Les monte-en-l’air

Publié le par Ofek

Pierre Lefebvre  - Primo Europe
 
 
Le sens de l'honneur...
 
Abbas assiste au Forum économique mondial de Davos, en Suisse. Il y a des lieux plus désagréables à fréquenter.
Fouad Siniora, Premier ministre libanais, assiste à la conférence des joyeux donateurs à Paris.
Dans leurs pays respectifs, les morts s’accumulent.
Bien entendu, des affrontements ne peuvent paralyser ad vitam aeternam la représentation internationale.
Bien entendu, on ne saurait accuser ces deux dirigeants d’abandon de poste.
 
Mais ceux qui n’ont pas la mémoire courte, c'est-à-dire probablement une minorité de français, se souviennent : le 20 mai 2003, à 7 h12, dans le 7-9 de France Inter, alors qu’Israël venait de subir des attentats d’une violence extrême, on apprenait que Sharon avait annulé un voyage à l’étranger.
 
Sur France Inter, les journalistes en ont profité pour accabler le Premier ministre israélien qui, ont-ils affirmé, « prend prétexte des derniers attentats pour reporter son voyage aux USA afin de discuter de la Feuille de route ».
 
Voila peut être un élément séduisant de la jeune démocratie israélienne.
Ce sentiment de solidarité sans faille malgré les graves césures qui apparaissent dans la société et ce gigantesque pied de nez au bel ordonnancement du monde : « mon peuple est menacé et vit des heures tragiques ; je ne pars pas, même si les grands de ce monde m’attendent. Nous reprendrons rendez-vous ».
Quelle suffisance, disent nos bonnes âmes. On ne traite pas ainsi avec les puissants.
 
Et bien si ! Israël ne doit sa survie qu’à lui-même.
Il a appelé à plusieurs reprises à l’aide la communauté internationale pour qu’elle l’aide et assume ses responsabilités.
Si celle-ci a su organiser un pont aérien pour soutenir Berlin Ouest, elle a détourné le regard des massacres que perpétraient les armées arabes contre les Juifs en Palestine.
 
Israël sait depuis toujours qu’il ne peut survivre qu’en étant fort. Il sait que la moindre erreur lui sera reprochée. Il sait aussi que, même s’il n’en commet pas, notre Occident, si bon si démocratique, trouvera bien une petite pierre dans son jardin.
Il sait surtout qu'une seule faille dans sa défense signifie sa disparition assurée.
 
Alors, oui, on traite ainsi avec les puissants.
 
Israël, c’est le bordel
 
Un peuple venu du fond des âges reprend pied sur sa terre, la terre qui lui a été volée depuis 2000 ans.
Les colonisateurs de la Palestine, occidentaux et arabes, chrétiens et musulmans, ne l’entendent pas ainsi. Les uns entrent en guerre avec les Juifs. Les autres ferment pudiquement les yeux.
 
Chacun croyait sa frontière étanche, sa position établie, sa colonie bien implantée et voici que les Juifs surviennent. Décidément, ces gens là ne respectent rien.
La Grande-Bretagne, si collet monté, n’avait pas prévu, lors de son plan de partage, qu’Israël se montrerait si envahissant et si peu respectueux des usages diplomatiques.
Israël s’est retrouvé face à une meute mille fois plus nombreuse qui ne jurait que par son extermination. Cela vous donne, à bon droit, un léger coup de fouet et une relative envie d’en découdre pour survivre.
 
Dame ! Les fours crématoires n’étaient pas si loin
 
Il en est ainsi des pays qui se sentent menacés de mort et qui le savent.
D’autres, dont la France, le savent aussi mais leurs responsables politiques font à peu près tout pour que cela ne s’ébruite pas.
 
Selon nos donneurs de leçons, Sharon n’aurait pas du annuler ce voyage en 2003.
Mais Abbas peut faire des tournées triomphales à l’étranger pendant que son peuple s’autodétruit.
 
Partir pour chercher fortune
 
Il peut aller à Davos, rendez-vous de tout ce qui peut compter de fortunes au monde, pour chercher des appuis.
Siniora peut aller faire la manche pour la deuxième fois à une conférence internationale parisienne, appelant à l’aide l’ensemble de la planète pendant que son pays plonge dans la guerre civile.
Il a récupéré environ 7 milliards de dollars, soit deux milliards de moins que les avoirs actuels de la famille Hariri.
 
A qui fera-t-on croire que cette fortune, dans un pays surendetté, est le résultat d'un habile management ?
Siniora peut faire oublier que Paris I et Paris II ont surtout servi à remplir les poches de l'ancien Premier ministre libanais.
Le fait qu’il ait été assassiné par les Syriens ne saurait suffire à le blanchir, à l’exonérer de sa responsabilité dans l’état actuel de l’économie libanaise, encore aux mains des seigneurs et des riches familles historiques.
 
Pourquoi se gênerait-il, du reste ! Hariri s’est enrichi avec son ami Chirac et, mis à part un événement un tantinet explosif vers la fin de sa vie, cela lui a plutôt réussi.
 
Il y a une concomitance gênante dans ces faits ajoutés les uns aux autres.
Arafat, 6e fortune du monde (dans la catégorie « ois, despotes, tyrans » selon le magazine Forbes), détournait l’argent de la communauté internationale pour entretenir la haine, la division et l'avenir de sa famille.
Sa veuve, on le sait, est à l'abri du besoin pour quelques milliers de générations.
 
Que deviennent les peuples libanais et palestinien dans l'affaire ?
Faut-il alors s'étonner de voir des mouvements islamistes prétendus non corrompus prendre le pouvoir par les urnes ou la force quand les gouvernements qui n'auraient du cesser d'être démocratiques vivent dans une impudente opulence ?
 
Que va faire Siniora des milliards qui lui ont été promis ? Sans doute, une infime minorité de privilégiés amassera quelque fortune supplémentaire, dans l’impunité la plus totale, au prétexte de la reconstruction.
Ils persuaderont bien la communauté internationale, au moyen de reportages people bien larmoyants, que cet argent a permis de reconstruire un pont, une école, une clinique : une goutte d’eau par rapport aux profits engrangés par une classe politique vieillissante.
 
Auto-immune ?
 
Mais il est un fait qui ne pourra être défait : Hariri, Siniora, Arafat, Abbas, à l'instar de la majorité des dirigeants des nations arabes, n'ont jamais été et ne seront jamais inquiétés par la justice de leurs pays.
Le Président et le Premier ministre d’Israël ne peuvent en dire autant.
 
L’impunité, la présomption d’innocence, ils ne connaissent pas.
Même si les preuves de leurs culpabilités respectives venaient à être apportées, ils n’auront pas connu, comme un certain Président de la République française, la douce euphorie que l’on peut ressentir à se savoir intouchable.
 
On aura beau dire ce que l’on voudra sur Israël.
Mais il sera toujours permis de préférer une démocratie où personne n’est à l’abri, à ces régimes fantoches et amasseurs de gains personnels qui font miroiter monts et merveilles à leurs citoyens sans jamais dépasser le stade des promesses.
 
Pendant ce temps, le nord d’Israël, lui aussi dévasté par des bombardements intensifs, tente de se refaire une petite santé en attendant des gestes de solidarité internationale qui tardent, c'est peu de le dire, à se mettre en place.
 
Mais il est vrai que ce sont des Juifs, donc coupables, forcément coupables.

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