Les limites de la méthode Royal

Publié le par Ofek

Ivan Rioufol - Le Figaro
 
La démocratie participative, choisie par Ségolène Royal, a un défaut : elle installe l'indécision.
Même Libération s'inquiétait, lundi, des atermoiements de sa candidate, contrainte d'appeler Dominique Strauss-Kahn pour l'aider dans son projet fiscal.
À trois mois du scrutin, l'impréparation de la gauche révèle les limites de la méthode, mais aussi le désarroi du PS face aux attentes populaires.
 
Royal a su intégrer le divorce entre les élites et les citoyens. Son choix de prendre leurs avis a même incité l'UMP à modifier son slogan : « Tout devient possible avec Nicolas Sarkozy » s'est transformé en « Ensemble tout devient possible ».
Mais être à l'écoute oblige à tout entendre. Or la gauche n'aime pas le peuple qui parle cru. D'ailleurs, celui-ci préfère actuellement Sarkozy (sondage Libération).
 
La candidate croit néanmoins être novatrice, en s'attachant à la « vie des gens » et en cheminant à leur rythme.
Tandis que son concurrent se faisait plébisciter, dimanche, et prononçait un discours de haute volée sur la nation, elle inaugurait une presse à huile dans une petite exploitation de Poitou-Charentes, en chantant « la France respirante ».
Cependant, cette ode à l'humilité et à l'effacement néglige les grands débats.
 
La gauche narcissique est persuadée que le ringardisme est en face.
Alors que les médias moutonniers brocardaient la « grand-messe à l'américaine » de l'UMP et le « sacre », Julien Dray y voyait le retour « de la droite violente ».
Or, l'opinion a bien accueilli la démonstration de puissance de Sarkozy, dont rien ne dit, non plus, qu'il a eu tort de serrer la main de George Bush, comme on le radote. La force répond à une attente.
 
Royal demeure évidemment redoutable. Ses bourdes (l'éloge de la justice chinoise, dernièrement) sont excusées par ceux qui y voient la démonstration de sa candeur.
Toutefois, son choix pour la proximité et la modestie ne peut être la réponse à une France affaiblie et à un monde en guerre.
Si le peuple s'est fâché avec ses représentants, c'est parce que ceux-ci évitaient les vraies questions. En visant bas, Royal s'enlise dans les détails.
 
Diversion
 
Assiste-t-on à l'endiguement du Front national ?
Des sondages semblent le laisser croire. Celui de Paris Match, cette semaine, fait même passer François Bayrou devant Jean-Marie Le Pen (12 % contre 10 %).
Alors que le FN a toujours fait son miel du conformisme et du déni des faits, sa dynamique pourrait être freinée par l'ébranlement du discours unique, pour peu que des vérités continuent à être dites.
 
Faire référence à l'identité de la France n'est déjà plus un tabou.
Il y a peu, Jean-Pierre Raffarin se faisait traiter de « pétainiste » par le PS pour avoir parlé de patrie.
Cette semaine, personne ne s'est plaint du discours souverainiste de Nicolas Sarkozy présentant les Français comme « les héritiers de deux mille ans de chrétienté » et la France comme « une nation qui revendique son identité, qui assume son histoire ».
Évidences, hier, indicibles.
 
C'est son mérite, d'avoir récupéré le thème de la nation, rendu suspect après des dérapages frontistes qui « ont rabaissé la Geste des Croisés francs au niveau des gesticulations hystériques de quelques skinheads supporters du PSG » (Maurice G. Dantec, American Black Box, Albin Michel).
Marie-Ségolène Royal suit, en creux, ce registre en mettant en avant son éducation catholique et provinciale. Un enracinement qui a même poussé le PS a présenter Sarkozy comme « un néoconservateur américain à passeport français » : autant dire un étranger.
Nauséeux.
 
Mais les questions essentielles - à commencer par le financement des promesses et la réforme de l'État - tardent à être abordées, faute d'une candidate prête à débattre.
En répondant par la victimisation et l'insulte (« méthodes de racaille ») aux rumeurs ayant dévoilé, ces jours-ci, l'assujettissement de son couple à l'ISF, Royal a laissé voir une propension à la diversion et au moulinet, qui augure mal d'un choc des idées.
 
Vérités officielles
 
Ce qui se confirme, c'est le peu d'appétit des médias à contredire les vérités officielles sur l'immigration.
Si l'analyse de la démographe Michèle Tribalat, qui met en garde contre des processus de substitution démographique et séparation territoriale dans certaines villes de France (bloc-notes du 12 janvier ), a été ignorée, les affirmations de l'Insee assurant que les Françaises battaient les records européens de fécondité (2 enfants par femme) ont été abondamment reprises.
 
Or, ce fait est contesté par de nombreux démographes.
Ainsi du professeur Gérard-François Dumont, directeur de Population et Avenir, dont le numéro de janvier donne des précisions.
La fécondité des Françaises (y compris celles d'origines immigrées) serait en réalité de 1,8 enfant.
Le chiffre de 2 ne serait atteint que grâce à l'apport des femmes maghrébines (3,25 enfants), africaines (4,07), turques (3,35), asiatiques (2,83).
Selon Dumont, 50 % de l'accroissement serait dû à l'immigration.
 
« Cela fait vingt-cinq ans que l'on ment sur les flux migratoires », assure le démographe, rejoint par ceux qui dénoncent les analyses idéologiques de l'Insee et de l'Institut national d'études démographiques (Ined).
« La situation n'est pas satisfaisante dans notre pays », reconnaît Sarkozy dans la Revue générale de stratégie, qui estime « essentiel de rendre à l'Ined sa vocation d'outil scientifique et impartial, au service de la connaissance des réalités démographiques ».
En attendant, la désinformation continue.
 
Le fond
 
Ségolène Royal a suspendu Arnaud Montebourg, hier, pour une mauvaise blague sur François Hollande.
« Je veux que mon porte-parole traite du fond », a expliqué la candidate.
Mais quel fond ?
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