Y’a pas à dire, elle maîtrise tous les sujets !

Publié le par Ofek

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Jean-Pierre Bensimon - Objectif Info

 
Au journaliste qui lui demandait combien il y avait de sous-marins dans la force nucléaire stratégique française, Ségolène Royal répondit « un ».
Quand il lui suggéra « sept », elle répéta « sept ». Il y en a quatre.
La candidate n’avait plus en mémoire ces noms fameux, Le Triomphant, Le Téméraire, L’Inflexible, etc. Fatigue de la campagne ? Pourquoi pas ?
Cependant la réponse ne pouvait en aucun cas être « un », il ne peut pas y avoir un sous-marin seul. Avec un seul sous-marin, il ne peut y avoir ni rotation des équipages, ni périodes de maintenance. Pour avoir un sens, la dissuasion nucléaire doit être permanente.
La postulante pouvait-elle faire preuve de tant d'ignorance ?
La Constitution stipule que le président de la République est le chef des armées.
Or, la logique du principal système d’armement est le niveau de connaissances minimal pour cette fonction, que convoite la candidate.
 
En donnant en exemple la célérité de la justice chinoise, Ségolène Royal commettait une bourde qu’un élève du second degré n’aurait sans doute pas faite. La détresse de l’immense peuple chinois, des Tibétains, et d’autres, écrasés par une dictature sans principes, rend d’ailleurs cette bourde un peu indécente.
 
En proposant d’interdire à l’Iran l’accès au nucléaire civil, Ségolène Royal montrait qu’elle n’avait pas la moindre idée du fonctionnement des relations internationales. L’Iran est signataire du Traité de non-Prolifération, qui est fondé sur la renonciation au nucléaire militaire en échange d’un accès garanti au nucléaire civil. Si la communauté internationale interdit à l’Iran le nucléaire civil, elle viole les règles contractuelles qu’elle a elle-même élaborées. On ne voit plus alors sur quoi établir les relations internationales.
Mais l’amateurisme de la candidate se révèle plus crûment si l’on se demande avec qui elle pourrait imposer cette mesure.
A l’évidence, aucun État ne suivrait la France dans cette voie fantaisiste, contraire au traité et au droit international. Alors ?
Alors, faute d’une coalition politique, voudrait-elle lancer une intervention militaire française pour priver l'Iran de centrales civiles ?
 
Après sa condamnation cinglante des Etats-Unis, sur le sol du Liban, Hillary Clinton a refusé de recevoir Ségolène Royal, car on ne fonde pas les relations franco-américaines sur l’injure, même si cela « fait » des voix.
La candidate, en période « d’écoute » intense, venait de ne pas entendre le représentant du Hezbollah, qu’elle avait tenu à rencontrer, accuser plusieurs fois Israël de nazisme.
Ce qui ne l’empêcha pas de tomber, quelques heures plus tard, dans les bras des dirigeants israéliens et de revenir sur la question du « survol » du Liban par l’aviation israélienne, qu’elle venait à peine de condamner.
Comment trouver là la moindre trace d’une attitude conforme à des principes, ou la manifestation de convictions ?
 
Ségolène Royal a beaucoup voyagé. Le résultat essentiel, c’est que désormais, les dirigeants de la planète qui ne la connaissaient pas sont profondément alarmés par l’éventualité de son succès.
 
Il n’est pas question de dérouler longuement les glissades de Ségolène Royal, mais de constater une évidence : elle n’est pas en mesure d’exercer la fonction à laquelle elle aspire.
Nous sommes ici en deçà du clivage droite-gauche, si jamais il a encore la moindre signification. Ce que l’on sait du passé de la candidate, c’est qu’elle a « collé » au plus près de Mitterrand, qui lui a fait une carrière politique sans jamais la désigner comme sa collaboratrice directe.
Elle a réuni autour d’elle un aréopage hétéroclite, plus ou moins piloté par des anciens de l’Élysée, dont Jean-Louis Bianco, un admirateur militant du Hamas.
On sait aussi que les personnalités socialistes avec qui elle a exercé des responsabilités gardent d’elle un souvenir cuisant, ou contestent durement ses prises de position intempestives (1). Des intellectuels de gauche éminents se tordent les mains (2). Tout cela ne fait pas une candidature présentable.
 
Les caciques du parti socialiste qui ont organisé son ascension devraient être interrogés sur leur déontologie citoyenne, car on ne confie pas les rênes du pays à une personne qui s’y connaît si peu et qui décide selon son humeur du moment.
Voyant Dominique de Villepin prêt à soutenir Ségolène Royal pour provoquer la perte de son rival, Thierry Breton, le ministre de l’Économie, a eu des mots cruels, mais qui témoignaient d’un certain sens de l’État : « Tu as vu Ségolène ? Ce qu’elle est bête !… C’est vraiment quelqu’un comme cela que tu veux pour le pays ? On doit être clair. » (3).
 
Il est faux, cependant, d’affirmer comme l’a fait Bernard-Henri Lévy dans Le Parisien du 28 janvier : « De ma vie, je n’ai jamais vu une campagne aussi médiocre… ».
Qu’il y ait des courants nihilistes qui font, de la campagne, un jeu de cirque, c’est sûr. Que la société du spectacle triomphe, avec un intérêt pour les postures, les visages, les attitudes, plutôt que pour les idées, c’est incontestable.
La candidate aux toilettes étincelantes n’y est pas pour rien, elle qui déclarait « Cela ne se voit pas ? » quand on l’interrogeait sur ses différences avec ses challengers socialistes.
Que les coups tordus aient fait leur apparition, comment le nier ?
Mais la droite est tout à fait fondée à faire remarquer que le couple Royal-Hollande paie l’ISF [impôt sur la fortune], alors que Mme Royal assimilait les hauts revenus à des actes de violence, et que son compagnon déclarait publiquement qu’il n’aimait pas les riches.
 
La querelle de la note des RG [Renseignements généraux], révélée par le Canard Enchaîné, a été, elle, un vrai « coup tordu ». Ce n’était qu’un contre-feu du parti socialiste, relayé à l’envi par les médias, car les RG n’auraient pas fait leur travail s’ils n’avaient pas suivi de près l’ancien dirigeant d’une association qui prépare une campagne « de mobilisation » contre le réacteur nucléaire EPR [European pressured reactor].
Nul n’a fourni le moindre indice que Nicolas Sarkozy ait demandé une note sur cet inconnu - pour en faire quoi ? - mais on l’a bruyamment accusé d’abus de pouvoir.
 
Cependant, la campagne ne se réduit pas aux prestations de Ségolène Royal.
Certes, on ne peut pas dire que l’extrême gauche ou l’extrême droite apportent des perspectives nouvelles.
Certes, si François Bayrou fait une percée dans les sondages, on cherche en vain, chez lui, une vision, une analyse neuve, ou même un programme.
 
Mais du coté de Nicolas Sarkozy, on assiste à un phénomène remarquable, dont nous ne connaissons pas de précédents dans la période contemporaine en France, et qui sort, à lui seul, la campagne de la médiocrité.
 
L’élection qui vient n’est pas une élection ordinaire. La France est à la croisée des chemins.
Il y a un peu plus de deux ans, un rapport de Michel Camdessus, intitulé « Le Sursaut » concluait à un décrochage de la France des pays développés.
On irait vers une situation irréversible dans une dizaine d’années, si le pays ne connaissait pas un changement radical d'orientation.
 
Depuis, les choses se sont considérablement aggravées.
Les émeutes de l’automne 2005, les accusations sur le passé colonialiste et esclavagiste de la nation française, la poussée fondamentaliste, la persistance de la pauvreté et du chômage de masse, le poids écrasant de la dette publique alimentée par des déficits structurels, le recul sensible de la compétitivité, sont les signes d’une perte de contrôle de la nation « France », dans un monde plus vigoureux et plus dangereux que jamais.
 
Il ne s’agit pas seulement de régler des problèmes économiques, ou de traiter de déséquilibres sociologiques et ethniques. Il s’agit aussi de modifier en profondeur la façon dont les Français se voient eux-mêmes, voient leur histoire, leurs institutions et leurs dirigeants.
Il s’agit de leur faire comprendre que des défis impitoyables sont à notre porte.
Les réflexes de repli sur les acquis, la volonté de préserver un « modèle social » épuisé, la tolérance envers le communautarisme, qui ont été gravés dans le marbre par les équipes au pouvoir, de droite comme de gauche, depuis trois décennies, conduisent le pays dans l’impasse.
 
Dans cette situation exceptionnelle, l’approche de Nicolas Sarkozy mérite une véritable attention.
Dans son discours de candidature du 14 janvier, il n’a pas aligné un catalogue de mesures, ou des déclarations de principe, formulées dans la langue de bois. Il a exposé longuement ses références personnelles et ses modèles.
Cela permet de comprendre comment il raisonne et sur quelle base il décide.
Il se pose par exemple en héritier « de deux mille ans de chrétienté… et de valeurs spirituelles que la morale laïque a incorporés », quand Jacques Chirac affirmait que « les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes ».
 
Prenons deux exemples pour donner une idée de la portée de ce discours.
Sans mettre en cause l’islam comme religion, Sarkozy y dénonce, avec une vigueur remarquable, la soumission de la femme, la polygamie, l’excision, les mariages forcés, et il avertit que ceux qui veulent les pratiquer ne sont pas les bienvenus sur le territoire de la république française.
Mise au point salutaire qui pourrait éloigner le risque de guerre civile, qui affleure, toutes les nuits, dans les « territoires perdus de la République ».
Une nation ne peut intégrer un grand nombre d’étrangers à la culture affirmée, qu’en abandonnant tous ses doutes sur sa propre identité.
 
Le second exemple porte sur le système de représentation.
Sarkozy veut rompre avec le style d’ancien régime de l’autorité, et les privilèges de caste : le président de la République devra s’expliquer devant le Parlement, gouvernera, assumera. « On n’élit pas un arbitre, mais un leader… ».
Les juges seront indépendants, mais ils ne seront plus irresponsables.
La représentativité syndicale ne sera plus « présumée en fonction du comportement patriotique durant la Seconde Guerre mondiale. »
 
On ne peut pas qualifier de médiocre une campagne dans laquelle un discours de cette portée, que nous venons à peine d’effleurer, alimente la réflexion et le choix du citoyen.
 
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Notes
 
(1) Voir les déclarations assassines de Claude Allègre, Alain Etchegoyen, Michel Charasse, Jean-Paul Huchon, André Laignel, Jean Glavany, Jean-Luc Mélenchon, etc.
 
(2) Voir, par exemple, Michel Wieviorka « Le voyage en Chine a renforcé d'autres critiques et des interrogations quant à son niveau d'exigence en matière d'idées et de culture. Que dirions-nous si un chef d'État étranger visitait notre pays en ponctuant son déplacement de morales tirées des fables de La Fontaine ?
Comment accepter cette « bravitude », qui fait plus penser à une formule de publicité pour hypermarché nous invitant à « positiver » qu'à un propos de présidentiable ? »
Ségolène met la gauche intellectuelle en peine. (Libération 18 janvier 2007).
 
(3) Rapporté dans Le Figaro Magazine du 27 janvier 2007, p. 13, par Sylvie Pierre-Brossolette.
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Florilège
Samuel Potier et Thibaut Danancher  - Le Figaro
 
Pendant ses déplacements à l’étranger ou encore lors de plusieurs déclarations, la candidate socialiste a multiplié les faux-pas diplomatiques, déclenchant à chaque fois l’ire de la classe politique.
Tour d’horizon de ses principaux dérapages verbaux.
 
« Un diplomate, c’est quelqu’un qui réfléchit deux fois avant de ne rien dire ».
Cette citation de Frédéric Sawyer ne fait apparemment pas partie des références de la candidate socialiste à l’élection présidentielle.
 
- 19 SEPTEMBRE 2006 : Elle s’ingère dans la politique intérieure hongroise.
Des émeutes font 150 blessés en Hongrie, après la révélation de propos tenus par le premier ministre socialiste Ferenc Gyurcsany.
Celui-ci a reconnu avoir menti aux Hongrois en leur ayant caché l’existence d’un plan d’austérité.
Surprise : Ségolène Royal demande alors sa démission.
Tollé général : il n’est pas dans les usages d’exiger ce genre d’acte, notamment de la part d’un dirigeant européen qui, de surcroît, appartient à la même famille politique.
Jean-Louis Bianco, alors son porte-parole, s’en réjouit : « C’est tout à fait elle : elle va bousculer les usages ».
La suite des événements ne fera que confirmer ses prédictions.
 
- 6 NOVEMBRE 2006 : Haro sur le nucléaire civil iranien.
Dans le cadre des débats internes avant la désignation du candidat socialiste à la présidentielle, elle juge que l’Iran, signataire du Traité de non-prolifération nucléaire, ne doit pas accéder au nucléaire civil.
Elle se dit même prête à faire pression sur les organismes internationaux pour que cette interdiction soit effective.
Or, c’est le nucléaire militaire qui provoque des remous diplomatiques entre Téhéran et la communauté internationale.
Mardi 23 janvier 2007, lors de son arrivée surprise au dîner du Crif, elle réaffirme cette même conviction, « au risque de gêner une négociation européenne complexe dont l’aboutissement est un enjeu mondial majeur », comme l’écrivait Stéphane Marchand dans un éditorial publié dans Le Figaro du mercredi 24 janvier.
 
- 1er DÉCEMBRE 2006 : Double langage sur le survol des avions israéliens.
En visite au QG de la Finul (Force intérimaire des Nations Unies au Liban), elle assure :
« C’est vrai que le survol par les avions israéliens met en difficulté la Finul, porte atteinte à sa crédibilité et donc, j’ai bien l’intention d’en parler aux dirigeants israéliens. Il faut que ces survols cessent ! »
Se rendant ensuite en Israël quelques heures plus tard, elle soutient la thèse contraire :
« Les survols qui subsistent sont dus à un certain nombre de faits ou d’événements qui les justifient. Ils sont liés à la défense de la sécurité d’Israël. »
 
- 3 DÉCEMBRE 2006 : Dérapage verbal d’un député du Hezbollah.
Elle reste sans réaction lors d’une réunion au Liban où un député du Hezbollah établit un parallèle entre la politique israélienne au Liban et le nazisme.
Elle affirmera ensuite d’avoir rien entendu de ces propos, au contraire de la quinzaine de journalistes présents. (…)
 
- 6 JANVIER 2007 : « La rapidité » de la justice chinoise.
En voyage en Chine, après avoir parlé de « droits humains » plutôt que de « droits de l’homme », la candidate socialiste félicite Pékin pour la rapidité de sa justice et déclare :
« J’ai rencontré un avocat qui me disait que les tribunaux chinois sont plus rapides qu’en France. Vous voyez : avant de donner des leçons aux autres pays, regardons toujours les éléments de comparaison ».
Nouveau scandale : la Chine est le pays qui pratique le plus d’exécutions capitales dans le monde, le plus souvent avec une balle dans la tête. Les autorités font ensuite payer cette balle à la famille du condamné.
Lors de ce déplacement, elle provoque une autre polémique, en critiquant la « posture bien franco-française » des entreprises qui perdent des marchés.
 
- 22 JANVIER 2007 : L’indépendance du Québec.
Après un entretien avec André Boisclair, le leader du parti québécois (indépendantiste), elle estime que l’objectif des souverainistes se révèle « conforme aux valeurs qui nous sont communes, c’est-à-dire la souveraineté et la liberté du Québec ».
Or, le gouvernement fédéral canadien s’oppose fermement à toute tentative d’autonomie du Québec. Deux référendums ont été organisés en 1980 et 1995, avec à chaque fois un résultat négatif à la clé.
En colère, le premier ministre canadien Stephen Harper estime que Ségolène Royal outrepasse son rôle : « L’expérience enseigne qu’il est tout à fait inapproprié pour un leader étranger de se mêler des affaires démocratiques d’un autre pays. »
 
- 25 JANVIER 2007 : Méconnaissance de la Défense française.
Interrogée sur RMC sur le nombre de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins possédés la France, Ségolène Royal répond : « un ».
Le journaliste lui répondant « non, sept », elle répète : « Sept », commettant une nouvelle erreur.

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