Elections 2007 : L’arme fatale des champions de l’immobilisme (”Call me Sarkozy the American”)

Publié le par Ofek

JC. Durbant  - Blog Le Monde
 
 
Certains m’appellent l’Américain. J’en suis fier… Je partage beaucoup de valeurs américaines. Nicolas Sarkozy (Congrès juif mondial, 24/6/04)
Le libéralisme, ce serait aussi désastreux que le communisme.
Jacques Chirac (Le Figaro, 16 mars 2005)
Nous n’avons pas besoin à la tête de l’Etat de quelqu’un qui se fixe comme programme d’être le futur caniche du président des Etats-Unis. (Laurent Fabius)
Sarkozy couché comme un chiot devant son maître … (Henri Emmanuelli)
Sarkozy fait une campagne à la Hollywood. (Le Pen)
Sarkozy est le candidat des Etats-Unis. Il ferait mieux de ne pas trop le dire…
(Pierre Messmer)
Nicolas Sarkozy parle avec un accent nouveau à l’Amérique. Il n’y a pas chez lui ce classique réflexe antiaméricain de la plupart des hommes politiques français.
A l’inverse de Villepin, il dit qu’ « on ne se bâtit pas contre les Etats-Unis, mais à côté d’eux ».
Sarkozy a « pris un risque réel en refusant de jouer sur les penchants antiaméricains de l’opinion publique ». (Dominique Moïsi)
 
A l’heure où, comme le démontrent (en un unanimisme rappelant étrangement un certain printemps 2003) les piques à présent quotidiennes du squatter actuel de l’Elysée et cette sortie aujourd’hui dans Libération d’un argumentaire de campagne du PS, les champions de l’immobilisme se coalisent et fourbissent leur arme fatale, à savoir l’accusation d’américanophilie (A quand les diatribes vichyssoises contre le « Mur de l’argent anglo-saxon » ou, Sarkozy et certains de ses conseillers ne faisant pas mystère de leurs origines, contre… « la ploutocratie juivo-américaine » ?).
Et où leur cible désignée est elle-même tentée de remballer ses ambitions de « rupture », il faut relire ces paroles fortes qui avaient un temps fait rêver et espérer ceux qui voulaient croire à nouveau que la France pouvait redevenir ce qu’elle avait été un jour : « un phare pour l’humanité ».
 
La France doit porter des valeurs universelles, et la seule façon de les porter, c’est de les faire vivre.
La France ne peut pas rester silencieuse quand un massacre est commis dans le monde.
Que ce soit au Darfour, au Rwanda, en Tchétchénie, au Tibet.
Ce n’est pas faire de l’ingérence dans les affaires des autres pays que de défendre des principes universels ! Ce n’est pas donner des leçons de morale ou déterminer ce qui est le Bien, ce qui est le Mal, que de défendre des valeurs universelles.
Et parmi ces valeurs universelles, il y a le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et le nécessaire respect des droits de l’homme.
Que la France doive parler, ce n’est pas un droit, c’est un devoir. Le silence n’est ni plus ni moins que de la complicité.
Il faut dire la vérité à un certain nombre de pays, sans pour autant se fâcher avec eux.
Le rôle d’un ami, c’est de dire les choses telles qu’elles sont. Je ne peux pas accepter qu’au prétexte d’avoir de bons rapports avec la Chine ou avec la Russie, on s’abstienne de dire ce que l’on pense à propos de références universelles qui ont fait la place de notre pays à travers le monde comme le statut des prisonniers, le refus du travail des enfants, le respect des croyances ou la liberté de réunion.
Si la France veut continuer à être un phare pour l’humanité, elle doit continuer à parler. Si elle se tait, c’est le phare qui s’éteint.
 
Il y a en effet le combat des démocraties contre des organisations terroristes qui menacent la stabilité internationale, la paix et les droits fondamentaux.
Ces entreprises terroristes utilisent la religion comme vecteur de leur haine de la démocratie, de la liberté, de la modernité et de l’égalité entre hommes et femmes.
Ces gens sont en quelque sorte les héritiers de tous les ennemis de la liberté qui ont peuplé l’histoire du monde. Ils sont aujourd’hui issus du monde musulman, et je pense que les musulmans du monde entier devraient se sentir agressés par l’exploitation de leur religion à des fins criminelles et barbares. /…/ la communauté internationale doit aussi s’impliquer avec une plus grande détermination dans tous les pays minés par les opérations de groupes terroristes. C’est le cas en Afghanistan et en Irak mais aussi, il ne faudrait pas l’oublier, en Somalie et au Darfour.
Nous le devons à ces pays et à leurs populations. Nous le devons à nous-mêmes aussi, car nous devons éviter que ces régions deviennent des sanctuaires pour terroristes, voire des soutiens actifs à leurs actions dans le monde.
 
Au pire de la confrontation politique entre la France et les États-Unis sur l’affaire de l’Irak, nos services secrets travaillaient tous les jours ensemble. Je suis bien placé pour le dire, j’étais ministre de l’Intérieur. Notre collaboration était parfaite.
D’ailleurs, nos adversaires sont les mêmes, car Ben Laden vise New York comme il pourrait viser Paris. Quand ça saute à Atocha, ça pourrait sauter à Austerlitz. Quand ça flambe à Londres, ça peut flamber à Paris.
Les terroristes veulent abattre les démocraties. Ces dernières doivent être solidaires.
 
Depuis la Shoah, la question de l’existence d’Israël est une question qui se pose à tous les pays du monde, à tous les pays démocratiques, et particulièrement aux pays européens parce que la Shoah a eu lieu en Europe, parce que ce sont des Européens qui ont été responsables de la Shoah.
 
L’attitude qui consiste à envoyer des roquettes sur le nord d’Israël sans se demander sur qui vont tomber ces roquettes est une opération terroriste.
Accepter d’être financé par l’Iran dont on sait ce que disent ses dirigeants revient à se situer dans le camp des terroristes.
Le droit à la sécurité pour Israël est un droit sur lequel on ne peut pas transiger.
Israël est une démocratie. Israël est né dans les conditions que l’on sait. C’est une responsabilité essentielle, pour tous les pays libres, d’assurer sa survie.
 
Il est temps d’en finir avec les malentendus franco-américains.
Nous partageons des valeurs communes. Nous sommes engagés ensemble dans la lutte contre le terrorisme. Ce qui s’est passé à New York le 11 septembre 2001 aurait pu se passer à Paris.
Cet ensemble constitue notre socle commun. Il est essentiel.
 
Voir aussi :
 
Un « néoconservateur américain à passeport français» - Libération s’est procuré l’enquête du PS. Extraits. – Libération Le 9 janvier 2007
 
En 106 pages fouillées, l’étude décrypte l’action de Nicolas Sarkozy à Bercy comme à Beauvau, son projet de candidat à l’Elysée et, surtout, le fondements idéologiques du dessein d’un « néoconservateur américain à passeport français ».
 
Morceaux choisis.
 
« L’apologie du modèle communautariste religieux »
 
« Raviver les sentiments communautaires et la religiosité dans un contexte de progression de l’individualisme permet de substituer à la solidarité nationale des solidarités communautaires, et ainsi de réduire le poids de l’Etat et de la Sécurité sociale dans l’économie.
C’est sous cet éclairage que son ouvrage la République, les religions, l’espérance prend toute sa signification. “Je suis convaincu que l’esprit religieux et la pratique religieuse peuvent contribuer à apaiser et à réguler une société de liberté”, écrit Sarkozy.
Comme aux Etats-Unis, il faut en appeler aux religions pour régler nos problèmes : “Les cadres de l’Eglise en France pourraient susciter une grande réflexion sur la nécessité de construire des synagogues, des églises et des mosquées dans les banlieues. Il est aussi important d’ouvrir des lieux de culte dans les grandes zones urbaines que d’inaugurer des salles de sport, elles-mêmes très utiles ! Ce qui doit nous préoccuper, c’est ce que vont être les idéaux de la jeunesse qui vient. Tous ces jeunes qui ne croient plus à grand-chose, voilà un défi pour toutes les religions !”
Que penser de la connexion entre ce projet et l’ambition de l’Union des organisations islamiques de France de promouvoir l’islam comme un moyen de lutter contre la délinquance ?
L’un de ses dirigeants, Amar Lasfar, qui anime la mosquée de Lille, insiste sur ce rôle de pacification des relations sociales qui incomberait à l’islam.
Et Farid Abdelkrim, figure emblématique des jeunes musulmans de France, est encore plus explicite : “L’islam, c’est un Kärcher qui permet de nettoyer les comportements les plus tordus qui soient. Avec l’islam, j’ai arrêté de fumer, j’ai arrêté de boire, j’ai arrêté de voler, j’ai respecté mes parents, j’ai voulu faire des études.” »
 
« Le sécuritaire dangereux et inefficace »
 
« Le choix du tout répressif débouche sur celui du tout carcéral.
Nicolas Sarkozy feint de ne pas “comprendre ce débat sur le nombre de personnes incarcérées : on doit mettre en prison ceux qui le méritent et on ne doit pas mettre en prison ceux qui ne le méritent pas”, mais il sait que le recours à l’incarcération est un choix de société.
Les Etats-Unis comptent environ 715 détenus pour 100 000 habitants. Un ratio qui leur confère la place de numéro 1, loin devant la Russie (584 détenus).
En France, on constate les débuts d’une évolution à l’américaine. Les effectifs des prisons n’ont cessé d’augmenter depuis 2001. Le taux de détention s’établit à environ 100 détenus pour 100 000 habitants, contre 75 en 2000 ».
 
« En novembre 2006, Nicolas Sarkozy répète que, pour lui, “il importe d’ouvrir un débat sur la question des peines minimales pour les délinquants récidivistes coupables d’atteintes aux personnes”.
Avec ce projet, il puise directement son inspiration outre-Atlantique.
L’illustration la plus emblématique des peines minimales automatiques, dites “peines planchers”, est la loi adoptée par l’Etat de Californie en 1994 : elle oblige le juge à prononcer une peine s’échelonnant de vingt-cinq années d’emprisonnement à la perpétuité lorsque la même personne est condamnée pour la troisième fois, et ce quelle que soit la nature des infractions ».
 
Le clone de Bush
 
« ”Certains en France m’appellent Sarkozy l’Américain. J’en suis fier. Je suis un homme d’action, je fais ce que je dis et j’essaie d’être pragmatique. Je partage beaucoup des valeurs américaines”, déclare-t-il en avril 2004 devant le Comité juif américain.
[…] Lors du début du conflit en Irak, il ne dit rien. Son silence tranche avec la dénonciation par les autorités françaises de la guerre préventive.
[…] En avril 2004, il s’emploie à donner un faste tout particulier à un déplacement et obtient d’être reçu par Colin Powell et Condoleezza Rice.
[…] Plus encore qu’aux Américains, il s’identifie au conservatisme de George W. Bush.
Il a compris que le libéralisme seul ne lui permettait pas de gagner la présidentielle et qu’il fallait y ajouter, comme Bush l’a fait en 2004, d’autres dimensions : la famille, la sécurité, la religion et le patriotisme.
[…] Par rapport aux credos traditionnels de la droite anglo-saxonne (méfiance à l’égard de l’Etat, préférence pour la liberté par rapport à l’égalité, nationalisme), cette droite américaine ajoute trois autres caractères novateurs auxquels Sarkozy tente de coller : elle se veut plus optimiste en se différenciant du scepticisme de la droite classique, plus égalitaire, et, enfin, plus populiste et moins élitiste ».

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