L’age du monde

Publié le par Ofek

Lettre du Rabbi Mena'hem Mendel Schneerson de Loubavitch, datée du 18 Téveth 5722 (1962).
 
  
Dans une lettre, quelqu’un avait demandé au Rabbi son opinion sur l’âge du monde tel qu’il est suggéré par diverses théories scientifiques qui s’écartent du point de vue de la Torah.
 
Je vous salue et vous bénis.
 
Après être resté longtemps sans  nouvelles de vous, j’ai eu le plaisir de recevoir votre salut par l’intermédiaire des jeunes gens de ‘Habad (Loubavitch) qui ont visité récemment votre communauté à l’occasion de la conférence publique. Cela m’a réjoui de savoir que vous aviez pris une part active au débat.
 
En revanche, j’ai eu la grande surprise d’apprendre que le problème de l’âge du monde vous trouble encore. Et ce, parce que les différentes théories scientifiques qui ont hasardé une réponse à cette question ne s’accordent pas avec la vue de la Torah qui fixe cet âge à cinq mille sept cent vingt deux ans.
 
J’ai souligné à dessein le mot « théories » car il faut avant tout garder présent à l’esprit le fait que la science formule des théories et des hypothèses, tandis que la torah exprime des vérités absolues.
Il s’agit là de deux disciplines si différentes, qu’essayer de les concilier devient une entreprise absurde.
 
Ce qui m’a particulièrement étonné c’est que, selon le rapport, ledit « problème » vous préoccupe au point qu’il interfère avec votre vie quotidienne de Juif et l’accomplissement des Mitzvoth (commandements) de chaque jour.
J’espère que cette impression qu’ont eue ceux qui me l’ont communiquée est fausse.
Car, comme vous le savez, le principe de base, celui de « Naasseh » (Nous ferons, d’abord) et « Venichma » (Nous comprendrons, ensuite), fait un devoir pour chaque Juif d’accomplir les commandements de D.ieu indépendamment de la difficulté qu’il a à les comprendre.
De même l’obéissance à la loi Divine ne peut être conditionnée à la compréhension humaine.
 
En d’autres termes, l’absence de compréhension, voire l’existence de doutes « légitimes », ne saurait en aucun cas justifier la désobéissance aux commandements Divins.
Et combien moins encore quand les doutes sont « illégitimes », dans le sens où ils n’ont aucune base réelle ou logique, comme c’est le cas du « problème » en question.
 
Apparemment, la discussion que nous avons eue il y a déjà longtemps et que - je l’ai appris avec plaisir - vous n’avez pas oubliée, n’a cependant pas dissipé tous les nuages à ce sujet. J’essaierai de le faire, par écrit cette fois, en dépit de la brièveté qu’impose un tel mode de communication. Néanmoins j’espère que les remarques qui vont suivre serviront notre propos.
 
A la base, ce « problème » dérive d’une conception erronée de la méthode scientifique, ou simplement de ce qu’est la science.
Il importe de faire la distinction entre la science empirique ou expérimentale, qui se borne à décrire et à classifier des phénomènes observables, et la « science » spéculative qui s’occupe de phénomènes inconnus, parfois impossible à reproduire en laboratoire.
 
L’expression spéculation scientifique est en fait une incongruité terminologique ; car le mot science, strictement parlant, signifie « connaissance », alors qu’aucune spéculation ne peut être assimilée à la connaissance, dans le sens rigoureux du terme.
Au mieux, la science peut faire état de théories inférées (déduites) de certains faits connus, et appliquées au domaine de l’inconnu.
 
Dans ce cas, elle dispose de deux méthodes d’inférence (de déduction) :
Ø        La méthode d’  « interpolation » (se distinguant de l’extrapolation), selon laquelle la réaction sous deux extrêmes étant connue, on essaye d’en inférer la réaction à un point quelconque entre ces deux extrêmes.
Ø        La méthode d’ « extrapolation » par laquelle on infère en dehors du connu, en se basant sur certaines variables à l’intérieur de ce connu.
 
Par exemple, supposons que nous connaissions les variables d’un certain élément à une température comprise entre 0° et 100°.
Partant de ce fait, nous supputons la réaction possible à la température de 101°, 200° ou 2000°.
 
De ces deux méthodes, la seconde (extrapolation) est sans nul doute la plus incertaine.
De plus l’incertitude s’accroît avec la distance où l’on se trouve par rapport au connu et à mesure que se réduit ce connu.
Aussi, si le connu se situe ente 0° et 100°, notre inférence à 101° comporte une probabilité plus grande qu’à 1001°.
 
Remarquons tout de suite que toute spéculation sur l’origine et l’âge du monde relève de la seconde méthode, la plus faible, celle de l’extrapolation.
La faiblesse devient plus apparente si nous nous souvenons qu’une généralisation inférée (déduite) d’un conséquent connu (données relevées depuis la naissance de la science moderne) à un antécédent inconnu (origine du monde) est plus spéculative que la démarche inverse, soit une inférence d’un antécédent à un conséquent.
 
Cela peut être facilement démontré :
Quatre divisé par deux égale deux.
Ici l’antécédent est représenté par le dividende (4) et le diviseur (2), et le conséquent par le quotient (2).
La connaissance de l’antécédent dans ce cas nous donne un résultat possible : le quotient (2).
Toutefois, si nous connaissons seulement le résultat final, c’est à dire le nombre 2, et que nous nous demandions de quelle manière nous pouvons y arriver, plusieurs réponses seront possibles :
1+1=2 ;   b) 4-2=2 ;   c) 1x2=2 ;   d) 4 :2=2.
Remarquons que si d’autres nombres entrent en jeu, les possibilités donnant le même résultat se multiplient à l’infini ! (puisque 5-3=2 ;   6 :3=2 ; etc. ad inifinitum).
 
A cela s’ajoute une autre difficulté inhérente à toutes les méthodes inductives.
Des conclusions basées sur certaines données connues, quand elles sont ampliatives (copier coller) par nature, c’est à dire quand elles sont étendues au domaine de l’inconnu, tirent leur validité de la supposition que « tout, en dehors de ces données, est identique », c’est à dire d’une similitude des conditions dominantes, de leur action et de leur réaction les unes sur les autres.
 
Si nous ne pouvons être sûrs que les variations ou changements ont, en quantité (ou en degré), au moins un rapport étroit avec les variables existantes ; si nous ne pouvons être sûrs que les changements comporterons une ressemblance en qualité ; si, de plus, nous ne pouvons être sûrs que d’autres facteurs n’y sont pas intervenus, de telles conclusions ou inférences sont absolument sans valeur.
 
Pour illustrer encore ce qui précède, je me référerai à l’un des points qu’il me semble avoir mentionné lors de notre dernière conversation.
Dans une réaction chimique, qu’elle soit de fission ou de fusion, l’introduction dans le processus d’un nouveau catalyseur, quelque infime soit sa quantité, peut modifier tout le rythme et la forme du processus chimique, ou provoquer un processus totalement différent.
 
Nous n’avons pas fini avec les difficultés inhérentes à toutes les théories dites « scientifiques » concernant l’origine du monde.
Souvenons-nous que toute la structure de la science est basée sur l’observation des réactions et des processus dans le comportement des atomes dans leur état présent, c’est à dire tels qu’ils existent actuellement dans la nature.
Les hommes de science ont à faire à des conglomérations de billions d’atomes formant un tout, et ayant des rapports avec d’autres conglomérations d’atomes existants.
 
Les hommes de science savent peu de choses sur les atomes dans leur état primitif, sur la possible réaction d’un seul atome sur un seul autre, dans l’état de séparation.
Ils savent moins encore sur la manière dont les parties d’un atome peuvent réagir sur d’autres parties de ce même atome ou sur d’autres atomes.
Ce que la science considère comme certain - dans la mesure où la science peut être certaine - c’est que les réactions d’un atome sur l’autre, pris isolément, sont totalement différentes des réactions d’une conglomération d’atomes sur une autre.
 
Nous pouvons maintenant résumer toutes les faiblesses, voire l’inanité des théories dites scientifiques concernant l’origine et l’âge de notre univers :
 
Ces théories ont été avancées sur la base de données observables pendant une période relativement courte de quelques décennies seulement, période qui, de toute manière, ne dépasse pas deux siècles.
 
Sur la base de connaissances si limitées - encore loin d’être parfaites - les hommes de science se risquent à édifier des théories au moyen de l’insuffisante méthode de l’ extrapolation, en partant du conséquent à l’antécédent, théories dont il résulte que la Création du monde remonte à des milliers (selon eux même des millions et des billions) d’années !
 
En avançant de telles théories, ils négligent sans trop s’en soucier des facteurs universellement admis par tous les hommes de science, notamment que dans la période initiale de la naissance de l’univers, la température, la pression atmosphérique, la radioactivité et une foule d’autres facteurs catalytiques étaient totalement différents de ceux existant actuellement.
 
L’opinion généralement admise par les hommes de science est qu’il a dû y avoir au stade initial beaucoup d’éléments radioactifs qui n’existent plus maintenant, ou qui existent en quantités fort réduites ; la puissance catalytique de ces éléments étant connue même à des doses minimes.
 
La formation du monde, si nous devons souscrire à ces théories, a commencé par un processus de colligation (rattachement l’un à l’autre) d’atomes isolés ou de composants de l’atome, de conglomération et de consolidation, selon des processus et des variables totalement inconnus.
 
En bref, de toutes les faibles théories « scientifiques », celles qui s’attaquent aux origines du cosmos et à son âge sont, de l’aveu des hommes de science eux-mêmes, sont les plus faibles.
 
Il n’est pas étonnant (et cela en constitue l’une des réfutations les plus solides) que les différentes théories « scientifiques » concernant l’âge de l’univers, non seulement se contredisent, mais aussi sont tout à fait incompatibles entre elles et s’excluent mutuellement, puisque l’âge maximal avancé par l’une est moindre que l’âge minimal proposé par l’autre.
 
Si l’on accepte sans réserve une telle théorie, elle ne peut que conduire à des raisonnements fallacieux et inconséquents.
 
Considérons, par exemple, celle dite évolutionniste sur l’origine du monde, laquelle a pour hypothèse que l’univers aurait évolué en partant de particules atomiques et subatomiques existantes, et qui, par un processus évolutif se seraient combinés pour former l’univers physique, et, conséquemment, notre planète.
A la surface de celle-ci la vie organique se serait développée également par un processus évolutif jusqu’à l’apparition de « l’homo sapiens ».
Il est malaisé de comprendre pourquoi l’on devrait accepter sans discussion la création, au départ, de particules atomiques et subatomiques dans un état que tous admettent inconnaissable et inconcevable, alors qu’on doit, par ailleurs, faire des réserves quand à la création des planètes, d’organismes ou d’un être humain, tels qu’ils existent et tels que nous les connaissons.
 
L’argument qui se base sur la découverte de fossiles n’est pas du tout la preuve du grand âge de la terre, et ce pour les raisons suivantes :
 
Eu égard aux conditions inconnues qui existaient aux époques « préhistoriques » : pressions atmosphériques, températures, radioactivité, catalyseurs inconnus, etc., comme je l’ai mentionné plus haut, conditions qui pourraient avoir causé des réactions et des transformations différentes dans leur nature et leur rythme de celles que nous observons actuellement dans les processus naturels, eu égard à cela, disais-je, l’on ne peut exclure la possibilité que les dinosaures aient existé il y a 5722 ans, et soient devenus des fossiles sous l’effet de cataclysmes naturels terrifiants dans le bref espace de quelques années plutôt que des milliers de siècles.
Car nous ne disposons pas de mesures ou de critères de calculs applicables à ces conditions inconnues.
 
Même en admettant que le monde, selon l’âge que lui assigne la torah, soit décidément trop jeune pour la fossilisation (encore que je ne vois pas comment l’on peut se montrer si catégorique), il reste la possibilité, parfaitement acceptable, que D.ieu ait créé des fossiles tout faits, os ou squelettes (pour des raisons connues de Lui), de la même manière qu’Il peut créer des organismes vivants tout faits : un homme complet, ou des produits tout faits tels que l’huile, le charbon, le diamant, sans l’intervention d’aucun processus évolutif.
 
Quand à la question qui se poserait dans le cas où ce qui précède serait vrai : Pourquoi D.ieu avait-Il besoin de créer des fossiles ? Il est facile d’y répondre : Nous ne pouvons savoir la raison pour laquelle D.ieu choisit cette forme de création de préférence à une autre ; et d’ailleurs, quelle que soit la théorie qu’on accepte, la question resterait toujours sans réponse.
« Pourquoi créer un fossile ? » n’est guère plus défendable que « Pourquoi créer un atome ? ».
Il est évident qu’une pareille question ne peut servir d’argument solide, et moins encore de base logique pour la théorie évolutionniste.
 
Sur quelle base scientifique s’autoriserait-on à limiter la Création à un processus évolutif commençant avec des particules atomiques et subatomiques (théorie pleine de failles inexpliquées et complications) alors qu’on exclus la possibilité d’une création telle que la Torah en rend compte ?
Tandis que cette dernière possibilité étant admise, les choses se simplifient, et toute spéculation sur les origines et l’âge du monde devient inutile et sans objet.
 
Un autre argument consisterait à discuter cette possibilité en disant : Pourquoi le Créateur aurait-Il dû créer un univers complet alors qu’il Lui eût suffi de donner naissance au nombre voulu de particules atomiques et subatomiques douées du pouvoir de colligation et d’évolution et qui, se développant, auraient abouti à l’ordre cosmique actuel ?
C’est là une argumentation d’autant plus absurde que la théorie sur laquelle elle se base est d’une incroyable légèreté.
 
L’on pourrait également se demander : Si les théories qui essaient de résoudre le problème des origines et de l’âge du monde sont si faibles, comment ont-elles pu faire une telle carrière ?
La réponse est simple. C’est une caractéristique constante de la nature humaine que de chercher une explication à tout ce qui nous environne ; et une théorie, pour imprécise qu’elle soit, est préférable à l’absence de théorie, du moins jusqu’à ce qu’une explication plus acceptable soit trouvée.
 
Il se peut que vous demandiez maintenant pourquoi, en l’absence d’une théorie plus solide, l’explication que donne la Torah de la Création n’est-elle pas admise par les hommes de sciences ?
La réponse se trouve encore une fois dans la nature humaine.
C’est une aspiration naturelle chez l’homme que de vouloir être inventif et original.
Consentir à la réponse de la Torah le priverait d’une occasion de montrer ses dons d’analyse et d’induction.
C’est pourquoi, négligeant ce que lui proposent nos textes sacrés, l’homme de science a besoin de raisons pour « justifier » son attitude ; il se réfugie alors dans de vagues classifications, assimilant à une « mythologie » ancienne et primitive ce qu’il ne peut réfuter par des moyens scientifiques.
 
Si vous êtes encore troublé par la théorie de l’évolution, je peux vous affirmer, sans crainte de me tromper, qu’elle ne dispose pas de la moindre preuve qui puisse l’étayer.
Au contraire, pendant des années de recherches et d’investigations, depuis que la théorie a été formulée pour la première fois, il a été possible d’observer certaines espèces animales ou végétales à vie brève sur des milliers de générations, sans réussir à constater une transmutation quelconque d’une espèce à une autre, et moins encore la transformation d’une plante en un animal.
En conséquence, une telle théorie ne saurait avoir une place dans l’arsenal de la science empirique.
 
La théorie de l’évolution n’a aucun rapport avec l’affirmation de la Torah sur la Création.
Car, même si cette théorie venait à être établie, et la mutation des espèces prouvée par des examens de laboratoires, cela ne contredirait pas pour autant la possibilité que la Création ait eu lieu comme la Torah en rend compte, plutôt que par le processus évolutif.
 
Si j’ai cité la théorie évolutionniste, c’est seulement pour monter combien une théorie hautement spéculative et scientifiquement faible peut fasciner l’imagination des personnes non averties, et cela d’autant plus qu’elle est donnée comme une explication « scientifique » du mystère de la Création, en dépit du fait que cette théorie n’ait pas été établie scientifiquement et soit dépourvue de toute base rationnelle.
 
Il n’est pas nécessaire d’ajouter que je n’ai nullement l’intention de calomnier ou même de discréditer la méthode scientifique.
La science ne peut opérer qu’en faisant sienne des théories susceptibles de développement, ou des hypothèses, même si elles ne peuvent être vérifiées ; encore que certaines d’entre ces théories ont du mal à disparaître une fois réfutées ou discréditées scientifiquement (celle de l’évolution en est justement une).
Aucun progrès technique ne serait possible si certaines « lois » physiques n’étaient acceptées, même sans la garantie que les effets de ces « lois » se reproduiraient avec certitude.
 
Je voudrais en tout cas souligner, au risque de me répéter, que le pain quotidien de la science ce sont des « théories » et non des certitudes.
Toutes les conclusions scientifiques, ou les généralisations, peuvent être seulement probables à un degré plus ou moins grand selon les précautions prises dans l’utilisation de la preuve disponible ; et le degré de probabilité décroît nécessairement à mesure qu’augmente la distance où se trouvent ces conclusions par rapport aux faits empiriques, ou que croissent les variables inconnues, etc., comme je l’ai déjà indiqué.
Se souvenir constamment de cela, c’est se rendre compte qu’il ne peut y avoir de réel conflit entre une théorie scientifique et la Torah.
 
Je m’aperçois que mes explications ont été plus longues que je ne le prévoyais.
Elles sont cependant trop brèves comparées aux erreurs de conception et à la confusion régnant dans beaucoup d’esprits.
De plus mes remarques devaient se limiter à des observations générales, ce qui ne permettait pas d’enter dans les détails.
Toutefois, je compte sur vous pour m’écrire, au cas où vous auriez d’autres questions à me poser.
 
Et pour conclure sur une note qui rappelle notre conversation :
La Mitzvah (commandement) du port des Tefiline chaque jour de semaine, sur la main (face au cœur), et sur la tête (siège de l’intelligence), rend compte, entre autres choses, de la véritable attitude du Juif ; l’acte d’abord (la main), avec sincérité et de tout cœur, suivi par l’entendement intellectuel (la tête).
Soit Naasseh d’abord, Venichma ensuite.
 
Puisse cet esprit imprégner votre intelligence, réveiller vos forces émotives et trouver son expression dans chaque aspect de la vie quotidienne, car « l’acte demeure la chose essentielle ».
 
Avec mes bénédictions,
 
(Signature)

Publié dans Reflexion Juive

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