Tout le monde en parle… De qui ? - Mais, de la Ségolconde !

Publié le par Ofek

Menahem Macina - upjf.org
 
 
Cliché emprunté au site sego-diche *.
 
Sur son petit nuage, Ségolène plane majestueusement, béatement, au-dessus de la mêlée politique. Elle sait, elle, qu’ « avec les Français, on va  reconstruire un véritable désir d’avenir » (1) - C’est ce que ses partisans appellent « prendre de la hauteur ».
 
Elle horripile, elle déchaîne les lazzis et nous soulageons notre bile en la brocardant, sans nous rendre compte que, comme dit le titre d’une émission, souvent sulfureuse, tout le monde en parle…
 
Voilà bien le point fort de Ségolène Royal - qui est tout sauf godiche, contrairement à ce que suggère le titre du site auquel j’emprunte la bonne idée du montage qui la représente en Joconde, et qui m’a inspiré le surnom de « Ségolconde ».
 
Pour en revenir à la Joconde - la vraie -, on sait sans doute que ce portrait d’une femme au sourire étrange, à mi-chemin entre la provocation et l’ironie, a toujours intrigué les critiques d’art, sans parler d’une flopée d’excités du bulbe, qui affirment que le modèle était un éphèbe, un travesti, voire un transsexuel, et bien d’autres choses encore…
 
Pour ma part, aussi inexpert en sexologie qu’en critique d’art, ce qui me fascine, c'est la nature du sourire de la Joconde. Je le crois narquois. Et, chez Ségolconde, m'est avis qu'il l’est encore davantage.
 
Il nous dit, ce sourire : « Bavassez, riez, ironisez autant que vous voudrez : vous ne savez pas à quel point vous servez ma cause. »
 
Et de fait, comme chacun sait, le pire qu’il puisse arriver aux vedettes du spectacle ou de la politique, et à tous ceux et celles dont la notoriété dépend de leur indice d’écoute et de la place qu’ils occupent dans les médias, c’est qu’on ne parle plus d’eux.
 
Aussi, au risque de décevoir les naïfs qui croient encore – les pauvres ! - que le ridicule tue, je peux, sans grand risque, prédire que plus on se répandra en sarcasmes contre la Ségolconde, plus son sourire énigmatique - dans le style « je ne dis rien, mais je n'en pense pas plus » - séduira les foules.
 
Deux exemples.
 
George Bush, inconnu des Français, à ses débuts, est rapidement devenu célèbre, dans nos médias américanophobes, pour son ignorance – réelle ou supposée – du monde extérieur à l’Amérique.
C’était à qui ironiserait le plus sur le Texan noceur et buveur, converti au Revival évangélique ; et les folliculaires de tout poil jouaient les éditorialistes en collectionnant les petites bévues du président américain. C'est ainsi que, bien avant Guantanamo et la seconde guerre en Iraq, Georges W. Bush est connu de beaucoup, parce que... tout le monde en parle...
 
Prenez Jacques Chirac, son propos raciste sur « le bruit et l’odeur » supposés des immigrés maghrébins (2), ne l’a pas empêché d’être relativement bien en cour, dans l’ensemble, auprès de cette population.
Quant à ses « casseroles » judiciaires, loin de lui faire perdre tout crédit moral, elles l’ont plutôt réconcilié avec nombre de Français moyens qui ont toujours pratiqué la resquille, sport national, moins voyant que le foot, certes, mais tout aussi enraciné dans une certaine psyché gauloise. Et tout cela pourquoi ?
Parce que sa personne et sa voix obstruent l'espace audiovisuel, parce que... tout le monde en parle...
 
Je pourrais multiplier les exemples. Mais ce qui précède devrait suffire, me semble-t-il, pour étayer ma thèse – simpliste, j’en conviens, mais qui a des chances de correspondre à la réalité : ce qui compte le plus, ce n'est pas ce que dit, ni même ce que fait un dirigeant politique, c'est l'espace qu'il occupe dans la pensée collective.
 
Au « Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent » (3), correspond assez bien la boutade, que j’invente ici in petto et qui sied à notre Ségolconde comme le sourire androgyne du chef d'oeuvre de Léonard de Vinci : « Qu’ils me raillent, pourvu qu’ils parlent de moi ! ».
 
 
D’ailleurs, à en croire Mme Royal en personne, même ses silences ont des conséquences non négligeables.
En témoigne son fameux aphorisme - qui pourrait lui valoir, un jour, des funérailles nationales au Panthéon du ridicule-qui-ne-tue-plus -, et pour lequel, en attendant, on lui a décerné le Prix Press club humour et politique 2006 (4) :
 
« Même quand je ne dis rien, cela fait du bruit ! »
 
* Information aimablement communiquée par Michka.
 
Notes
 
(1) Discours de Ségolène Royal au Zénith. Enregistrement pirate, mis en ligne sur le site de Marianne.
 
(2) Allusion aux propos du candidat Chirac, le 19 juin 1991, à Orléans: "Notre problème, ce n’est pas les étrangers, c’est qu’il y a overdose. C’est peut-être vrai qu’il n’y a pas plus d’étrangers qu’avant la guerre, mais ce n'est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d'avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d'avoir des musulmans ou des noirs [...] Comment voulez-vous que le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler... si vous ajoutez le bruit et l'odeur, eh bien, le travailleur français, sur le palier, devient fou. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela." (L’essentiel de ce texte est cité dans L’Année politique, Edition Evénements et tendances, 1991, et cité par Jean-Jacques Becker, Crises et alternances (1974-1995), Nouvelle Histoire de la France contemporaine, vol. 19, Coll. « Points-Histoire », Editions du Seuil, 1998, p. 583. Pour plus d’information voir "Chirac : « Les racines de l’Europe autant musulmanes que chrétiennes »"). 
 
(3) Expression attribuée à Caligula, selon le site Wikipedia.
 
(4) D’après le site Wikipedia.

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