Des Voyous !

Publié le par Ofek

Sami El Soudi -  Metula News Agency - Extrême Centre
 
 
Gaza, ce lundi matin.
 
Six morts palestiniens de plus, durant les combats de ce seul lundi matin entre le Hamas et le Fatah. Cela porte à 44 le nombre de miliciens, de membres des forces de sécurité et de victimes civiles collatérales durant ce round d’affrontements.
Quant au nombre de blessés, depuis l’annonce de la tenue d’élections générales par le président Abbas, il s’élève à 1 500, soit le double de celui infligé par les opérations israéliennes durant la même période.
 
Je ne vais pas vous faire ici la narration de toutes les péripéties morbides de cette guerre civile, car les agences généralistes s’en chargent convenablement ; avec tout de même une quantité importante d’inexactitudes, quant aux lieux, aux mobiles spécifiques des affrontements et aux fonctions des personnes visées.
Mais ces choses n’ont pas grande importance pour comprendre ce qui se passe chez nous, la clé est ailleurs.
 
D’autre part, la situation sécuritaire est tellement dégradée que la plupart des journalistes palestiniens, correspondants de media internationaux, font comme le reste de la population : ils se terrent chez eux.
 
Nous sommes, de plus, instrumentalisés par les deux camps, qui nous avisent à longueur de journées de leurs prochaines actions d’éclat en gestation.
Ils vous donnent le lieu et l’heure et souvent proposent de vous « escorter » jusqu’au théâtre de l’opération.
Samedi, lors d’un enlèvement à Naplouse, les vaillants guerriers des Martyrs d’Al-Aqsa ont même attendu 10 minutes l’arrivée sur place d’une camera qui se faisait désirer.
 
Mais il n’y a vraiment rien de comique dans cette guerre. Elle se déroule telle que je l’avais prévue, entre des bandes de lâches et de sadiques.
Toute la panoplie des Tartarin moyen-orientaux est de sortie : tirs sur tout ce qui bouge (surtout sur ceux qui ne peuvent pas répliquer), plus de balles perdues que de cibles visées – c’est la foire aux tirs en rafales et aux tirs en l’air -, saccages, pillages, atteintes gratuites à la propriété et aux biens des personnes, enlèvements et contre-enlèvements.
 
A ce jeu-là, dimanche, des bandes au service du Hamas ont réussi à enlever le brigadier général Sayyed Chéban. Chéban est le commandant des Forces de Sécurité Intérieure pour la région centrale de la bande de Gaza. C’est le membre le plus en vue des hommes en armes de l’Autorité Palestinienne qui ait été enlevé à ce jour.
Toutefois, face aux menaces extrêmement précises reçues après la capture de cet officier, le Hamas décida de le relâcher sans faire d’histoires.
 
Ces pratiques ne connaissent plus de limites. Ainsi, les mêmes miliciens islamistes n’ont-ils pas hésité à kidnapper le fils du colonel Khamis El-Adjouss et son neveu, tous deux en début d’adolescence. El-Adjouss est le commandant de la Sécurité Préventive de Dahlan pour Gaza ville.
La « Résistance Islamique » exige la libération de certains de ses miliciens aux mains du Fatah contre la relaxe des deux garçons. A 8 heures, elle menaçait de les exécuter dans les trois heures si ses exigences n’étaient pas respectées. A 10 heures locales, ce lundi matin, les parties ne s’étaient toujours pas entendues.
 
Les combats véritables sont rares, brefs, brutaux et sanglants, tels ceux qui ont opposé des combattants des deux camps, dans le nord de la ville de Gaza, avant l’aube.
Cet épisode a coûté la vie à six individus, dont au moins trois islamistes et un civil. Il y a également plus d’une trentaine de blessés.
 
Vendredi, une tentative de négociation entre des anciens, en vue de mettre fin au présent cycle de violences, avait échoué en milieu d’après-midi, face à la multiplication des actes hostiles.
Depuis, le roi Abdullah d’Arabie Saoudite a lancé une invitation aux belligérants, les conviant à venir discuter dans son royaume, « ans intervention étrangère ».
Ceci, afin de démarquer son initiative de celle de Béchar Al-Assad il y a quelques jours.
Le dictateur syrien avait en effet forcé la main de Mahmoud Abbas, exerçant une pression contraignante pour l’obliger à rencontrer le chef du Hamas Khaled Mashal et pour émettre un communiqué à l’issue de leur entretien, qui soit, suivant l’énoncé de la commande, « paisant et prometteur ».
 
Les deux clans ont accepté, en principe, l’offre du souverain saoudien, mais Abou Mazen ne fait pas montre d’un empressement démesuré pour se déplacer à Riad toutes affaires cessantes. Au contraire, le président Abbas, sur son voyage le ramenant du sommet de Davos, rencontre plusieurs leaders européens afin de s’assurer de leur soutien.
Quant au 1er ministre Hamas, Ismaïl Hanya, il a fait connaître par un communiqué sa condition principale à un retour au calme : il exige d’Abbas qu’il retire les forces qu’il a déployées à Gaza city.
 
Mais ce serait la troisième fois en deux mois que les présidentialistes se retireraient du centre de Gaza, alors qu’à chaque reprise, le cessez-le-feu n’a pas été respecté par leurs adversaires.
Dans ces conditions, les chefs de guerre du Fatah ne veulent pas entendre parler d’un nouveau retrait. Ils ont d’ailleurs immédiatement réagi à la demande de Hanya en faisant savoir que ce sont les Forces Exécutives du Hamas qui sont responsables de la perpétuation des sabotages et des assassinats.
 
A Gaza, personne ne cède donc de terrain et les islamistes ne donnent pas de signe d’affaissement. Ce qui pousse les hommes fidèles au président à faire la différence et à occuper le terrain en Cisjordanie.
Voici où on en était, ce lundi matin vers 9h 40, lorsque les Palestiniens ont reçu la nouvelle, par la radio israélienne, de l’attentat qui a fait trois ou quatre morts à Eilat.
C’est un individu vêtu de noir qui a pénétré dans une boulangerie et s’y est fait exploser. Il n’y aurait pas de blessés, car tous les commerces avoisinants étaient fermés ce lundi matin.
 
Les chefs du Hamas et du Fath’ de Gaza que j’ai joins m’ont – usant d’un vocabulaire qui frappait par sa similitude – affirmé se réjouir de cette nouvelle, tout en m’indiquant que leur mouvement n’était pour rien dans cet assassinat collectif.
L’officiel du bureau des Affaires Etrangères (sous contrôle du Hamas. Ndlr) a tenu à me préciser qu’il encourageait des attaques de ce genre contre l’occupant, et qu’il voyait dans ce genre d’ « opérations, la manière la plus efficace de mettre fin à la lutte fratricide ».
 
Il s’agit du premier attentat contre la ville israélienne sur la Mer Rouge depuis vingt-cinq ans. Et, si je m’en souviens bien, le terroriste était alors venu à la nage de Jordanie.
L’assassinat d’aujourd’hui me semble marqué du sceau de la Djihad Islamique, qui avait rendu public, voici quelques mois, qu’elle faisait d’Eilat l’une de ses cibles stratégiques.
C’est déjà histoire de faire peur aux touristes, selon la méthode expérimentée par islamistes égyptiens, sachant qu’Eilat est florissante…
 
Autre tragédie dont PERSONNE ne parle, celle de la population palestinienne.
Des gens, en majorité pacifiques et ne demandant qu’à pouvoir se consacrer à leur survivance, qui, dans toute la bande de Gaza et dans quelques villes de Cisjordanie ne peuvent plus sortir de chez eux au risque de mourir.
Des civils, que personne n’entend, du fait qu’ils ne participent pas d’une tribu ou d’un mouvement armé, et parce que la voix des individus n’a pas droit de cité en Palestine.
Même s’ils sont la majorité. Même si nous sommes la majorité.
Même si nous haïssons ces voyous qui s’amusent à se faire la guerre.

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