Contrefaçon sémantique

Publié le par Ofek

 
 
Si quelqu’un prête encore attention à la mythique doctrine Bush – qui désigne comme étant nos ennemis les réseaux terroristes et les gouvernements qui les soutiennent -, il serait temps qu’il ajoute un autre gouvernement à la liste des ennemis sous surveillance : le nôtre.
 
Sinon comment réagir à l’approbation sans discussion par le Congrès, de la requête de la Maison Blanche de verser des dizaines de millions de dollars à la coalition gouvernementale Hamas-Fatah de l’Autorité Palestinienne (AP) ? Et que faire au cas où l’argent est affecté au Fatah terroriste, et non au Hamas terroriste ? « Ou vous êtes avec nous, ou vous êtes contre nous », telle était la manière dont les choses étaient supposées se passer, alors que le Fatah n’est pas plus « avec nous » que le Hamas pour combattre la terreur djihadiste. En toute justice, notre soutien de l’AP devrait nous valoir de figurer sur la liste de nos pires ennemis.
 
Ce n’est bien entendu pas le cas, parce que les Etats-Unis, conjointement à Israël, ont décidé d’affirmer que le Fatah est "modéré". Ce qui rend notre soutien du Fatah et, par extension, du Hamas, son partenaire dans la coalition, pratiquement 'casher'.
 
Pour reprendre les propos du défunt sénateur Daniel Patrick Moynihan, cette escroquerie sémantique peut être considérée comme une « définition restrictive minimaliste du terrorisme », qui abaisse le niveau de ce qui constitue la qualité d’homme politique, jusqu’à un point où le Fatah peut continuer à être impliqué dans des attentats-suicide à l’explosif, par le truchement de ses Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, et garder les mains assez propres pour serrer celles des acteurs du Quartet. Adopter une définition minimaliste du terrorisme permet au Fatah d’être considéré comme "modéré", au moins aux yeux de ses partenaires d’un "processus de paix" obstinément dégradant, alors que sa charte proclame que son premier but est l’«éradication de l’existence économique, politique, militaire et culturelle sioniste », et affirme son « opposition à toute autre alternative politique […] que celle de détruire l’occupation sioniste en Palestine ». Adopter une définition minimaliste du terrorisme efface aussi la différence décisive entre "Eux" et "Nous".
 
Que coulent les dollars américains de nos impôts. Au lieu de tracer des lignes de démarcation auxquelles la première cadence du mandat de Bush était favorable, nous acceptons quelque chose qui ressemble à un grand gribouillage. Son absence de forme sert de paravent non seulement à des pourparlers avec des groupes terroristes, mais à des négociations avec des terroristes irakiens (un fiasco majeur), et même à l’accueil, à leur descente d’avion, de maîtres terroristes (cf. la rencontre entre la présidente du Congrès, Nancy Pelosi, et le Syrien, Bashar Assad, et celle qui a eu lieu entre le chef de la majorité au Congrès, Steny Hoyer, et les Frères Musulmans). Sans directives traditionnelles, nous perdons nos repères. Sans un discours qui ne laisse aucun doute sur le sérieux des intentions exprimées, nous ne nous rendons même pas compte que nous les avons perdus.
 
Entre temps, de nouvelles orientations, voire une nouvelle terminologie, deviennent la norme. Par exemple, l’Union européenne a maintenant rédigé un manuel rempli de phrases "non blessantes" à utiliser quand on débat du terrorisme islamique. "Terrorisme islamique" est éliminé (l’expression, pas la chose), il est remplacé par "terroristes qui se réclament abusivement de l’islam", du moins c’est le bruit qui court. Nous ne le savons pas avec certitude parce qu’en fait, le contenu de ce manuel de la gentillesse non blessante est encore sous embargo. Selon le Daily Telegraph, d’autres termes proscrits par ce "lexique commun", devraient inclure "djihad", "islamique", et "fondamentaliste". Cela posera un problème si quelqu’un veut discuter de djihad islamique avec un fondamentaliste. Mais, à nouveau, du fait du caractère secret du recueil, personne ne le fera jamais, pas vrai ?
 
Cela ressemble à un projet visant à éliminer la terreur djihadiste, ou à en élaborer une définition minimaliste – ce qui n’est pas du tout la même chose que de se débarrasser de la terreur djihadiste. Par contre, ce procédé élimine la manière dont la terreur djihadiste est nommée, définie et comprise. Fatah est "modéré". "Jihad" est verboten [interdit]. Il est interdit de dire "terrorisme islamique", ce qui, pour les Eurocrates, revient à dire qu’il n’existe pas. Entre temps, la notion d’"islamisation", plus ou moins non violente, n’est même pas au programme.
 
Des dispositions aussi orwelliennes suppriment la notion même d’"ennemi", d’"autre partie", et, à coup sûr, d’"autre partie" définie par ses préceptes de djihad et de dhimmitude. Certes, il nous reste encore, çà et là, des 'Al-Qaedistes', cette minuscule-bande d’"extrémistes" dont on entend toujours les politiques parler. Cette petite bande dont le Sénateur Mc Cain vient juste de parler, cette semaine, comme d’« un infime pourcentage des centaines de millions de pacifiques musulmans… dont l’immense majorité s’efforce de moderniser leur société… pour instaurer une bonne vie, telle que nous la souhaitons tous ».
 
Hum... Si l’immense majorité des centaines de millions de musulmans s’efforcent d’instaurer "une bonne vie", où est le problème ? Le problème, c’est la rhétorique. Toute affirmation sensée à propos – mettons - de la rapidité avec laquelle la Charia s’est fortement imposée dans toute l’Europe – sans instaurer largement la "bonne vie" que nous voulons "tous" – fait de cette dernière une farce ridicule. Mais les affirmations sensées sont hors sujet, et la confusion est à l’ordre du jour.
C’est la manière post- doctrine Bush de définir l’irritant problème de "Nous" et "Eux".
 
De nous, en tout cas.
 
Diana West - The Washington Times, traduction française de Menahem Macina sur : http://www.upjf.org/actualitees-upjf/article-12618-145-7-contrefacon-semantique-diana-west.html

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