Fausses déclarations du ''Sunday Times'', qui manipule ?

Publié le par Ofek

David Bronner  - Guysen Israël News
 
 
L’annonce : Samedi 6 janvier 2007.
Le "Sunday Times" publie un article qui a l’effet d’une bombe : Israël s’apprêterait à attaquer l’Iran. Citant des sources militaires en Israël, le journal révèle que l'armée israélienne aurait mis au point un plan de destruction des installations iraniennes d'enrichissement de l'uranium comprenant des frappes aériennes.
 
Toujours selon le "Sunday Times", deux escadrilles de l'armée de l'air israélienne seraient actuellement en train de s'entraîner pour détruire ces installations.
Le journal britannique précise par ailleurs que le plan israélien prévoit l'utilisation de missiles conventionnels guidés par laser pour ouvrir des "tunnels" avant l'utilisation de bombes atomiques tactiques, d'une puissance équivalente à un quinzième de la bombe d'Hiroshima. Le plan d'attaque israélien concernerait l'usine d'enrichissement de Matanz, près d'Ispahan, et un réacteur à Arak.
 
Les auteurs de l’article affirment également que des pilotes israéliens auraient déjà effectué des vols d'entraînement jusqu'à Gibraltar pour s'entraîner au long trajet aller et retour de plus de 3 200 kilomètres afin d'atteindre les cibles iraniennes, a également affirmé le journal britannique. Le "Sunday Times" ajoute que les informations sur cette menace pourraient avoir filtré afin de faire pression sur l'Iran pour qu'elle renonce à ses projets. Tout semble cohérent. Le "Sunday Times" cite également des sources qui précisent toutefois que le recours à des frappes nucléaires serait décidé seulement si une attaque conventionnelle était écartée et si les États-Unis refusaient d'intervenir. Oui, tout le monde sait bien que Washington n'exclut pas l'option militaire mais privilégie pour l'heure la voie diplomatique.
 
La révélation du "Sunday Times" est reprise dans toute la presse, par tous nos confrères. "Le Monde.fr", "Le Figaro", "Le Parisien", "Libé", le "Washington Post" ou le "New York Times" n’hésitent pas à reprendre à leur compte la nouvelle publiée par l’hebdomadaire britannique. Guysen publie également sur son site une "Top News" pour présenter à ses lecteurs ce que contient l’article publié par le tabloïd britannique. Mais l’emploi du conditionnel est de mise. En effet, ce n’est pas la première fois que des "révélations" sans lendemain sont faites. Le "Sunday Times" est connu pour ses scoops, et ses "coups" médiatiques aussi.
 
Il n’en reste pas moins que tous les journalistes prennent au sérieux l’article du "Sunday Times." Le contexte politique s’y prête. Mahmoud Ahmadinejad a déclaré qu’il souhaite rayer Israël de la carte, il organise des conférences sur la Shoah pour essayer de montrer au monde entier qu’Israël est le fruit d’une supercherie de l’histoire, suscitant un tollé mondial, et chaque jour depuis des semaines, ce sont des nouvelles menaces qu’il profère.
 
En outre, au mois de décembre, le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, a semblé reconnaître à mots couverts qu'Israël possédait l'arme atomique, avant que son entourage n'oppose un démenti à ses propos…
 
Alors que la porte-parole du gouvernement israélien, Miri Eisen, indique qu’elle ne préfère pas commenter les publications du "Sunday Times", et que d’autres officiels israéliens qualifient d’absurde lesdites "révélations", le porte parole du ministère des affaires étrangères iranien Mohammad Ali Hosseini assure que l’Iran ne restera pas silencieuse : "Toute action militaire contre la République islamique ne restera pas sans réponse et l'agresseur regrettera très vite son acte."
 
Le ton monte. A l’occasion d’une conférence de presse à Téhéran, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, déclare que l’article du "Sunday Times" prouvait "à l'opinion publique mondiale que le régime sioniste (Israël) est la principale menace à la paix mondiale et pour la région".
 
Devant les réactions des autorités officielles israéliennes et iraniennes, nous prenons soin de vérifier les sources des deux auteurs de l’article, Uzi Mahnaimi et Sarah Baxter.
 
Les sources
 
A la première lecture de leur article, le vocabulaire employé montre que les journalistes ont mené une enquête, qu’ils ont procédé à une analyse, et qu’ils ont diversifié leurs sources d’information pour appuyer leurs révélations.
Les auteurs parlent en effet de « plusieurs sources militaires israéliennes », évoquent les « stratèges militaires » et indiquent ce que « croient les commandants militaires israéliens », sans ne citer aucun nom ou donner plus de détails sur les fameuses sources, selon lesquelles toutefois : « Dès que le feu vert nous sera donné, ce sera une mission, une attaque, et le projet nucléaire iranien sera détruit ».
 
Puis les auteurs affirment que les plans ont été révélés au "Sunday Times" la semaine dernière. Ils auraient été montés grâce aux évaluations israéliennes du Mossad selon lesquelles l'Iran serait sur le point de produire assez d'uranium enrichi pour produire des armes nucléaires dans un délai de deux ans.
 
Et puis les journalistes doivent bien citer une référence, un nom pour donner quelque consistance à leurs propos : le général Eliezer Shkedi est mentionné, la préparation de l’attaque se déroulerait sous son commandement…
Or toutes les sorties militaires aériennes, quelles qu’elles soient, ne peuvent se faire sans l’aval du général Shkedi. Normal, il est le commandant en chef des forces aériennes israéliennes.
 
Selon une autre « source » citée dans l’article du "Sunday Times", Israël devrait chercher l’accord « après l’événement », comme ce fut le cas en 1981, lorsque la centrale nucléaire d’Osirak avait été détruite par l’Etat hébreu, en omettant toutefois de rappeler que dix ans plus tard, les forces alliées détruisirent à nouveau le site, au cours de la première guerre d’Irak.
 
Un autre nom est cité par Uzi Mahnaimi et Sarah Baxter, qui viendrait conforter les révélations du "Sunday Times", celui du colonel Sam Gardiner, un « conseiller du Pentagone » qui rappelle qu’en conséquence de l’attaque, l’Iran pourrait fermer le détroit d’Ormuz, « la route qui mène à 20% des ressources pétrolières mondiales »…
Le colonel Gardiner n’est plus conseiller du Pentagone depuis longtemps, s’il l’a toutefois été… Le colonel Gardiner, colonel en retraite de l’US Air Force est un enseignant à la retraite du "National War College" à Washington ; il est connu pour avoir critiqué avec véhémence le président Bush dans sa conduite de la deuxième guerre en Irak, l’accusant même d’avoir organisé une grande campagne de « désinformation » pour lancer l’Amérique dans la guerre, une campagne dont il donne le coût : 200 millions de dollars…
 
Une dernière source est enfin citée, mais là, il est encore difficile d’y voir une révélation : celle-ci proviendrait directement de Washington qui douterait du « cran » d’Israël à attaquer l’Iran…
Enfin, pour donner un peu de poids à leur propos, et en guise de conclusion, les journalistes mentionnent une phrase de Ephraim Sneh, le vice-ministre israélien de la Défense, qui disait au mois de décembre 2006 que « le moment où Israël et la communauté internationale devront décider d’une action militaire contre l’Iran approche ».
 
Aucune source ne permet donc de vérifier la véracité des propos d’ Uzi Mahnaimi et Sarah Baxter.
S’agit-il d’un scoop ou d’un coup de bluff ? A moins qu’il s’agisse d’une analyse « poussée » de spécialistes de la question nucléaire, stratégique ou diplomatique…
Avant de poursuivre notre enquête sur la spécialité des journalistes dont l’article a été cité et référencé dans le monde entier en quelques heures, nous retournons sur le site du "Sunday Times" pour vérifier l’orthographe des noms. Et là, c’est une surprise.
 
Le "Sunday Times" vient de publier en ligne un deuxième article sur le même sujet ; il suffit de cliquer sur le lien hypertexte pour lire un deuxième article sur les menaces proférées par Israël, un article écrit par les mêmes auteurs : « Focus : Mission Iran ».
Le chapeau introductif vient confirmer la manipulation, les auteurs se placent dans une hypothèse forte selon laquelle Israël aurait effectivement confirmé ses velléités belliqueuses : « Israël ne tolérera pas la nucléarisation de l’Iran et des sources militaires indiquent qu’usage sera fait d’attaques tactiques, à moins que l’Iran n’abandonne son programme. Israël est-elle en train de bluffer ou s’apprête-t-elle à appuyer sur le bouton ? »
 
Révélations
 
Des premières recherches rapides montrent que Uzi Mahnaimi et Sarah Baxter apparaissent comme des spécialistes des questions de stratégie militaire moyen orientale.
A leur actif, une bonne douzaines d’articles sur des sujets similaires.
Sans doute, savent-ils de quoi ils parlent.
C’est certainement ce que croient les responsables éditoriaux du "Sunday Times" qui ne publiaient pas hier pour la première fois leurs « révélations ».
Ainsi, dans son édition du 11 décembre 2005, le tabloïd britannique titrait : « Israël prépare ses forces pour attaquer le nucléaire iranien ».
Uzi Mahnaimi et Sarah Baxter employaient la même méthode : selon des sources officielles, qui ne sont pas citées, Tsahal aurait reçu l’ordre de Sharon, alors Premier ministre, de se préparer à une attaque contre l’Iran.
Des officiels iraniens réagissent aux spéculations journalistiques.
Ce n’est pas l’information qui suscite le scoop, mais le faux scoop qui suscite de l’information. Quelques heures après la publication, tout le monde parlait encore du danger iranien et de la manière de l’éviter…
 
Le 17 décembre 2000, Uzi Mahnaimi annonçait aussi dans le "Sunday Times" l’entrée en guerre d’Israël contre la Syrie.
Alors que Barak était Premier ministre, il aurait subi la pression de ses « généraux » pour se préparer activement à une guerre contre le voisin syrien en cas d’échec des négociations avec les Palestiniens.
Les négociations n’ont pas abouti. La guerre n’a pas eu lieu.
 
Les spéculations des journalistes sont chose courante. La probabilité pour qu’éclate un conflit ouvert avec l’Iran existe bel et bien et nombreux sont ceux qui jouent un coup de poker ; la manœuvre est connue, pratiquée, depuis des lustres : « si la guerre éclate, j’aurais été le premier à l’annoncer ».
 
Mais il y a plus grave. Le 15 novembre 1998, le "Sunday Times" publiait un article signé Uzi Mahnaimi et Marie Colvin selon lequel Israël se serait lancée dans un programme de recherche militaire d’un genre nouveau : « le ciblage ethnique ».
Il s’agirait selon les auteurs de l’article d’une technique déviée de la guerre bactériologique selon laquelle la « bombe ethnique » aurait été inventée grâce à des recherches médicales qui permettent de « distinguer les gènes des Arabes, et de créer ainsi une bactérie ou un virus génétiquement modifié. Le but est d’utiliser les virus ou les bactéries pour modifier l’ADN des cellules vivantes ».
Les scientifiques travailleraient sur des micro-organismes qui n’attaqueraient que les personnes porteuses des gènes en question… Selon le journaliste, « le programme secret israélien est basé à l’Institut de Recherche Biologique de Nes Tsiona, une petite ville au sud est de Tel Aviv »…
 
En 1998, L’Anti-Defamation League avait sévèrement reproché au "Sunday Times" de publier l’article sur « la bombe ethnique », qualifiant la démarche d’ « irresponsable et dangereuse » ; son directeur, Abraham Foxman écrivait alors : « Cette histoire à sensation est une réminiscence de l’âge d’or de l’antisémitisme où les Juifs étaient accusés de crimes rituels, qui viserait maintenant des non Juifs, avec du poison ».
A l’époque, le gouvernement israélien n’avait pas cru bon de commenter l’article de Uzi Mahnaimi et Marie Colvin, paru dans le "Sunday Times": "C’est le genre d’histoire qui ne mérite pas de démenti"…
 
L’article sur la « Bombe ethnique » écrit par Mahnaimi et Colvin a été repris dans nombre d’organes de la presse arabe, dont le quotidien égyptien "Al Ahram", dans son édition du 18 novembre 1998.
 
Qui sont Uzi Mahnaimi, Sarah Baxter et Marie Colvin ?
Quels sont les sites qui les publient ?
Le "Sunday Times" continuera-t-il de faire la Une avec ses articles à sensation dont la portée pourrait être aussi grave et aussi dangereuse, que la nucléarisation de l’Iran ?
 
Mais parlons d’abord du mensonge ainsi propagé au nom du coup médiatique, ou au nom d’une volonté de nuire ?
Le coup médiatique est recherché, c’est une évidence.
Le "Sunday Times" demeure un journal populaire à sensations, il est célèbre, et il est lu.
L’article est présenté en Une, et il va faire la Une de nombre de journaux. Aussi bien en Occident qu’en Orient.
Plus le mensonge est gros, plus il est cru… Triste adage.
 
Volonté de nuire ?
Uzi Mahnaimi n’a pas publié un article qui diabolise Israël, il en a écrit des dizaines.
Les sujets sont nombreux, et ils ont toujours en commun l’arme nucléaire et Israël : Mordechaï Vanunu, la Syrie, l’Irak, l’Iran, la « bombe ethnique », les abris anti-atomiques en Israël…
 
Journaliste israélien, Uzi Mahnaimi se révèle dans un livre qu’il cosigne avec Bassam Abou-Sharif, « Ennemis en terre promise ».
Un Israélien et un Palestinien racontent leur participation respective au conflit judéo-arabe et ensuite leurs efforts en faveur de la paix entre Israël et les pays arabes, surtout la Palestine ; leur recherche de paix en a fait des amis.
Bassam Abou-Sharif mène une vie de terroriste, membre du FPLP, il rencontre Carlos et organise des détournements d’avions, il échappe à la mort après avoir reçu une lettre piégée que lui avait adressée « l’organisation » pour laquelle travaillait Mahnaimi à Beyrouth en 1972…
Abou-Sharif perd quelques doigts et un œil, avant de rejoindre Yasser Arafat comme conseiller et porte parole.
"Time Magazine" l’avait appelé « le visage de la terreur ».
Quant à Uzi Mahnaimi, « conditionné par une éducation militaire », il rejoint le Mossad qu’il quitte finalement, pour toujours.
Les deux futurs amis, après avoir « renoncé à la violence » comme l’indique la quatrième de couverture d’ « Ennemis en terre promise », se retrouvent dans un restaurant de Londres en 1988, pour se lier d’amitié et écrire un livre à quatre mains, qui fustige Israël.
 
Uzi Mahnaimi signe des papiers en collaboration avec Marie Colvin et Sarah Baxter.
Marie Colvin est une journaliste américaine qui travaille pour le "Sunday Times". Elle est reporter de guerre. Elle a été envoyée en Tchétchénie et au Timor Oriental, à Sarajevo et au Sri Lanka, où elle perd aussi un œil.
Elle est une farouche opposante à la politique de George Bush, qu’elle appelle à destituer en raison de la guerre que mènent les Etats-Unis en Irak.
Sarah Baxter écrit également pour le "Sunday Times", sa plume est aussi bien aiguisée contre George Bush. Elle publie des dossiers pour le Centre de Recherche sur la Mondialisation, la plupart sont sur l’Iran.
 
Le Centre de Recherche sur la mondialisation, en anglais, "Global Research Centre", est un site canadien qui propose en français et en anglais des articles étonnants.
L’un remet en question les crimes que l’on reprochait à Saddam Hussein tandis que l’autre dévoilerait l’assassinat d’Arafat par Sharon, et qu’un troisième propose une analyse comparatiste d’Israël et de l’Afrique du Sud au temps de l’Apartheid : « De nombreux aspects de l'occupation israélienne surpassent ceux du régime d'Apartheid. La destruction à grande échelle par Israël des maisons palestiniennes, le nivellement des terres agricoles, les incursions militaires et les assassinats ciblés des Palestiniens dépassent de loin toutes les pratiques similaires dans l'Apartheid d'Afrique du Sud. Aucun mur n'a été jamais construit pour séparer les Noirs et des Blancs »… La liste est encore bien longue.
 
Les responsables de la publication du "Sunday Times" connaissent-ils vraiment bien les journalistes qui remplissent leurs colonnes ?
Prennent-ils la peine de vérifier leurs sources d’information ?
 
En 1983, le "Sunday Times" publiait le « Journal » de Hitler. C’était un faux.
A partir de 1986, où il citait en exclusivité les propos de Mordechaï Vanunu au sujet de l’arme nucléaire en Israël, jusqu’en 2006, ce sont plusieurs articles orientés, approximatifs voire diffamants qui sont publiés sur Israël ; souvent, par le même journaliste.
 
En 2007, le "Sunday Times" vient de publier un faux.
Un article infondé, des propos inventés, des journalistes engagés, au-delà de toutes les vocations, qui auront permis au porte parole du ministère iranien des affaires étrangères de s’en servir pour dénoncer le « danger sioniste ».
Voilà un article qu'il ne fallait pas censurer. On sait maintenant, quel était son objet.

Publié dans Actualités

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