Les pirates ont le vent en poupe

Publié le par Ofek

 
Laurent Murawiec à Washington - Metula News Agency
 
La doctrine iranienne a été énoncée depuis longtemps par le régime des mollahs. Elle consiste, au moment opportun déterminé par eux, à créer de toutes pièces une crise sur le terrain qu’ils auront choisi. Cela consiste à transposer les tactiques de la guérilla sur le terrain politico-diplomatique international : c’est du Mao ou du Ho Chi-minh pur sucre, ou, si l’on préfère, ce sont les recettes du stratège chinois Sun Zi, apprêtées à la sauce moderne. Choix du terrain, choix des moyens, choix des circonstances : l’avantage va entièrement à celui qui prend l’initiative. Il la prend, et il la garde, l’adversaire ne faisant que réagir dans les conditions dictées par le guérillero. Le gain politique reste acquis à l’assaillant, tant que l’assailli ne rompt pas avec la règle du jeu édictée par l’assaillant. Tant que l’Occidental respecte l’asymétrie créée contre lui, cette asymétrie est payante pour l’agresseur.
 
La crise-sur-commande a aussi l’avantage de permettre, sur le front domestique, une mobilisation appuyée sur l’hystérie xénophobe et anti-« impérialiste », et de frapper les opposants, les tièdes et les soupçonnés-d’être l’un ou l’autre. En un mot, ceux dont on veut se débarrasser. C’est la tactique de Robespierre pour guillotiner ceux qui le dérangent, celle de Lénine ou de Staline – la purge comme moyen de gouvernement - . Quiconque ne s’aligne pas sur Ahmadinejad est un traître vendu à l’étranger. Comme l’écrit l’exilé iranien Amir Tahéri, les acolytes d’Ahmadinejad en sont à parler de « troisième révolution. ».
 
Téhéran était en ligne de mire, le maintien de son programme nucléaire lui promettait de dangereux lendemains ; la crise artificiellement provoquée a permis de tester l’arc tout entier des « autres » et d’apporter une éclatante démonstration : aucun autre pays du Proche-Orient ne peut se permettre le luxe d’arraisonner une unité navale occidentale, d’en prendre l’équipage en otage, et de ne subir aucune riposte. L’opération établit un nouveau degré d’impunité pour l’Iran, rehausse son pouvoir et son auréole de pouvoir, en même temps qu’elle souligne l’impotence occidentale et l’infériorité des autres puissances régionales. Ahmadinejad a même pu épicer la farce en s’auréolant de sa « générosité » dans la libération des otages, en l’ « honneur », a-t-il déclaré, « du décès du Christ ». Le président iranien n’a pas pu s’empêcher ainsi d’insulter les chrétiens par cette allusion, puisque l’Islam nie l’authenticité de la mort de Jésus sur la croix et sa résurrection.
 
 
Tous ont été testés
 
L’Angleterre blairienne a été mise à l’épreuve, elle, dont les soldats d’élite, Royal Marines et marins, se sont rendus sans combattre, se sont prêtés aux écoeurantes comédies télévisuelles, aux saynètes préparées par les scénaristes iraniens à des fins de propagande et afin d’accentuer l’humiliation des étrangers, des « Chrétiens », des « Croisés », des Occidentaux. La femme soldat, acceptant de porter le foulard et de reconnaître ainsi la suprématie de la loi islamique, les soldats, officiers compris, complices de la comédie montée par les marionnettistes téhéranais. Face à l’Islam conquérant, les infidèles se sont aplatis, en invoquant le dialogue, la diplomatie, etc., au lieu de s’attaquer aux pirates et à la piraterie. Pour citer l’ancien officier de l’armée américaine Ralph Peters, il ne connaît pas un Marine (américain. Ndlr), et surtout pas un officier, qui se serait ainsi couché. »
 
Londres avait demandé à l’Union Européenne, dont les otages anglais sont pourtant citoyens, de menacer l’Iran d’un gel des relations commerciales : l’UE est le premier partenaire commercial de l’Iran, avec 18 milliards de dollars de chiffre. Le quart des exportations iraniennes va à l’Europe ; 40 pour cent des importations iraniennes viennent d’Europe. L’Union Européenne a refusé ! Le gouvernement hollandais a expliqué qu’il ne fallait pas prendre le risque de fermer « le dialogue. ». La chancelière Merkel, en dépit de belles paroles, a également rejeté la demande londonienne, alors que l’industrie iranienne dépend totalement des fournitures allemandes de pièces détachées.
 
Il fut un temps où un soufflet donné par le Dey d’Alger au Consul de France provoqua une invasion en bonne et due forme, non pas de l’Algérie, qui n’existait pas à l’époque, mais des domaines du Dey. Aujourd’hui, ce n’est plus l’hymne victorien Britannia rules the waves [1], c’est Kumbaya, my love qu’il faut chanter. On vous donne un soufflet, tendez donc l’autre joue ! Il s’agit de  l’application à la stratégie d’une morale dont se gaussait avec mépris l’ayatollah Khomeiny : « L’Islam n’est pas le christianisme : c’est une religion de guerre. ».
 
Les Nations-Unies ont également été mises à l’épreuve : la capture des marines et soldats anglais a eu lieu dans l’exercice d’une mission mandatée par les Nations-Unies, dans le cadre des maigrichonnes sanctions votées contre l’Iran. L’ONU avait le devoir de défendre vigoureusement ceux qu’elle avait mandatés. Le Conseil de Sécurité de l’ONU a donc manifesté son « grave souci » devant l’acte de piraterie commis par l’Iran. Grave souci ? Les dirigeants iraniens en perdent le sommeil. Les Pasdaran tremblent d’effroi. Au Conseil de Sécurité, la Chine et l’URSS ont empêché l’usage de toute expression plus énergique. L’inévitable conclusion est que l’ONU préfère toujours donner raison aux agresseurs totalitaires – ce que démontre à l’envi le comportement de ses organes spécialisés -, telle la commission dite à contresens « des droits de l’Homme. ».
 
Parmi les circonstances troubles ayant conduit, quoiqu’en dise M. Blair – « no deal of any sort » -, à l’élargissement des otages, le fait est qu’un « diplomate » iranien, Jalal Shirafi, incarcéré en Irak depuis deux mois par les forces américaines, a été libéré. C’est Shirafi – sous couverture de son poste de deuxième secrétaire d’ambassade à Bagdad -, qui coordonnait le terrorisme pro-iranien en Irak. Force est également de constater que l’Iran a obtenu l’accès à ses cinq « agents consulaires » capturés à Irbil, en Irak ; cinq officiers des gardes révolutionnaires, en fait, qui y formaient les terroristes locaux. N’oublions pas qu’Ahmadinejad est entouré d’un état-major puisé dans la Garde révolutionnaire (Pasdaran), et que ce sont leurs forces qui avaient procédé à l’acte de piraterie dans le Chatt el Arab. Les apparences existent donc qu’un deal a bien été passé. Au Royaume-Uni, ce n’est pas très choquant, d’ailleurs, puisque depuis des années, le Foreign Office est au premier rang des enthousiastes d’un « engagement constructif » avec l’Iran.
 
Certes, l’arrivée dans le Golfe persique d’un troisième groupe naval américain, celui du porte-avion USS Nimitz, avait fait monter la pression sur Téhéran. Les rumeurs d’attaque américaine contre l’Iran fusent de toutes parts. George Bush a eu raison de hausser le ton et, le premier, de parler d’ « otages ». Mais quelle est sa part de responsabilité dans les tractations qui ont abouti au retour des Anglais à Londres ? On ne peut souffler de la même bouche le chaud et le froid. La confusion l’emporte.
 
C’est moins la petite victoire de propagande médiatique remportée par Ahmadinejad, « libérant » ceux qu’il avait illégalement fait enlever et séquestrer, en qualifiant sa palinodie de « cadeau au peuple anglais » - qu’il adore évidemment – qui importe. C’est plutôt le concert d’instruments désaccordés qui s’est fait entendre côté occidental qui inquiète. M. Blair a fait preuve de « retenue », se félicitent les chancelleries, comme si la retenue est une vertu en soi ! Le test grandeur nature a surtout révélé les faiblesses occidentales.
 
La cavalcade vers l’abîme continue, conduite par les intoxiqués de Téhéran ; plus ils se croient à l’abri de toute ambition occidentale d’intervenir sérieusement en vue de les mettre au pas, plus violemment ils feront monter la pression contre leurs principaux objectifs : 1. Israël, par l’intermédiaire du Hamas, du Hezbollah et du Djihad palestinien, cependant qu’a l’OLP, la tentation de louer ou de vendre ses services à Téhéran augmentera ; 2. Les émirats du Golfe, qui calculent les rapports de force, et tendront d’autant plus de perches à l’Iran qu’ils contempleront les faiblesses étalées par les Occidentaux ; 3. L’Irak sous tutelle américaine, et les Etats-Unis en général. « Jusqu’où ne dois-je pas aller trop loin aujourd’hui ? », se demande le stratège iranien, sachant bien que, demain, la limite aura changé en sa faveur. La débandade qui accueille les provocations des fourriers de l’apocalypse est de mauvais augure.
 
Note :
[1] "Britannia règne sur les vagues", lisez "sur les mers".
 
 

Publié dans Iran - Syrie

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