Bien sûr que Jénine et Bagdad sont liés

Publié le par Ofek

Caroline B. Glick  - Jewish World Review - Adaptation française de Sentinelle 5767 - Desinfos.com
 
 
La plupart des Américains ne croient pas que la guerre menée contre Israël soit liée à la guerre en Irak.
Aussi les efforts de l’administration Bush pour limiter les opérations de Tsahal contre les Palestiniens et le Hezbollah, et la description généralement hostile de la guerre contre Israël par les médias des USA, a conduit la majorité des Américains à partager l’opinion des Israéliens : les guerres que nos nations mènent sont séparées, distinctes.
Et donc, en ce qui concerne la majorité des Israéliens et des Américains, les Américains n’ont rien à apprendre de la guerre d’Israël, et les Israéliens n’ont rien à apprendre de leur guerre.
 
Mais la vérité est très différente. Indirectement, le discours du Président américain George W. Bush dans la nuit de mercredi dernier, sur la nouvelle et prochaine orientation de la guerre en Irak était un témoignage cette vérité.
Bien que l’on s’attendît à une annonce de changement radical dans la stratégie de son administration en Irak, dans son discours de mercredi, Bush n’a rien fait de cela.
 
Fondamentalement, le Président a refait part de sa position tenue depuis longtemps : la victoire en Irak viendra avec la stabilisation d’un régime irakien unifié et démocratique, et la défaite simultanée des insurrections sunnites et shiites. A l’inverse, les forces ennemies, opérant sous le parrainage syrien et iranien, combattent précisément pour empêcher la stabilisation du régime et saper l’unité de la République d’Irak, multiethnique et multi religieuse.
 
Le plan de Bush d’exécution d’une stratégie de « montée en puissance pour tenir » afin de prendre et maintenir le contrôle sur Bagdad et la province d’Anbar infestée par al Qaïda, est fondé sur une intégration récente du fait qu’établir et maintenir un minimum de sécurité pour les citoyens du pays, est une précondition à tous les mouvements ultérieurs vers la stabilisation politique de l’Irak.
Aux oreilles d’Israël, l’aspect le plus notable de la stratégie de « montée en puissance et tenir » est sa similitude frappante avec l’opération de Tsahal « Bouclier Défensif » en 2002.
 
Il y a peu de doute que les USA ont une liberté de manœuvre bien plus grande dans ses opérations en Irak, que Tsahal n’en dispose dans ses efforts contre les Palestiniens ou le Hezbollah.
Leur capacité à cultiver et à conférer du pouvoir aux Irakiens qui partagent leur conception stratégique tout en affaiblissant ceux qui s’opposent à eux, est bien plus grande que la capacité actuelle d’Israël à influencer les Palestiniens ou les Libanais.
 
Mais pour tout cela, le fait est qu’après près de quatre ans de combats en Irak, les USA ont surtout choisi la stratégie opposée à l’insurrection, celle que Israël adopta en Judée et en Samarie il y a cinq ans.
Et de même que les opérations des USA en Irak jusqu’à présent, Israël n’a adopté sa stratégie de ‘montée en puissance et tenir’ en Judée et en Samarie que deux ans après avoir encaissé des attaques terroristes palestiniennes implacables et allant toujours crescendo.
Jusqu’à « Bouclier de Défense », Israël a répondu à la guerre menée contre sa société en réalisant de brèves incursions dans les villes palestiniennes, menant des arrestations et des retraits rapides.
 
En fait, si les Américains veulent avoir une idée des perspectives de succès du nouveau plan du Président, ils feraient bien d’étudier les développements en Israël depuis l’opération ‘Bouclier de Défense’.
Bush a prévenu que son nouveau plan ne mettra pas fin à la violence en Irak. Comme il l’a dit : « Cette nouvelle stratégie n’apportera pas une fin immédiate aux suicides à la bombe, aux assassinats, ou aux attaques à la roquette. Nos ennemis en Irak s’efforceront de s’assurer que nos écrans de télévision sont pleins d’images de mort et de souffrance. Pourtant avec le temps, nous pouvons nous attendre à voir les troupes irakiennes retrouver les meurtriers, à moins d’actes de terrorisme sans vergogne, à une confiance croissante, et à une coopération des résidents de Bagdad ».
 
La voix d’Ariel Sharon fait profondément écho à la déclaration de Bush.
Après que « Bouclier Défensif » eût échoué à mettre fin aux attaques terroristes palestiniennes, Sharon répéta que nous ne pouvions pas nous attendre à la fin du terrorisme.
Et il n’est pas surprenant que le message du Président fût si familier. Son plan pour Bagdad confère les mêmes opportunités, et place les mêmes limitations stratégiques de succès en Irak, que « Bouclier Défensif » joua sur les chances d’Israël à mettre fin au jihad palestinien.
 
Dans les deux cas, la stratégie choisie œuvre à empêcher les terroristes, situés dans des zones limitées et spécifiques, à reconstruire leurs capacités, d’abord en assurant leur défaite, puis en restant sur place pour les empêcher de se réarmer ou d’opérer ouvertement.
L’expérience d’Israël depuis avril 2002 en Judée et en Samarie démontre son succès. En maintenant le contrôle de Tsahal sur ces zones, Israël a réussi à limiter et à retarder le développement des capacités de combat des Palestiniens en Judée et en Samarie.
 
Si les USA opèrent selon « montée en puissance et tenir » à Bagdad, les Américains peuvent s’assurer en sécurité que dans les mois à venir, Bagdad obtiendra une chute abrupte et durable de la violence.
Mais dans la même circonstance, l’expérience des Israéliens nous apprend aussi le prix de l’adoption d’une stratégie limitée à un front isolé.
Ni la guerre en Irak, parrainée par l’Iran et la Syrie, ni la guerre palestinienne contre Israël, parrainée par l’Iran, la Syrie, l’Egypte, ne sont des campagnes isolées et distinctes.
 
Et pourtant les stratégies de « montée en puissance et tenir » des Israéliens et des Américains ne les traitent pas comme des guerres régionales, mais isolées et distinctes.
Alors que les forces de Tsahal sont capables de tenir les Palestiniens en Judée et en Samarie, ils sont incapables de faire disparaître l’infrastructure terroriste des Palestiniens.
En dehors de la Judée et de la Samarie, dans des lieux comme Gaza, le Liban, la Syrie et l’Iran, nos ennemis continuent de développer et de diversifier leurs capacités, et actuellement, ces capacités couvrent les spectres du terrorisme et des armes de destruction massive.
 
En effet, en refusant de lier ses opérations en Judée et en Samarie à une stratégie régionale pour la victoire, le gouvernement a ôté la puissance des forces de Tsahal en Judée et en Samarie, pour obtenir une vraie victoire dans ces zones.
Si le gouvernement israélien est toujours assez stupide pour ordonner à Tsahal de faillir à sa mission, ces forces terroristes reconstruiront immédiatement leurs installations.
 
Le refus d’Israël de reconnaître la nature régionale de la guerre palestinienne à son encontre provient de la cécité stratégique des dirigeants d’Israël.
Sharon et son successeur, le premier ministre Ehud Olmert, et la ministre des affaires étrangères, Tzipi Livni, ainsi que les faiseurs d’opinion dans les médias locaux qui les soutiennent, refusent tous de reconnaître la nature régionale de la guerre menée contre eux.
En ignorant la démonstration surabondante que les Palestiniens - depuis le Hamas au jihad islamique et au Fatah - prennent leurs ordres de marche à Téhéran, nos dirigeants travaillent dangereusement et de façon déplacée à établir un Etat terroriste dirigé par le Fatah, en Judée et en Samarie.
C’est-à-dire qu’ils cherchent à créer un nouvel Etat terroriste dirigé par l’Iran, qui opèrera côte à côte avec l’Etat terroriste conduit par le Hamas et dirigé par l’Iran à Gaza.
 
Alors que la décision du gouvernement d’Olmert de transférer des fusils, des munitions et 100 millions $ au Fatah démontre qu’il ne changera pas son courant actuel, le discours de Bush mercredi dernier a donné l’espoir que son administration pourrait vraiment ne pas ignorer le caractère régional de la guerre à laquelle elle fait face en Irak.
Après avoir présenté ses plans pour Bagdad et la province d’Anbar, Bush a parlé avec prise d’effet immédiat, de la nature idéologique et régionale de la guerre.
Pointant un doigt accusateur sur l’Iran et la Syrie pour leur soutien aux insurgés en Irak, Bush a annoncé son intention d’agir pour mettre fin à cette ingérence.
Il a même fait allusion à une action militaire des USA contre les installations nucléaires de l’Iran, en disant : « J’ai récemment ordonné le déploiement d’un nouveau porte-avion avec son escadre de protection dans la région ».
 
Mais il y a aussi un motif de préoccupation. Alors que Bush donnait un avertissement clair à l’Iran et à la Syrie, la secrétaire d’Etat des USA, Condoleezza Rice préparait son prochain voyage au Moyen-Orient.
Jeudi dernier, le ‘Maariv’ rapportait que Rice consacrerait son temps la semaine suivante à presser Israël de donner son accord à un retrait de ses forces de Judée et de Samarie, et de permettre ainsi au Fatah d’établir là un Etat terroriste.
Les plans rapportés par Rice montrent que loin de reconnaître la nature régionale de la guerre, l’administration des USA poursuit son adhésion servile à l’idée que les guerres sur différents fronts sont globalement non liées, et qu’une défaite israélienne n’aura soit pas d’impact, ou avancera les chances d’une victoire américaine en Irak.
 
En plus des contraintes du champ de bataille que l’approche stratégique limitée impose, elle provoque aussi un dommage sur le front intérieur.
Pendant l’opération « Bouclier Défensif », le gouvernement Sharon a empêché Tsahal de détruire l’Autorité Palestinienne, ou même de monter une opération similaire à Gaza.
Ce faisant, le gouvernement a assuré que la guerre palestinienne contre Israël se prolongerait.
 
Pourtant dans le même temps, l’offensive anti-terroriste sans précédent de Tsahal, et la rhétorique même de Sharon a conduit le public israélien à croire que après deux ans de décrochage où la guerre avait été menée contre la société israélienne, le gouvernement ordonnait enfin à Tsahal de gagner la guerre et de vaincre nos ennemis ; et ainsi de nous protéger contre davantage de massacres et de terrorisme.
Quand l’offensive limitée n’apporta pas une victoire confirmée, la société israélienne commença de perdre confiance dans la capacité de Tsahal à la défendre.
 
De même, les résultats humiliants de la guerre contre le Hezbollah l’été dernier ont provoqué dans le public une immense déception, qui a seulement servi à augmenter son sentiment de désespoir.
Cette désillusion et ce désespoir permettent aussi d’expliquer pour une grande part comment le parti Kadima - qui a mené sa campagne électorale l’an dernier sous la bannière du défaitisme « pragmatique » - a été capable de gagner les élections générales.
Et c’est le même désespoir qui alimente la foi croissante de nos ennemis dans leur capacité ultime de détruire Israël.
 
Aux USA, le fait que la stratégie limitée de l’administration Bush en Irak a diminué la foi du public sur la victoire finale, a été démontré encore plus crûment lors des élections au Congrès de Novembre dernier.
Les Démocrates ont gagné ces élections avec une campagne de parti anti-guerre qui « ramènerait les boys d’Irak à la maison ».
La tentative de Bush mercredi dernier de diminuer les attentes de victoire du public, en intégrant à son discours des phrases comme : « Il n’y aura pas de cérémonie de reddition sur le pont d’un navire de guerre », a pris le risque d’aller dans le sens du message défaitiste des Démocrates.
 
Dans le même temps, en reconnaissant finalement le rôle des Iraniens et des Syriens dans la guerre en Irak, et en élargissant implicitement le champ de bataille pour les englober, le discours de Bush a représenté la première cause d’espoir dans la mémoire récente : les USA peuvent vraiment arrêter leur stratégie politique actuelle consistant à agir comme Israël, et mener une guerre régionale en jouant la défense sur un front.
Pour la première fois depuis 2004, Bush a donné une raison de croire que l’Iran devrait se faire du souci désormais.
 
Malheureusement, aussi longtemps que le gouvernement actuel d’Israël demeure au pouvoir, Israël n’a aucune chance de partager ce qui pourrait bien être la nouvelle vision claire de l’Amérique.

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