septembre 1977, M. Simonet, ministre belge des Affaires étrangères et président du Conseil de la CEE avait déclaré à l’Assemblée Générale de l’ONU à New York, que le conflit du Proche-Orient devra être fondé sur les résolutions 242 et 338 (1973) :
« ainsi que sur les principes de base suivants : d’abord, l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la force ; ensuite, la nécessité pour Israël de mettre fin à l’occupation territoriale qu’il maintient depuis le conflit de 1967 ; puis le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance de chaque État de la région et de son droit de vivre en paix dans des frontières sûres et reconnues ; et enfin, la reconnaissance que, dans l’établissement d’une paix juste et durable, il devra être tenu compte des droits légitimes des Palestiniens…
Les Neuf continuent également à penser qu’une solution au conflit ne sera possible que si le droit légitime du peuple palestinien à donner une expression effective à son identité nationale se trouve traduit dans les faits. Ce qui tiendrait compte bien sûr de la nécessité d’une patrie pour le peuple palestinien...
Il convient de rappeler ici que les Neuf ont fait part publi­quement de leurs inquiétudes devant les mesures illégales prises récemment par le gouvernement d’Israël dans les ter­ritoires occupés...
Dans cette attente, les Neuf réaffirment le souci qu’ils ont eu l'occasion d’exprimer à différentes reprises aux parties, que celles-ci s’abstiennent de toute déclaration et de l’adoption de toute mesure administrative, législative, militaire ou généra­lement quelconque constituant un obstacle au processus de paix. »15
 
Concernant Jérusalem, le communiqué final publié à l’issue de la deuxième session de la Commission Générale (Tunis 10-12 février 1977) déclarait que « la partie européenne... a marqué également son opposition à toute initiative tendant à modifier unilatéralement le statut de Jérusalem. La partie arabe a dit combien elle appréciait cette attitude. »
 
Cette prise de position fut réitérée par l’article 10 de la déclaration publiée à l’issue de la quatrième session de la Commission Générale du DEA (Damas, 9-11 décembre 1978).
Ces prises de position faisaient fidèlement écho à la Déclaration rendue publique par la deuxième Confé­rence islamique de Lahore (24 février 1974) :
« 1. La cause arabe est celle de tous les pays qui s’opposent à l’agression et qui n’admettent pas que l’usage de la force soit récompensé par l’obtention de territoires ou par tout autre gain.
2. Un appui total et efficace devrait être accordé aux pays arabes pour leur permettre de recouvrer par tous les moyens disponibles, tous leurs territoires occupés.
4. La restauration de la plénitude des droits nationaux du peuple palestinien sur sa patrie est la condition primordiale et fondamentale à l’établissement d’une paix durable fondée sur la justice.
7. La Conférence note avec satisfaction les efforts constructifs déployés par les Églises chrétiennes partout dans le monde et dans les pays arabes, notamment au Liban, en Egypte, en Jordanie et en Syrie, pour expliquer la cause palestinienne à l’opinion publique internationale et aux conférences religieu­ses mondiales et pour obtenir leur appui à la souveraineté arabe sur Jérusalem et les autres Lieux saints de Palestine.
8. Toute mesure prise par Israël pour changer le caractère des territoires arabes occupés, et en particulier de la Ville Sainte de Jérusalem, est une violation flagrante du droit internatio­nal et une atteinte aux sentiments des Etats membres de la Conférence islamique et du monde islamique en général » 16.
 
La porte ouverte à l’islamisme
 
Alors que la CE n’offre à Israël qu’un verbiage qui ne peut qu’être insignifiant pour les civilisations du djihad — paix juste et durable, frontières sûres et reconnues — elle exige de l’État hébreu des faits con­crets : cession de territoires, arabisation de Jérusalem, création de la Palestine arabe sur le territoire dévolu originellement à l’État d’Israël, et l’obligation pour Israël de négocier avec Arafat, chef terroriste avéré jusqu’aux accords d’Oslo, reconverti au djihad durant le processus qui s’en est suivi.
 
Reprenant la rhétorique arabe concernant la création d’un État palestinien (le second après la Jordanie, créée en 1921 par les Anglais) la CE, s’alignant sur les exigences de la Ligue Arabe, reconnut Arafat comme son seul représentant.
Elle conféra ainsi, une honorabilité et une légitimité au père du terrorisme international et à l’ennemi irré­ductible de l’État d’Israël.
 
La CE exigea le retour d’Israël sur les lignes d’armis­tice de 1948 en feignant de croire à la viabilité d’un tel État.
Son refus de reconnaître le droit d’Israël à sa capitale, Jérusalem, implique une délégitimation et une négation de l’histoire du peuple juif dont l’Eu­rope du fait de ses origines chrétiennes est pourtant le témoin par excellence.
 
La CE adopta l’obsession pathologique arabe conférant à Israël une centralité maléfique, qui éclipsa tous les événements de la pla­nète.
Elle l’instrumentalisa comme clé d’explication et de politique internationale, faisant du conflit israélo-arabe sa priorité absolue, aveugle aux dangers menaçant sa sécurité et son devenir.
C’est ainsi qu’elle abandonna les chrétiens du Liban aux massacres des Palestiniens, et les chrétiens du monde islamique aux persécutions de la dhimmitude.
 
La libération d’Israël, minuscule portion des territoires qui furent colonisés par les Arabes en Asie, Afrique et Europe par la guerre et la force, provoqua une paranoïa qui masqua les souffrances de millions de victimes des djihads modernes.
En s’engageant dans la guerre arabo-isla­mique contre Israël, l’Europe récuse toutes ses valeurs et le fondement même de sa civilisation.
 
Sur le plan démographique européen, la politique d’immigration de la CE encouragea le souhait isla­miste d’islamiser l’Europe, et lui donna des bases très concrètes.
Les chiffres réels de cette immigration furent dissimulés au public comme s’ils constituaient un secret d’État.
L’exportation dans les pays d’accueil, de la culture des immigrés, faveur exorbitante et unique dans l’histoire de l’immigration, fut intégrée dans les accords entre la CE et la Ligue Arabe comme un droit inaliénable des immigrés. Il constitua un obs­tacle à leur intégration, d’autant plus que les liens avec les pays d’émigration furent encouragés et maintenus au maximum par des accords culturels, politiques et économiques et par une collaboration et des échanges au niveau universitaire et international.
 
Les Saint-Just européens de l’antiracisme réussirent à éliminer toute discussion concernant l’insécurité, la criminalité et le fanatisme religieux de certains milieux d’une popu­lation qui refusait l’intégration.
Cette politique de l’autruche fut soutenue par les appareils de pouvoir de toutes tendances politiques et religieuses.
 
L’infrastructure culturelle du DEA permit d’im­porter en Europe le bagage culturel traditionnel de préjugés anti-chrétiens et anti-juifs, contre l’Occident et Israël, des peuples et de la civilisation du djihad.
C’est dans ces années là que le thème du djihad fut récupéré pour alimenter un activisme terroriste.
Des milieux de l’immigration s’en firent les vecteurs et les diffuseurs en Europe, avec le silence complice des uni­versitaires, des politiciens et de tout l’appareil culturel du DEA.
 
La déconsidération de la culture judéo-chré­tienne « infidèle » s’exprima dans l’affirmation de la supériorité de la civilisation islamique, à laquelle se seraient humblement abreuvés les savants européens.
Ni les centres du savoir répartis dans l’Europe latine et byzantine pour le Moyen Age, ni dans les siècles suivants, la création de l’imprimerie, essentielle à la diffusion du savoir, ni les découvertes scientifiques de l’Europe et leurs applications technologiques, ni l’évolution novatrice de ses institutions juridiques et politiques, ni sa richesse artistique et culturelle, ne peuvent entamer l’axiome de son infériorité par rapport aux Arabes, créateurs de la science et des arts.
 
Cette absurdité, répétée obséquieusement par nos ministres européens constitue, en fait, un principe religieux du monde arabe qui ne reconnaît aucune supériorité aux civilisations infidèles.
Les termes même « civilisation judéo- chrétienne » sont refusés par les musulmans fondamentalistes 17 qui n’admirent qu’une seule civilisation, la civilisation islamique qui englobe, par Abraham — prophète musulman — les juifs et les chrétiens.
C’est pourquoi nos ministres ne parlent plus de civilisation judéo-chrétienne mais de civilisation abrahamique.
D’ailleurs le judaïsme et Israël polarisent une telle haine que l’Europe se rallie volontiers à l’abrahamisme qui joue le rôle d’escamo­tage du judaïsme.
 
La vague d’expansionnisme culturel et religieux arabe, qui emporte l’Europe, est intégrée dans la fonc­tionnalité du DEA.
L’UE répudie ainsi ses racines juives et rejette le christianisme parce qu’il en est issu.
L’abla­tion de la mémoire historique de l’Europe, pour y gref­fer la conception arabo-islamique de l’histoire, permet aujourd’hui la diffusion d’une sorte de pseudo-culture négationniste et culpabilisante, où la vénération du mythe andalou remplace la connaissance des invasions dévastatrices musulmanes.
 
L’obséquiosité des univer­sitaires soumis à un pouvoir politique entièrement dominé par le matérialisme économique, rappelle les pires périodes du déclin de l’intelligence.
La censure de la pensée, la suppression de la liberté intellectuelle, importées des pays musulmans dans l’emballage d’une culture de haine contre Israël, conduit aujourd’hui à l’exclusion et au boycott des universitaires israéliens par leurs collègues d’Europe.
 
L’antisémitisme/antisionisme arabe fut implanté en Europe dans le cadre conceptuel agencé par le DEA, et sa planification d’ « un mouvement d’opinion » pour soutenir la politique arabe.
Le monde arabo-islami­que téléguidait l’Europe pour en faire l’exécutrice de sa politique de destruction d’Israël.
Les directives approuvées par les plus hautes autorités politiques, universitaires et religieuses engagées dans le DEA, impliquaient les médias, les télévisions, les radios, la presse, les universités, les diverses activités culturel­les.
Les thèmes majeurs de cette culture de la haine furent empruntés au monde arabe où ils étaient déjà diffusés dès les années 1950.
Les principaux sont :
1) le négationnisme concernant la Shoa ;
 
2) l’accusation de son instrumentalisation comme moyen de chantage sur l’Europe en faveur d’Israël ;
 
3) la délégitimation de l’État hébreu ;
 
4) l’occultation de son histoire transférée aux Arabes palestiniens ;
 
5) le culte de la destruction d’Israël comme source de rédemption du monde ;
 
6) le boycott culturel d’Israël et son isolement sur la scène internationale — politique qui réactivait le statut du Juif en Chrétienté et celui du dhimmi dans l’islam ;
 
7) l’absurde inculpation de l’Europe pour la résurgence d’Israël.
 
L’engrenage induit par le DEA conduisit la CE à tolérer les terroristes palestiniens sur son propre territoire, à justifier et légitimer passivement leur terreur contre Israël, puis à financer de fait l’infras­tructure terroriste palestinienne devenue « autorité palestinienne », et l’éducation de la haine dans ses écoles.
L’UE a été l’un des plus grands donateurs de l’UNRWA, auquel elle a fourni 38% de son budget. De 1994 à 1997 l’aide européenne s’est élevée à 1,68 milliard d’euros. En 1998, des aides supplémentaires furent planifiés sur cinq ans.
 
C’est en 2000-2002 qu’Eurabia a peut-être effacé Europa.
En Eurabia la conception islamique de l’histoire a supplanté le souvenir de l’institution du djihad, de la dhimmitude qui ont régi les relations des musulmans avec les non-musulmans du VIIe siècle à nos jours.
La culture d’Eurabia présente aujourd’hui une com­binaison d’animosité anti-juive, anti-chrétienne et anti-américaine.
Les hommes politiques et les intel­lectuels qui ont mené aux forceps la naissance de cette nouvelle entité politico-culturelle ont nié la vague de diffamation et d’attaques contre les Juifs en Europe, vague qu’ils ont eux-mêmes rendue possible et attisée de façon irresponsable depuis 30 ans.
 
Ils négligent la réalité de l’antisémitisme comme ils ont négligé les atteintes aux droits fondamentaux des citoyens européens par des courants idéologiques générant la délinquance et la menace terroriste, qu’ils ont laissé s’installer impunément dans leur pays.
Le silence et la négligence des pouvoirs publics en France face à la vague d’agression antisémite durant les années 2000-2002 n’est que la face émergée de l’iceberg d’une politique globale.
Sur tout le territoire d’Eurabia couvert par les accords du DEA, l’on retrouve la même uniformité de pensée, les mêmes tabous et les mêmes censures dans les universités et les appareils d’information, les mêmes contrevérités historiques et politiques érigées en dogme, la même tactique d’obstruction des éditeurs et des libraires, le même culte de valeurs destructrices des libertés civiles et intellectuelles, la même démonologie des Juifs et d’Israël, la même culpabilisation des Juifs et des Chrétiens à l’égard du monde arabo-islamique.
 
Quand les futures générations se pencheront étonnées sur la mort d’Europa, elles découvriront que les armes qui ont provoqué sa disparition furent l’intérêt économique et l’hostilité envers Israël.
Le DEA qui lia l’économie européenne aux stratégies politiques arabes planifiant la destruction d’Israël, fut le cheval de Troie de cette dérive de l’Europe vers la sphère d’influence et de pouvoir arabo-islamique.
Les apprentis sorciers ont ouvert la voie à un futur inquiétant.
 
NOTES
 
1. Saleh A. Al-Mani, The Euro-Arab Dialogue. A Study in Associative Diplomacy, ed. Salah Al-Shaikhly, Frances Pinter (Publishers), Lon­dres, 1983, p.48. Voir aussi sous la direction de Jacques Bourrinet, Le Dialogue Euro-Arabe, Economica, Paris 1979.
 
2. Documents d’Actualité Internationale (ci-après DAI), 1974, n°l, pp.2-3.
 
3. Voir Al-Mani, pp 70-73 ; 111 ; Bourrinet, p. 4. Analysant la formule du DEA, John Waterbury écrit « Le marchandage éventuel se déroulera sous forme d’un troc : les revendications politiques arabes contre les objectifs économiques européens. » ib., p.25, voir aussi Françoise de la Serre, «Conflit du Proche-Orient et Dialogue Euro-Arabe :La Position de l’Europe des Neuf » dans ib.
 
4. Voir la 2e Conférence islamique, Lahore, 24 février 1974, dans DAI, 1974, n° 14, pp. 274-81.
 
5. DAI 1974, Conférence des Chefs d’Etat Arabes (Alger, 26-29 novembre 1973) Déclaration de politique Générale (Alger, 28 novembre 1973) (Source : Conférence des Chefs d’Etat arabes, (en français) n°7, pp.122-26).
 
6. Al-Mani, pp.70-73.
 
7. Bat Ye’or, Juifs et Chrétiens sous l’Islam. Les dhimmis face au défi intégriste, Paris, Berg International, 1994, p. 252. 
 
8. Al-Mani, pp. 65-66, 69. La Déclaration officielle dans le DAI, 13 mai 1979, n° 19 donne une autre formulation.
 
9. Ce numéro de DAI, ayant disparu de la collection à la Bibliothèque du Palais des Nations à Genève, la référence ci-après est celle de Bourrinet, pp.331-35 : DAI 1977, n° 16-17, pp. 315-19.­
 
10. Edmond Völker, ed., Euro-Arab Cooperation. Europa Instituut, University of Amsterdam, Amsterdam, The Netherlands, A.W. Sijthoff, Leyden, 1976, p. 179.
 
11. Euro-Arab Dialogue. The Relations between the two cultures. Acts of the Hamburg symposium April 11th to l5th 1983. English version ed. by Derek Hopwood, Croom Helm, Londres,1983, voir les recom­mandations du Séminaire de Venise, pp. 317-323.
 
12. Ib., pp.320-2l.
 
13. Ib., p.19.
 
14. DAI, 2 septembre 1977, n° 35, Conseil Européen (Londres, 29-30 juin 1977) p.137. Déclaration des Neuf sur le Moyen-Orient (Londres, 29, juin 1977) (Source Ministère des Affaires étrangères) Textes Offi­ciels, pp.666- 67.
 
15. Ib., 1977, n° 44, ONU, Assemblée Générale, Texte Officiel, pp.854-55.
 
16. Ib., 1974, n°14, La 2° Conférence islamique. 50. Déclaration finale (Lahore, 24 février 1974) pp. 275-76.
 
17. Le refus du terme « judéo-christianisme » a été souvent exprimé oralement, Bruno Etienne mentionne ce refus, voir La France et l’islam, Paris, 1989, Hachette, p.l89.

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