Juifs et chrétiens sous l’islam - Dhimmitude et marcionisme (Suite)

Publié le par Ofek

Bat Ye’or (Printemps 2002)  -  Dhimmitude.org

Dans les relations judéo-chrétiennes

 Si l’on évalue la dhimmitude comme une catégorie singulière de l’histoire et de l’expérience humaine, dont l’articulation juridique et théologique se déploie dans le temps et sur d’énormes espaces, on devrait pouvoir discerner dans le présent transitoire les axes, les agents et les supports de ses projections dans le futur.
On a vu que le rôle des Églises pagano-chrétiennes fut capital dans la formulation de son fondement : le principe de la substitution/déchéance matérialisé par un corpus juridique discriminatoire.
 
De même au cours de l’histoire, la collusion de certains courants du clergé avec les forces islamiques activa la destruction du pouvoir politique chrétien.
À l’époque moderne, l’émergence du sionisme cimenta contre lui l’alliance islamo-chrétienne de frères ennemis, quoique les motivations et les conséquences de l’antisionisme soient, sous une apparente similitude, différentes pour chacun d’eux.
 
On citera ici les dérives marcionites et les réseaux de diffusion de la dhimmitude qui sont générés par l’antisionisme dans la Chrétienté.
Leurs nœuds essentiels résident dans le combat des Églises arabo-palestiniennes contre les Israéliens auxquels elles contestent leur patrimoine historique dans leur pays et à Jérusalem.
La politique des Églises arabo-palestiniennes à l’égard d’Israël s’orienta dans trois directions distinctes :
 
1) le marcionisme : l’Église rejette son enracinement dans le judaïsme et adopte la vision islamique d’un Jésus arabo-palestinien ;
 
2) le gnosticisme qui rejoint la vision islamique d’un Coran éternel, préexistant à l’humanité ;
 
3) la déchéance d’un Israël démonisé dont l’héritage et l’histoire échoient à une Palestine arabe, image christique fusionnelle de l’islamo-christianisme.
Cette fusion est si ardemment désirée que les Chrétiens palestiniens refusent d’être considérés comme une minorité religieuse dans la majorité islamique.
Ils revendiquent une totale adhésion à la majorité, une attitude caractéristique du syndrome dhimmi, fondée sur la peur (mimétisme avec l’oppresseur pour passer inaperçu).
En effet, l’une des clauses qui annulent la protection du dhimmi réside dans l’aide qu’il sollicite de puissances étrangères. Ce fut l’une des accusations invoquées dans les massacres des Arméniens (1895-1896), puis leur génocide (1915-1917).
Dans les décennies suivantes, ces mêmes accusations d’affinités avec l’ennemi justifièrent les pogromes contre les Juifs et leur expulsion des pays arabes.
Les Chrétiens dhimmis sont particulièrement sensibles à ce danger, dont ils souffrirent au cours de plus d’un millénaire d’affrontements islamo-chrétiens.
 
Ces faits expliquent l’extrême prudence des Chrétiens arabes, y compris les Coptes, et leur refus d’une aide extérieure.
Le seul moyen dont ils disposent pour améliorer leur situation consiste à amener l’Occident à satisfaire les exigences de l’umma, autrement dit à devenir eux-mêmes les réseaux de la dhimmitude et ses ambassadeurs dans les pays occidentaux.
 
La soumission de certains ecclésiastiques aux politiques islamiques est un fait historique connu et apprécié par les milieux musulmans.
Zanjani, un juriste iranien, vante la collaboration des prélats dans la propagation et l’affermissement de l’islam. Il souligne également l’utilité des minorités dhimmies pour promouvoir les intérêts islamiques parmi les nations (4).
 
Marcionisme et dhimmitude sont deux processus différents, mais ils deviennent complémentaires dans le contexte de l’arabisme palestinien.
La démarche marcionite consiste à détacher le christianisme de sa racine juive par une rupture totale avec le premier Testament.
 
Dans une conférence donnée à Paris en 1987, le Père Youakim Moubarak réclamait la restauration de l’Église d’Antioche qu’il définissait comme une revendication dans l’Église universelle de « notre vocation de Chrétiens issus des nations et libérés du judaïsme et de sa loi… C’est donc substituer à la théologie dite de “l’histoire du salut” et à son enfermement dans la “tradition judéo-chrétienne” comme dans un lit de Procuste, ce que nos Pères appelaient “l’Économie du mystère” (5) ».
 
Au même colloque, Mgr Khodr, métropolite grec orthodoxe du Mont-Liban, déclarait que l’Église d’Antioche continuait à affirmer l’irréductibilité du message évangélique « à toute confusion avec l’Ancien Testament et de ses déviances sionistes contemporaines ».
Il affirmait : « aucune parole de salut ne sortira de nos bouches que (sic) dans un amour illimité de l’homme musulman (6) ».
 
Les prélats dhimmis proclamaient que la libération des Évangiles de sa matrice juive apporterait à l’Église universelle l’amour pour l’homme arabe et pour sa libération.
Ce marcionisme antiochien enflammé d’amour envers l’homme arabe évolua dans le clergé arabo-palestinien en un processus d’enracinement du christianisme dans l’arabisme.
 
Ses arguments sont profusément exposés par le chancelier du patriarcat latin de Jérusalem, le Père Raed Abusahlia, dans sa publication Olive Branch from Jerusalem créée après le début des violences palestiniennes en octobre 2000.
Pour le Pr Abusahlia, les origines du christianisme palestinien et par conséquent de toute la Chrétienté se fondent dans l’arabisme d’un Jésus palestinien.
Le christianisme est de droit en Palestine parce qu’il est lui – et non Israël – l’héritier des prophètes, des apôtres et des saints.
 
Cette origine arabe chrétienne s’enracine dans l’Épiphanie, quand les hommes pieux réunis à Jérusalem pour la Pentecôte parlèrent chacun dans leur langue, y compris l’arabe (7).
Toutefois, ces hommes pieux étaient tous des Juifs venus, même d’Arabie, célébrer la fête du renouvellement de l’Alliance d’Israël.
L’affirmation des droits historiques du christianisme en Terre sainte, jumelée au refus de ces mêmes droits pour Israël, démontre clairement le maintien de la théologie déchéance/substitution.
 
Depuis Vatican II et l’abolition de cette théologie, les Églises dhimmies concoctèrent une théologie des sources arabes et non juives du christianisme, par fidélité à l’Église d’Antioche.
Pour le chancelier du patriarcat latin de Jérusalem, l’Église locale s’est incarnée dans une tente arabe et dans l’identité palestinienne. Cet arabisme revêt les caractères mystiques du Sauveur de la Chrétienté contre Israël, symbole du Mal.
 
L’ enracinement du christianisme dans l’arabo-palestinisme induit le mécanisme défini par Alain Besançon comme la perversa imitatio, l’imitation perverse, c’est-à-dire un duplicat d’histoire juive reconstruit dans une version arabo-palestinienne qui constitue, selon la formule de l’auteur mais pour un contexte différent, une « pédagogie du mensonge (8) ».
 
Les Arabes palestiniens héritiers et symboles du Jésus arabo-palestinien se substituent au peuple juif, rejeté dans la non-existence.
Ils réalisent la fusion christique islamo-chrétienne d’une Palestine crucifiée par Israël, concept constamment répété dans leur guerre antijuive.
 
Pour l’antisionisme chrétien, les termes « colons », « colonisation », « occupation » appliqués aux Israéliens dans leur pays impliquent que les droits naturels des Juifs dans leur patrie historique sont transférés au peuple arabe de Palestine selon le principe de déchéance/substitution.
La restauration d’Israël dans son pays représente « une injustice » car précisément elle illustre une transgression de ce principe.
 
Notons ici la désynchronisation et l’ineptie des concepts occidentaux de colonisation quand ils sont transférés au contexte islamique des peuples dhimmis dépossédés de leur pays et de leur identité par l’impérialisme du jihad.
Il convient ici de noter que la Palestine fut soumise durant certaines périodes au rite hanbalite du droit musulman, c’est-à-dire celui des talibans.
À vrai dire, les différences entre les quatre rites sunnites concernant le jihad et les dhimmis, c’est-à-dire les infidèles, sont minimes.
 
Le principe déchéance/substitution n’a pas les mêmes implications pour le christianisme que pour l’islam car ce dernier applique ce même principe aux Chrétiens.
Selon les théologiens musulmans, l’islam n’est pas apparu avec Mahomet au VIIème siècle, après le judaïsme et le christianisme, mais il se situe à l’origine de la création.
Adam, Ève, les prophètes et les rois d’Israël, Jésus, Marie et les apôtres étaient tous musulmans.
 
Jésus, prophète musulman, aurait professé l’islam. Autrement dit, l’histoire sainte, juive et chrétienne, antérieure à Mahomet, est une histoire islamique que le Coran relate dans sa version exacte.
La Bible des Juifs et des Chrétiens est considérée comme un ramassis falsifié de contes, dont l’original seul véridique se trouve dans le Coran.
La matérialisation de la déchéance s’incarne dans l’obligation du jihad contre l’infidèle pour le soumettre aux lois de la dhimmitude, identiques pour les Juifs et les Chrétiens jusqu’à leur conversion.
 
L’histoire antérieure à Mahomet
 
L’ islamisation de l’humanité, des prophètes, des sages, non seulement islamise une histoire antérieure à Mahomet, mais elle dépouille les Juifs et les Chrétiens de toutes leurs références historiques.
Ces religions sont comme suspendues dans un temps stagnant sans repères ni évolution.
 
Il est évident que l’islamisation de la Bible, de Jésus et des évangélistes lèse autant les Chrétiens que les Juifs.
De plus, l’islamisation de Jésus revient à islamiser toute la théologie chrétienne et la Chrétienté.
 
Ainsi la délégitimation d’Israël n’est pas sans conséquence sur la théologie chrétienne et le sens de son identité. Ses origines sont-elles dans la Bible ou dans le Coran ?
Le Jésus historique et les apôtres sont-ils juifs ou sont-ils les prophètes musulmans dont la version coranique n’a que peu de rapports avec les originaux bibliques ?
Le conflit judéo-chrétien se dédouble par conséquent en un autre conflit islamo-chrétien qui se joue autour de la restauration d’Israël car le principe déchéance/substitution dans la version chrétienne implique dans sa version islamique la confirmation de ce même principe pour les Chrétiens.
 
Il est clair que tant que les Églises arabes et notamment palestiniennes continueront à récuser la légitimité d’Israël et son histoire dans son pays, pour les transférer au peuple du jihad qui élimina tout à la fois le judaïsme et le christianisme par les procédés ci-dessus mentionnés, ces Églises et les populations qu’elles représentent justifieront tout le système inégalitaire de leur propre dhimmitude et leur propre destruction.
 
Autrement dit, dans le système du jihad, le principe chrétien de déchéance/substitution à l’égard des Juifs génère la même politique islamique envers les Chrétiens.
Il n’est pas rare aujourd’hui de voir les propagandistes de la cause palestinienne écrire que la Palestine est le berceau des trois religions.
Affirmation absurde car l’islam est né en Arabie et se développa à La Mecque et à Médine ; aucune ville de Terre sainte, ni même Jérusalem, n’est mentionnée dans le Coran.
Si la Palestine avait été le berceau de l’islam, aucun infidèle n’aurait pu y vivre.
 
Par conséquent il n’est pas dans l’intérêt des Chrétiens de propager ces mensonges, car aucune église n’y serait tolérée.
Cette falsification est uniquement motivée par le désir d’opposer à la légitimité d’Israël une autre légitimité fictive, qui se retourne dans le contexte de la dhimmitude contre ses protagonistes chrétiens.
Pour les Musulmans, cette proposition confirme l’islamisation des personnages bibliques.
 
Les services rendus à l’umma par les Églises dhimmies palestiniennes furent considérables – services, rappelons-le, qui constituent la fonction essentielle du dhimmi et garantissent sa survie.
Ces Églises sapèrent le support biblique du christianisme, l’affaiblissant face à un islam toujours plus convaincu de son irréprochabilité morale.
Elles renforcèrent la légitimité génocidaire de la dhimmitude par sa justification contre le peuple juif auquel le christianisme est lié.
Car, si Israël est un occupant dans son pays, le christianisme, qui tire sa légitimité de l’histoire d’Israël, l’est aussi comme le serait tout autre État infidèle.
 
Deux axes stratégiques
 
Ce contexte détermina deux axes stratégiques, l’un politique au niveau européen, l’autre théologique, dont le champion n’est autre que Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem et avocat du jihad arafatien.
 
Mgr Sabbah fut élu à Amman président de la puissante organisation mondiale Pax Christi International, proche du Vatican, en automne 1999, quand Arafat planifiait son rejet des accords d’Oslo.
Cette élection procura fort opportunément une résonance mondiale à l’antisionisme, provoquant en Europe des attaques criminelles antisémites, réminiscences des années 30.
 
L’axe théologique, comme on l’a vu, consiste à déraciner le christianisme de sa matrice juive originelle afin de l’implanter dans l’arabo-palestinisme.
Ce caractère théologique confère au jihad palestinien la sainteté du combat pour « la paix et la justice » interprétées par Mgr Sabbah, grand défenseur de la cause palestinienne dans le monde.
 
Venu à Rome pour le Synode des évêques (octobre 2001), Mgr Sabbah déclara :
 
« L’Église doit se tenir du côté de la vérité et de la justice. Et en ce moment, la vérité et la justice disent que le Peuple palestinien est opprimé, privé de sa terre, réduit à la misère. [...] L’Europe devrait se souvenir du temps où elle-même a subi l’occupation allemande et s’est opposée à l’envahisseur par la force, jusqu’à ce qu’elle le chasse. Les Européens devraient donc comprendre pourquoi les Palestiniens prennent les armes et continueront à les prendre tant qu’ils ne retrouveront pas la liberté (9). »
 
Or ces « paix et justice » sont celles qui consacrent l’ordre islamique du jihad, celui d’Arafat qui nie la légitimité historique d’Israël et prône sa destruction.
Cette interprétation de la justice déguise les Israéliens en nazis, et les terroristes palestiniens en victimes, alors que le représentant de la Palestine, Haj Amin al-Husseini, participait aux côtés d’Hitler à Berlin en 1942 au génocide des Juifs.
 
Comme l’écrit Alain Besançon au sujet de la falsification nazie du bien : « Ce qui signe à nos yeux le démoniaque est que ces actes [le génocide des Juifs] ont été accomplis au nom d’un bien, sous le couvert d’une morale (10). »
 
Le président iranien Khatami appelle lui aussi à « la construction d’un monde de justice et de paix », tout en condamnant la riposte américaine à l’attaque terroriste du 11 septembre.
Il est vrai que la dhimmitude ne tolère pas qu’un dhimmi se défende contre l’agression d’un Musulman, ni l’exécution de Musulmans pour la mort de Chrétiens, car le talion, c’est-à-dire l’égalité des peines, ne s’applique qu’entre Musulmans qui sont égaux, mais non entre Musulmans et infidèles dont le sang est inférieur.
 
C’est pourquoi le Code pénal iranien établit une discrimination contre les non-Musulmans (11). Les mots « justice et paix » doivent être interprétés selon l’éthique du jihad, dans un rapport d’inégalité exigeant la soumission de l’infidèle fondée sur son infériorité.
 
L’axe politique de la dhimmitude est lié à cette refonte théologique à laquelle collaborent des Églises européennes.
Il vise à débarrasser l’Europe d’un judéo-christianisme qu’elle récuse afin de développer l’euro-arabisme par l’œcuménisme islamo-chrétien, dans une perspective de symbiose planétaire et de globalisation dont la Palestine, à la fois islamo-chrétienne et euro-arabe, est le point focal et le cœur de l’élimination d’Israël.
 
Construction artificielle européenne des années 70, « la Palestine » fut conçue pour détruire Israël, considéré comme une coquille creuse destinée à disparaître une fois sa fonction achevée : celle de libérer le christianisme de sa souche juive, pour souder l’islamo-christianisme et ramener l’Europe via l’OLP en Terre sainte et à Jérusalem.
Les prémices de cette stratégie remontent au XIXème siècle, et ses avatars, dont le nazisme fut l’une des expressions, s’adaptent à l’inexorable volonté de détruire Israël d’un courant chrétien puissamment structuré par des forces politiques et économiques (12).
 
Cette Euro-Palestine existe déjà sur le terrain dans ses synergies antijuives et sa culture de haine corrosive financée par l’Union européenne qui assigne à Israël ses frontières et sa capitale, Tel-Aviv, le dépouillant d’un territoire déjà exigu.
Ses diffamations claironnées dans les médias internationaux ont justifié et encouragé le terrorisme arabe, non seulement en Israël, mais dans la vague d’antisémitisme criminel qui déferle sur l’Europe dans le silence de la classe politique et religieuse, tandis que les mythologies de la perversa imitatio enterrent le christianisme dans le marécage amnésique de la dhimmitude.
 
L’islam et l’islamisme
 
Contre-vérités et tabous développent le filet psychologique des mensonges et des pièges.
Depuis trente ans, l’Europe s’est refusée à voir le jihad global aux quatre coins de la planète et à reconnaître les sources du terrorisme islamiste.
 
Or les déclarations de Ben Laden se situent dans un contexte exclusivement religieux et les récits des guerres contre les infidèles pour leur imposer la suprématie islamique.
 
Ce n’est ni Israël ni l’Occident qui humilient le monde arabo-musulman, mais c’est leur existence même, leur liberté et leur droit souverain qui, selon les islamistes, contredisent l’ordre naturel où l’islam doit dominer et n’est pas dominé.
 
C’est cette frustration de puissance qui nourrit l’humiliation et la violence, et non la misère ou les disparités économiques qui existent sur toute la planète, sans provoquer pour autant ce type de haine et de terrorisme.
 
Ce jihad n’est que la nostalgie de l’univers mental de la dhimmitude des infidèles, façonné par l’insécurité, l’abaissement, la servilité comme gages de survie.
Le dhimmi est coupable d’exister, il doit racheter son existence par des tributs, des « services », des flatteries. Les expressions de son identité doivent être humbles, cachées, il n’a point d’histoire, de culture, ni de civilisation et doit se faire pardonner son génie en le mettant au service de son oppresseur.
 
L’ attentat terroriste antiaméricain du 11 septembre 2001 a mis en évidence le décalage entre les déclarations lénifiantes d’admiration pour l’islam des leaders européens et les manifestations haineuses contre l’Occident, de foules musulmanes solidaires des crimes de Ben Laden.
Il a illustré les comportements dhimmis de politiciens européens qui ne manquaient pas une occasion pour vanter la supériorité de la civilisation islamique sur la leur, se flagellaient pour les croisades et s’abaissaient pour ménager les susceptibilités arabes.
 
Agressés sur leur sol par l’insécurité et une immigration illégale et incontrôlable, par le terrorisme de missiles humains et les menaces, les contribuables occidentaux en sont réduits à acheter une sécurité provisoire qu’ils n’ont su défendre par des moyens plus dignes.
 
L’ incrimination d’Israël actualise ce même vieux réflexe millénaire de peuples chrétiens qui, agressés dans leur pays par le jihad, défoulent une haine impuissante sur les minorités juives, à défaut d’attaquer un ennemi plus redoutable (13).
 
De même que les minorités musulmanes slaves avaient réussi à empoisonner les relations entre catholiques, protestants et orthodoxes, par des revendications sécessionnistes en Bosnie, au Kosovo, en Macédoine, ainsi les pays arabes ont réussi à détourner la guerre de l’Occident contre le terrorisme islamiste en un combat contre Israël accusé d’en être la cause.
 
Depuis les années 60, l’Occident s’était construit un islam imaginaire, civilisation d’amour, de paix et de tolérance.
Cette image immaculée, protégée par une sévère censure, permettait des politiques de collusions cyniques et d’inavouables concessions. Aujourd’hui, le visage de Ben Laden, les manifestations de haine sanguinaire, le terrorisme antichrétien et antijuif ont crevé cet écran.
 
Depuis le 11 septembre, une polémique se développe aux États-Unis concernant l’islam.
Selon le professeur David Forte, catholique fervent, dont l’opinion a influencé considérablement le président Bush, l’islam est une religion d’amour, de paix et de tolérance.
Elle a été kidnappée par Ben Laden, supposé ne représenter qu’une secte minoritaire et insignifiante de l’islam (14).
Forte appelle les Occidentaux à voler au secours du vrai islam qu’ils doivent sauver des suppôts de Ben Laden.
 
Bien que l’on ne puisse préjuger des sentiments et des opinions individuelles de millions de Musulmans, et qu’on ne puisse généraliser sur l’ensemble de la civilisation islamique, on doit admettre que les conceptions de Ben Laden sont exposées dans tous les écrits classiques des juristes musulmans dès le VIIIe siècle, répétés et enseignés au cours des siècles.
Ils ont constitué la base des relations avec les non-Musulmans et sont étudiés et reproduits aujourd’hui même.
Comme le dit le père Henri Boulad, jésuite égyptien spécialiste de l’islam : « L’ islamisme c’est l’islam (15). »
 
Dans un article intitulé « Comment l’islam classe les pays », al-Muhajiroun, journal islamiste londonien, précisait :
 
« Une fois l’État islamique instauré, aucune personne dans le Dar Al-Harb n’aura d’inviolabilité, ni pour sa personne ni pour ses biens, et par conséquent n’importe quel Musulman dans de telles circonstances peut aller dans le Dar Al-Harb et s’approprier les biens du peuple, à moins qu’il n’y ait un traité avec cet État. S’il n’y a pas de traité, les Musulmans individuellement peuvent aller dans le Dar Al-Harb et même s’emparer de femmes pour en faire des esclaves. »
 
Même si l’outrance de ces propos fait penser à une manipulation provocatrice, et ferait bondir d’indignation nombre de Musulmans, nous les citons ici, car ils décrivent bien la théorie du jihad et sa réalité historique (16).
 
Ces discussions dans le monde chrétien – car ni les Indiens ni les bouddhistes ne se posent de telles questions – relèvent uniquement de problèmes politiques occidentaux mais n’ont aucune incidence sur l’évolution de la pensée politique et religieuse musulmane.
Que le professeur Forte se sente obligé de se consacrer au sauvetage d’un islam imaginaire ne modifie pas les versets du Coran appelant à la destruction ou à l’humiliation des infidèles, y compris les Chrétiens.
 
C’est précisément ce dévouement passionné pour l’islam qui constitue non seulement le vecteur de la dhimmitude en Occident mais qui de plus encourage la torpeur des intellectuels du monde musulman.
Même s’il existe des analogies entre les extrémismes religieux, on doit reconnaître que le judaïsme et le christianisme ont su développer des instruments d’exégèse susceptibles de les maîtriser, par une critique rationnelle à l’intérieur de leur propre foi.
 
Cette évolution – remarquable notamment dans le christianisme – est inexistante dans l’islam, du fait d’une structure religieuse différente de celle des religions de la Bible.
La carence abyssale d’une autocritique musulmane résulte des options préconisées par Forte.
Pourquoi les intellectuels musulmans devraient-ils se fatiguer les méninges pour modifier l’éthique d’une religion dont les valeurs sont vantées par ceux-là mêmes qu’elle opprime ?
 
Puisque la religion et la civilisation islamiques sont si parfaites, le mal ne peut provenir que d’une source qui lui est extérieure : celle des infidèles.
Telles sont les conséquences de l’enseignement de Forte.
 
Malgré les dénégations officielles des États occidentaux, nous sommes au cœur d’un conflit de civilisations où le domaine historique, les valeurs de justice et des droits de l’homme s’affrontent dans des interprétations opposées et irréconciliables tant que seront maintenues la mentalité du jihad et son corollaire, la diabolisation des peuples infidèles afin de justifier la guerre dont ils sont victimes.
 
BAT YE’OR
L'exode des juifs d'orient 
 

Notes :

(1)             Cheikh Yousef al-Qaradawi, Saut al-Haqq wal-huriyya, 9 janvier 1998, voir dans MEMRI (The Middle East Media and Research Institute, Washington, D. C.), « Special Report : The Meeting between the Sheik of al-Azhar and the Chief Rabbi of Israel » (15 décembre 1997), traduit de l’arabe, 8 février 1998.
(2)             Al-Azhar (Académie de Recherches Islamiques) ed., The Fourth Conference of the Academy of Islamic Research, General Organization for Goverment Printing, Le Caire, 1970, p. 927.
(3)             Abbasali Amid Zanjani, Minority Rights According to the Law of the Tribute Agreement, A Survey of Some Purports of the International Rights from the Viewpoint of the Islamic Jurisprudence, International Publishing Co., Téhéran, 1997, p. 250-262.
(4)             Ibid., p. 263-271.
(5)             Actes du Colloque des CMA à Paris (septembre 1987), Les Chrétiens du monde arabe. Problématiques actuelles et enjeux, préface de Pierre Rondot, Maisonneuve et Larose, 1989, p. 34, guillemets dans le texte.
(6)             Ibid., p. 28-29.
(7)             Olive Branch from Jerusalem, Newsletter from the Holy Land, 9 octobre 2000.
(8)             Alain Besançon, Le Malheur du siècle. Sur le communisme, le nazisme et l’unicité de la Shoah, Fayard, 1998, p. 108 et 68. Voir aussi, du même auteur, l’analyse pertinente de la pensée politique dans l’Église, dans Trois Tentations dans l’Église, Calmann-Lévy, 1996.
(9)             Missionary Service News Agency (MISNA), 5 octobre 2001.
(10)          Alain Besançon, Le Malheur du siècle, op. cit., p. 45.
(11)         Le droit pénal de la République islamique d’Iran établit des différences entre Musulmans et non-Musulmans dans les cas de meurtres. Voir le Rapport de Maurice Copithorne, rapporteur spécial pour la Commission des droits de l’homme à l’ONU (Genève), pour l’année 1998, E/CN.4/1999/32 (28 déc. 1998), § 35-39 ; voir l’Annexe 4 de ce rapport qui cite, concernant ces discriminations, le Code civil iranien 121, 297, 300, 881 et la Constitution (163).
 
 
(12)          Bat Ye’or, « L’ antisionisme euro-arabe », dans (Nouveaux) Visages de l’antisémitisme, haine passion – ou haine historique ?, collectif d’auteurs, NM 7 éditions, 2001, p. 23-70.
(13)          Bat Ye’or, Juifs et Chrétiens sous l’islam, les dhimmis face au défi intégriste, Berg International, 1994. Ce thème est développé dans Bat Ye’or, Jihad and Dhimmitude. Where Civilizations Collide, Cranbury, NJ, Associated University Press, 2002.
(14)          David D. Forte, « Religion is not the enemy », National Review Online, 19 octobre 2001 (http://www. nationalreview. com/comment/comment-forte101901.shtml).
(15)         Henri Boulad, « À propos de l’islamisme et de l’islam », in Choisir, Genève, avril 1997, p. 26-28.
     (16) Al-Muhajiroun, The Voice, the Eyes, the Ears of the Muslims, Londres, 27 janvier 2001, http://www. onlyam.om/islamicstopics/foreign_policy/land_classification.html.
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