L’islamisme au cœur du conflit israélo-palestinien

Publié le par Ofek

Maître Bertrand RAMAS-MUHLBACH - Désinfos
 
 
L’attentat suicide commis à Eilat ce lundi 29 janvier 2007 est une nouvelle manifestation de l’impasse dans laquelle se trouvent les négociations entre le Fatah et le Hamas sur la position à adopter à l’égard de l’Etat Hébreu.
Le président de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas serait disposé à régler le conflit dans le cadre de concessions réciproques alors que pour le 1er Ministre Ismaël Hanyeh, il n’est pas question de négocier avec l’Etat Hébreu.
En effet, dans la doctrine fondamentaliste islamiste, le conflit israélo palestrinien ne présente aucun aspect territorial (I).
Aussi, en dépit des condamnations internationales, les actes de violence palestinienne ne sont pas des actes terroristes (II).
 
I. l’absence d’influence des aspects territoriaux sur le réglement du conflit
 
Pour les fondamentalistes palestiniens, le problème israélo palestinien n’est pas de nature territoriale (A).
 
Aussi, il n’est pas nécessaire de se rapprocher des autorités israéliennes pour régler le différend car dans le Texte du Coran, il n’est fait aucune place à la négociation avec des non musulmans (B).
 
A - La vaine recherche d’une solution territoriale au conflit.
 
Dans l’Islam, il n’existe pas de séparation entre le religieux et le profane car « ce qui est dans les cieux et sur la terre appartient à Dieu » (sourate 4, verset131, 132).
 
Aussi, les dimensions temporelles et spirituelles sont indissociables et le monde musulman est divisé en deux parties : la terre de l’Islam (régie par la Sharî’a, ou encore loi de Dieu), et la terre de l’ignorance et de la contradiction, qui n’est pas musulmane.
 
Dans ce contexte, les enfants palestiniens grandissent avec le message selon lequel « il n’est d’autre religion que celle qui impose la soumission à Dieu » (sourate 3, verset 19) : « Dieu a envoyé son Messager (Muhammad) avec la Direction et la Religion de vérité pour la faire triompher de toute autre religion » (sourate 48, verset 28).
 
Ceci permet de distinguer les vrais croyants de ceux qui ne le sont pas : « seuls sont de vrais croyants, ceux qui croient en Dieu et en son Envoyé » (sourate 49, verset 15) et tout ce qui n’est pas musulman est hors de la voie juste.
 
Dès lors, dans l’esprit des jeunes palestiniens amenés à devenir des combattants, la finalité est l’avènement d’un monde dirigé selon les lois de la scharî’a et l’instauration d’un Etat islamique en Palestine.
 
De cela, découlent deux conséquences :
 
  tout d’abord, la présence de juifs et d’un Etat hébreu en terre de Palestine, est une atteinte portée à l’Islam d’autant qu’il est fait obligation aux islamistes de « chasser d’où ils auront été chassés » (sourate 2, verset 190-92).
 
  Par ailleurs, envisager la création d’un état démocratique en Palestine reviendrait à accepter une nouvelle ingérence de type néo colonial au Moyen Orient et renier les fondements de la foi islamiste (conformément à la thèse développée par le Hamas, les Brigades des Martyrs d’el Aqsa ou le Jihad Islamique.)
 
B - L’impossible négociation avec un non musulman, juif de surcroît.
 
En outre, le mode de raisonnement, de penser et d’analyse, du fondamentaliste palestinien ne lui permet pas d’envisager un compromis de type territorial ni avec les juifs ni avec quiconque.
 
Tout d’abord, la signature d’un compromis de nature territoriale reviendrait à disposer d’un bien appartenant à Dieu alors que « c’est à Dieu qu’appartient la royauté des cieux et de la terre » (sourate 9, verset 16).
 
Ensuite, les juifs ne sont pas dignes de confiance dans la mesure où :
 
  « un certain nombre d’entre eux altèrent sciemment la parole de Dieu après l’avoir comprise » (sourate 2, verset 75),
 
  « ils enroulent leur langue avec l’écriture » (sourate 23, verset 30-32),
 
  « ils occultent les versets qui les gênent » (3,78 ; 4,46 ;5,13...),
 
  « ils embrouillent les mots et calomnient la Vraie Religion ».
 
D’ailleurs « Dieu les a maudit à cause de leur incrédulité » (sourate 4, verset 46) et c’est la raison pour laquelle les juifs ont le statut Dhimmi, tenu d’acquitter un impôt qui est « le prix qu’ils auront à payer parce qu’ils ont renié les signes de Dieu » (sourate 3, verset 112).
 
(Comme sanction de ce reniement, les juifs ont toujours été, dans les pays arabes, astreints à diverses obligations qui ont varié selon les pays et les époques : interdiction de monter à cheval, de bâtir des maisons plus élevées que celles des musulmans, d’édifier de nouveaux lieu de cultes ou de pratiquer leur religion ostensiblement, de témoigner en justice contre un musulman, de se prévaloir de la loi Talion pour se venger... )
 
En tout état de cause, rien ne sert de presser les choses car à la fin du monde, tout devrait naturellement se régler selon le projet considéré comme divin :
 
« Au Jour où l’on soufflera dans la trompe, tous ceux qui sont dans les cieux et sur la terre seront effrayés à l’exception de ceux que Dieu préservera » (sourate 27, verset 87).
« Ce jour là, l’injuste se mordra les mains : (il dira) « si seulement j’avais suivi le chemin du Messager ! Malheur à moi ! Plût à Dieu que je n’eusse point pris « un tel » pour ami car il m’a égaré loin du Rappel après qu’il me fut parvenu ».
« Satan est un traître pour l’homme ». (Sourate 25, verset 27-29).
 
II. la fausse qualification de terrorisme donnée aux actes de violence palestinienne
 
La conséquence de cela est immédiate au niveau de la qualification des actes de violence.
 
Ces actes qualifiés de terroristes sur un plan international ne sont, pour le fondamentaliste palestinien, que le respect d’une injonction religieuse (A).
 
Bien entendu, Il ne faut pas être définitivement pessimiste : il suffirait simplement des palestiniens qu’ils admettent le principe « coranique » de responsabilité personnelle (B).
 
A - Le combattant palestinien n’est pas un terroriste
 
La communauté internationale qualifie systématiquement les actes de violence palestinienne comme relevant du « terrorisme » et les condamne ce titre.
A aucun moment, il n’est tenu compte de l’éventuelle justesse de la motivation.
 
Pour le fondamentaliste l’acte qualifié de terroriste, s’inscrit dans le cadre d’un combat de nature transcendantale dont les condamnations occidentales ne sauraient ôter la légitimité.
 
Tout d’abord, le fondamentaliste doit combattre les messages religieux qui ne relèvent pas de l’islam :
« Combattez ceux qui ne s’interdisent pas ce que Dieu et son prophète ont défendu, ceux qui, parmi les gens du Livre ne professent pas la Vraie Religion ; combattez les jusqu’à ce qu’ils paient le tribu et qu’ils se soumettent » (sourate 9, verset 29).
 
Ce combat prolonge un dessein divin :
« Les croyants combattent dans le chemin de Dieu. Il faut combattre les suppôts de Satan car les stratagèmes du démon sont impuissants » (sourate 4, verset 76).
 
A cet égard, il sait qu’il bénéficiera d’une aide divine « o croyants si vous faites triompher la cause de Dieu, il vous assistera et affermira vos pas. » (Sourate 47, verset 7).
 
Notons également que si le fondamentaliste doit soumettre ceux qui ne le sont pas, la conversion des infidèles n’est pas pour autant une garantie de tranquillité : « S’ils sombrent de nouveau dans l’infidélité, tuez les partout où vous les rencontrerez. Ne prenez chez eux ni ami ni auxiliaire » (sourate 4, verset 89).
 
Ainsi, le Jihad est une obligation et la violence qui s’en suit est justifiée par la cause.
 
D’ailleurs, la paix ne doit jamais être recherchée dès que la guerre présente toutes les chances d’être gagnée : « ne soyez points faibles et n’appelez point à la Paix lorsque vous êtes les plus forts et que Dieu est avec vous ! il ne vous privera point du bénéfice de vos œuvres » (sourate 47, verset 35).
 
En réalité, le combattant n’est que la main de Dieu qui observe comment chacun se comporte. Il doit rendre coup pour coup aux ennemis de l’Islam « car Dieu est plus fort qu’eux et ses châtiments sont plus terribles ». ( sourate 4, verset 84).
 
Tout ceci a une conséquence immédiate pour le fondamentaliste religieux dans sa relation avec la mort car ce qui arrive a été voulu et décidé par Dieu :
« que ceux qui veulent échanger la vie présente contre celle de l’Au-delà combattent dans le chemin de Dieu. Qu’ils succombent ou qu’ils soient vainqueurs nous leur accorderons une généreuse récompense. » (Sourate 4, verset 74).
 
Inversement, si son acte cause la mort, il n’est pas responsable.
« Ce n’est pas vous qui les avez tué, c’est Dieu. Ce n’est pas toi qui lançais, c’est Dieu pour éprouver les croyants par une belle épreuve » (sourate 8, verset 17.18).
 
Pour leur part, les infidèles sont invités à ne pas lutter.
« ô infidèle, vous escomptiez la victoire, vous voilà servis. Si vous renonciez à nous combattre, se serez plus avantageux pour vous. » (Sourate 8, verset 19)...
 
Ne perdons pas pour autant espoir : en Islam, chacun est responsable de ses propres actes.
 
B - La nécessité pour les palestiniens d’intégrer le principe de responsabilité
 
Chaque jour, la presse apprend que des palestiniens ont tenté de pénétrer sur le territoire israélien en vue de commettre des meurtres ou autre assassinats à l’aide d’arme blanche, d’armes à feu, de ceintures explosives, de cocktails Molotov... et parfois, il y parviennent.
 
Pourtant, en Islam, le meurtre est interdit « sauf à bon droit, ne tuez point l’homme dont Dieu a rendu la vie sacrée » (Sourate 17 verset 33).
 
D’ailleurs, « Celui qui tue fait tort à son âme et il n’y a pas pour lui de guérison à jamais » (II Hen 60.1).
 
Un hadîth considère toutefois qu’un musulman peut être tué notamment dans le cas d’une vengeance dans le cadre de la loi du talion (sourate 2 verset 178,179), mais est rappelé qu’il « ne faut pas commettre d’excès dans le meurtre car il y a déjà l’assistance de la loi » (Sourate 17 verset 33).
 
En outre, l’Islam recommande de ne pas s’en prendre injustement à des innocents même en cas de haine dirigée contre un peuple.
« O vous qui croyez, soyez droit devant Dieu comme des témoins de l’équité. Que la haine d’un peuple ne vous incite pas à commettre l’injustice ». (Sourate 5, verset 8).
 
Cette sourate a été rédigée en direction des croyants de Médine qui reprochaient aux juifs d’avoir tenté d’assassiner le prophète mais peut tout à fait être transposée au contexte géopolitique contemporain.
 
De ce principe, la loi coranique interdit de se venger sur un groupe, de la faute commise par un ou plusieurs de ses membres puisque « nul ne doit porter le fardeau d’un autre » (sourate 6, verset 164).
 
Si donc les palestiniens imputent aux juifs la responsabilité de l’exode palestinien en 1948, ils ne sauraient s’en prendre à des innocents.
 
Au contraire, ils doivent intégrer les principes de responsabilité de l’individu et comprendre en quoi leur propre comportement est à l’origine de la survenance des évènements.
 
Actuellement, les palestiniens refusent de créer un Etat sur les terres de Judée Samarie ou de Gaza non annexées, estimant insuffisante l’assiette territoriale qui leur revient. Ils devraient toutefois se méfier.
 
A défaut de création d’un Etat palestinien sur ces terres, les territoires non annexés par l’Etat Hébreu sont juridiquement des « Hefker », ou encore des biens sans maître permettant l’installation de points de peuplement.
 
Les palestiniens doivent donc intégrer qu’ils sont les seuls responsables de la situation dans laquelle ils se trouvent et que le salut est entre leurs mains :
 
  « L’homme n’aura que le fruit de ses efforts et son effort sera apprécié au jour du jugement » (sourate 53, verset 39-40).
 
  « Quiconque fait le bien le fait pour lui-même. Quiconque agit mal le fait contre lui-même. » (sourate 45, verset 15).
 
  « Tous les malheurs qui vous frappent sont imputables aux actes perpétrés par vos mains » (sourate 42, verset 30).

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